CCLVI. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE
« Vérone, commencé le 9 novembre.
« Je VOUS ai mandé par ma dernière lettre, mon cher collègue, le travail dont les chefs des divers cabinets s'étaient décidés à s'occuper. J'ai préparé le mien, en stimulant chaque jour celui des autres; je l'ai préparé dans un parfait accord avec nos trois plénipotentiaires, dont j'ai mis les idées à contribution et réclamé à plusieurs fois l'avis dit en toute liberté. J'ai donné communication confidentielle de mes idées aux autres ministres, et surtout à celui qui, par un concours de combinaisons que vous avez pu déjà pressentir, désire plus qu'un autre que la modération de ces mêmes idées paisse servir de régulateur aux dispositions plus ardentes d'un autre cabinet, et aussi d'encouragement au duc de AVellington pour promettre, au nom de son cabinet, un langage sinon tout à fait analogue, du moins assorti aux dispositions communes. Dans la même intention de cette bonne intelligence, qui est l'objet principal de tous nos efforts actuels, je me suis donné le mérite d'une pareille confidence, toujours très bien reçue, auprès de l'empereur Alexandre lui-même, qui m'a accordé encore un long- entretien, comme ma dernière lettre vous
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l'annonçait. 11 a roulé à peu j)i'ès sur les mêmes idées que les précédents. L'empereur a daii^ué donner son approbation à l'ensemble de mon projet, que je lui présentais bien comme tel, et devant être communiqué à nos collègues à Paris, et soumis à l'approbation suprême du Roi. Cependant il n'a pas manqué de se réserver pour lui-même de parler un langage plus énergique ; il a pris de là occasion de me répéter son opinion formelle que nous n'en finirions jamais avec l'Espagne sans des mesures de ce genre; que, par les dernières nouvelles qu'il a reçues de M. de Bulgari, en même temps que les nôtres de M. de La Garde, la révolution lui paraissait chaque jour plus menaçante par ses principes et ses excès, et en même temps plus faible dans ses moyens de défense; qu'il ne faudrait donc pas lui donner le temps de se trop renforcer par des avantages décisifs sur les royalistes armés, qu'on aurait en outre, aux yeux de l'opinion, le tort d'avoir abandonnés, etc., etc.
« L'empereur en vint une ou deux fois à une question pressante : si nous nous déciderions à la guerre. Je lui répondis avec calme et fermeté, ce que M. de La Ferronnays lui avait déclaré la veille dans une conversation incidente au bal, que nous ne changions pas de langage ni d'intention ; que nous désirions éviter la guerre, mais que nous saurions la faire si nous étions attaqués, ou si elle devenait indispensable pour défendre notre sûreté et notre dignité. L'empereur approuvait, mais revenait sans cesse à des raisonnement plus pressants. Je ramenai moi-même la conversation à une explication, qu'il
m'indiquait presque l'envie d'éloigner, mais qui était nécessaire, et déjà commencée par le rapport qu'a dû lui faire le général Pozzo. Je lui rappelai le sens très étendu que j'avais toujours cru devoir donner aux paroles généreuses de ses précédentes conversations; c'était dans ce sens que j'en avais rendu compte au Roi mon maître ; d'après la confiance qu'il savait inspirer, je ne pouvais pas supposer un moment que, par des ordres donnés à ses troupes, ou des annonces de secours que nous n'aurions pas encore demandées, il voulût nous mettre dans la position fausse et peu digne, de paraître désirer la guerre, mais de ne pas oser la commencer avant que ces secours ne fussent arrivés. L'empereur sembla acquiescer à ma juste confiance, mais cependant revenait souvent à dire qu'il fallait bien song-er à l'énorme distance; que nous ne pouvions concevoir aucun soupçon légitime sur la pureté de ses intentions; qu'il ne songerait jamais à passer parla France, que d'après notre désir et notre réquisition formelle. Il est positif que chaque jour son imaginationvivesepréoccupe davantage de l'idée delaguerre et y voit peut-être une consolation, une distraction, des sacrifices qu'il s'est décidé à faire en Orient. Chaque jour il est plus frappé des dangers, comme exemple et comme contagion, d'une révolution, entée sur l'insurrection militaire, ettriomphante enface des principales puissances de l'Europe assemblées sans pouvoir y porter remède. Cependant la même conversation qui m'a suggéré ces idées, me laisse la certitude qu'il ne se portera à aucun acte positif, que d'accord avec nous et sur notre propre demande.
