ROYAL. LES REINES DOUAIRIÈRES. LA MAISON DU DONJON. DONATION
A l'abbaye d'yBRRES. biens POSSÉDÉS PAR SAINT MARCEL ET LES ÉGLISES
DE CORBEIL A SAINTRY.
L*origine de Saintry remonte donc, selon toute vraisemblance, au X» siècle, qui est le siècle de la féodalité.
Un peu de paix étant revenue avec l'établissement des Normands en Neustrie, les paysans^ malgré les calamités de toutes sortes qu'ils avaient encore à supporter, reprirent courage et retournèrent à leurs travaux. Une partie des habitants de Mory qui étaient venus se mettre sous la protection du capitaine commandant la forteresse de Corbeil, remonta sur la colline et alla s'établir à nouveau sur la rive droite de la ^eine ; l'ancien chemin gaulois, plus tard voie romaine, connu sous le nom de Peré^ pierree (d'où le nom du village : Le Perray) fut bordé d'habitations. Une autre partie, composée surtout de cultivateurs, de vignerons et de pêcheurs, se dirigea un peu plus au sud et s'établit à mi-côte. Son agglomération forma le nouveau village de Saintry qui, évidemment, à cette époque, ne comporta que quelques habitations disséminées entre la rue des Sabots et le lieu appelé actuellement la Terrasse, où plus tard s'élèvera le manoir féodal. En 980, un vignoble était déjà cons-' titué.
Dès le commencement du xP siècle, l'existence de Saintry nous est révélée par des actes.
Le sentiment religieux de nos aïeux est connu. Après le décou-
ragement et la terreur qui s'empara des peuples aux approches de Tan looo, les habitants de Saintry, quoique peu nombreux, dans un élan de confiance et de foi, construisirent une chapelle sur le bord de la Seine ; en souvenir de celle que leurs pères avaient édifiée à Mory, ils la dédièrent à Notre-Dame. Cette chapelle faisait alors partie de la paroisse de Saint-Pierre-du-Perray, dont la cure était à la nomination du Chapitre de Saint-Marcel de Paris, ainsi que nous le rapporterons plus au long au chapitre qui traitera de l'église.
Jusqu'à la Révolution, Saintry fit partie de la châtellenie de Corbeil ; en raison de sa situation à proximité de cette ville, il eut souvent à souffrir de ce voisinage et à subir les calamités et les dévastations dont le pauvre Corbeil a été maintes fois la victime. Il appartint tout d'abord aux comtes de Corbeil jusqu'en ma, époque de la réunion de tout le comté au domaine royal. A partir du milieu du xiv« siècle, il eut ses seigneurs particuliers, qui devaient foi et hommage aux seigneurs de Villepescle, vicomtes de Corbeil. Ayant publié dans le Bulletin même de la Société historique de Corbeil (i) des notes sur les comtes de Corbeil, qui furent en fait, possesseurs du village de Saintry et de son territoire, nous ne nous répéterons pas ici.
Nous ne pouvons cependant nous dispenser de rappeler que le comte Bouchard, deuxième comte de Corbeil, avait installé, vers 988, comme prévôt de Corbeil, Badoux ou Baudoin; quelques années après, celui-ci donna sa maison de Corbeil à Saint-Maur des Fossés. C'est sur l'emplacement de cet immeuble que fut bâti le prieuré de Saint-Jean de THermitage, pou( la fondation duquel ce prévôt légua plusieurs droits seigneuriaux, droits et héritages sis à Vigneux, Saintry^ Soisy-sous-EtioUes, Athis et au Vieux Corbeil, qui lui avaient été concédés par Bouchard, à titre de rémunération pour sa charge. Il avait été spécifié par ce dernier dans l'acte de donation, qu'au décès de Baudoin, de son fils Aleran et d'un second héritier, les droits et rentes y relatés, reviendraient à Saint-Maur des Fossés.
Mais après la mort de son père, Aleran céàa immédiatement ses droits à cette abbaye, qui entra en jouissance après avoir obtenu de Robert le Pieux, par une charte, datée de Chelles, le 13 mai
(i) 2* Bulletin de 1904.
10119* ^^ confirmation de la donation de Bouchard, à laquelle elle se trouvait substituée (i). Odon en était alors abbé.
