‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 97 sur 158 · I.iriTUI^S DK M. IIK Vir.LKLi · texte numérisé non relu

I.iriTUI^S DK M. IIK Vir.LKLi

K J'apprends à riuslaiil rexcelleiilo réponse que vous avez faite aux attaques d'un méchant fat, et j'en jouis de bon cœur'. »

CCXCUI. — LK C051TE r»E VILLÈLE A S, A. R. m""" LK DUC

d'angoulême.

« 31 mars 1823.

<( Monscigneui'.

« Le Roi, ayant entendu l'avis de son Conseil, pense que d'après le discours de la couronne et l'importance des opérations militaires, V. A. R. doit garder le commandement de l'armée et renoncer à le remettre en d'autres mains. Le Roi, appréciant comme ils doivent r«Hre les talents, les services et le dévouement de M. le général Guilleminot, verrait avec la plus vive satisfaction cet excellent officier employé auprès de V. A. R. en telle qualité qu'il lui plairait. La mission de M. le duc de Bellune n'étant que temporaire, et pouvant, Monseigneur, être abrégée selon les circonstances et vos vues ultérieures, V. A. R. pourra alors désigner pour son armée le major général qu'elle voudra.

« Le Roi pense encore que pour le bien de son service; rien ne doit retarder l'entrée des troupes

1. Dans la séance de la Chambre des députes du 30 mars, M. de LaBourdoniiaye avait prononcé un discours empreint de l'animosité personnelle la plus violente contre le président du Conseil. M. de Villèle réfuta avec le plus grand calme tous les arguments qui portaient sur la loi des finances alors en discussion, sans faire même une allusion aux attaques les plus blessantes de son adversaire. Ces discours, insérés au Mon/leur de 1823, p. 383-384, méritent d'être lus et peuvent servir à connaître le caractère si opposé des deux orateurs; le premier s'aidait de notes j^réparées à loisir, tandis que la réponse du ministre était une improvisation.

en Espagne; Y. A. R. est al)Solument libre de composer le conseil, ou la junte suprême espagnole, d'après l'exigence des cas et la plus grande chance de succès.

«Je suis avec un profond respect, Monseigneur, etc.

« J " DE Ville LE. »

( (xciv. le comte dh villèle a s. a. k. m""^ le duc

d'angoulème.

« Le '■)[ mars à 10 heures du soii'.

« Monseigneur,

<( V. A. R. me permettra sans doute d'ajouter un mot à la lettre officielle que je lui adresse d'après Tavis du Conseil et les ordres du Roi.

« Tout serait perdu si V. A. R. persistait à refuser le commandement de Tarmée et la suprême direction de l'opération si délicate sur l'Espagne.

« L'affaire de M. de Lostende est on ne peut plus malheureuse ; mais, comme me le disait le Roi, il n'y a qu'un instant, Dieu lui-même ne peut empêcher que ce qui est fait ne soit fait ; dans la circonstance donnée on ne pouvait laisser les choses en l'état où elles étaient, sans s'exposer à de graves reproches; le remède qu'a indiqué depuis Guilleminot, n'était même pas à notre disposition, car il n'y a que la justice qui puisse prononcer sur son aide de camp et il y en a pour plusieurs mois avant que ce procès soit terminé. Ce qui importe, c'est que Guilleminot l'onserve comme il la mérite, l'estime de Monseigneur et de toute l'armée ; c'est ce qu'il réalisera di-

LETTIIKS 11 K M. ni: VILLE LE. 303

gnemoiit en restant auprès de Y. A. U. et en y remplissant les fonctions temporaires qu'il vous plaira de lui eoulier, jusqu'à l'époque oii le maréchal pourra venir reprendre son ministère et quitter la place de major général sans inconvénient.

« M. de Lostende est arrivé ici ce matin et a été remis à la disposition du Roi; l'instruction est encore secrète, mais j'entends dire qu'on ne peut rien tirer des prévenus ; l'adresse de la caisse est heureusement de la main d'un de ceux qui sont pris, ce qui permet d'espérer que cette partie de l'affaire pourra être éclaircie ; quatre autres viennent d'être arrêtés à La Rochelle ; tous se rendaient en Espagne, pour y grossir la troupe des réfugiés et tenter d'embaucher dans notre armée.

