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IV. Girard^ aussi religieux de l'ordre de Saint-Benoît

V. Catherine^ dame de Tanlay, qui épousa, le 4 mars 1453, Blenet de Beaujeu, dit du Colombier, seigneur de Monteauquier et d'Asnois en Nivernais.

VI. Et Catherine, prétendue fille naturelle ; elle s'abandonna à la débauche et se livra particulièrement à Claude de Tonnerre, baron de Plancy, bailli de Charolais, et à Guichard Le Blond, palefrenier du seigneur de Thorey ; on croit qu'elle épousa ce dernier, quoique les deux enfants qu'elle eut et qui furent nommés de son nom fussent plutôt regardés comme fils du bailli de Charolais, avec lequel elle vivait dans la dernière liberté (2).

Nous ignorons à quelle date les héritiers de Pierre de Chamigny, cédèrent la seigneurie de Saintry et le fief de l'Archet à Corbeil.

Jban db Dicy, dit Moreau, sieur de Montgermont, qui vivait à la même époque que Jean de Chamigny, était aussi seigneur de Saintry, dont il possédait sans doute les deux tiers de la seigneurie. Ce qui l'insinue c'est qu'en 1385, Giles Malet, seigneur de Villepescle, faisant un dénombrement de ses fiefs, dit : « Jean Ducy [sic) sieur de Montgermont et de Saintry^ en tient un à Lieusaint » (3). II possédait en effet le fief de Launoy, paroisse de Lieusaint, consistant en ;o arpents de terre.

Bien .que nous ne sachions que bien peu de choses sur lui, Jean de Dicy nous est mieux connu que ses prédécesseurs, grâce aux travaux de M. de Montgermont.

(i) Opin, di,

(2) Opin, cit.

(3) Lts Antiquitis de Corbeil^ par De La Barre, p. 6a.

Les Dicy étaient originaires du Senonais ou du Gâtinais Orléanais ; ils tiraient leur nom de la seigneurie de Dicy, au diocèse de Sens.

La plupart des pièces pouvant se rapporter à notre Dicy portent les prénoms de « Moreau » ou de « Jean », ce qui peut conduire à des confusions. Le Père Anselme, dans sa notice sur Bureau de Dicy, parle d'un Jean qui fut réformateur des finances et conseiller du Parlement, comme n*étant pas le même que Jean dit Moreau.

Il s'agit en effet de personnages différents ; ils n'avaient pas les mêmes armes. Jean Moreau porte l'aigle éployée, armes pleines de Dicy, tandis que Jean porte l'aigle couronnée, brisure d'une branche cadette. Â cause de la conformité des armes, il y a lieu de croire qu'ils avaient une parenté peu éloignée, et que Jean était fils de Pierre ou de Guillaume, frère de Moreau. Ils seraient donc cousins germains.

Il faut appliquer à Moreau les documents où il est appelé de ce nom et ceux ou la confusion n'est pas permise, et à Jean ceux où il est question de fonctions parlementaires ou de celles de réformateur (i).

Le 7 mai 13 51, à Varaize, en Périgord, Moreau de Dicy, chevalier qui avait déjà fait < monstre » sous le gouvernement de « mons. Boucicault et de mons. de Mortemer » capitaines de Saintonge, passe une nouvelle revue avec sept écuyers de sa compagnie, et il entretient douze écuyers de « croissance » tant à Montrevel qu'en d'autres parties du Périgord, jusqu'au 226 août suivant, époque où les hostilités, un instant arrêtées, reprirent avec les Anglais, après la désastreuse bataille de Crécy (a). En 13;^, maître d'hôtel de Jacques de Bourbon, comte de Ponthieu, connétable de France, il envoie au roi Jean et au dauphin Charles, de la part de son maître, du poisson qu'il a pris en mer aux environs de Caen, à Bernièressur-Mer {3).

Dans une quittance du 13 juillet 1370, il est qualifié de capitaine de Corbeil, et écuyer du corps du roi (4).