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« Je dois vous dire que dans cotte même conversation j'aperçus pour la première fois les traces dune opinion, ou plutôt d'un soupçon, qui pourrait être arrivé à l'empereur par bien des voies différentes : certaines inlluences secrètes, qui sont malheureusement trop communes en politique, et souvent fondées sur de misérables calculs particuliers; quelques propos indiscrets ; quelques lettres arrivées de France, dans le genre de celle que le prince de Metternich me montra l'autre jour, sans me nommer l'auteur, et en la traitant avec un juste dédain : lettre qui semblait dénoncer le ministère français comme étant décidé à ne jamais faire la guerre à l'Espagne dans aucun cas, et voulant annuler le Congrès par quelques notes et vaines protestations, pour le voir se séparer sans aucun résultat, et être plus libre ensuite dabandonner les royalistes et de ménager les révolutionnaires espagnols. L'empereur m'indiqua donc avec mesure la crainte qu'il n'y eut quelque dissentiment d'opinion dans le ministère du Roi, et qu'àmon retour, il ne désavouât toute espèce d'accord et ne se refusât à toute espèce de démarche im peu digne et un peu prononcée. J'eus toute la force de la conviction en lui répondant que rien n'était plus absurde et plus calomnieux ; que nous étions parfaitement unis; que le système de modération noble et indépendante dans lequel mes discours avaient toujours placé mon gouvernement, avait été arrêté en commun avant mon départ de Paris, et depuis confirmé par toutes vos dépêches. L'empereur alla une fois jusqu'à m'énoncer l'appréhension qu'on n'employàtà l'armée des Pyrénées des hommes
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comme Suchet et Belliard. Je n'eus pas de peine à répondre par une dénégation positive et une sorte d'étonnemeiit, que rien n'était moins fondé, ni moins supposable.
« L'empereur s'exprima dans la même conversation avec assez de liberté sur T Angleterre, disant qu'on était sûr qu'elle ne ferait rien contre, mais que pour s'assurer son assentiment plus positif, il faudrait que les quatre autres puissances se montrassent parfaitement unies ; qu'on ne pouvait pas, sur sa parole, ni d'après ses assertions, fermer les yeux sur des dangers évidents ; que ces dangers frappaient, pour eux-mêmes, tous les princes d'Italie, qui lui avaient déjà parlé dans ce sens depuis
leur arrivée ici, etc.
« Le 11 novembre 1822.
« J'en étais là de ma lettre, lorsque j'ai reçu hier par le courrier anglais la vôtre chiffrée, du 4, avec les pièces qui l'accompagnaient. Il est plus franc de vous exprimer tout de suite la première impression de peine et de surprise que m'a causée la première page de cette lettre. Je ne sais pourquoi vous insistez autant à m'appliquer l'idée et le titre de rapporteur, dont je ne crois nullement avoir rempli les fonctions dans les premières conférences, même confidentielles ; mais le mot du reste importe peu à la chose. Je me demande plus sérieusement en quoi j'aurais mal compris l'opinion du Conseil et pris une marche contraire à cette opinion. Est-ce en parlant le premier, ou plutôt le second, sur notre situation actuelle vis-à-vis de l'Espagne ? car je ne m'en suis expliqué qu'après avoir été interrogé par les
autres chefs de cabinet. Fallait-il me refuser à dire ce que nous seuls pouvions bien savoir? Cette sorte de réserve timide et de crainte d'être pris par ses propres paroles, pouvait-elle faire reprendre à la France l'attitude qui lui convient dans toutes les négociations? Qui d'ailleurs, autre que moi, pouvait poser des questions dans le sens de notre propre intérêt et de notre prévoyance forcée? Car enfin nous désirions des réponses sur ce que nous avions à attendre en cas de rupture, et je me rappelle encore avoir entendu répéter autour de notre table de Conseil, que ces réponses favorables seraient à elles seules un résultat du Congrès très avantageux pour nous. Nous ne pouvions donc pas attendre qu'on vînt nous offrir ce que nous avions intérêt à demander. Les questions que je vous ai envoyées, nous ont paru à tous, et même aux