‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 23 sur 158 · LKTTUKS 1)K M. DE M ONT. M 0 RIO N C Y · texte numérisé non relu

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trait mal a mon aise avec moi-même et avec vous. Je suis charmé pour vous d'une nouvelle marqui; do conliance, dont vous êtes digne |)ar votre parfait dévouement, vos travaux et votre haute capacité; j'y vois pour la chose publique un véritable avantage, mais un avantage unique, celui de déjouer, de décourager même les tentations d'ambitions individuelles, que pouvait toujours exciter une place, vacante en apparence, quoiqu'elle ne fût pas nécessaire. Je ne vois pas bien ce que la marche de nos travaux pourrait y gagner, car il me semble qu'ils allaient sans cela, et je n'imagine pas qu'il y ait rien de changé à nos rapports réciproques, ni à nos indépendances individuelles. J'aperçois au contraire, ou je crains quelques inconvénients, quelques mouvements de jalousie, qu'on ne s'avoue pas d'abord, et dont je crois pouvoir vous parler avec d'autant plus de simplicité que je ne m'y sens pas plus disposé qu'un autre naturellement , et que personne ne vous rend plus que moi un franc hommage. Ensuite, dussiez-vous être étonné de mes prétentions ou susceptibilités constitutionnelles (car c'est le mot), je vous dirai, comme je l'aurais dit au Conseil, si j'avais été consulté, que cela ne me paraît pas convenable pour la pairie ; qu'elle est une de nos premières institutions; qu'elle a besoin plus qu'une autre d'être soutenue et rehaussée , parce qu'elle manque de racines assez profondes, qu'il ne faut donc pas lui donner une sorte de désagrément, que les malveillants de la Chambre et du dehors relèveront avec atfectation, en vous accusant d'ambition, et nous quatre pairs d'avoir manqué à notre dignité.

Vous voyez avec quelle simplicité et abaiirlon je vous parle, comme si vous étiez pair et moi député. Il est de fait que je ne connais aucun exemple, ni en Angleterre en aucun temps, ni en France depuis la Restauration, d'un Conseil composé en majorité de pairs et présidé par un député, ou membre de la Chambre des Communes. Vous savez que M. Pitt n'a jamais présidé le Conseil. Enfin, pour vous rendre toute ma pensée, et me mettre bien de côté, je vous dirai que si le maréchal de Bellune avait été président, et vous vice-président, les résultats auraient été les mêmes, et j'aurais été parfaitement content.

« J"ai dit, mon cher collègue, j'ai déchargé ma conscience du besoin de franchise qui l'oppressait; actuellement c'est fini. La chose est grave, mais ne l'est pas assez pour balancer tant d'autres sentiments qui m'attachent à vous, et me rendent heureux de servir en commun avec vous le Roi et la France. Nous nous dévouerons donc plus que jamais à un si grand intérêt ; il n'y a pas trop de tous les efforts réunis.

(( Je reviens à nos affaires. Je crois que l'ensemble de mes lettres et dépêches vous les fait connaître telles qu'elles sont dans ce moment à Vienne. Les conversations particulières les avanceront plus ou moins d'ici à huit ou dix jours; mais il ne doit pas y avoir de réunions ou conférences régulières jusqu'à l'arrivée du duc de WelUngton. La fin de ma dépêche vous instruit des dernières nouvelles qu'on a eues de lui postérieurement aux vôtres, et de Tobligation où cela me met de demander les ordres du Roi. Faites-les-moi attendre le moins possible, et