Le 18 septembre 137a, il est seigneur de Misery, avec le même

(i) Note sur les seignenis de Montgermont, par M. de Montgermont. (a) Bibl. nat. Pièces orig. 999- iz.

(5) Pièces orig. 999-13- (4) Pièce» orig. 999-39.

commandement et dit que ses gages sont de trois cents livres parisis, pour la partie de la ville de Corbeil, ainsi qu'en fait foi le texte suivant :

« Sachent tuit que je Moreau de Dicy, escuîer seigneur de Missery et capitaine « de la ville de Corbueil, confesse avoir eu et receu de Nicolas de Gamegart, re- « ceveur des impositions de VII deniers pour livre en la ville, prevosté et viconté « de Paris, la somme de 50 livres parisis sur mes gaiges de 300 livres parisis « que le Roy, nostre Sire m'a ordoné avoir et prendre par an pour la garde de a la Ville de Corbueil de mes dite deservis et à déservir en ycelle garde, de lace quelle somme de L. livres parisis je me tiens à bien paîé et enquitte le Roy «f nostre dit Seigneur, le d. receveur et tous autres. Donné soubz mon sccl le c XVIII« jour de septembre Tan mil trois cent soixante et douze « (i).

En 1373, il était encore capitaine de Corbeil, aux mêmes gages de 300 livres parisis.

En 138 1, on envoie à Moreau de Dicy, qualifié d'écuyer,un messager pour lui porter une lettre du roi alors à Compiègne, lui ordonnant € de venir (voir) le roi à la venue du duc de Bretagne > (a). € Nous ne savons où il se trouvait alors, dit M. de Montgermont, mais il s'agit ici du duc Jean de Montfort qui, après s'être allié aux Anglais, venait d'abandonner leur parti et était rentré sous la suzeraineté du roi de France, auquel il venait rendre hommage ».

En 1386, Jean de Dicy dit Moreau est écuyer de Técurie du roi, qui lui fait un don de 80 livres tournois pour s'armer, se monter et aller en Angleterre (3). Charles VI, dans le début heureux de son règne, conseillé par Olivier de Clisson, voulut attaquer les Anglais sur leur propre territoire et rassembla à cet effet dans le port de l'Ecluse une flotte de douze cents voiles ; toutes les villes s'empressèrent de fournir des hommes, de l'argent et des vaisseaux ; malheureusement, les lenteurs du duc de Berry et les soins qui retenaient le duc de Bourgogne dans la Flandre, dont il venait d'hériter à la mort de son beau-père, Louis de Merle, firent perdre le moment favorable. Les débris de la flotte, qu'une tempête avait presque détruite, furent brûlés par les Anglais, dans le port même de l'Ecluse, les vivres amassés à grands frais abandonnés au pillage et trois millions dépensés sans avantage pour le roi ou la France.

(i) Bibl. Nat. Fonds Clairambault, n» 148. Vol. 40.

(a) Douet-d'Arcq. Compte de V hôtel du roi de Franu^ page 177.

(3) Fonds de Villevieille.

D'après l'abbé Lebeuf, Moreau de Dicy fut capitaine de Corbeil jusqu'en 1388 ; cela est possible, bien que la preuve n'en soit pas fournie.

C'est entre cette année et Tannée 1390 qu'il faut placer la date de sa mort, puisque Ton possède une reconnaissance donnée à Marie de Pacy, sa veuve^ le 6 février 1394, et une quittance de 139^ donnée par elle tant en son nom qu'au nom des enfants de < Jean de Dicy dit Moreau, escuyer de l'écurie du Roy » dont elle a le baily et cela en vertu d'une procuration donnée le 8 septembre 1390 (i). Si nous en croyons Pinard, Moreau de Dicy aurait été assassiné par Hélyon de Jacqueville.