Les droits ainsi donnés se composaient notamment du cens de deux arpents de vigne à Saintry^ s'élevant à dix-huit deniers, ce qui est confirmé par Eudes de Saint-Maur, auteur de la vie de Bouchard, qui écrivait en 1058, qu'une portion des revenus de Saint-Maur étaient situés : in Sesiaco aique in Sintrio,
Nous rappellerons également que pendant que Guillaume était comte de Corbeil, la quiétude des habitants fut troublée par des fléaux : aux intempéries des saisons qui nuisirent aux récoltes et amenèrent des famines, vinrent s'ajouter les ravages de la peste de io6oy qui dépeupla la Brie de Pâques à la Nativité de Saint Jean* Baptiste.
Après avoir réuni le comté de Corbeil au domaine royal, Louis le Gros commit un capitaine à la garde du château et pour veiller à la conservation de la ville et du comté.
En temps de paix, le roi attribua à ce capitaine la gruerie de la forêt de Sénart, de Hougeau, et des bois taillis de la Brie, à commencer depuis les portes de Melun jusqu'au pont de Charenton et les lieux circonvoisins entre les rivières de Marne et de Seine. En 1630, cette gruerie s'était élargie de deux lieues aux environs de Corbeil, du côté du Gâtinais et du Hurepoix.
Le comté fut administré par les officiers de la couronne et la justice fut rendue à Corbeil, au nom du roi ; ces officiers méconnaissaient parfois leurs droits et les principes de toute justice ; les habitants avaient souvent à se plaindre de leurs exactions.
Du xu® au xrv* siècle, le comté de Corbeil fut presque toujours compris dans le domaine des Veuves des rois de France avec d'autres possessions analogues telles que le comté de Melun et le Gâtinais. Adèle, veuve de Louis VII, Isburge, veuve de Philippe- Auguste, Blanche de Castille, Marguerite de Provence, Clémence de Hongrie, veuve de Louis X, et Blanche de Navarre, veuve de Philippe VI, furent douairières de ce comté. A ce titre, elles jouissaient de tous les fruits et revenus, droits et prérogatives de cette partie de Tapanage royal.
C'était à elles que les tenanciers, seigneurs et chevaliers des nombreux fiefs rendaient foi et hommage.
(x) ArchÎTCS nat. K x8". Tiidif, cartons des Rois.
Dans son savant travail sur les vicomtes de Corbeil, M. Depoin dit : « Simultanément avec les personnages qui constituaient la « parenté immédiate de Gaudri, vicomte de Corbeil, il existait en
< cette ville une autre famille qui se distingue par le prénom carac- « téristique de Baudoin, alternant avec celui de Ferri^ à tous les
< degrés de sa généalogie : elle nous est connue sous les surnoms de Beauvais et du Donjon ». Il ajoute que c'était évidemment dans cette famille que se recrutaient les châtelains auxquels était confiée la défense militaire de Corbeil.
Nous avons relaté plus haut que Bouchard, deuxième comte de Corbeil, avait concédé à Baudoin, son prévôt, pour les honoraires de sa charge, divers droits et rentes, notamment à Saintry. Cette famille de Beauvais^ tige de la maison du Donjon et de la seconde maison de Corbeil, descendait de ce prévôt. Aux xn», xin^ et xnr« siècles, elle possédait en fief le vignoble, ou tout au moins partie du domaine vinicole et agricole de Saintry.
Les documents ne permettent pas d'éclaircir rigoureusement la filiation de cette famille, mais ce qui est positif, déclare M. Depoin, c'est que le surnom de Beauvais et celui de Corbeil, appartiennent indifféremment aux mêmes personnages.
La chronologie permet d'identifier Baudoin IV, petit-fils de Baudoin II, qui était père de Jean, abbé de Saint-Spire vers 1067, avec le premier époux d'Eustachie de Châtillon, qui possédait de nombreux biens surtout dans la Brie, parmi lesquels le domaine d'Yerres que son oncle Geoffroy, fils de Gaudri, vicomte de Corbeil, avait eu en partage, soit que Ferri de Châtillon, père d'Eustachie, eût conservé en partage un démembrement de la terre, soit plutôt que la seigneurie ait fait retour à Eustachie par la mort de son cousin Gautier Tirel.
