‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 74 sur 158 · TOME III. n · texte numérisé non relu

TOME III. n

« Une suite naturelle do ces rapports, c'est que la cour de Vienne cherchera toujours, autant qu'elle le pourra, à empêcher qu'il ne se forme des liens réels entre la France et la Russie, combinaison qui pourrait étrangement déranger son système. Ainsi elle ne laissera que forcément l'empereur Alexandre lui échapper. Depuis quelque temps, il est vrai, elle l'a dominé avec beaucoup d'adresse; mais elle connaît la latitude de l'influence qu'elle peut exercer sur lui; elle ne tentera pas d'en dépasser les bornes, tant qu'elle espérera pouvoir la conserver.

« Mais quittant ces considérations générales et passant à l'affaire qui occupe toute l'Europe en ce moment, on eût pu facilement croire que l'Autriche appellerait la guerre d'Espagne de tous ses vœux, et se joindrait à Alexandre pour y exciter la France. En effet la conduite qu'elle a tenue, les principes qu'elle a émis, et qu'elle a fait valoir avec tant de force auprès de l'empereur de Russie, la nécessité d'entrer dans les vues de ce prince au moment oii elle vient de le détourner, au nom de la conservation de l'ordre social, d'une lutte avantageuse avec la Turquie, les craintes qu'elle doit concevoir pour l'Italie, le plaisir de voir la France engagée dans une entreprise coûteuse et embarrassante, tout semblait devoir l'y porter. Mais les raisons qui l'en éloignent ne sont pas moins puissantes. L'Angleterre y est opposée ; la manière dont l'Italie est comprimée ne laisse que des craintes légères à des maîtres qui ont renoncé à s'y faire aimer ; on ne craint plus que la contagion révolutionnaire gagne la France ; l'empire que le princede Metternich a exercé sur l'empereur

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de Russie, lui a donné une jnste espérance de l'amener à consentir à partager les idées de l'Autriche sur l'Espagne, comme il les a partagées pour la Turquie, ou plutôt à être amusé dans une allaire comme il l'a été dans l'autre ; on craint qu'une expédition heureuse en Espagne ne place la France dans une position trop favorable, ne réveille en elle l'ambition, ne la présente à Alexandre comme une puissance avec laquelle il peut désormais s'allier; ou que des revers, des obstacles, n'appellent les armées russes à travers l'Allemagne sur les bords du Rhin ou en Italie. Telles sont probablement les raisons qui, avec le penchant qu'a le prince de Metternich à ajourner les difficultés, ont décidé le cabinet de Vienne, non seulement à ne pas désirer la guerre, mais à chercher à amortir l'ardeur de l'empereur Alexandre. Ainsi, ne voyant pas de bon œil que la France fasse une alTaire particulière à elle de l'afTaire d'Espagne, ne voulant pas heurter les idées de l'empereur de Russie, mais en paralyser l'effet, et voulant satisfaire l'Angleterre, le cabinet de Vienne a fait substituer à l'action que la France paraissait vouloir exercer, une série de démarches communes des membres de l'alliance, qui paraissent à la Russie devoir infailliblement amener la guerre, et qu'il se promet de rendre illusoires s'il le peut.

« La France, qui paraît avoir désiré que l'affaire d'Espagne fût considérée comme la regardant spécialement, et éviter de paraître l'instrument de l'alliance dans les cas où il y aurait pour elle nécessité d'employer la force des armes, aurait pu ne rien demander au Congrès et attendre que les autres

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