Moreau sétait marié avec Marie de Pacy, dame d'Attilly, fille de Jean de Pacy (a) et de Yolande des Essarts. Elle vécut longtemps après son mari, au moins jusqu'en 1498 et fut inhumée à Corbeil. De ce mariage naquirent six enfants : trois fils. Hue, Bureau et Pierre ; et trois filles, N.... qui épousa un sire de la Neufville (3), Jacqueline, mariée à Mathurin de Douzeville (4) et Marguerite, qui épousa Guillaume de Culant (^).

Jean de Dicy dit Moreau était non seulement seigneur de Saintry, de Montgermont et de Misery, mais il tenait encore de Jean de Saint-Port, écuyer, un arrière-fief du roi, consistant en : l'hostel et pourpris de Vaux-sur-Essonne, avec toute justice, ainsi que la rivière ; environ 20 livres tant de menus cens comme de gros cens à plusieurs fêtes ; quatre arpents de pré, et quatre arpents de vigne et soixante arpents de terre, six droitures par an, et demi moutenaige sur le moulin Galant, avec la arrière-fiefs parmi lesquels l'hôtel de Bondoufleavec 60 arpents de terre et divers droits (6).

A quelle époque et comment Jean de Dicy devint-il seigneur de Saintry ? C'est ce que nous n'avons pu découvrir, malgré nos recherches minutieuses.

(i) De Montgermont, 0/. cit, Bibl. nat. Pièces origin. 999, 17-18.

(2) D*après Pinard, Marie de Pacy serait fille de Denis de Pacy [Hist. du canton de Longjumeauy p. 54). Les de Pacy étaient seigneurs d'Ablon.

(3) Un aveu fait en la Chambre des comptes vers 1360, indique que un Gautier de la Neufville, à cause de sa femme, tenait en fief, à Bninoy, 16 arpents de terre, pré et vigne, 6q sols de cens ; xoo arpents de bois à Sénart et la rivière d'Yerres depuis le pont de Bninoy jusqu'au moulin de Soulins. Hervé de la Neufville était Seig* du Val Cocatrix, 1399-1412.

(4) D'après Tabbé Lebeuf, Mathurin de Douzeville éuit seigneur d'Âblon en 1446. (s) Archives de l'Yonne, G. 1263, Moreri, II, 514.

(6) Âich. nat. P. 227, folio 23.

Il est certain néanmoins que cette seigneurie lui advint entre 1370 et 1385, pendant son commandement à Corbeil. Est-ce par acquisition ou par confiscation ? La première hypothèse est possible et rien ne s'oppose à la seconde ; d'une part les fiefs de l'Ile de France, depuis longtemps sortis des mains des seigneurs primitifs, changeaient souvent de propriétaires ; d'autre part, à cette époque, les rois disposaient souvent de fiefs de personnages passés au parti des Anglais.

Est-ce par un mariage ? Cela est admissible. Nous avons dit que Moreau de Dicy avait épousé Marie de Pacy, fille de Jean de Pacy et de Yolande des Essarts ; or, la famille des Essarts était à cette époque Tune des plus riches de la châtellenie de Corbeil. Les fiefs et les arrière-:^fs qu'elle possédait étaient nombreux sur les deux rives de la Seine (i). Nous voyons en effet dans un aveu fait vers le milieu du XIV® siècle que les héritiers de Jean des Essarts possédaient des fiefs à Plessis-Briart, à Vaulx-sur-Essonne, au Vieux-Marché, au Perray, à Mory, au Mez-lès-Meleun, à Fontenay le Vicomte, à Tigery, à Soisy-sous-Etiolles, Villeneuve, la Grange à la Prévôté, Ormoy en Brie (2) etc. ; elle jouissait également de nombreux droits^ notamment à Echarcon et sur les moulins et le pressoir établis à Corbeil. On peut donc admettre avec une grande apparence de vérité, que la seigneurie de Saintry lui provenait de la dot de sa femme ou d'un héritage recueilli par celle-ci en cours de mariage.

