‹ Mémoires et documents de la Société historique et archéologique de ..., Volume 6Chapitre 10 sur 31 · LA DOMINATION ANGLAISE · texte numérisé non relu

LA DOMINATION ANGLAISE

Philippe VI avait épousé Blanche de Navarre à Brie- Comte- Robert en janvier 1348 ; il mourut en 1350, laissant le royaume dans un état lamentable.

A peine son fils, Jean le Bon, fut-il monté sur le trône que les embarras surgirent dans l'administration ; le trésor était épuisé.

Le règne de ce prince sera pour la France une époque d'effroyables calamités.

En février 135 1, le roi fut obligé de recourir aux États Généraux, mais il fut mal accueilli et ce n'est pas sans de vifs débats que des subsides lui furent accordés pour subvenir aux dépenses de la guerre contre les Anglais, pour lesquels s'était déclaré Charles le Mauvais, roi de Navarre dont la haine fut plus d'une fois fatale à Jean le Bon et à son fils.

Les revers de la guerre contre les Anglais et le désordre croissant des finances, forcèrent le roi de convoquer à nouveau les Etats Généraux en décembre 1355 ; rassemblée lui accorda la solde de 30.000 hommes pendant un an par rétablissement d'une gabelle sur le sel et par la levée A'une taxe de huit deniers sur toute chose vendue ; ces taxes devaient être payées par toutes personnes, sans distinction, clercs ou laïques, nobles ou non nobles, voire même par le seigneur, le roi, la reine, son fils, le duc de Normandie et ses autres enfants (i).

(x) H. Martin. Hist. de France, (éd. de 1839], tome V, p. 472.

Pendant ce temps, une famine eflfroyable dévorait le cœur du pays.

Malgré les subsides accordés et la bravoure du Roi, l'armée indisciplinée de Jean le Bon fut battue complètement par les Anglais, près de Poitiers, le 19 septembre 1356. Le roi fut pris et emmené en Angleterre; sa captivité, qui dura quatre ans, livra la France à l'anarchie.

Les nobles, les soldats anglais licenciés à la suite de la trêve, et les aventuriers que Charles le Mauvais attirait à son service :«soudoyers allemands, chaguiers, brabançons et gens de tous pays qui à lui venoient et le servoieat volontiers, car il les payoit largement (i) >, dévastèrent tout dans la Champagne, la Bourgogne, le Gâtinais et la Brie, entre Melun et Corbeil.

Cette ville, Montlhéry, Arpajon et tous les environs furent pillés et saccagés.

— «Il n'y avait, dit le continuateur de Guillaume de Nangis, aucune province qui ne fût infestée de brigands; les uns occupaient des forteresses, d'autres logeaient dans des villages et les maisons de campagne, et les personnes ne pouvaient voyager sans extrême danger. Les soldats du roi eux-mêmes^ qui auraient dû protéger nos paysans et nos voyageurs, ne songeaient au contraire qu'à les dépouiller honteusement. Des chevaliers même tenaient ces brigands à leurs ordres >.

« On n'osait plus, dit Michelet, sonner dans les églises si ce n'est à l'heure du couvre-feu, de crainte que le bruit des cloches n'empêchât les habitants, en sentinelle sur les murailles, d'entendre venir l'ennemi. Combien la terreur n'était-elle pas plus grande dans les campagnes! Les paysans ne dormaient plus...

« En Picardie, les populations creusaient la terre et s'y réfugiaient. Les familles s'entassaient dans des souterrains (2) à l'approche de l'ennemi... Dans la Brie et le Beauvaisis surtout, il n'y avait plus de ressources ; tout était gâté, détruit ».

Les paysans ayant perdu toute espérance, menacèrent et finirent par se révolter. La Jacquerie éclata.

Les Jacques jurèrent de détruire tous les nobles, chevaliers et écuyers ; ils prirent leurs couteaux, leurs cognées, leurs socs de

(i) Froissart, Les Chroniques.

(a) A Naours, près d'Abbeville, on a découvert, il y a peu d'années, de vastes et curieux souterrains qui avaient servi il cet usage.

charrue, coupèrent des bâtons dans les bois pour en faire des piques et coururent sus aux nobles^ assaillant leurs châteaux, tuant tout ce qu'ils y trouvaient et y mettant le feu. Plus de looooo vilains quittèrent la bêche pour la pique (i).

Partis des environs de Clermont, en Beauvaîsis, ils se répandirent en plusieurs provinces, notamment dans le Valois, la Brie^ le Gâtinais, le Hurepoix et toute nie de France^ qui furent mises à feu et à sang. On tuait jusqu'aux petits enfants qui n'avaient point encore fait de mal, dit le continuateur de Guillaume de Nangis.

Cette formidable révolte se termina par la destruction des Jacques, dont le plus grand massacre fut fait à Meaux en 1338.