« J'ai su que Monseigneur, en passant à Villefranche avait pensé à demander de quel côté était Morvilles, je suis aussi sensible que je le dois à cette marque touchante de la bonté de V. A. R.

« Si la pureté des intentions et le dévouement de toute mon existence peuvent en rendre digne, Y.A.R. peut l'accorder à votre très humble et très obéissant serviteur.

« .] " DE ViLLÈLK.

« Que Monseigneur ordonne sur cette Régence et ces Espagnols dont il faut se servir, ce qu'elle croira plus propre à faciliter ses opérations.

« Si V. A. R- trouvait quelque chose à rectifier dans la proclamation, qu'elle le fasse ; nous ne pouvons tenir qu'à ce que le bien soit opéré et sur les lieux on en juge mieux que de loin.

« Enfin, pour le service de l'armée, que Monseigneur me fasse tenir exactement informé des sommes qui seront nécessaires, et je m'arrangerai pour que les caisses de réserve puissent toujours suppléer à ce qui n'aurait pu être fourni à temps ou d'ailleurs. »

^;C.XCV. LE MARÉCHAL DlC DE BELLUXE AU COMTE

DE Vn.LÈLE.

« Bayoïiiii', le 2 avril 1823.

« Monsieur le comte, la lettre que j'ai eu l'honneur de vous adresser le 31 mars, vous a fait connaître ma position et les désagréments que j'en éprouve. Elle est en ell'et fort extraordinaire : ministre du Roi, maréchal de France et major général de l'armée des Pyrénées, je n'ai pas ici le pouvoir d'un caporal. Le prince persiste dans la résolution qu'il a prise de ne point me reconnaître en ma qualité de major général, et de se retirer si le gouvernement persiste lui-même à exiger que l'ordonnance royale qui me donne ce titre, soit exécutée. J'ai tâché de faire sentir à S. A. R. les inconvénients très graves qui résulteraient de sa détermination dans le cas dont il s'agit, l'elTet fâcheux qu'elle produirait à l'armée, en France et dans le reste de l'Europe. Elle répond qu'elle est irrévocablement décidée, quoi qu'il en puisse arriver, à moins que je ne me soumette à la condition que le général Guilleminot sera son chef d'état-major, c'est-à-dire qn'en cette qualité, cet officier général fasse avec le prince toutes les dispositions militaires que les circonstances pourront exiger, et (|ue j'en surveille l'exécution. Je représente, mais

LKTl'UKS ini .^I AKKC.llAL KIH. I)K IIKLLL'NE. 'ÎOo

t'ii vain, (|ireii souscrivaiil ù cette condition, je dégraderais les titres dont je suis revêtu, en même temps que j'alîaiblirais l'autorité qu'ils me donnent; le prince ne partage pas mon opinion à cet égard et il répète qu'il préfère me céder le commandement de l'armée à me voir exercer les fonctions de major général dans toute leur étendue.

« Dans cet état de choses, il n'y a pour moi qu'un parti à prendre pour éviter l'eiret déplorable que produirait le départ du prince, c'est celui de prendre sur ma responsabilité toutes les chances de la désobéissance, de retourner à Paris, et en conséquence de laisser l'état-major de S. A. R. tel qu'il a été formé. Cette détermination de ma part est forcée et je ne pourrais en adopter une autre sans exposer l'Etat aux plus grands dangers, sans ajouter au désagrément que j'éprouve, enfin sans compromettre la dignité des titres dont je suis revêtu.

« D'après cet exposé, le Conseil du Roi ne devra point être surpris quand il apprendra mon retour dans la capitale. 11 en appréciera les motifs et j'ose compter sur son approbation. S'il en était autrement, je serais doublementmalhcureux; mais je trouverais ma consolation dans la certitude d'avoir rempli un devoir pénible, mais commandé par la circonstance.

« Je prie V. Exe. d'eu instruire le Roi et son Conseil ; je me soumets d'avance aux décisions qui seront prises à mon égard.

« L'armée continue à montrer le meilleur esprit; sous quatre jours au plus tard, elle francbira la Bidassoa pour commencer ses opérations, et tout porte

Page 1