Chacun sait qu'Eustachie, qui convola en secondes noces avec Jean d'Etampes, est la fondatrice de l'abbaye d'Yerres. Ferri du Donjon, son fils, remplaça peu après 1161, Henri du Donjon à la garde du donjon de Corbeil (i). Il vivait encore en 1174, et fut Tun des chevaliers de Maurice de Sully, évêque de Paris. Il obtint, avec l'assentiment de celui-ci et de l'abbé de Notre-Dame de Corbeil, Âubert, la concession de l'autel du crucifix dans cette église, laquelle fut confirmée par Louis VII (3).
(x) Depoik, Lts Vicomtes de Corîfeil, page 23. (a) Ârch. de Seine-et-Oise, G. 259.
Ferri du Donjon donna i^ sols parisis de cens à percevoir sur le vignoble de Saintry, et ce, pour la fondation de son obit en l'église de Saint-Spire (i).
Son fils Baudoin lui succéda dans la garde du Donjon dès 1182 ; il avait épousé la sœur de Gaucher de Châtillon^ Âmicie, qui lui apporta la terre de Breteuil. Amicie, qui était certainement veuve en 1204, s'était remariée en 1913 avec Jean Briart, lequel se qualifie en 1219, sire de Breteuil, du consentement de sa femme.
Baudoin fut remplacé à Corbeil par Pierre^ probablement son fils aîné, lequel mourut le i*' avril 1239 ; Renaud, archidiacre d'Orléans^ fonda l'anniversaire de Pierre son père, à Saint-Spire, au moyen d'une rente de lo sous sur le cens de Vieilleruche.
Deux autres fils de Pierre nous sont connus : Jean du Donjon^ seigneur d'Yerres de laaS à 1353, qui fut certainement l'un des héritiers de Baudoin, et Pierre II ; ils étaient tous deux chevaliers en 1396.
Ferri du Donjon avait une sœur. Aveline, qui contracta mariage avec Baudoin V de Beauvais, nommé dans divers actes dont le plus ancien remonte à 113a.
En 1174, Jean II, son fils aîné, fit un don à l'abbaye d'Yerres du consentement de son frère Renaud, de sa femme Carcassonne et de sa fille Eustachie.
Jean II de Corbeil, nous dit M. Depoin (d), < est le personnage le plus connu de cette lignée ; il était chevalier et l'un des fidèles de la reine Adèle, dame de Corbeil ; Maurice de Sully lui décerne des éloges publics en vantant ses hautes vertus et ses excellentes dispositions envers l'église ». Il épousa avant 1 174, Jeanne de Duras^ surnommée Carcassonne, qui lui donna une nombreuse postérité.
En 1196, il consentit la cession gratuite à Saint-Victor de 100 arpents de bois entre Soisy etDraveil,dans la forêt de Sénart, avec le droit de chasse dans la forêt, le port de Champrosay et le chemin y conduisant, appelé la voie Baudart. Un diplôme de Philippe-Auguste, donné entre le !•' novembre 1196 et le 5 avril 1197, nous apprend que Jean et Carcassonne vendaient à la même abbaye 160 autres arpents de bois situés au même lieu, moyennant 800
(1) Cariulairê de Saint-Spire, publié par M. Couakd, page 153.
(s) Les Vicomtes de Corbeil, par M. Depozn, p. }2. Bulletin de la Société, I" Livraison,
livres (i). Â la même date, Jean II cédait à Saint-Victor ajo arpents de bois à Champrosay.
En laooy Jean II céda à Saint-Germain TAuxerrois le droit de chasse dans les Brosses de Noisy (a).
En i9o8, Jean et Carcassonne,qui avaient quatre de leurs filles et une petite-fille sous le voile, firent une fondation considérable à l'abbaye d'Yerres. Du consentement de leurs deux fils, Baudoin VI et Milon, de leurs deux filles, demeurées dans le siècle, Aveline et Hélisant, avec l'approbation de Pierre de Nemours, évéque de Paris, ils donnèrent à cette abbaye lo livres parisis devant être employées partie pour la chapelle Saint-Nicolas, partie pour la nourriture des religieuses ; ils y ajoutèrent le pressoir de Satntrjf (Seintri) avec les droits de pressorage afférents. La rente était payable à la Saint-Remi, sur les cens de diverses paroisses dans la proportion suivante : à Pussay, 60 sous (dont ao pour le luminaire) ; à Champcueil, 60 sous ; à Draveil, 60 sous ; à Saint-Ferréol, ao sous. Sur ces dix livres, il devait être prélevé une livre par tête pour la pension viagère de cinq religieuses: Emeline, fille de Baudoin de Loigny, et quatre filles des donateurs.
