‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 149 sur 158 · CCCLXXX. M. DE MARTKJNAC AU COMTE DE VILLÈLE · texte numérisé non relu

CCCLXXX. M. DE MARTKJNAC AU COMTE DE VILLÈLE

.< Madrid, le 23 mai 1823.

« Monsieur le comte, enfin notre grande affaire est finie. La Régence existe. Son élection ne s'est pas faite tout à fait comme vous le désiriez, mais elle s'est faite aussi bien qu'elle pouvait se faire. Les choix sont excellents et l'opinion publique les adopte entièrement.

« En ce qui touche les cabinets étrangers, je crois que la relation exacte des faits suffira pour démontrer jusqu'à l'évidence la bonne foi qui a présidé à toute l'opération. J'ai rédigé dans cet objet un rapport officiel que je vous adresse, avec toutes les pièces à l'appui. Il me semble que la publicité de ces actes doit produire un bon effet. Vous en jugerez. Je puis vous certifier aujourd'hui que la proclama-

tion ot la marche qu'elle indique, ont réuni ici des sutrrages nombreux et opposés.

« Demain la déclaration de Monseigneur sera affichée. Le duc de l'Infantado m'a promis de réunir la Régence pour nommer les ministres dans la journée de demain.

« Les illuminations et la joie continuent; mais elles ne nous donnent plus d'inquiétude. Le calme est rétabli. Il est indispensable d'établir ici une police régulière. Beaucoup d'hommes dangereux sont restés à Madrid. Toutes les précautions sont prises pour la sûreté du prince, qui, du reste, ne s'inquiète guère de ce qui nous inquiète beaucoup.

« Le duc de l'Infantado a écrit à S. A. R. pour la prier de ne pas le désigner pour la Régence. Vous jugez si Monseigneur a été tenté d'accepter la proposition. J'ai vu le duc, et j'ai sa parole qu'il acceptera, pourvu que S. A. R. le lui ordonne. Je lui écris en conséquence; n'ayez aucune inquiétude à cet égard. Ce serait un grand malheur, car vous n'avez pas d'idée de la popularité dont il jouit. J'ai traversé deux fois la ville avec lui et j'ai été témoin de l'affection que le peuple a pour lui.

« Monseigneur a reçu aujourd'hui la visite de tous les Grands d'Espagne restés à Madrid. C'est le plus grand nombre, car il paraît qu'il n'v en a que huit ou dix d'absents. Deux d'entre eux sont venus chez moi me demander si je pensais qu'il serait agréable à Monseigneur et utile à la cause, qu'ils fissent une adresse à S. A. R. pour lui faire connaître les motifs qui les ont déterminés à ne pas suivre le roi à Séville, et le désir qu'ils ont de concourir avec elle à

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la clôlivrauco du roi. J'ai assuré ces Messieurs que cette démarche ne pouvait avoir que de bous elfels; j'ai ajouté (jue, comme je connaissais les intentions et les dispositions du prince, je pourrais les avertir si l'adresse contenait (juelque chose qui pût le contrarier, et j'ai obtenu la promesse qu'ils me communiqueraient le projet avant de le présenter, .l'ai l'honneur d'être, etc.

<< De Mahtignac. »

CCCLXXXI. S. A. H. m"" LE DUC d'aNGOULÈME AU COMTE

« Madrid, ce 26 mai 1823.

'< J'ai reçu, mon cher comte, vos dernières lettres jusques et compris celle du 20, qui m'est parvenue ce matin. Martignac vous a rendu compte hier de mon entrée dans cette capitale, de la manière dont j'y ai été reçu, et de tout ce qui regardait la Régence; enfin, grâces à Dieu, c'est une aflaire finie, comme vous le verrez par la proclamation que nous vous envoyons aujourd'hui. La Régence va s'occuper de la nomination des ministres, et moi de tout ce qui regarde Séville. Le duc de l'Infantado est très modeste, et j'ai été obligé de le forcer d'accepter. C'est un homme excellent, et avec qui il est agréable d'avoir à traiter. Notre afTaire du gouvernement espagnol une fois terminée, je demande, quand votre ambassadeur sera arrivé, à n'avoir plus à me mêler de la politique que dans les cas extraordinaires oii il aura besoin de mon appui.

« Je verrai avec plaisir que l'on envoie sur les

lieux un agent avec la mission spéciale de prendre connaissance dos faits qui ont nécessité l'intervention du munitionnaire général et qui la rendent encore nécessaire. J'agrée la personne qui m'est proposée et je suis assuré que les examens de M. Joinvilleme fourniront de nouveaux moyens de démontrer l'inexactitude des assertions que le ministre de la Tiuerre ne cesse de répéter. Je viens de recevoir encore hier une lettre du ministre de la Guerre qui renouvelle avec les mêmes inexactitudes ces mêmes assertions. Cette lettre est telle que je ne juge pas à propos d'y répondre moi-même, j'en laisse le soin à M. Joinville.

(( Pour ce qui est de l'emprunt que la Régence peut être dans le cas de faire, je ne m'en mêlerai d'aucune manière.

« Le ministre de la Guerre m'a donné le crédit de cent mille francs par mois.

« Je regrette que le ministre de la Marine veuille nous ôter le Colosse, car nous en avons bien besoin sur la côte septentrionale de l'Espagne.

(' J'ai reçu deux lettres du roi d'Espagne et une de l'infant don (larlos, (jui m'ont été remises par le comte de la Puebla et par M. Ugarte. Elles ne disent rien autre chose, sinon que je dois mettre toute confiance dans ce que ces Messieurs me diront de sa part. J'ai vu hier pendant assez longtemps M. Ugarte ; il m'a dit que le roi lui avait fait connaître qu'il reconnaissait la junte présidée par M. Eguia. Je lui ai répondu que cette junte était dissoute, que les membres qui la composaient savaient fort bien qu'elle ne devait durer que jusqu'à Madrid; que le

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roi, étant prisonnier, no pouvait pas connaître l'état de son pays et les besoins de sa nation; que l'armée française était entrée en h]spagne pour préserver notre pays du danger d'une nouvelle révolution, pour rendre la liberté à S. M. (ï., et la mettreen état de donner à son peuple des institutions qui assurent la tranquillité de Ti^^spagne, et par conséquent celle des États voisins; que je prendrais telles mesures que je jugerais convenables d'après les instructions de mon gouvernement, et que si on voulait entraver la marche de la Régence, je me verrais obligé de sévir envers les personnes qui s'en rendraient coupables. Je verrai aujourd'hui le comte de la Puebla, mais j'ai tout lieu de croire qu'il ne me dira rien de plus.

« 11 est impossible d'être plus content que je ne l'ai été de Martignac; il m'a rendu les pins grands services et il mérite d'une manière particulière les bontés du Roi.

« Je vous renouvelle, mon cher comte, l'assurance de toute mon estime et affection.

« Louis- An TO IN E. »

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