< Encouragés par cette victoire les gentilshommes se réunirent en petits groupes, et se répandirent dans les campagnes^ brûlant les villages, et massacrant tous les paysans qu'ils pouvaient atteindre, sans s'informer trop curieusement s'ils avaient ou non pris part à la Jacquerie. Ce soulèvement, qui avait paru si menaçant, ne dura pas plus de six semaines ; mais les campagnes de l'Ile de France demeurèrent presque absolument sans habitants » (2).

Après la mort d'Etienne Marcel, Charles le Mauvais, voyant ses projets ruinés, recommença la guerre. Par la trahison de Blanche de Navarre, douairière de Corbeil, sa sœur, il se rendit maître de Melun et du Gâtinais.

Possédant également les places de Mantes et de Meulan, il domina ainsi le cours de la Seine, en amont et en aval de Paris ; il en profita pour s'opposer à la circulation des denrées nécessaires à l'alimentation de la capitale, ou bien pour ne les laisser passer qu'en prélevant des droits exorbitants (3). Pour assurer l'approvisionnement de sa capitale, le Régent fut dans la nécessité de confier la protection de la navigation de la Seine, spécialement la garde des marchandises < à des gens d'armes et de pic, brigans, pavoisiens, archiers, et arbalestriers qui dévoient être portés dans des bateaux couverts » (4). Cette protection ne s'effectuait pas sans coup férir.

(z) H. Mirtiii, tome V, page 542.

(2) De Sismondi. Hist, des Français,

(3) Ord. du 4 Nov. 1358.

(4) Froissait. Les Chroniques,

Blanche de Navarre^ malgré sa parenté avec le Navarrais, eut les terres de son domaine ravagées par les mercenaires de celui-ci ; les malheureux paysans de Corbeil et des villages environnants eurent en outre à subir l'occupation des gens d'armes du Régent qui, de cette ville, réprimaient les courses des soldats du Navarrais établis à Melun.

La paix à peine signée avec Charles le Mauvais, un autre âéau s'abattit sur notre contrée : Edouard III, roi d'Angleterre, débarqua en France en octobre 1359, et ses troupes recommencèrent leurs courses dans notre malheureux pays ; elles vinrent jusqu'aux portes de Corbeil. Les villages furent encore pillés.

Enfin fut signé le traité de Bretigny le 10 mai 1360, la liberté fut rendue à Jean le Bon. Pour le paiement de sa rançon, le roi par lettre du 22 décembre 1360, chargea plusieurs personnages de lever les subsides établis à cet effet « pour nostre délivrance, y est-il dit, sommes tenus de payer à nostre dict frère (Edouard III), plusieurs grans sommes de florins à divers et prochains termes ».

Saintry paya, pour sa part, la somme de a6 livres qui furent versées par Robin Dufour, fermier de l'impôt, à Jehan Gention, receveur des aides en la Vicomte de Paris jusqu'à concurrence de 13 livres, 3 sols 4 deniers, et à Jehan le Carré, receveur des impositions de la châtellenie de Corbeil, jusqu'à concurrence de la livres 16 sols 8 deniers (i).

On sait que plus tard un des otages de Jean le Bon, le duc d'Anjou, son fils, s'étant enfui, le roi retourna en Angleterre, où il mourut en 1364..

Son fils,Charles V, lui succéda et il employa les 16 années de son règne à réparer autant que possible les malheurs que son père et son aïeul avaient attirés sur la France ; ce fut un retour assez marqué vers la prospérité.

Nous signalerons cependant que quelques années après son avènement, Corbeil et sa Châtellenie furent ravagés de rechef par Robert KnoUes, célèbre général anglais qui, comme la foudre, vint brûler les fauxbourgs de la ville en 1369 (a).

Charles V mourut en septembre 1380.

Sous son règne apparaissent les premiers chevaliers se qualifiant seigneurs de Saintry.

(i)Arch. Nat.KKia, folio ï6.

(2) De La Barre, p. 198.

Le plus ancien dont les titres nous révèlent le nom est Philippe, sire de TanCay, de Vanvres et de Saintry (i) ; il était chevalier. Il fit aveu à Giles Malet (2), le 20 décembre 1369, pour un tiers de la seigneurie de Saintry. Il paraît résulter d^un aveu fait vers 1350 que Philippe de Tanlay tenait son fief, qui était un arrière-fief du Roy, de Ysabelle de Villepescle (3), fille de Jean, vicomte de Corbeil.

 la même date, Jehanne la Saute-Bernarde tenait également de ladite dame, un arrière-fief du roi, à Saintry.

Nous ignorons la date de la mort de Philippe ; elle paraît être antérieure à 1384 ; il avait épousé Philiberte de Châteauneuf.

De ce mariage naquit Jeanne de Courtenay, dite de Tanlay.

Vint ensuite Jean de Chamigny, aussi chevalier, qui avait le titre de seigneur de Sautour (4), Saintry^ la Brosse, Courcelles (5), Saint- Yon et de Neuvy. Il fit un échange avec Dreux, sire de Chappes, au mois de juin 13^% ratifié au mois de noveqjibre suivant par Catherine de Basonne, femme dudit de Chappes.

