CCCLXXVE. S.A. R. MONSIEUR AU COMTE DE VILLÈLE
« Samedi soir 24 mai 1823.
« J'espère comme vous, mon cher Villèle, que vos lettres du 16 auront apporté d'importantes modifications aux projets qui avaient été provisoirement adoptés, et je trouve aussi que la proclamation est trop longue et pas assez digne ; j'avoue en même temps que les difficultés sont grandes, vu la pénurie d'hommes dans cette malheureuse Espagne. Les propositions de L'Abisbal que le Roi nous a communiquées, vous prouvent à quelle espèce d'hommes on a affaire.
« Mon fils a dû, comme de raisan, repousser ces
l'J6 MAI 182 3.
propositions; mais je regrette la convention avec le i^énéral Zayas ; il ne devait pas y en avoir à Madrid plus que dans les autres villes de l'Espagne que l'armée a déjà occupées.
« Au surplus, la chose est faite, nous ne devons pas avoir Fair de la blâmer, et j'espère qu'il n'en résultera rien de bien fâcheux. Je reçois le duc de San Carlos demain, et je le presserai de partir.
« Bonjour, mon cher Yillèle. »
ccclxxvn. le comte de villèle a s. a. r. m*^''- le duc
d'axgoulême.
« Paris, le 24 mai 1823.
« Monseigneur,
« C'est aujourd'hui que V. A. R. aura fait son entrée à Madrid, si elle n'a été forcée d'y arriver plus tôt; car Dieu nous a tant aidés que ce n'est pas d'être arrêtée ou retardée que nous avons h craindre pour votre armée, c'est an contraire d'être obligée de hâter sa marche pour sauver ses ennemis.
« Un courrier de M. Rothschild nous apporte en ce moment les nouvelles de Madrid du 16; la proclamation d'Abisbal, sa lettre imprimée au comte de Monlijo, etc. Dieu veuille inspirer V. A. R. dans les circonstances délicates et décisives où elle va se trouver; les événements vont se précipiter autour d'elle. Elle peut avoir une grande influence sur leur direction ; le bonheur et le repos de l'Espagne et de la France en dépendent. Tout a conspiré pour assurer à vos armes le succès le plus complet; mais
la facilité même de Topéralioii militaire va rendre votre situation politique plus difficile.
« Je vois d'ici rexij^eiice et la déraison de ceux qui auront vaincu par vous; la jalousie des autres gouvernements s'armera de ces difficultés pour diminuer, pent-ôtre pour compromettre, les résultats que nous avons obtenus; enfin l'obstination de vos ennemis, en complétant leur perte, va rendre encore plus difficile la solidité de ce qu'il faut établir, en ôtant un contrepoids utile à la construction.
« Ces idées noires viennent m'obséder en ce moment et je les communique à V. A. R., parce que je vois les petites manœuvres employées pour nous faire admettre dans la régence de Madrid quelque membre de cette régence d'Urgel, qui bien certainement ne veut pas comme nous le bien de son pays, car elle a commencé par se refuser ta nous seconder, et depuis elle a cherché à nous contrarier. J'envoie à V. A. R. copie de la lettre que vient d'écrire à M. de Chateaubriand l'archevêque de Tarragone.
« D'autre part je sais que votre petite junte a écrit ici, au sujet d'un emprunt qu'elle cherche à faire, des choses fort opposées au langage qu'elle tient près de vous, et qui portent le cachet d'une ingratitude peu présumable après les services que nous avons rendus à sa cause. On me promet copie de cette pièce ; si je puis l'avoir, je l'enverrai à V. A. R. Mais je la supplie de garder tout cela pour elle et surtout de ne pas laisser paraître vis-à-vis des intéressés les sentiments que tout cela doit lui inspirer. Dans la position où est Monseigneur, il doit voir les hommes ce qu'ils sont, pour éviter leurs