étrangers, posées d'une matière claire et digne, qui conservait parfaitement nos droits d'indépendance et d'initiative. Vous me parlez d'explications qu'on a dû me demander. Je ne conçois pas bien à quelle partie de ma correspondance cela s'applique. On ne m'en a pas demandé précisément; mais du moment qu'il était question d'une explication de l'alliance existante, ou d'une convention défensive plus explicite, plus encore, d'un traité (expression dont vous vous êtes servi plus d'une fois dans vos lettres), il devient indispensable de poser plus au moins généralement ce qu'on appelle les casiis fœderis, et c'est ce que nous nous occupons dans ce moment de faire, ou par un simple protocole dans une seule conférence, ou par une autre forme très simple. Je suis donc obligé de répéter avec
une entière conviction, et d'après un second examen fait à la suite de votre lettre, que je ne conçois pas encore la marche différente que je pourrais suivre, si j'avais à recommencer. Il n'en est pas de même pour la seconde partie des négociations, dont traite le commencement de ma lettre : je ne l'aurais sûrement pas provoquée. Peut-être même le prince de Metternich n'aurait-il pas pris à lui seul cette seconde initiative, s'il n'avait senti l'impossibilité de réduire l'ardeur de l'empereur Alexandre aune complète inaction, même de plume. J'avoue bien dans le fond (le ma pensée que ce serait une triste attitude pour le Cong-rès réuni, de montrer sa totale impuissance et presque son indifîérence sur un fait aussi grave pour l'Europe que la révolution d'Espagne; que, si un tel acte de faiblesse était attribué à notre influence, nous pourrions encourir une grave responsabilité envers les royalistes de tous les pays, et en particulier envers les nôtres. Mais aussi, j'ai senti que ce n'était pas à moi à proclamer une telle opinion. Je me suis tenu dans une véritable réserve, me bornant à préférer celui des modes d'agir qui d'abord nous donnait le plus le temps d'y penser, et laissait à chacun une plus entière liberté de parler son langage. J'ai répété queje n'étais point autorisé àpromettre le rappel de notre ministre, dans le cas même où les trois alliés rappelleraient les leurs; que je ne pouvais présenter qu'un projet conditionnel, une simple espérance ; et que le tout ne pouvait être confirmé ou décidé que lorsque j'aurais pu conférer avec mes collègues et prendre les ordres directs du Roi. 11 a donc été entendu dès hier, dans une
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réunion des quatre chefs de cabinet, que du moment que les notes, ou projets d'instruction, auraient été arrêtés par chacun et soumis à une sorte d'examen ou de censure amicale des autres, je porterais le tout à Paris, pour écrire de là ce que notre cabinet croirait pouvoir faire ou promettre de son côté. Dans cette même conférence intime le comte de Nesselrode nous donna connaissance de son travail, qui avait déjà passé sous les yeux de l'empereur, et se compose de trois pièces : une instruction ostensible; une seconde secrète, qui prescrit à son ministre d'observer l'eftet de la première, et dans le cas où elle n'en aurait produit aucun de satisfaisant, au bout de quelque temps, de demander ses passeports, en présentant une autre note, qui est la troisième pièce. Je me permis d'observer que la première était conçue dans des termes trop violents, trop menaçants, qui pourraient même provoquer la guerre. M. de Nesselrode me protesta que telle n'était pas son intention, quoique tout son travail pût et dût se ressentir des opinions très prononcées de son souverain. Je saisis l'occasion de faire expliquer les deux autres ministres d'une manière catégorique sur leurs intentions positives. M. de Metternich, qui n'avait pas encore fini sa note et ne nous la montrera que demain, protesta que l'empereur son maître verrait sans peine la cessation des rapports diplomatiques ; que peut-être même tendait-ii à cela ; mais qu'il désirait vivement que la guerre put être évitée, et, dans son opinion, elle le serait d'autant mieux que l'on parlerait d'une manière plus ferme, plus énergique et plus concertée.