Après la mort des donateurs et des cinq religieuses, une somme de 40 sols devait être réservée pour célébrer leur anniversaire (3).
Enfin, il était stipulé que l'on donnerait un setier de bl^ et un muid de vin au Chapelain que Tabbaye entretenait à Draveil (4).
Jean de Corbeil mourut avant novembre laio. Sa veuve vivait encore en 1334.
Le vin produit par le vignoble de Corbeil et par celui de Saintry était déjà renommé à cette époque. Dans un fabliau du xiii* siècle, intitulé la Bataille de Fleurs^ Tauteur suppose que le roi Philippe- Auguste, un ami du doux nectar, feit apporter à sa table tous les vins nationaux et étrangers pour examiner ceux qui étaient dignes d'y être admis. Le vin de notre vignoble mérita cet honneur (5).
Après la mort de son père Jean II, Baudoin VI peut être considéré
(i) L. Dbusle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste^ n« 506.
(2) Arch. Nat. LL 47, folio 35.
(3) Ârch. nat. LL 1599*, folio 126. M. Depoik a donné cette pièce, comme justification à Tappuî de ses « Vicomtes de CorheU », Voir aussi : Hist. de F Abbaye éPYerres^ par Tabbé Alliot, Paris, Picard 1899.
(4) Opm. cit,
(5) Db RoauEFO&T, La Vie privée tPautrrfois^ T. I, p. S33.
comme le chef de la famille du Donjon ; on le trouve chargé de divers offices. En 1319, lors de l'intronisation de Guillaume II de Montforty évêque de Paris^ sept chevaliers, suivant Tusage, portèrent la chaise du prélat à son entrée dans la cathédrale. En tête, on cite le sire Baudoin de Corbeil, désigné par le roi.
La famille de Corbeil tout entière figure parmi les cautions, que Robert de Courtenay fît accepter au roi, pour la restitution des places fortes qui lui étaient confiées en 12 14. On voit parmi les pleiges :
Gui du Donjon pour 300 marcs
Pierre du Donjon pour . . I , 300 marcs Baudow de Corbeil pour . , . 300 marcs Jean Briart pour aoo marcs
Baudoin jouissait donc d'une fortune considérable. Il était suzerain de fiefs à Draveil. En 1226, Gui IV de Chevreuse, cousingermain de Baudoin, fit avec l'abbaye de Saint-Denis un accord important, à l'occasion duquel il constitue pour pleiges Baudoin VI, Hugues d'Âthis et Renaud YArche]"^ tige d'une famille parisienne qui porta le surnom de Corbeil. Le dernier acte de Baudoin VI est l'approbation qu'il donna, en 12^4, à la cession aux moines de Barbeau, d'une pièce de vigne à Corbeil, faisant partie du fief de Vignon, donné en dot à Hélisant, sœur de Baudoin, femme de Guy de Prunay. Il était décédé en août 1239 (i).
Baudoin eut plusieurs enfants : Baudoin VII et Simon II ^ ses fils, étaient chevaliers en 1251 (2) ; en 1271, Baudoin VII constate un accord entre les moines des Vaux-de-Cernay et les hommes de sa terre d'Ormoy, qui renoncent à leurs droits dans le bois de Bou- Ugneau (3).
Baudoin VII vivait encore en 1273.
Une autre alliance de la famille du Donjon à signaler est celle d'Isabelle de Corbeil, de la branche de Gretz, avec Jean II de Courtenay dont Tune des filles, Tabbesse d'Yerres, Marguerite III, mourut en 13 12.
Selon toute probabilité, c'est de l'un des descendants de cette famille du Donjon, que Moreau de Dicy fit l'acquisition d'une partie de la seigneurie de Saintry, dans le dernier quart du xive siècle, à
(i) Dspoiv, Us Vicomtes de Corbeil.
(ji) Arch. nat. LL 1x57, folio 96.
(3) Cariul des Vaux de Cemay, I, 660.
moins qu'elle ne lui eût été apportée en dot par sa femme Marie de Pacy, laquelle^ d'après un certain mémoire rappelé par Duchesne, dans son Histoire de Chastillon^ aurait été puînée de Chastillon.
