‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 150 sur 158 · CCCLXXXII. — LE COMTE DE VILLÈLE A S. A. R. M""^ LE DUC · texte numérisé non relu

CCCLXXXII. — LE COMTE DE VILLÈLE A S. A. R. M""^ LE DUC

d'angouléme.

« Paris, le 27 mai 1823.

« Monseigneur,

« Nous avons reçu ce matin par le télégraphe de bonnes nouvelles de l'entrée de V. A. R. à Madrid. Mo7meiira eu la bonté de me communiquer la lettre que vous lui écriviez d'Alcovendas le !2!2. Enfin,

nous avons de meilleures nouvelles de la Catalogne. Curial a occupe Mataro. Les corps de Llobera et de Milans sont rejetés dans Barcelone, où les approches de notre armée causent déjà beaucoup de fermentation: mais la disposition du pays sera mauvaise pour nous, et nos troupes n'auront aucun repos jusqu'à ce que Mina ait été poussé lui-même dans Barcelone. Il vient encore d'échapper à Donnadieu et à d'Eroles à (-client; il a fait une peur terrible à Vich et s'est définitivement porté sur Moya, ce qui nous fait espérer qu'on parviendra à le forcer à se jeter dans Barcelone : nous n'aurons de repos de ce oôlé que quand celte opération sera consommée.

« Mais ce n'est pas de ces nouvelles, que Monseigneur sait mieux que moi, que je veux l'entretenir. Je veux tenir Y. A. R. au courant des faits qui viennent à ma connaissance et qui peuvent aider à sa gouverne dans les affaires qu'elle doit diriger.

« On m'a porté hier matin une lettre de M. Erro. membre de votre junte, adressée ici à M. JouiTroy. le même qui donnait de si bons conseils à Mathieu à Vérone, le même qui vient dans le Drapeau blanc de faire de si mauvais articles en faveur de la régence d'Urg'el; cette lettre, qui annonce une assez grande intimité entre M. Jouffroy et M. Erro, s'exprime de la manière la plus malveillante sur les vues du gouvernement français, attribue à la junte les succès de V, A. R., menace de les faire suivre des plus grands revers si on cessait de suivre sa direction, enfin conclut à charger celui à qui elle est adressée de faire un emprunt pour le compte de la junte, que le gouvernement français trouve cela

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1)011 ou mauvais, .l'aurais bien voulu avoir copie de ceLto lelli'o, mais il a fallu sc^ coutculer de la lire; jo ne puis donc eu donner à \ . A. U. (jue le résumé, tel que ma mémoire me le fournil.

« Ce malin esl venu un homme qui se dit être dans rintimité de ce Joulïroy. Il m'a assuré que cet homme était parvenu à réunir Erro et les membres de la régence d'Urgel dans les mêmes vues, (|u'il allait partir pour Londres, où il offrirait au gouvernement anglais do faire révolter les populations sur nos derrières et chercherait à obtenir quelque argent pour seconder cette opération. Cette révélation, si fort d'accord avec la lettre d'Erro que j'ai tenue et lue moi-même, m'a décidé cà charger la police de veiller M. Joulfroy et de s'assurer s'il se préparait en effet à partir pour Londres.

« D'un autre côté, de fortes opérations à la baisse avaient été montées pour l'époque où on apprendrait l'entrée de V. A. R. à Madrid; j'en avais été averti et, en efîel, les fonds, qui élaicnthier à89fr. 20, viennent de se fermer aujourd'hui à 88 fr. 50. On m'assure que M. Ouvrard est intéressé dans tous ses chipots. J'avertis V. A. R. sans donner pour positives les choses que je ne sais qu'indirectement, et par des voies que je ne puis garantir ; mais elle doit tout savoir pour juger et se tenir en garde.

« Il s'opère en Russie un mouvement ministériel en opposition, dit-on, avec les goûts de M. Pozzo di Borgo. On assure que le ministre nommé par ce cabinet, pour aller à Madrid, est assez mal avec cet ambassadeur. Ce serait à désirer, car M. Pozzo me paraît dans d'assez mauvaises dispositions. Nous

espérons toujours néanmoins que dans les premiers jours du mois, lorsque les détails de l'installation de votre Régence seront connus, nous pourrons décider le départ des ministres étrangers pour Madrid et, dans tous les cas, nous vous enverrons le nôtre.

« Je dîne aujourd'hui avec Wellcsley, l'ambassadeur de Londres à Vienne ; il cherche ici avec Charles Stuart à nouer quelque négociation avec Séville. Nous ferons comme V. A. R. et n'entendrons qu'à la délivrance du roi, avec la garantie que nous ne soutiendrons en Espagne ni réactions ni rétablissement de l'absolu : c'est-à-dire, des choses qui compromettraient le repos de l'Espagne. Mais les intrigues dont j'ai entretenu Monseigneur doivent beaucoup nuire à la décision des puissances du continent etaux facilités qu'auraientpu donner les Anglais pour le retour du roi à Madrid. Il faut lutter avec tous ces obstacles et les vaincre, c'est ce que V. A. R. de son côté, et nous du nôtre, ferons de notre mieux.

« J'ai l'honneur, etc.

« J" DK ViLLÈLE. »

CCCLXXXni. M. DE MAKTIGXAC AU COMTE DE VILLÈLE.

.. Madrid, le 27 mai 1823.

« Monsieur le comte, je croyais pouvoir vous annoncer aujourd'hui la formation du ministère, mais rien n'est fait encore à ce sujet. Je pense que danslajournée cette importante opération sera terminée. La déclaration deMonseig-neur pour la Régence a été affichée hier matin. Il m'est revenu de tous les

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côtés que le choix était très agréable aux royalistes et que les constitutionnels reconnaissaient qu'il n'y avait rien à reprocher aux élus.

« x\ussitôt que les ministres seront nommés, j'aurai avec eux une conversation sérieuse pour leur faire connaître vos vues, et leur faire sentir la nécessité de s'y conformer.

« Maintenant, monsieur le comte, permettez que je vous parle un peu de moi et accordez-moi un peu d'attention.

« M. de Talaru va arriver. C'est lui qui sera chargé de toutes les relations j)olitiques des deux Etats entre eux. Ma mission doit cesser, ce me semble, au moment où la sienne va commencer. Je ne crois pas que les deux puissent se concilier.

« J'avais parlé de cela à Monseigneur, il y a déjà quelques jours, et S. A. R., à qui j'ai le bonheur de voir que mes services sont agréables, m'avait répondu que je lui étais nécessaire et qu'elle ne voulait pas me laisser partir. Depuis, S. A. R. a pensé elle-même qu'à l'arrivée des ambassadeurs des puissances étrangères, elle devrait cesser de se mêler de politique, parce qu'elle ne pouvait entrer en discussion avec les ministres, et concurremment avec les envoyés étrangers. C'est du moins ce que j'ai vu dans une lettre que S. A. R. vous a écrite hier et qu'elle a bien voulu me communiquer.

« Cette résolution termine toute indécision en ce qui me concerne, et mon opération sera consommée au moment oii les ambassadeurs arriveront. Vous concevez aisément, monsieur le comte, combien ma posi tion serai t fausse et fâcheuse ici. La haute mission

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