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« M. de lieriislorfî, ])artageant cette dernière opinion, et la crainte aussi de la guerre qu'il voudrait éviter, avait fait un brouillonde son projet d'instruction, qu'il communiqua il y a deux jours au comte de Nesselrode et à moi, et qui nous parut à tous les deux beaucoup trop vif : il s'occupe en ce moment de le radoucir. Ces projets, un peu revus, seront communiqués confidentiellement au duc de Wellington. Il sera invité à nous dire quel langage analogue il peut faire espérer de la part de son cabinet, ou s'il ne faut rien attendre du tout de l'Angleterre. Peutêtre demandera-t-il comme moi d'y retourner avant de répondre définitivement. On peut toujours s'attendre à des difficultés, à des objections. Il en a trouvé à faire, mais dans une forme très amicale, à mon projet très modéré, que je lui ai communiqué confidentiellement. Il lui aurait fort convenu et on m'a rapporté que lord Slewart avait exprimé là-dessus son vœu, que nous voulussions nous faire son second et l'aider à mettre des entraves, dont il nous aurait chargés plus que lui-même, à toute espèce d'action de l'Alliance. Mais jamais je ne conseillerai ni ne voudrai faire jouer à la France un pareil rôle, qui blesserait et éloignerait à jamais de nous l'empereur de Russie, qui autoriserait l'Autriche à nous trouver des torts, pour lesquels elle sera toujours plus sévère que pour ceux de l'Angleterre. Et quelle compensation que de nous rapprocher de celle-ci qui, en dépit de toutes les protestations personnelles que me fait le duc de Wellington, sera toujours notre ombrageuse rivale ! Il n'y a pas un fait nouveau qui ne l'atteste comme les anciens. Vous avez
VU colle dernière réponse à nos demandes, (jui est si mauvaise et que le duc voudrait lui-même retirer. Je sais qu'il prépare une noie au Congrès sur la traite des noirs, où nous sommes attaqués, inculpés. Eufm, la conviction de M. de Chateaubriand est entière sur ce point et fortifiée par la récente expérience qu'il a faite de Londres. Ainsi, malgré quelques rapports d'analogie dans nos formes de gouvernement, jamais je ne pourrai en conscience approuver ce système de cause commune avec l'Angleterre. Du reste vous entrez dans ma pensée par votre juste prévoyance sur ce qu'elle fera à l'égard de l'Espagne et de ses colonies. Pouvonsnous en ce genre l'imiter ou la prévenir? Je suis intimement persuadé que non, et que nous nous donnerions un tort, sans arriver à un succès. Le seul point sur lequel je voie chance à être d'accord ici avec elle, c'est sur les intérêts d'Italie. Le duc de Wellington, tout en ayant annoncé qu'il ne voulait pas s'en mêler, m'a questionné le premier sur les intentions du roi de Sardaigne, qui n'était pas encore arrivé. Ce prince, dans sa première audience, ne m'en a rien dit, et est en tout très peu parlant. Mais j'ai eu encore hier, par son ministre M. de La Tour, l'assurance, arrivée de même au duc, que le roi demandait formellement l'évacuation du Piémont, mais successive, de manière qu'elle fût opérée pour un tiers d'abord, ensuite de quatre en quatre mois et enfin complètement terminée dans neuf mois. C'est la fixation d'un dernier terme précis, qui est surtout essentielle pour l'opinion. Il paraît que l'Autriche, qui a été pressentie, ne s'y op-
pose point, et nos plénipotentiaires pourront suivre facilement à cet égard les instructions du Roi, qui sont formelles. Quant à Naples, je n'ai pas encore causé à fond avec M. le prince RufTo, qui a été fort occupé depuis quelques jours d'un courrier à envoyer chez lui, comme je le suis depuis hier de celui que je vous expédie; mais j'aurai cette conversation avant de partir. Je sais déjà que la discussion pour le Midi de la Péninsule sera presque entièrement financière. Le roi désire plutôt qu'on ne lui ôte pas de troupes. La partie de son ministère qui s'accorderait le mieux avec nous, ne songerait tout au plus qu'à en obtenir en ce moment une légère diminution, mais voudrait surtout qu'on fît un arrangement plus économique pour la solde qui est excessive, et qui accable les finances qu'on veut rétablir. Ce seront les Autrichiens qui se feront peut-être marchander, en parlant de se retirer. Du reste, je lis en ce moment le mémoire sur la Sicile de M. de Serre, qui vous l'a déjà communiqué et qui me donnera peut-être à vous porter la suite sur Naples : c'est bien fait et intéressant; mais il y a des conclusions, au moins tacites, et un esprit général très conforme à ses conversations d'ici, et dont j'aurai besoin de causer avec vous à mon retour.