D'après De la Barre, Louis le Gros ne se réserva, de tous les biens du comte de Corbeil, que la seigneurie de la ville, quelques censives, droits de justice, péage des marchandises passant par eau et par terre, avec la foi et hommage des vassaux. Quant aux terres, prés, vignes, bois et héritages, il les distribua aux églises, spécialement à l'église de Saint- Viptor-lez-Paris.
Il est certain qu'indépendamment de la maison de Corbeil, Saint* Marcel de Paris, le chapitre Saint-Spire et les autres églises de Corbeil avaient des droits et des immeubles à Saintry.
Le chapitre de l'église Saint-Marcel de Paris principalement, possédait de nombreux biens dans ce village et surtout au Perray. Ses droits reposaient sur des titres pour la plupart adirés dès avant la Révolution.
En effet, dans une déclaration*du temporel de ce chapitre faite au roi en 1673 (i), M, Florent Millet, docteur en théologie, conseiller et aumônier ordinaire du roi et doyen de Saint-Marcel, s'exprime ainsi :
« Cette église de Saint Marcel a été fondée et dotée par les Rois, l'empereur Charlemagne, Rolland son nepveu, comte de Blaye et Charles le Simple, et par les évèques de Paris de leur propre domaine :
c 10 à rhonneur de Saint Clément et après à Thonneur de Saint Marcel, jadis « évesque de Paris, parce qu'il estoit inhumé dans ladite église Saint Qément, le « revenu de laquelle église fut admorty, despuis lesquels admortissements estant sur" « venu en ce royaume plusieurs guerres par les Normands et Anglais qui entrèrent en a la Ville de Paris et aux environs, même en l'église Saint Marcel où ils prirent et M pillèrent les reliques et ornements, brûlèrent les maisons ou estoient toutes les « lettres^ titres et enseignements, concernant ladite fondation droits et revenus de « de leur église, occasion de quoy de ce que partie de ceuzs qui ont esté retirez (c de ceuxs qu'ils ont voulu rendre qui ont esté conservez et qui ont esté renou- M vdez du depuis ont esté encore perdus la plupart et adirez dans les procezs par « la négligence de ceux qui ont eu la conduite des affaires de ladite église.
w n n'est pas aupouvoir dudit chapitre de justifier les droits dont ils ont jouys et
(i) L'original de cette déclaration est en la possession de M. Dufour, qni a eu Tobligeance de nous le communiquer.
c desquels ils jouissent encore par une possession tranquille et immémorialle, « avérez et reconnus vulgairement en général et en particulier, auxquels droitz m ils ont esté conservez et maintenus par sentences jugemens et arrêts...
Il est énoncé dans cette déclaration que le dit chapitre avait droit de justice, haute, moyenne et basse, voirie, police, maîtrise, jurande, aubaine, espans, confiscation, lods, vente, saisine, amendes avec droit de retenue, quand le cas y échoit, banalités et autres droits seigneuriaux et féodaux, tant en ladite ville Saint-Marcel, qu'en cette ville, fauxbourg et banlieue de Paris,
Une bulle d'Adrien IV de 1158, dont nous aurons à nous occuper dans la a» partie de ce travail, confirma le chapitre Saint-Marcel dans tous ses biens.
Ledit chapitre était curé primitif de l'église paroissiale de Saint- Pierre du Perray, près Corbeil, et de Téglise paroissiale de Notre- Dame de Saintry, son annexe, dans l'étendue de laquelle paroisse il possédait la dîme des grains et celle du vin ; cette dîme se percevait à raison de 4 gerbes par arpent, et d'un septier et demi par queue ; elle s'étendait sur plus de i8^a arpents de terre ensemencés en grains et 94 arpents ensemencés en vigne, ainsi que l'indique un censierde 1238 (i).
Sur cette dîme il était dû au vicaire perpétuel du Perray, pour le gros, un muid de blé méteil, un muid d'avoine et deux demiqueues de vin.
Le chapitre de Saint-Marcel possédait en outre une portion dans la dîme des grains et du vin de la paroisse de Saintry, depuis le rû de Vital jusqu'à la terre et seigneurie de Perray, et la paroisse Saint-Léonard. Au xvi« siècle, des difficultés s' étant élevées au sujet de cette dîme, entre le chapitre et le curé de Saintry, une transaction intervint en 1578 (2). Nous aurons occasion d'y revenir dans la seconde partie de ce travail.