Hue, fils de Moreau de Dicy, était chanoine de Paris et conseiller au Parlement dès 14 16 (3). Il accompagna la reine Isabeau de Bavière lors de son entrevue avec Henri V, roi d'Angleterre et Jean Sans Peur, duc de Bourgogne, le 30 mai 1419, à Meulan (4). Il était donc du parti bourguignon. Nommé chanoine deBeauvais en 1421, il était encore conseiller en 1426 et 1427 (^).

Le 20 décembre 1432, il fit son testament auquel il ajouta un codicille en 1437, et mourut cette même année ou l'année suivante (6).

(z) Arch. nat., p.. 127, fol. 24 et suiv.

(2) Les Postel d'Onnoy-en-Brie éuient ses vassaux

(j) Arch.nat. X*» 1480, fol. ïoo ▼•.

(4) Père Anselme.

(5) De Mon^ermont, op. cit.

(6) Blanchard, Lts PrisiâmU à Mortier.

Dans ce testament il indique qu'il laisse, d'une nommée Isabeau la Raguière, un fils naturel nommé Pierre, à qui il donne sa terre de Valenton, le tiers de ses terres près de Pontoise et sa maison à Paris (i).

Hue avait recueilli vers 1431 la succession de son frère Bureau, dont il fut exécuteur testamentaire et héritier.

Bureau fut le plus célèbre des fils de Moreau ; il obtint les plus grandes faveurs. Il épousa Jeanne de Beauvaisqui descendait de la famille du Donjon de Corbeil dont nous avons parlé.

Il était seigneur de Misery, Luzarches, Ablon (a), Vaux-sur-Essonne, où il avait haute, moyenne et basse justice, Montgermont et Saintry.

Il fut élevé dans l'intimité de Charles VI, qui aimait à lui rappeler plus tard qu'il avait été « nourry entour nous joesne enfant » (3). C'est sans doute à cette liaison qu'il dut la position qu'il occupa à la cour dans l'entourage immédiat du roi.

En 1392, Charles VI lui fait un don de 45 sols d'or ; six ans plus tard, Bureau est son écuyer d'honneur, et sa maison ayant été incendiée, le roi lui fait un cadeau pour la rebâtir. Comme écuyer d'écurie, il recevait une pension de 200 écus par an (environ 8.000 francs) sur les coffres du roi ; il la touchait encore en 1407 et 1408. Deux ans après, à cause de ses fonctions, il reçoit 600 écus pour la livrée des pages du duc de Guyenne (4).

' Le jour de la Pentecôte 1411, il eut l'honneur de jouter avec le roi à l'hôtel St-Pol. Pour cette fête, Charles VI, par un mandement du 26 mai 141 1, lui fit payer 100 sols d'or (environ 4000 francs) qu'il lui donnait pour soy ordonner et habiller plus honnestement aux joutes. La même année, il conduisit des engins de guerre de Paris pour le siège d'Etampes, que faisait alors le dauphin, duc de Guyenne. Celui-ci passant à Corbeil en 1412, fit présent à la femme de Bureau « d'un hanap d'argent doré et couvert » (5) sans doute

(x) En IÇ13, Jacques Raguière, chanoine de Paris, depuis, évèque de Troyes, jouissait de la wrre d' Ablon i titre viager. Il était sans doute petit-fils de Hue.

(3) La seigneurie d'Ablon lui vint certainement par hériuge du chef de sa mère qui éuit née de Pacy. Jacques de Pacy avait un château à Ablon en 1548. Pierre de Pacy, doyen de Paris, en était propriétaire en 1589, et Denis de Pacy en 1403.

(3 De Montgermont, op, ai,

(4) De MoD^ermont, op. àU ($) Père Anselme^ VIII, 470.

pour récompenser les services de son mari. Cette même année, il accompagna Charles à Bourges, pour y assiéger le duc de Berry.

« En 1413, Bureau de Dicy est nommé Grand maître de l'écurie, à la place de Philippe de Giresme; en 1414, il devient premier écuyer du corps du roi et reçoit un nouveau don de 2.000 sols tournois pour le fait de son office» (i).

