‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 24 sur 158 · CCXXIV. — LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE DE MONTMORENCY · texte numérisé non relu

CCXXIV. — LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE DE MONTMORENCY

« l'ai'is, le 17 septembre 1822.

« J'ai reçu hier, mon cher collègue, votre lettre du 7, et vous félicite de tout mon cœur de votre heureux voyage. Nous allons tous ici assez bien malgré les inconvénients de votre absence et de celle de Corbière qui ne laissent ])as de nous donner de l'oc-

eupation ; mais comment s'en plaindre quand vous travaillez pour nous à Vienne et Corbière à se rétablir en Bretat^nc?

« Ce bon M. llerman,qui m'aide de tout son pouvoir à ne laisser en arrière aucune des affaires de votre ministère, vous envoie, m'assure-t-il, des extraits de tout ce que nous avons reçu depuis votre départ.

« Je n'ai donc à vous dire que ce qu'il ne sait pas de nos déterminations intérieures. Comme je vous l'ai marqué, nous n'avons pu donner aucune suite au projet d'envoi d'Hyde de Neuville en Espagne; le supplice de Goueffier a achevé de nous en dégoûter : d'ailleurs Hydeno s'en souciait pas du tout. Les progrès de l'insurrection, la faiblesse et le dénuement du gouvernement espagnol, la difficulté que nous avons éprouvée nous-mêmes à nous procurer avant le mois de novembre le complément de chevaux nécessaire pour entrer en campagne, sj on y eût été forcé, tout s'est réuni pour nous décider à continuer le système d'expectative et de préparatifs dans lequel nous sommes depuis quelques mois. Seulement nous marchons avec le temps et les événements. Ainsi nos Français étant journellement menacés et compromis sur tous les points de l'Espagne où le commerce les attire, nous avons chargé M. de La Garde de les autoriser à quitter même les consulats, le jour où ils le croiraient opportun pour leur sûreté.

« La saison de la fièvrejaune finissant sans qu'elle se soit déclarée, il serait ridicule de continuer les précautions sanitaires, et il y aurait de la faiblesse

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à ajipolor iiolrc armée cordon sanitaire : nous venons d'averlir M. «le La Garde qu'aussilùl après sa réponse sur ce point, nous ferions cesser les premières et substituerions la surveillance do l'armée d'observation au service du cordon sanitaire. Enfin toujours désireux de voir l'état de nos voisins s'améliorer, mais fermement décidés à ne pas rester, sans moyens de défense, exposés au danger d'un tel voisinage, nous serons toujours prêts à nous préserver avec une armée de cent mille bommes disponibles. Voilà notre situation , elle est sage, bonorable et sera respectée, nous l'espérons; c'est ce dont vous pouvez donner l'assurance, si on vous la demande. Dans le cas où l'on voudrait davantage, vous savez que nous pensons que c'est aux autres à présenter leur plan et à nous, comme le plus directement intéressés, à juger s'il est d'accord avec nos intérêts, nos vues et notre situation.

(( Les événements décisifs qui viennent d'avoir lieu dans la Morée, donneront probablement de grandes facilités pour terminer les différents entre la Turquie et la Russie.

« Ce que nous savons de la situation morale de la Sicile et du royaume de Naples ne nous permet pas d'exiger l'évacuation, mais nous pouvons demander un allégement des cbarges pécuniaires que les finances de ce royaume ne peuvent plus supporter, et conseiller les moyens d'organisation intérieure, qui peuvent seuls permettre plus tard la cessation de l'occupation étrangère.

« Pour le Piémont, l'évacuation étant réclamée par le roi et ne présentant aucun danger, nous devons

o8 SKl'TEMIîKE 18 22.

la sOLilenir de tout notre pouvoir. Enfin nous devons éviter par tous les moyens une confédération italienne qui placerait plus régulièrement cette partie de l'Europe sous rinflnence exclusive de TAutriche.

« Voilà, mon cher collègue, nos idées sur les questions que vous serez appelé à traiter, je vous les transmets du Conseil même, auquel je viens de les communiquer, et qui les approuve comme les seules bases de direction que nous pussions vous transmettre.

« M. Canning est délinitivement ministre des Affaires Etrangères. Le duc de Wellington a été réellement malade; s'il est en état d'aller à Vienne, il fera le voyage, mais dans tous les cas il n'y sera guère qu'à la fin du mois : nous l'attendions aujourd'hui à Calais, mais il est quatre heures et le télégraphe ne nous a pas encore annoncé son débarquement.

« Nous avons terminé avec le Nonce et envoyé un courrier extraordinaire à Rome pour avoir, comme nous le faisait espérer M. de Blacas, la bulle avant la lin du mois : Chàlons-sur-Marne a été substitué à Vienne. Nous espérons obtenir deux cardinaux et ferons à cette occasion des pairs ecclésiastiques.

« Hyde de Neuville convoite l'ambassade de Constantinople; il est dans de très bonnes dispositions et se prépare à combattre M. Boyne de Faye aux élections de Nevers.

« Chateaubriand est ici depuis quelques jours, il est fort sage, ne pense pas du tout à aller à Vienne et marchera fort bien avec ses deux collègues : je

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lui fais donner toutes les communications et lui donnerai toutes les indications nécessair(>s à la mission qu'il va remplir.

« Nous avons de toutes parts les meilleurs renseignements sur la disposition des troupes.

<( Les derniers jugements, et notamment celui rendu contre les journaux, ont produit sur l'opinion le plus salutaire effet. Les Français aiment à se reposer à TaLri de la justice, c'est un pouvoir dont le joug et la protection sont tout à fait dans les habitudes et le goût de la nation.

« Adieu, mon cher collègue, MM. Peyronnet, duc de Bellune, Clermont-ïonnerre et Lauriston, auprès desquels je finis cette lettre, se réunissent à moi pour vous transmettre les plus tendres sentiments.

« J" DE ViLLKLE. »

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