'( Quant à des mesures générales qui pourraient menacer l'indépendance de l'Italie, j'espère que si on les a projetées et annoncées pour tâter l'opinion, elles sont à peu près abandonnées ; du moins celle d'un tribunal central contre les conspirations et les sociétés secrètes, à placer à Milan ou à Modène. Le cardinal Spina, avec qui je m'en suis entretenu,
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comme je crois vous l'avoir mandé, a la mrme confiance et allachc beaucoup de prix à éviter cette usurpation sur l(^s droits de son gouvernement, (jui exerce une surveillance fort réelle, mais douce dans les formes extérieures. Du reste nos plénipotentiaires seront là-dessus en garde, et par leurs instructions, et par nos conversations, et par l'évidence même de l'intérêt. Je ne vois pas trop de motif de leur appliquer lamenace un peu sévère que contenait la fin de votre lettre. M. de Caraman est le seul qu'on croie porté à la condescendance envers l'Autriche ; mais le système qu'il professe très ouvertement à cet égard, et qui par là même a peu de danger, le conduit à soutenir que l'Autriche n'a plus, dans sa politique actuelle, les mêmes intentions qu'on lui attribuait autrefois; mais le jour qu'elle les énoncerait formellement, j'espère qu'il saurait faire son devoir en les repoussant avec ses collègues.
« Fini le 12 novembre.
(( Je crois avoir, mon cher collègue, épuisé dans cette longue épître confidentielle toute ma partie politique : un mot seulement de réponse sur les intérêts des petits Etats d'x4.11emagne, que vous unissez à ceux d'Italie. Il a été déclaré formellement qu'on ne parlerait pas même ici des premiers, qui devaient être absolument renvoyés à la Diète de Francfort. Je n'ai pas besoin de vous dire que la nouvelle reçue ici par le duc de Wellington, comme par moi et plusieurs autres, de l'emprunt proposé à la régence d'Urgel, et des arrangements même conclus, ou prêts à conclure par elle, a fait beaucoup d'im-
pression sur le duc lui-même, mais plus encore sur les imaginations vivement préoccupées des arguments que fournit, pour terminer les alîaires d'Espagne, l'opinion de la force des royalistes et de la faiblesse de leurs adversaires. Le général Pozzo vient encore tout à Tlieure de venir chez moi. Dans une conversation que j'ai abrégée, il m'a fait encore entendre ses protestations d'attachement à la France, où il \eiii fini?' sa vie et laisser ses os, m'a-t-il répété. Il nous conjure, au nom de tous ces sentiments, de ne pas laisser échapper une si honorable occasion de clore à jamais la révolution de France, le jour où la France elle-même aura arrêté celle de ses alliés. Ces déclamations, qui ont peu de dangers dans mon cabinet, pourraient en avoir davantage cet hiver à Paris, où il faut s'attendre à les voir reproduire par le même ambassadeur; il llatterait beaucoup les idées de nos royalistes : c'est une chose qu'il faut prévoir, au moins pour tout le temps où nous n'aurons pas pris un parti définitif. Le même Pozzo m'a prié de vous entretenir d'un des objets incidentaires de sa visite : la demande que les exécuteurs testamentaires de Buonaparte avaient adressée aussi aux plénipotentiaires russes pour les intéresser à l'exécution du testament et à la levée des obstacles. Il était chargé de me dire que l'empereur ne voulait rien faire ni dire à cet égard, que ce que nous désirerions. Il paraissait regretter que nous n'eussions pas séquestré. Mais je crois que toute cette affaire peut être remise à mon retour, dont je voudrais bien vous annoncer le jour fixe : c'est impossible, toutefois en conservant l'espérance que
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cola no passera pas le mois. Vous savez peutêtre que j'ai clans nos intérêts de seiiliments un nouveau motif pour être pressé de prendre la roule de Clianibéry et Lyon : je trouverai les élections au moment de Unir, et j'espère, aussi bien que vous l'espérez. Le vicomte de Chateaubriand, avec qui je suis toujours en fort bons rapports, s'afflige de ces prétentions rivales entre les royalistes ; il insiste toujours sur deux ou trois choix. Les ordonnances ecclésiastiques des premiers jours du mois ont fait ici, comme partout à ce que je crois, un excellent effet. Je puis vous dire tout le contraire de ces malheureuses correspondaîices privées ^ dont la perfidie me blesse toutcomme vous. L'empereur Alexandre en est toujours très peiné, très choqué. Il se plaignait aussi de ce que le Journal des Débats imitait le Courrier en les insérant. J'ai fait répondre que c'était plutôt dans le sens d'en faire sentir l'inconvenance. Adieu, mon cher collègue, je vous renouvelle tous mes sentiments bien sincères, que je vous prie de transmettre aussi à nos collègues souffrants ou bien portants. Veuillez mettre encore mes respects aux pieds du Roi.
« Montmorency.
« Je vous prie de garder mes lettres, car il m'est impossible de songer à des brouillons pour celle-ci. J'en fais autant des vôtres. »
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