SUITES DU CONGRÈS I»K VÉROME
n'y él.inl pas autorisé par ses instruclions, mais pour lequel il sollicitait l'approbalion de S. M. C'était l'envoi d'une note commune, quant au fond, aux quatre puissances continentales, qui s'étaient pourtant réservé de s'exprimer chacune dans les termes convenant le mieux à ses propres vues : cette note, faite pour conduire à la rupture de toutes relations avec le gouvernement révolutionnaire d'Espagne, devait être suivie du rappel des ambassadeurs des quatre puissances.
Une toile mesure pouvait convenir à la Russie, à la Prusse, à l'Autriche, sans point de contact avec le territoire espagnol, sans rapports de famille, sans lien politique direct avec ce pays; mais pour la France, cet acte en compromettait trop évidemment la dignité, les intérêts et la situation, pour ne pas rencontrer une grande opposition, tant de la part du Roi que du président de son Conseil. Il en résulta au sein du ministère, seul encore initié à la connaissance de cet acte, des dissentiments qui ne -purent échapper longtemps à l'attention des observateurs. Ils furent bientôt pénétrés, et de là à être exploités, excités et envenimés par tous les hommes que leur propre ambition intéressait à un changement dans les régions du pouvoir, il n'y avait qu'un pas. Le Journal des Débats^ par les rapports de familiarité et de confiance que ses principaux directeurs s'étaient acquis dans les rangs supérieurs du parti royaliste, fut plus que tout autre en butte à diverses instigations tendant à rendre définitive et irréparable la scission que cet incident avait fait naître entre les deux ministres.
Un article du Journal des Débats, dicté par une intention certainement malveillante à mon égard, combattit le principe de l'intervention française en Espagne, s'étendant sur les dangers, l'inutilité et l'inefficacité d'un pareil moyen pour mettre un terme aux désordres dont ce pays était le foyer. Cet article fut le jour même, 9 décembre, reproduit intégralement dans le Moniteur^ journal officiel, qui devait par conséquent être censé ne le rapporter que comme l'expression des vues du président du Conseil. Il n'en était pourtant rien; en réalité, je n'eus connaissance de l'article et de son insertion dans le Moniteur qu'en même temps que le public. L'effet en fut déplorable. Je faisais tous mes efforts pour éviter sans bruit une scission dans le Conseil. Les royalistes et les cabinets qui voulaient l'intervention, me crurent opposé à toute mesure contre les révolutionnaires espagnols, comme prêt à traiter avec eux au moyen de concessions apparentes, qui ne pourraient garantir le trône d'Espagne et les autres Etats monarchiques contre l'œuvre de destruction préparée partout pour les renverser.
Cependant le dissentiment qui avait surgi entre M. de Montmorency et moi, avait bien moins de portée qu'on ne le supposait. Si l'empressement qu'il avait mis à faire prononcer les souverains assemblés contre la révolution espagnole, pouvait me sembler peu mesuré; si voyant dans la marche adoptée par le Congrès pour amener l'intervention de l'armée française en Espagne, quelque chose de compromettant pour la dig^nité de la France, je croyais devoir m'opposer absolument à l'envoi de la
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note concortée à Vérone ; j'étais cependant, plus que tout autre peut-(Hre, convaincu par l'expérience des trente dernières années, que les révolutionnaires ne peuvent reculer devant les conséquences, même les plus désastreuses, de leur œuvre; que les peuples, une fois lancés en révolution, ne sauraient s'arrêter dans cette voie fatale. Dès mon entrée dans le ministère, j'avais prévu la nécessité de combattre, avec toute la puissance de notre organisation armée, l'anarchie 'périlleuse pour la France qui dévorait l'Espagne. Je voyais sans la moindre indécision combien il importait à la stabilité et à l'honneur du règne des Bourbons sur la France, de maintenir sur le trône la branche des Bourbons d'Espagne, de conserver à la France le plus grand résultat de la politique de Bichelieu et de la puissance de Louis XIV, l'abaissement des Pyrénées et la libre disposition de toutes nos forces militaires sur les autres frontières, fondée sur une sécurité complète du côté de l'Espagne.
Ce fut en conséquence de ces vues sur cet élément essentiel de la situation, qu'arrivant aux affaires comme simple ministre des Finances, je débutai par faire ajouter trente millions au budget du ministère de la Guerre, déjà présenté par mon prédécesseur. Je fis accorder par la Chambre des moyens de crédit pour solder toutes les charges arriérées de l'Etat, afin de rentrer à volonté, en cas de besoin, dans la libre disposition de tous les effets à terme du Trésor, moyen le plus propre à fournir aux dépenses urgentes d'un armement les fonds nécessaires au succès. Enfin pour libérer le pouvoir de la sujétion, contraire