Jean de Chamigny, qui était conseiller et chambellan du roi Charles V et du duc de Bourgogne, avait épousé, en 1375, Jeanne de Courtenay^ dite de Tanlay^ dame de Paisy, de S*«-Savine et de Poligny (Aube), fille de Philippe de Tanlay et de Philiberte de Châteauneuf (6), qui lui apporta en dot notamment une partie de la seigneurie de Saintry et le fief de l'Archet de CorbeiJ.

Jean fit hommage à Giles Malet, pour la troisième partie de Saintry, le 16 décembre 1384. Il rendit encore aveu le 30 juin 1388 (7).

(i) Il possédait un fief situé dans Corbeil, qui portait ensuite le nom de l'Archet. Ce nom avait été donné à la rue où il était situé, appelée de nos jours, rue des Remparts. Trois fiefs dénommés l'Archet étaient de la mouvance de Saintry : l'Archet à Corbeil ; l'Archet àBoucomu, paroisse de Lisses; l'Archet à Evry-sur-Seine.

(3) Giles Malet était vicomte de Corbeil, chevalier, conseiller et maître d'hôtel de Charles V, châtelain de Pont-Sainte-Maxcnce, seigneur de Villepescle et Soisy-sur-Seinc ; il possédait de nombreux fiefs dans la Brie, notamment à Tigery. Il tenait en foi et hommage, entre autres choses : le cours de l'eau, une droiture i/a i Noël, 3 deniers poitevins pour chaque muid de sel passant sous l'arche du Pont de Corbeil, avec le planchéiage, les mesures de la ville et châtellenie de Corbeil.

(3) Arch. nat. P. 127, folio aa.

(4) Près St-Florentin (Yonne).

($) Commune de Neuvy-Sautour (Yonne).

(6) Bibliot. Nat. Pièces orig. 659. — Dossiers bleus, 166.

(7) L'abbé Lebcuf, tome XIII, p. 15$.

Il rendit également hommage des seigneuries de Sautour, de Neuvy et de Courcelles, mouvant de Saint-Florentin le 13 mars 1390 (i).

Il mourut la même année.

Sa veuve se remaria, en 139a, à Hugues Postel, chevalier, panetier de Louis de France, duc d'Orléans, lequel, comme ayant la garde des enfants du premier mari de sa femme, rendit hommage au roi des terres de Sautour, de la Brosse, de Courcelles et de S*-Yon, le neuf novembre 139a (a).

Jeanne de Courtenay n'eut point d'enfants de son second mari, qui transigea au mois de janvier 1396 sur le douaire de Philiberte de Chateauneuf, alors remariée à Pierre de la Ferté.

Du mariage de Jean de Chamigny avec Jeanne de Courtenay, étaient nés 4 enfants :

i** Gaucher de Chamigny, seigneur de Sautour, qui ne vivait plus en 1438 ; il avait épousé Gillette de Ruilly ou RuUy, sœur de Philippe, trésorier dç la Ste-Chapelle du Palais et maître des requêtes de l'hôtel du Roi, fille de Jacques de Ruilly, conseiller du Roi au Parlement de Paris, comme il appert de titres des 13 octobre 1401, 15 octobre 1402, 6 avril 1404 et novembre 1409 (3).

a* Pierre de Chamigny, chevalier, seigneur de Tanlay, Paisy, St-Vinnemer, de Saintry et autres lieux, qui épousa le a? juin 141 1, Jeanne de Montmor, fille de Jacques, seigneur de Gouvois et de Hermé en Brie ; il rendit hommage au roi, au nom de sa femme, de ces deux dernières seigneuries, et passa acte au mois de mai 1398, avril 141a, mars 143^ et septembre 144; (4).

3® Guy de Chamigny, qui fut seigneur de Chauroux, vicomte de Brosse et seigneur de Lajesse (Aube).

4® Marguerite de Chamigny. — Ces deux derniers, morts sans enfants.

En 140a, le Parlement adjugea à Gaucher et à Pierre de Chamigny, la moitié de la seigneurie de Tanlay, de laquelle Jean devint seul seigneur, après la mort de Jeanne de Tanlay, fille de Gaucher, sa cousine germaine (;).

(i) Bibl. Nat. Pièces orig. 659.

(a) Ihid.

(3) ^Wi.

(4)/Wrf.

(5)JWrf.

Pierre de Chamigny^ seigneur de Saintry, eut 6 enfants.

I. Edme^ chevalier, seigneur de Tanlay et de Ravières, en 1465, qui ne vivait plus en 1485, avait épousé Isabeau de Brimeu, dame de Ligny-sur-Canche (Pas-de-Calais), fille unique de David, sieur de Ligny, gouverneur de l'Artois et de Jeanne de Chastillon.

II. Jeatiy dit de Tanlay, écuyer, époux de Henriette de Crux, fille d'Alexandre, seigneur de Trouan, nièce de Tiennette de Crux, abbesse de Rougemont ; on dit qu'elle fut religieuse à Rougemont, d'où son mari Fenleva pour l'épouser (i).

III. Antoine^ religieux bénédictin, prieur de l'abbaye de Beauvais, près Riceys (Aube).

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