‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 146 sur 158 · MAI IS · texte numérisé non relu

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bien servir, tout co que ses facultés morales lui permettaient et au delà de ce qu'il pouvait attendre de ses forces physiques.

cf J'avais écrit à M. le duc de l'Infantado pour le prier de venir joindre S. A. R. à Alcovendas, ou au moins de matlendre aujourd liui chez lui à onze heures. Deux lettres, envoyées par des exprès, étaient demeurées sans réponse, .l'ai envoyé au duc un secrétaire qui est entré à iMadrid avant-hier et qui est parvenu à lui remettre ma lettre, quoiqu'il fût soigneusement caché. M. le duc me répondit qu'il m'attendrait ce matin. Dans l'intervalle et avant l'arrivée de la réponse, S. A. R. avait envoyé un de ses officiers pour l'engager à venir le rejoindre. Il est résulté de là que je me suis croisé ce matin avec le duc qui venait à Alcovendas, quand je me rendais à Madrid.

« Le duc a eu un long entretien avec Monseigneur et il était à peu près convenu avec S. A. R. que le conseil de Castille seul serait convoqué pour l'élection de la Régence. A son retour, le duc est venu chez moi et il m'a annoncé qu'il réunirait à deux heures quelques hommes instruits pour les consulter.

« A deux heures, j'ai reçu de Monseigneur la communication de votre dernière lettre, dans laquelle vous annoncez le désir, que conserve le gouvernement, de convoquer tous les Conseils. J'ai couru avec M. de Caux chez le duc de l'Infantado; je l'ai trouvé avec plusieurs personnes. J'ai fait connaître les instructions que Monseigneur m'avait transmises et j'ai annoncé qu'il m'était impossible d'en éluder l'exécution littérale.

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« Je ne vous répélcrai pas, monsieur le comle. tout ce qui a été dit à ce sujel. 1" Les ('onseils d'Etat, des Ordres, delà Guerre, des Finances, sont des corps contentieux ou consultatifs, qui ne peuvent avoir, sous aucun prétexte, le droit de concourir à l'élection. :2" Plusieurs de ces Conseils n'existent plus, et tout annonce qu'ils ne seront pas rétablis par le roi, parce qu'ils sont à la fois dispendieux et inutiles. 3" Si on convoque tous les Conseils, il faut convoquer celui de l'Inquisition, ou bien c'est la France qui décide de prime abord la question de la suppression, tandis qu'il est plus prudent et plus siir de laisser cette matière délicate à traiter aux nationaux, ou au roi. 4" Le grand nombre de membres de ces Conseils ont marqué dans la révolution. Si le président les appelle, les aulres ne viendront pas; s'il ne les appelle pas, il prononce de son autorité privée leur indignité. S" Il est impossible, avec des éléments aussi divers, d'avoir quelque certitude de succès pour les élections qu'on désire, et personne ne se souciera de se mettre sur les rangs avec la crainte fondée d'être écarté. 6" Si S. A. R. répugne à faire l'élection elle-même; s'il est nécessaire, pour conserver l'appui des cabinets étrangers, que l'élection soit faite par des Espagnols; si l'intervention d'un corps de l'Etat peut donner quelque légalité à cette opération : c'est le Conseil suprême de Castille et le Conseil suprême des Indes, qui peuvent seuls recevoir une pareille mission. Des attributions de justice, de police, de gouvernement, appartiennent au premier de ces Conseils pour le royaume; elles sont dévolues au second pour les Amériques

Tjoiir réunion représente naturellement les grands inlérèts de l'Etat et des colonies; c'est eux qu'il faut réunir.

« Cette proposition, faite parle dur del'Infantado, a réuni tous les suITrages. Elle m'a paru propre à atteindre le but que vous vous proposez, en évitant les difficultés, que je crois insurmontables, que présente l'autre parti.

