‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 31 sur 158 · LKTTBK DU DUC DE RAUZAN · texte numérisé non relu

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allaires de (a-èce, ne nous ail fait au milieu de ses embarras aucune ouverture sérieuse, ce qui cependant était assez indiqué. En résumé, les puissances qui n'ont aucun besoin de nous, ont la volonté prononcée que notre avis soit de peu de poids dans les affaires, et celles qui pourraient être dans le cas d'agir de concert avec nous, ont un défaut absolu de confiance. Il faut convenir cependant que l'administration actuelle, à ce que j'entends dire, a l'assentiment général en Europe, et cela pour deux raisons: les talents que vous avez montrés dans la conduite des affaires, l'empire qu'on vous suppose sur les esprits; et la persuasion dans laquelle on est, que de tous les ministères qui ont administré la France, aucun n'a été plus disposé à adopter les vues communes d'opposition aux révolutionnaires et aux novateurs. Car à présent, monsieur le comte, le carbonarisme, arme puissante pour les uns, cauchemar pour les autres, est le grand mot de ralliement en Europe.

(( A en juger par la manière dont vous avez conduit nos affaires, j'oserais croire que V. Exe. n'est pas disposée à se laisser effrayer outre mesure de ces épouvantails. Il m'a semblé, qu'au timon des affaires, vous avez jugé que ce qui faisait la principale force des ennemis de l'Etat, était une marche incertaine, des lois d'exception, qui, en suspendant la marche des institutions, privent l'Etat des forces qu'il pourrait en tirer, l'hésitation à prendre franchement l'allure que comporte la forme de gouvernement que nous avons; vous avez placé le gouvernement dans une position juste, rallié autour de lui

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les forces réelles qui se trouvaient jusque-là dispersées, el déjà par cela seul les dangers se sont simplifiés; on a pu les mesurer, et on les a vus s'abaisser devant le gouvernement. Eh bien, il me semble que ce qui s'est fait en France, ce qui y réussit, puisse avoir le même succès en Europe; que les dangers résultent surtout do la position fausse des gouvernements. La question est très grave ; parce que, de l'idée que le gouvernement français se fera du danger, de la force des Carbonari, dépend évidemment la marche qu'il a à suivre; il faut choisir entre s'enrôler sous les drapeaux de l'Autriche, ou avoir une attitude indépendante et à soi. Mais le danger est-il aussi grand qu'on s'amuse à le peindre, les Carbonari sont-ils les maîtres de l'Europe? Il est fort permis d'en douter. L'état de la société est changé partout ; il en résulte une tendance à favoriser les chang'ements de l'état politique. De là les gouvernements pourront, ou adapter l'un à l'autre, ou comprimer l'efTet du nouvel état de société. Selon la position dans laquelle chaque gouvernement se trouve, il peut prendre avec succès l'un ou l'autre de ces partis; mais tous les partis intermédiaires sont faux, et tout gouvernement qui les prendra, se mettra en position, ou de culbuter en vingt-quatre heures comme Xaples, en un mois comme l'Espagne; ou de perdre son temps en finesses et en tromperies comme quelques autres. L'Autriche a trouvé son compte à sonner l'alarme; l'effroi des autres qui avaient la conscience de leur position fausse, leur a fait faire chorus, et l'on a fini par se persuader que les Carbonari étaient maîtres de l'Europe. L'Autriche en a

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recueilli de j^raiuls avantages; on l'a laissée souveraine maîtresse en Italie, et elle a trouvé le moyen d'arrêter l'empereur de Russie dans les affaires d'Orient. Ceci est le chef-d'œuvre de la vie politique de M. de JVletlernich. En effet, monsieur le comte, l'on voit l'empereur amené, à l'époque de la révolte intempestive des Grecs, à prendre à Laybach des engagements, même par écrit, dans le sens voulu par le cabinet de Vienne ; de retour en Russie, exposé aux insinuations de son ministre, irrité de la manière dont les Turcs ont reçu ses premières communications amicales, se rappelant l'ancienne politique du cabinet de Pétersbourg, il paraît décidé à prendre les armes; des troupes se rassemblent; mais par modération, il hésite encore et consulte ses alliés. Alors, sans le contredire, M. de Melternich, tantôt lui peint les suites inévitables de la guerre en Europe, le triomphe des libéraux, l'ouvrage de ses mains renversé; tantôt, quand ces moyens s'usent, il fait écrire l'empereur d'Autriche lui-même, qui lui rappelle les engagements pris; le temps se passe; l'Autriche se charge de renouer le fil des négociations à Constantinople. La Turquie se refuse à tout, parce qu'elle sait que la guerre n'aura plus lieu. Bref l'affaire des Grecs est à peu près finie, et le résultat est que la Russie n'a pas été satisfaite, qu'elle a laissé égorger les Grecs qu'elle élevait pour Ja révolte, qu'elle a perdu son influence à Constantinople, influence basée et sur la crainte qu'elle inspirait aux Turcs, et sur l'espoir qu'elle donnait aux Grecs; enfin que c'est FAutriche et l'Angleterre qui vont dominer en Turquie. Jusqu'à présent ce singulier

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résultat affecte moins l'empereur que l'idée d'avoir tout sacrifié au bien et à la tranquillité de l'Europe; il doit donc pour sa propre satisfaction entrer dans toutes les vues de M. de Metternich, et partager tout l'effroi que celui-ci affecte des révolutionnaires. C'est probablement sous cette couleur-là qu'il va se montrer au Congrès. Nous n'avons à attendre de lui que de l'intérêt, mais un intérêt subordonné à l'affaire importante de l'Europe.

« La Prusse est entièrement subordonnée au système autrichien. Elle a complètement rejeté l'influence russe, sous laquelle sa vanité gémissait; elle a préféré, et avec raison, dans des temps où il n'est plus question de conquête, l'alliance tranquille de l'Autriclie. Mais elle est plus qu'aucun autre effrayée des Carbonari, et exagérée dans ses craintes. Elle le doit à une position très fausse.

« Telle est, monsieur le comte, à ce qu'il me semble, la situation des différentes puissances qui s'assemblent ici. L'Autriche, l'Angleterre et la Prusse s'entendront parfaitement; la Russie ne peut pas se séparer et marchera avec elles. Notre situation n'est donc pas brillante ; elle attend de l'avenir, mais surtout elle pourrait recevoir d'un nouveau système, quelque amélioration. Elle en recevra aussi du temps, car l'empereur regrettera bientôt la tournure qu'ont prise les affaires d'Orient. Les affaires d'Espagne nous feront, ou beaucoup de bien, ou beaucoup de mal.

K Mille pardons de la longueur de celte lettre. Je ne voulais d'abord que vous remercier de vos bontés, et je crois que j'ai fort abusé de votre patience ;

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c'est une suite de la bienveillance que vous avez bien voulu me témoigner, et dont je prends la liberté de vous demander la continuation.

« Veuillez, monsieur le comte, agréer l'expression de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.

« Le duc de Ral'zan. «

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