Il paraît, par deux titres de 13^4 et de 1^17, que le chapitre avait aussi quelques portions de censives à Saintry.
Estienne Morise, procureur du Roy à Corbeil^ avait, en 1354 (3), arrêté et mis en la main du roi les rentes provenant des lods et ventes d'un logement et d'une pièce de vigne sis terroir de
(x) Arch. Nat. S. 1917.
(s) Arch. Nat. iUd.
(3) Arch. Nat. S. 1920.
— 4a — Saintry, lieu dit le Poivre, dépendant de la succession de Jehan le Bourrelier, représenté par Adam le Bourrelier son fils, en prétendant que ces biens « estaient mouvan^ et à cens du Roy ». Le chapitre de Saint-Marcel fit opposition.
Une information fut faite par Jehan de Grigny (i) en la présence du procureur et du Doyen du Chapitre. Furent entendus « plusieurs tesmoings, bonnes gens et dignes de foy %^ lesquels déposèrent
< que lesdits héritaiges estoient mouvans à cens et tenus sans moyen des dits doyen et chapitre et qu'ils leur en avoyent veu payer le dit cens par plusieurs années, et les dites rentes aultres foys ».
Par suite, Innocent Lecourt, lieutenant du Prévôt de Corbeîl, rendit le mercredi, jour de la fête Saint-Remi 1354, une sentence aux termes de laquelle il déclara les biens être de la mouvance et censive du Chapitre Saint-Marcel et non de celle du roi « avons « osté, dit-il, et ostons, levé et levons au proffict des ditz doyen « et chapitre de tout Tempeschement quy mis y avoit esté, avons
< osté et ostons, à plain à leur proffict » (2).
Une déclaration faite en 1317, suivant Tusage et les formalités du temps, en présence de sergents et de témoins, établit que le chapitre avait en censive, un quartier de vigne à Saintry, lieu dit le Grand Clos, tenant d'une part à Etienne Thiercelin, d'autre part les hoirs de Bidant. Par une commission du 12 avril 15 18, il fut permis aux moines de faire assigner noble Jean Bernard « se disant seigneur de Saintry » comme garant de Pierre Gardenloge, possesseur de cette pièce de vigne.
Mais l'ancienneté de ces deux titres de 13^4 et 1317, et la non jouissance de cette censive, en avaient fait perdre la propriété au chapitre dès avant 1789.
Le chapitre de Saint-Marcel prétendait aussi que quatre titres de 1567 ne permettaient point de doutes et préjugeaient même que la seigneurie de Saintry et les droits en dépendant lui appartenaient également. Il présenta à cette époque requête au Prévôt de Corbeil pour avoir la permission de saisir féodalement au préjudice de leurs censitaires qui se trouvaient sur la dépendance de Corbeil (3).
(i) Jehan de Grigny possédait le fief de Villeret.
(2) Arch. Nat. S. 1920.
(3) Arch. Nat. S. 191 7.
Jacques Bernard, écuyer, seigneur de Montgermont et de Saintry, fit la même année une plainte et demande en troubles contre les chanoines de Saint-Marcel qui, voulant faire leur papier terrier de Saintry^ avaient fait mettre des affiches.
Nous ne savons ce qu'il advint du procès, mais il est certain que les moines le perdirent, puisque la seigneurie resta entra les mains des héritiers Bernard (i).
Enfin le Chapitre de Saint-Marcel jouissait en outre de quelques rentes dans ce village. Ces rentes, payables à la Saint-Martin d'hiver, s'élevaient à 38 sols parisis ; elles étaient dues en 1570 par : i^ Gralery, propriétaire de deux arpents de vigne sis à Saintry, lieudit le Clos Dailly^jusqu'à concurrence de la sols , 2^ Claude Trollet et sa femme, possesseurs de trois quartiers de terre, aux Brosses ; y Claude Boucher, détenteur d'une maison et jardin à Saintry, tenant d'une part les hoirs Pierre Bbnnet, d'autre part le chemin de Saintry à Morsang jusqu'à concurrence de 20 sols.