« Il était d'une haute importance pour nous de conserver le duc de l'Infantado, le seul Espagnol de qui j'aie entendu dire du bien par tous les autres Espagnols, et j'aurais craint de le voir s'éloigner, si son admission avait été soumise à l'épreuve des délégués de tous les Conseils. J'ai hésité ; il m'en coûtait de ne pas proposer à S. A. R. l'exécution littérale de ce que vous lui conseilliez de faire; mais d'un autre côté, je voyais là devant moi des obstacles invincibles que vous n'aviez pas pu voir. Pour mon repos et pour ma responsabilité, j'aurais persisté ; j'ai cru devoir préférer à mon repos ce qui m'était démontré aussi avantageux et presque sans danger. J'ai écrit à Monseigneur pour lui soumettre notre situation, et je lui ai demandé ses ordres, en lui annonçant qu'ils seraient exécutés à l'inslant. Pour ne pas perdre de temps, j'ai engagé les présidents des deux Conseils à les convoquer pour huit heures, époque à laquelle je devais avoir reçu la réponse deS. A. R.

« A sept heures et demie, j'ai reçu cette réponse : Monseigneur approuvait ce qui était proposé. J'ai adressé sur-le-champ la lettre officielle aux présidents pour la convocation; elle leur a été remise au

LETTRKS 1>E M. liK MARTIGNAC. 491

moment où ils se réunissaient on conseil. J'ignore encore ce qui a été fait; j'espère le savoir demain de bonne heure.

« J'ai modifié la proclamation, dont j'ai eu l'honneur de vous adresser déjà une copie, d'après les nouvelles dispositions qui venaient d'être arrêtées. Je l'ai fait traduire; elle s'imprime dans ce moment ; j'en aurai les épreuves à deux heures du matin et elle sera affichée à six heures. J'aurai l'honneur de vous en adresser un exemplaire.

« Voilà l'état des choses. J'espère, avant de fermer ma lettre, pouvoir vous dire quelque chose de

positif.

(' Le 24.

« Chaque jour, ou plutôt chaque heure, amène une difficulté nouvelle, et il faut s'armer d'un courage à toute épreuve pour ne pas renoncer au bien qu'on veut faire à des gens qui semblent se concerter pour vous en empêcher.

« Après une longue et vive délibération, les Conseils réunis ont déclaré qu'il n'entrait pas dans leurs attributions, ni dans celles d'aucun autre corps de l'Etat, de procéder à l'élection des membres (le la Régence ; qu'il leur était impossible de satisfaire au vœu manifesté par S. A. R. ; que tout ce qu'ils pouvaient faire était de présenter au prince une liste des personnes qui leur paraissaient les plus propres à composer la Régence, afin que le prince fît lui même un choix sur cette liste.

« M. le duc de l'Infantado a bien voulu m'apporter lui-même cette note. Je lui en ai témoigné tout mon chagrin, mais il m'a assuré qu'il n'était pas possible

(Tobtenir un autre résultat. Je suis allé avec lui chez Monseigneur, qui a été aussi fort contrarié. Cependant il a fallu prendre un parti.

« Il a été convenu que j'écrirais au nom de S. A. K, pour témoigner aux Conseils tout le regret que lui faisait éprouver la décision qu'ils avaient prise; que j'engagerais les Conseils à ne comprendre que cinq noms sur la liste; que. dans tous les cas, il serait rédigé une délibération motivée, qui précéderait la présentation des candidats; que S. A. R. déclarerait au bas qu'elle reconnaît comme membres de la Régence les cinq membres qu'elle désignerait et qu'elle renverrait cette décision aux Conseils, pour qu'ils fissent eux-mêmes proclamer et reconnaître la Régence.

- « J'ai écrit la lettre. Les Conseils doivent être assemblés dans une heure. Je pourrai sans doute vous faire connaître le résultat avant le départ de l'estafette, qui n'aura lieu que demain matin.

« Il est indispensable que nous ayons un journal. Je viens d'envoyer chercher le rédacteur du Censeur afin de voir si l'on peut s'entendre avec lui.

« Je vous envoie un exemplaire de la proclamation. Je puis vous attester qu'elle a produit ici un excellent effet sur les deux partis. J'espère que cellelà ne vous donnera pas d'inquiétude.

'< Le même jour, à 10 heures du soir.

« M. le duc do rinfantado avait promis de me faire savoir les résultats de l'assemblée. N'apprenant rien, j'ai pris ce soir le parti de m'y rendre. L'assemblée durait encore.