Dès Tannée 1404 et au moins jusqu'en 141 7, il remplissait les fonctions d'échanson du roi. Il fut aussi investi de fonctions militaires. Nous le voyons, en effet, capitaine de Corbeil, poste très important, entre 1398 et 1404 ; il Tétait encore en 141 1, car le 6 septembre, dit M. de Montgermont (2), « il y faisoit monstre avec I ^ écuyers et 6 arbalétriers, probablement avant de conduire son artillerie à fitampes >.

Les Bourguignons, après être entrés à Paris, exilèrent les membres du Parlement en 1418, et destituèrent Bureau de sa charge de Grand maître (3). Nous n'entendons plus parler de lui. Il vécut sans doute dans la retraite jusqu'à son décès, arrivé au commencement de 1421. Il avait fait son testament le 14 août 1420 ; il y demande des messes pour le repos de son âme (4). Il ne laissa pas d'enfant.

Ses nombreux biens revinrent à ses frères et sœurs ou à leurs représentants, ses neveux et nièces.

Les armes de Bureau étaient de sinople à Taigle éployée d'or, membrée et becquée de gueules (5).

Il fallait aux populations du moyen âge, surtout au xv<» siècle, une grande force d'âme pour lutter contre les maux dont elles étaient victimes et ne pas succomber au découragement. Elles eurent à supporter non seulement toutes les horreurs de la guerre, rendues plus grandes par sa durée séculaire et par Tesprit du temps, mais elles eurent à redouter aussi les bandes étrangères, à subir les déprédations et les cruautés des Armagnacs et des Bourguignons, puis l'invasion anglaise.

(1) De Montgermont. op, cit. — Pièces orig. 999-32.

(2) Op, cit.

(3j Père Anselme.

(4) Arch. nat. X*» 9807, fol. 5x3.

($)Bibl. nat. Mss. Fr. X0469, page x8

A ces maux vinrent s'ajouter les disettes de 1420, 1437 et la terrible peste de 1438.

Nous ne saurions passer sous silence les principaux faits dont Corbeil et ses environs furent le théâtre sous Charles VI et Charles VII, à l'époque où les Dicy étaient seigneurs de Saintry.

Ainsi que nous Tavons écrit plus haut, sous Charles V,les paysans, par suite de la prospérité renaissante du pays, avaient repris courage. Après la démence de Charles VI et sous la régence exercée par ses oncles, la tranquillité publique fut sans cesse troublée par les intrigues de cour et les compétitions. De toutes les prétentions rivales naquirent l'anarchie, puis la guerre civile, enfin la guerre étrangère. Après la mort de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne (i), remplacé en 1404 par son fils, Jean Sans Peur, prince violent et emporté qui ne recula pas devant le meurtre, la situation fut loin de s'améliorer.

Après l'assassinat du duc d'Orléans (23 novembre 1407) dont le fils aîné avait épousé la fille du comte d'Armagnac, la guerre civile commença par la dévastation des environs de Paris. En 1407, 5000 pillards du duc d'Orléans ravagèrent la Champagne, la Beauce et le Gâtinais, poussant leurs courses jusqu'à deux milles de Paris, enlevant le gros et le menu bétail. ^00 mercenaires de tous pays, du roi Louis de Sicile, se livrèrent à de plus grands excès encore. Ils « foulaient les vignes aux pieds de leurs chevaux, et déracinaient € les ceps chargés de raisins, pour satisfaire plus promptement leur € insatiable gloutonnerie ; ils essayèrent de surprendre par trahison € Corbeil et Moret et plusieurs autres villes closes afin de les sac- € cager > (2).

Les Bourguignons ne commirent pas moins de dévastations.

Les excès continuels des gens de guerre avaient fini par ruiner complètement les lieux où ils étaient cantonnés et par en épuiser toutes les ressources. Les paysans effrayés s'enfuyaient et se retiraient dans les villes, abandonnant au pillage les blés entassés dans les granges et ceux qui étaient encore sur pied ou en gerbes dans les champs.

La lutte entre les Bourguignons et les Armagnacs fut interrompue deux fois par des trêves, mais recommença bientôt.