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que votre courrier de retour soit ici avant le 1". On est peu eu conliance ici sur les (lis|)ositions (le l'Angleterre relativement à l'Espagne. On croit que le motif du duc en passant par Paris, ce ([ui est le plus long, est de vous engager, de vous presser pour une déclaration de ne rien faire contre nos voisins ; ils aimeraient à se mettre commodément derrière nous dans ce système, qui est le leur. Ici, tout en redoutant lag'uerre, on arrive par divers motifs à croire indispensable de prendre un parti. Quand on parle plus officiellement, on discute celui de retirer les agents diplomatiques, et de mettre l'Espagne comme en interdit. Dans les conversations plus libres, on parle sans cesse d'encourager les insurgés par des armes, des munitions, de l'argent. On dit que nous, avant tout, serions insensés de laisser écraser des auxiliaires qui nous seraient si indispensables dans un cas que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir empêcher. J'ai été obligé de répéter souvent qu'il répugnerait à la loyauté du Roi, à la nôtre même, de donner des secours secrets aux insurgés, lorsque nous conservons des relations amicales à Madrid. C'est alors que revient l'idée de les interrompre tous en commun. Après avoir tenu sur ce point des secours, le langage qui m'était prescrit, ce que je crois d'ailleurs convenable dans une réunion quelconque, je vous exprimerai confidentiellement mon opinion qu'il serait inutile de faire là-dessus des déclarations aussi explicites que celles que vous m'annoncez vis-à-vis de MM. Stuart et A'Court, et même vis-à-vis de M. de La Garde. Les circonstances chaque jour plus graves, que vous

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m'annoncez par votre courrier même, peuvent d'un moment à l'autre faire prendre une autre résolution.

« Adieu, mon cher collègue, je vous accompagne de tous mes vœux pour vos délibérations sur nos affaires intérieures. Songez aux journaux, qui doivent être mis sur un meilleur pied, et non négligés ou dédaignés, comme notre collègue Corbière en est toujours tenté. Je suis bien fâché de la mauvaise santé de celui-ci. Parlez-lui beaucoup de moi, s'il n'est pas parti pour la Bretagne, et à M. Peyronnet aussi, à qui je voulais écrire, mais le temps me presse. Je dois ajouter, avec plus de détails qu'il n'était convenable d'en donner dans ma lettre au Roi, que l'empereur Alexandre m'a parlé avec beaucoup d'estime de notre ministère et de sa marche, qu'il m'a questionné sur vous, qu'il ne connaissait pas encore assez, et j'ai été heureux de répondre en annonçant votre présidence, comme la sachant d'avance et en espérant beaucoup. L'empereur a témoigné du regret que M. de Richelieu, sur lequel il a été fort simple, ne se fût pas décidé plus tôt à se séparer de plusieurs de ses collègues, et il m'a nommé Pasquier spécialement d'une manière fort défavorable.

« Adieu encore, je vous renouvelle tous mes sentiments. Je relis votre dernière page, je ne crois pasm'être écarté jusqu'à présent des idées que vous m'exprimez; elles présideront à la confection de ma note, que je méditerai beaucoup, si je suis dans le cas d'en donner une, et que je rendrai la moins solennelle possible. On n'a encore ici aucune idée sur le voyage de l'infante brésilienne. On serait plus

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préoccupé du procès des deux Infants, dont nio parle le duc de Fernan Nunès dans une lettre particulière; il est bien embarrassant par ses instances de tous genres, mais surtout d'argent, au nom d'un roi si malheureux, mais...

« P. S. J'ajoute quelques mots sur une affaire qui ne vous regarde peut-être pas directement, mais que je dois vous recommander, surtout en l'absence de Corbière. C'est l'envoi si désiré ici, mais très en secret, d'un homme qui apporte tout ce que nous avons de renseignements sur les Carbonari, pour prendre aussi connaissance de ceux très précieux qu'ils ont. M. Franchet avait un homme tout prêt, ce me semble; ce serait du meilleur effet ici, et il me semble que cela ne pourrait avoir que des avantages, en y mettant beaucoup de discrétion. Décidez et accélérez.

« Je dois ajouter encore que je suis très content de MM, de La Ferronnays et Caraman, de leur déférence pour moi et accord entre eux, »

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