‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 145 sur 158 · MAI 1S2:J · texte numérisé non relu

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décidé le ministre de Ja Marine à y tenir. J'espère qu'au moyen des bâtiments qui ne prennent pas part à cette manœuvre, nous n'en éprouverons pas de grave inconvénient.

« Le Roi a signé aujourd'hui l'ordonnance qui élève la solde pour les troupes sous vos ordres en raison de la perte qu'elles éprouvent sur les monnaies.

« Le cours de nos fonds publics est aujourd'hui à 89 fr. 20 c. J'attends l'effet de votre entrée à Madrid, et de la fin du vagabondage de Mina en Catalogne, pour prendre une dernière déterminalion sur notre emprunt.

« Recevez, etc.

« .J" DE VlLLÈLE. )' CCCLXXIV. M. DE MAKTIGNAC AU COMTE DE VlLLÈLE.

« Alcovendas, le 22 mai 1823.

« Monsieur le comte, quoique je n'aie encore rien de positif à vous apprendre, je dois cependant vous tenir au courant de ce qui se passe et vous entretenir de nos projets, de nos craintes et de nos espérances.

« Je suis resté hier àBuitrago, malgré le vif désir que j'avais de ne pas m'éloigner du quartier général. La junte devait y arriver et il était indispensable que je la visse pour arrêter définitivement ce qui la concernait. J'ai à peu près la certitude que les choses se passeront convenablement. Je dis à peu près ^ parce qu'avec le vieux général, la conversation du matin est souvent oubliée le soir. Il a élé

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convenu qu'aussitôt que l'autre Régence serait nommée, je leur enverrais un exprès pour les en instruire et que, dès ce moment, ils se sépareraient. Dans aucun cas ils n'entreront à Madrid en corps. Si cette convention s'exécute fidèlement, comme je l'espère, ce sera un heureux succès. Une chose m'inquiète : on m'assure que le fameux Ugarte est passé ce malin, se rendant auprès du général Eguia pour lui apporter les instructions du roi. C'est là ce que j'ai toujours craint, et ce qui rendrait notre position plus difficile.

(( Yoilà de rin(|uiétude : voici maintenant des espérances. J'ai enfin des nouvelles du duc de l'Infantado. Etonné de n'avoir pas reçu de réponse à ma première lettre, j'ai pris le parti de lui envoyer un de mes secrétaires, fort adroit et parlant fort bien la langue. Quoiqu'il fût caché et qu'il eût fait courir le bruit de son départ, mon envoyé l'a trouvé, lui a remis ma lettre et m'a fait avoir une réponse. Cette réponse est toute satisfaisante ; le duc de l'infantado s'excuse sur son retard; il serait venu au-devant de S. A. R. si sa santé n'avait pas été compromise; il est à sa disposition; il m'attend demain matin à Madrid, et se rendra immédiatement auprès du prince, si cela est nécessaire. La lettre est aussi bonne que nous pouvions l'espérer. C'est là le fondement de toute notre opération.

« Je me rendrai demain matin à Madrid ; j'y vei'î'çii M. le duc de l'Infantado ; je lui ferai connaître les choix que vous nous avez indiqués. S'ils lui contiennent, ils seront tous maintenus; il sera consulté sur les mutations à faire, s'il y en a.

« Une fois fixés à cet égard, je lui proposerai le

moyen que vous avez tracé pour la nomination. S'il croit possible de réunir les Conseils et de les charger du soin d'élire, la convocation sera faite et la proclamation sera modifiée sur-le-champ dans le même sens. Je voudrais beaucoup que cela fût possible, car il est certain que ce mode donnerait à la nomination un caractère d'indépendance tout à fait utile. Je vous promets en conséquence de ne proposer à S. A. R. de renoncer à cette voie que dans le cas d'une nécessité absolue.

« Si cette nécessité existe, je consulterai M. le duc de rjnfantado sur la meilleure voie à prendre pour remplacer celle-là. Je l'engagerai à réunir chez lui quelques-uns des hommes les plus influents, tels que le duc de Montemar (qui est arrivé ici tout à l'heure), le comte de la Puebla, M. Garcia de la Torre, M. de Saez, etc., afin de combiner avec eux le mode le plus convenable pour atteindre votre but. J'aurai avec moi des officiers qui rendront compte à Monseigneur de tout ce qui se passera, afin d'avoir ses résolutions définitives, sans lesquelles il ne m'arrive jamais de rien faire.

« Si notre travail se fait dans la journée, la proclamation sera imprimée dans la nuit et affichée le lendemain au point du jour.

« Voilà le travail qui m'attend demain. C'est une grande journée qui se prépare : puisse-t-elle tourner à bien I Si nous réussissons, je me consolerai aisément des plaintes et des reproches de MM.d'Urgel. Leur manifeste du Drapeau blanc est assurément la plus inexcusable de toutes les fautes dans les circonstances actuelles.

LETTRES riE M. ItK MAHTIGNAC. IS.'i

K Ma première lettre contiendra sans doiilr d'importantes choses; je ne la ferai pas attendre. « Recevez, etc.