(i) Ce duc chassa dans la forêt de Rougeau en compagnie de l'empereur de Constant!nople et de plusieurs autres le 17 mai 1400 {Itinéraire des ducs de Bourgogne), (2) Chronique du Religieux de St-Denis, t. m, p. 337.

Pour être maître de Paris, le duc de Bourgogne organisa la faction des bouchers qui avait pour chef Simonet Caboche, d'où vint à ses partisans le nom de Cabochiens.

« La troupe des Cabochiens acharnée au pillage s'élargit par la campagne « où ils ruinèrent les maisons des gentilshommes qui ne vouloient pas adhérer à « leurs desseins. Ces canailles, ne trouvant personne qui s'opposât à leurs vio- « lences, vinrent à Corbeil pour surprendre les habitants, les forçant de recevoir ¥ en leur ville les plus mauvais d'entr'eux, qu'ils établirent en garnison afin de « fâcher la reine Isa beau et le duc de Berry qui estoient à Melun (141 2) » (i).

La crainte d'une invasion étrangère réconcilia un instant les deux partis : Armagnac et Bourguignon.

En effet, le roi Henri V d'Angleterre, profitant des dissensions qui déchiraient la France, voulait faire valoir de nouveau les prétentions de ses prédécesseurs sur plusieurs provinces de France. Descendu en Normandie avec 30 000 hommes, il s'empara d'Harfieur et battit la chevalerie française, commandée par le connétable d'Albret, du parti des Armagnacs, à Azincourt (r4i5).

Après ce désastre, les débris des troupes françaises furent envoyés prendre leurs quartiers d'hiver à Paris, à St-Denis, dans les villages et faubourgs voisins, à Corbeil même, à Melun et dans toutes les places et châteaux situés sur la Seine, la Marne et l'Oise. Ces soldats causèrent à leurs hôtes et à leurs voisins toutes sortes de maux et exercèrent surtout leurs vengeances à l'encontre des partisans de Jean Sans-Peur (2).

En 1417, celui-ci s'empara de Montlhéry, Chartres, Etampes et essaya mais en vain de se rendre maître de Corbeil, défendu par deux braves capitaines, le sire de Mareuil et Barbasan. Il leva le siège le 28 octobre, au bout de trois semaines.

La même année, Charles VI, rappelant les dévastations commises aux environs de Corbeil par les Bourguignons, accorda à Bureau de Dicy, pour l'un des moulins, dit le Moulin Galant, qu'il possédait sur l'Essonne, « les privilèges qu'ont les moulins bastards et « ce, tant à cause des services qu'il lui avait rendus que pour les « souvenirs d'enfance qu'il n'avait jamais oubliés > [}),

(x) De la Barre. Ani, de Corbeil^ p. 20X.

(2) Cbnmique de Si-Denis, V. 585.

(3) Arch. Nat. JJ. 170, p. 125.

L'année suivante, Paris se souleva. Périnet Leclerc livra la ville à l'Isle Adam, l'un des chefs des Bourguignons ; les partisans de Jean Sans Peur coururent aux armes et firent un affreux massacre des Armagnacs (i) ; à la suite de ce soulèvement ceux qui avaient été chargés par le comte d'Armagnac de la garde de Corbeil et des Ponts de Charenton et de St-Cloud, s'enfuirent et abandonnèrent ces postes aux Bourguignons (2).

Après l'assassinat du duc Jean Sans Peur, sur le pont de Montereau en 1419, Jeanle Bon, son fils^ pour venger son père s'allia plus étroitement avec Henri V.

Par le honteux traité de Troyes, Henri V épousant Catherine fille de Charles VI, fut déclaré régent du royaume et reconnu pour futur roi au détriment du Dauphin.

Les Anglais et les Bourguignons portèrent alors les ravages de tous côtés ; ils se jetaient avec la violence d'un ouragan, tantôt sur un point, tantôt sur un autre et exerçaient toutes sortes de cruautés sur les voyageurs, les paysans, les laboureurs et leurs enfants. Les terres restèrent incultes et les biens furent abandonnés par leurs propriétaires.