Le Chapitre Saint-Spire possédait également plusieurs immeubles à Saintry; le cartulaire, publié par M. Couard, contient notamment plusieurs titres relatifs à ces biens (a) :
1» Une lettre d'Eudes de Sully, évoque de Paris, de juin 1305 relate que Thibault, prêtre, et les paroissiens de l'église du Perray, ont vendu au chapitre Saint-Spire i/a arpent de vigne près Saintry, huit livres parisis. **
3» Une lettre du doyen de Melun, du mois de juillet 1337, fait foi que Jean de Soisy-sur-Ecole, prêtre, Gilbert Deforges, écuyer et Agnès, sa femme, Milo de Savigny et Emmeline sa femme, ont concédé un arpent de vigne à Saintry, que Gautier, dit Hellont, et Jeanne sa femme, ont vendu à Saint-Spire pour l'œuvre de Saint- Biaise.
3® Une lettre du chapitre Notre-Dame, de juin 1348, établit que Geoffroy de Saintry, chanoine bénéficiaire de Saint-Spire, a donné à l'église Saint-Spire en perpétuelle aumône, pour le service de la communauté, sa maison dans la Juiverie de Corbeil, et un arpent de vigne à Saintry, lieu dit Buinart.
(x) Arch. Nat. S. 191 7.
(2) Oirtnl. de St-Spire, publié par M. CodAKD. Rambouillet x88s, pages 60, 9), 98, 99 et 139-
4<^ Une déclaratioD y faite en septembre lajo^ par Thibault de Briart et Marie sa femme, confirme que Geoffroy, prêtre à Saintry, possédait une certaine pièce de vigne à Buinart et qu'il Ta léguée au chapitre Saint-Spire,
y Une donation par Aimon^ chanoine de Saint-Spire, au chapitre, d'une maison dans le cloître, et de sa vigne de Saintry, dont il se réserve toutefois l'usufruit. Cette donation, attestée par l'archidiacre de Paris, est de décembre la^o.
Le chapitre de Saint-Spire possédait en outre la plus grande partie de Villededon, hameau du Perray.
Le chapitre de Notre-Dame de Corbeil avait aussi plusieurs biens à Saintry.
Enfin, la Commanderie de Saint-Jean en l'Ile était propriétaire de ;a^ arpents de bois dans la forêt de Rougeau.
Les fabriques des églises de Saint-Jacques et de Saint-Germain, sans oublier celle de Saintry, possédaient plusieurs rentes sur des maisons et des terres situées sur le territoire de ce village (i).
Un acte de 1293, indique que le prieuré de Saint-Guenault avait acquis un demi arpent de vigne à Saintry pour i; livres parisis, en la censive de trois deniers due au chapitre de Notre-Dame, remise et quittée au dit prieuré pour et à rencontre de pareille censive que le dit prieuré avait sur un autre demi- arpent de vigne, sis au lieudit damoiselle appartenant au chapitre de Notre-Dame.
Une note de l'abbé Guiot indique qu'au xviii» siècle le maréchal de Clermont-Tonnerre avait enclavé ce demi-arpent de vigne dans son enclos et qu'il refusait d'en payer le cens (3).
Nous donnerons ici, d'après le cartulaire de Notre-Dame de Paris, quelques détails sur le prix de diverses choses aux xn», xui<> et xiv« siècles.
 Corbeil, en 1190, la arpents de terre furent vendus 18 livres.
En laaé, ao arpents un quartier de bois, situés entre le bois du chapitre à Villededon^ et le bois des Templiers à Savigny-le- Temple, sont vendus 57 livres 10 sols parisis, soit a livres 19 sols, chacun.
En IS38, un i/a arpent de pré est vendu 7 livres parisis. La même
(i) Archives de la commune de St-Germain-lès-Corbeil.
(2) Abbé Guiot. CueiUoir de St-Gnenault, page 71. Ms. de la biblioth. de Corbeil.
année une pièce de vigne contenant ; quartiers est vendue 34 livres.
Prix du bœuf ou veau : une livre 10 sous ; huit moutons ou béliers a livres 10 sous ; une poule a deniers.
En 1338; dans l'inventaire et vente faits après le décès de Clémence de Hongrie, nous trouvons des détails intéressants : deux tonneaux de vin, provenant des vignes de Tigery, furent vendus 14 livres ; 18 setiers de blé de Tigery, furent aliénés en Grève à Paris 12 sols 6 deniers le setier ; 8 setiers d'avoine venus du même lieu, 13 deniers l'un; 4 charretées de gros foin et 2 charretées d'autre foin, 4 livres ; une huche 16 deniers (i).
(i) Douët d'Arcq. G)mptes de rArgenterie du roi. Piges 80, 90 et suivantes.