• De Ma hti(;xac.. »

Cr.CLXXV. — M. DE MARTIG.NAC AU COMTE DE VIM.ÈLi:.

.. Madrid, le 23 mai 1823.

« Monsieur le comte, je dois compte à V-. Exe. des événements de cette grande et mémorable journée.

« Vous savez déjà que l'imprudence commise par Bessières, et l'exaspération qu'elle a excitée dans le peuple, ont obligé S. A. R. à avancer d'un jour l'occupation de Madrid'.

« Ce matin à quatre heures et demie, le général Latour-Foissac est entré à la tête de quelques bataillons et a fait relever la garde constitutionnelle. Le lambour et la musique ont averti les habitants de cet événement qu'ils n'attendaient pas aujourd'hui. Le général Zayas a couru quelques risques, mais il a été préservé et il est sorti sans accident.

« Je suis arrivé peu d'heures après, et je n'essaierai pas de vous exprimer les transports de joie, d'amour et d'ivresse, dont j'ai été le témoin pendant

1. Dans une lettre datée de Cavanillos, 21 mai, qui n'est pas restée entre les mains de M. de Villèle, Ms"" le duc d'Angouléme écrivait : « Malgré les précautions prises, il y a du train à Madrid; Bessières a voulu y pénétrer de force et a été cause du sang qui y a été répandu; il en a été chassé avec perte. Cela m'obligera peut-être à faire occuper la capitale plus tôt que cela n'avait été convenu. J'y ai envoyé un colonel d'état-major pour s'entendre avec Zayas. Quand même mon avant-garde y entrerait le 22, cela ne changera rien à mes projets. »

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tout lo trajet qu'il m'a fallu' faire pour arriver à mon logement. Cette immense population remplissait les rues et les places, et ses démonstrations de bonheur et de reconnaissance avaient un tel caractère de vérité et d'énergie, que j'en été plusieurs fois saisi et ému jusqu'aux larmes.

" Malheureusement la joie du peuple est mêlée de sentiments de haine et de vengeance, et nous avons quelques excès à déplorer. Plusieurs maisons ont été forcées et plusieurs personnes maltraitées; il paraît même certain que quelques-unes ont péri. Si quelque chose pouvait dans aucun cas excuser ces déplorables excès, il serait juste de dire qu'il y a eu ici d'odieuses provocations. Les cruautés exercées, il y a deux jours, sur les habitants à l'occasion de la folle attaque de Bessières, cruautés dont les traces sont encore visibles car, ce matin au moins, les corps des victimes n'étaient pas même ensevelis, ne sont pas les seules causes de l'exaspération populaire. Les hommes les plus connus, je ne dis pas par leurs opinions, mais par leurs actes de barbarie, ont affecté de se montrer, et il paraît même que des violences ont été commises aujourd'hui par quelquesuns d'eux. Cette folie et cette audace rendent l'action du peuple plus difficile à comprimer.

« Nous avons fait cependant tout ce qui était possible pour la contenir. Des mesures vigoureuses ont été prises et nos soldats ont fait leur devoir avec sévérité, malgré la difficulté qu'on éprouve à traiter durement des hommes qui vous bénissent, et des femmes qui vous embrassent.

« Le corrégidor nommé par la junte avait fait

LETTIIES DK M. DK M A UIK; NAC. 487

afficher une proclamation (jui ne convenait pas du tout et ([ui n'iHait pas do nature à calmei'les esprits ; je la lui ai fait (Milever et remplacer par une autre. 1! a pris également un arrêté pour défendre les attroupements, pour faire fermer les cafés et les cabarets à huit heures, pour défendre les cris de meure, et pour prohiber les armes. Des commissaires ont été nommés pour veiller dans chaque quartier, et les patrouilles se font avec une grande activité. Il est minuit et la rue où je loge, qui est près de la Fontana d'Oro, et de la porte ciel Sol, est tout à fait tranquille. Au surplus, je ne me couche pas et suis prêt à me rendre à l'hôtel de ville au premier avis.

(' Le directeur des théâtres voulait les rouvrir demain; mais ce directeur passe pour un constitutionnel prononcé, et tout annonce que la représentation serait orageuse. J'ai invité la municipalité à retarder Fouverture de trois ou quatre jours, afin de laisser à la fermentation le temps de s'apaiser.

« Le prince entrera demain matin à neuf heures. Je ne crains qu'une réception trop vive et trop animée. La journée de demain sera sûrement plus orageuse encore que celle d'aujourd'hui. Quand les cris de Madrid parviendront à Séville, je suis convaincu qu'ils couvriront la voix des Cortès, et j'attends tout de cet entraînement un peu secondé.

(( Après vous avoir ainsi parlé de ce qui s'est passé dans les rues, je dois vous entretenir de ce qui s'est fait dans les cabinets. Je ne sais si le Roi sera content de nous, mais, je vous en supplie, dites bien à S. M. que son commissaire a fait, pour le

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