Après avoir réduit Melun par la famine, ils obtinrent la reddition de la citadelle de Montlhéry après un siège de six mois en

Jean Falstaf, capitaine anglais, eut la garde de la forteresse de Corbeil pendant six ans.

Notre contrée resta sous la domination anglaise jusqu'en 1435, où elle revint enfin au pouvoir légitime de Charles VII. Mais il fallut la miraculeuse intervention de Jeanne d'Arc pour que la France fût sauvée.

La Pucelle, cette héroïne, sut en effet communiquer aux Français un courage nouveau et un élan qui les rendit invincibles. Elle leur remit selon le mot de De la Barre « du cœur au ventre >. Cet élan lui survécut ; en 14^3, les Anglais avaient perdu toutes les provinces qu'ils avaient conquises et ne possédaient plus que Calais qui leur fut enlevé un siècle plus tard.

Pendant la Praguerie (1437-1440), des bandes de brigands connus sous le nom à'écorcheurs^ s'établirent à Corbeil, Brie-Comte-Robert

(i) Monstrelet, chap. 196.

(2) Chronique de St-Denis. V. page 343.

et se répandirent dans les campagnes pillant et incendiant, torturant les habitants. Les mémoires du temps font un tableau lamentable de notre contrée à cette époque. Des paroisses étaient absolument désertes ; les curés eux-mêmes les avaient abandonnées. « La pitoyable condition, nous dit le vieil historien de Corbeil, où fut réduit le peuple français par les guerres civiles et Timpiété des soldats avoient fait cesser toutes sortes de festes, pèlerinages et réjouissances publiques » (i).

Ce n'est réellement qu'après la bataille de Montlhéry (1465) que notre contrée redevint tranquille ; Tespoir revint, les paysans reprirent leurs travaux avec courage.

De cette malheureuse époque, peu d'actes concernant Saintry nous sont parvenus. Nous ne pouvons citer que les suivants :

!• Charte du 8 février 1449 contenant bail à rente par Pierre Lhuillier, laboureur à Saintry, au profil de Didier Burge, demeurant à Corbeil, de 3 quartiers de friche qui étaient ci-devant en vigne, assis à Saintry, d'autre part à Cormeron, par bas à la ruelle du Clos Mulart, mouvant du seigneur du lieu (2).

Lhuillier tenait cette pièce de vigne du collège de Chanac à Paris (3) ; elle était chargée de 22 deniers parisis de cens envers le seigneur et de cinq sols six deniers de cens en rente au dit collège.

Ce bail fut consenti moyennant un sol parisis de rente.

2** Charte du 29 avril 1456, devant Jehan Bradefer, prévôt de Corbeil et Jehan Charron, procureur, contenant bail par Pierre Lhuillier et par Georges et Simon Pruneau, tuteur et curateur de Jeanne sa fille, et de feue Jeanne sa femme, au profit de Guillaume Belleile, laboureur à Saintry, moyennant rente de 12 livres parisis, de cinq quartiers de friche en vigne au-dessus du vieux cimetière de Saintry, et de trois quartiers de terre à Saintry, chargés du droit de champart.

30 Contrat du 20 octobre 1456, par lequel Jeanne la Jaunisse a vendu à Nicolas Laurent^ bourgeois de Paris, 1/2 arpent de vigne, au clos de Saintry (4).

(i) Antiquités de Corbeil, p. 209. (a) Arch. Nat. M. x88, n» 69.

(3) Le collège de Chanac, de St-Michcl ou de Pompadour, rue de Bièvre, fut fonde sous rinvocation de S. Michel, vers 1340, par Guillaume de Chanac, dignitaire du Limousin, évèque de Paris ; ce collège fut réuni en 1763 ;\ celui de Louis le Grand. Le fameux cardinal Dubois fut l'un des boursiers de ce collège.

(4) Arch. Nat. M. 188, n© 76.

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