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« M. le duc do rinfaiitado m'a appris que les Cousoils avaient, adoptr la proposition faite de ne désigner que cinq membres; qu'en conséquence, ils avaient procédé à la désignation par la voit; du scrutin. Le résultat a été celui-ci : M. le duc de rinfautado, président; MM. le duc de Montemar, l'évèque d'Osma, le baron d'Eroles, et Calderon, membres. M. le duc San Fernando et M. le duc San Carlos n'ont pas eu une voix. M. Eguia en a eu plusieurs.

« Ce choix ne remplit pas tout à fait vos vues. J'aurais beaucoup désiré que le duc de San Carlos fût nommé; mais j'avais prévu qu'il ne le serait pas. Tour le premier, je persiste à vous dire que personne n'a cru sa nomination possible. M. le duc de rinfautado nous avait déjà confirmé cette impossibilité. Nous n'avions guère pensé à M. Calderon, mais ce choix n'est pas mauvais, et je crois l'enseniblc fort satisfaisant de toutes les manières.

'< Demain matin, la délibération me sera envoyée. Je m'empresserai de soumettre la proposition à S. A. R., afin que la Régence soit proclamée sans aucun retard.

« On s'occupera ensuite du ministère. Je vois encore beaucoup d'incertitude sur quelques choix. J'insiste fortement pour M. Casa Iruj o ; on m'oppose la destitution qu'il avait subie, il y a quelques années, pour avoir encouru de graves reproches dans l'affaire des Florides. Je tiens bon néanmoins, en assurant que le roi Ferdinand le désire. Je propose le duc San Carlos pour la Guerre, mais je n'y compte guère. Erro n'éprouve aucune difficulté. Je crois

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aussi que don (rarcia de la Torre sera nommé pour la Justice.

<( Une observation que je fais avec grand plaisir et qui vous en fera aussi, c'est que M. le duc de rinfantado a des idées qui rentrent tout à fait dans les nôtres sur la conduite réservée que doit tenir la Régence. J'espère beaucoup de son influence et de son esprit, un peu incertain, mais sage et prudent.

« Jl faut que je vous entretienne encore d'un autre sujet d inquiétude. M. Ugarle, que bien vous connaissiez, est entré chez moi ce matin sans être annoncé. Il m'a montré une lettre cachetée, avec une adresse écrite à Monseigneur de la main du roi. Il m'a engagé à en prévenir S. A. R. J'ai parlé avec franchise et fermeté à M. Ugarte. Je lui ai dit que S. A. R. avait sur son compte des renseignements fâcheux, et que des mesures seraient prises contre lui à la première démarche qu'il ferait pour contrarier les vues de S. A. R. Il m'a protesté qu'il n'en ferait aucune, mais il a insisté pour remplir sa commission. J'en ai rendu compte à Monseigneur, qui a cru ne pouvoir se refuser à recevoir la lettre du roi, et il la recevra demain à trois heures.

« J'ai trouvé M. le duc de l'Infantado un peu occupé de ce que pouvait contenir cette lettre, dont M. Ugarte lui a aussi parlé. J'aimerais mieux qu'elle n'existât pas, quoique j'ignore ce qu'elle rer ferme; mais ce qui me rassure, c'est que tout sera terminé quand la lettre sera ouverte.

« Après vous avoir parlé de ces grandes choses, il faut encore que je vous dise un mot des petites. Jai eu depuis plusieurs jours des courriers à envoyer,

LETTUE DE S. A. H. MO.NSIEUU. •iO.'i

(les frais de ports à payer pour des missions nécessaires, et je n'ai pour cela aucun fonds à ma disposition. Le service n'en a j)as sou llert, parce ([ue j'ai payé avec mes propres ressources ; mais je ne pourrais pas y suffire longtemps. Je m'arrête enfin et je vous prie de recevoir, etc.

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« P. S. — M. d'Anduaga, qui sort d'ici et à qui j'ai communiqué la composition de la Régence, me charge de vous assurer qu'il était impossible d'espérer rien de mieux et que ces choix auront l'assentiment universel.

« Aussitôt que TafTaire de la Régence sera terminée, je vous adresserai un rapport officiel do tout ce qui a accompagné l'élection, avec les pièces à l'appui.

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