‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 30 sur 158 · CCXXIX. LE DUC DE RAUZAN AU COMTE DE A'ILLÈLE · texte numérisé non relu

CCXXIX. LE DUC DE RAUZAN AU COMTE DE A'ILLÈLE

« Vienne, ce 2o septembre J822.

'( Monsieur le comte,

« Le courrier, qui a été expédié par M. de Montmorency le surlendemain de mon arrivée ici, a porté à V. Exc. l'accusé de réception des dépêches qui m'avaient été confiées. Je ne veux pas laisser partir celui-ci sans vous exprimer combien j'ai été sen-

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sible à robligeaiice que vous avez bien voulu me témoigner dans cette occasion-ci. C^csl en elfet un véritable plaisir pour moi que de me trouver rapproché d'un genre d'allaires vers lequel pendant plusieurs années s'étaient dirigées mes études et mes réflexions, quoique à la vérité je ne puisse pas avoir l'espoir d'être utile. Mais cependant il y a toujours quelque avantage à ce que les mômes choses soient vues par plusieurs personnes, et par conséquent sous des jours différents, surtout dans un temps oii notre position mérite certainement la plus sérieuse attention. On ne peut se dissimuler qu'elle a beaucoup perdu de ses avantages depuis le congrès d'Aix-la-Chapelle. Sortie plus heureusement qu'on ne pouvait l'espérer de la situation pénible dans laquelle les événements l'avaient plongée, la France avait alors le droit d'espérer qu'elle pourrait prendre^ au milieu des puissances de l'Europe une attitude convenable ; mais le funeste système adopté en 1819 vint déranger ces espérances; il a fourni des armes à ceux dont les intérêts étaient contraires aux nôtres, et a inspiré aux autres des craintes qui sont au moins bien spécieuses. Le mal est fait; espérons que l'adoption d'un nouveau système dans nos affaires intérieures, système qui a eu déjà de si heureux résultats, pourra le réparer. Parties importantes de ce nouveau système, nos affaires extérieures ontpeut-ètre besoin d'être vues sousun nouveau jour, de recevoir une empreinte nouvelle. Quoi qu'il en soit, toujours est-il hors de doute que notre position politique n'est pas fort brillante en ce moment. Nous ne pouvons pas nous en étonner. En

etfet, en 18 19, nous avons paru nous abandonner aux libéraux; on a dit, à tort ou à raison, que nous soutenions le parti des novateurs en Europe. .Notre attitude a été constamment incertaine. Des conspirations nombreuses ont éclaté; on a exagéré les menaces de révolte. Les ministères ont été chancelants et changeants. Notre prospérité a excité la jalousie des uns, a alarmé les autres par l'idée de la grandeur des moyens dont la France, révolutionnée de nouveau, pourrait disposer.

(( De là est résulté que l'Autriche et la Prusse ont envié notre force, craint notre intervention dans les affaires qui les touchaient de près, redouté Teilet de nos principes dans leurs pays, jeté des cris d'alarme à la vue d'une révolution qu'ils ont cru, ou voulu croire, imminente. L'Angleterre, qu'elle partageât ou non leurs sentiments, a trouvé son compte à partager leur politique. Enfin l'empereur de Russie a été amené à penser qu'il avait à se reprocher de nous avoir poussé au libéralisme, que nous étions en danger d'en être la proie et d'en infecter l'Europe, que son ouvrage de pacification générale était menacé, et d'un autre côté que notre faiblesse et notre mutabilité étaient telles que nous ne pouvions entrer dans aucun système suivi de politique, qu'on ne pouvait faire aucun fond sur nous, rien entreprendre de concert avec nous. Il y a même probabilité (peut-être en avez-vous la certitude) qu'il a pris à Laybach des engagements fondés sur cette idée comme principe. Aussi, sans parler de l'attitude que nous avons eue à Laybach, peut-on remarquer avec étonnement que l'empereur de Russie, dans les

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