LES BERNARD, SEIGNEURS DE SAINTRY
Malgré nos recherches nombreuses nous n'avons pu arriver à connaître la date exacte où la famille Bernard est devenue possesseur de la terre et seigneurie de Saintry. Cest en vain également que nous avons cherché à découvrir son pays d'origine et les circonstances à la suite desquelles elle est venue s'établir dans cette contrée, où elle a acquis une certaine influence.
De nombreuses familles dé ce nom ont existé en France, notamment en Bretagne. Elles descendent de la famille de Bernard qui parait être primitivement originaire d'Anjou, une des plus anciennes et des plus considérables de cette province ; dès le commencement du XV* siècle, elle occupait déjà un rang distingué. Sa filiation remonte à Guillaume Bernard, homme d'armes, mentionné dans une ordonnance de paiement dressé par Charles, duc de Valois et d'Orléans, le 3 juillet 1419.
Il ne serait pas impossible cependant que la famille des Bernard, de Saintry, fût bretonne, et que l'un de ses membres, sorti de la famille angevine, soit venu dans notre contrée avec Arthur de Richemond, où il aurait fait souche ; on sait que celui-ci, devenu connétable, amena avec lui, de l'Armorique, quantité de cadets entre lesquels notamment Yvon de Carnazet, qui fut premier écuyer de la maison du roi et qui, lors de l'institution des Francs archers, fut choisi pour capitaine de ceux qui furent levés en l'Ile de France, où il s'était logé et y avait conquis les seigneuries d'Echarcon, Bondoufle et Montaubert dans la châtellenie de Corbeil.
Les dépôts publics conservent un nombre considérable de pièces au nom de « Bernard », mais aucune de celles que nous avons
consultées ne nous a donné l'indication d'une filiation sur laquelle on puisse se reposer avec certitude pour rattacher ces Bernard aux seigneurs de Saintry. Nous signalerons toutefois que Jean Bernard, arrière-petit-fils du Guillaume, que nous venons de mentionner, fut nommé garde du petit scel de Montpellier en 1499, P^îs le a8 octobre 1505, écuyer de Madame Claude de France (Lambron de Lignin, page 20). — Son père, écuyer, seigneur d'Estiars, en Anjou, de Roysnes et de la Châtaigneraie, fut anobli par lettres patentes du roi Louis XI, données au mois de mai 1477, à Pont- Sainte-Maxence. — Il fut maire d'Angers.
Nous relèverons aussi le nom de Jean Bernard, écuyer de cuisine du duc d'Orléans et son bailli dans ses terres de Brie- Comte-Robert et la Ferté-Alais, dans un titre de 1449 (i) ; et celui de Guillaume Bernard, dit Montgardin, chevalier, panetier du roi, dans un reçu de 1476 (a), duquel il résulte qu'il touchait pour ses gages 15 livres tournois par mois.
Est-il téméraire d'affirmer que ce Guillaume Bernard est le père ou le frère de Pierre Bernard, qui n'aurait fait que lui succéder dans sa charge et dans la seigneurie du village qui nous intéresse ?
Toujours est-il que Pierre Bernard, écuyer, panetier ordinaire de Louis Xï, et plus tard de Charles VIII, était seigneur de Saintry, depuis quelques années déjà en 1480.
Il avait épousé Agnès Courtin (3), demoiselle de l'hôtel de Charlotte de Savoie, seconde femme de Louis XL
Ils obtinrent ensemble, au mois d'août 1480, de ce prince la haute justice de Saintry qui lui avait appartenu jusqu'alors.
La supplique qu'ils adressèrent à cet effet, nous apprend qu*à cette époque ils avaient droit de justice et juridiction « moïenne et basse, « avec plusieurs hommes^ hommaiges^ reliefs^ terre et seigneurie^ « rouaiges [^)jforaiges (5) et autres beaux droits et devoirs seigneu- « riaux », que la seigneurie de Saintry « estoit de bonne et grande
(i) Bibl. Nat. Pièces originales, Vol. 301, Pièce 246.
(3) Bibl. Nat. Pièces orig. vol. 30Z. Pièce 106.
(3) Marie Courtin, épouse de Pierre Grassin, seigneur d'Ablon en 1540, devait être sa parente.
( ^] Le rouage était une taxe levée sur les voitures, comme indemnité du dommage causé aux chemins ; il constituait plus particulièrement un impôt sur le transport des vins.
($) On nommait ainsi un droit seigneurial sur le vin mis en vente, particulièrement sur le vin vendu en deuil.
« esiendue et revenu, qu'ils y auraient vouloniiers haulte justice « pour conservation de leurs Jrot^ et devoirs^ lesquels par les guerres « et divisiofis qui par longtemps ont eu cours dans le royaume ont « esté et sont fort dépéris et diminue^ » (i).
Nous savons peu de chose de la vie de Pierre Bernard et de sa femme ni des « bons^grans et agréables services qu'ils rendirent au roi ^ et à sa compaigne en plusieurs et maintes manières^^^ni des guerres auxquelles Pierre Bernard prit part, mais il est certain qu'ils furent assez méritoires pour que Louis XI, qui n'était pas prodigue, puisse dire, dans ses lettres patentes de i/(èo^ que voulant envers eulx co- « gnoisire les dici^ services et les eslever en honneur^ prérogatives, « dignité^ et clémence afin qu'il cède en exemple à tous nos autres « serviteurs leurs semblables, il leur accorde et leur octroie la haulte « justice avec la moïenne et basse qu'ils avoient en la terre et seigneu- « rie de Saintry, ses appartenances et dépendances » (a).
Une pièce nous indique le passage de Pierre Bernard en Languedoc, en 1482 ; cette pièce, au sujet de laquelle nous ne possédons aucun éclaircissement, est ainsi conçue :
« Pierre Bernard, escuyer, panetier du roi, confesse avoir reçeu de Michel Le Tainturier, receveur général des finances du Languedoc, 400 L pour partie du paiement de la rançon de M»* Guy de la Baulne, chevalier, seigneur de la Roche d*Irlaine, 20 septembre 1482 » (3).
Le 28 décembre 1493, il donna à cens à Pierre Bonneau, laboureur à Saintry, un arpent de terre au dit lieu, champtier de la mare d'argent (4).
Pierre Bernard, qui était aussi seigneur de Tanlay et de Monceaux, avait son château à Saintry.
Ce château, démoli en 1757, était situé dans la Grande rue du village, exactement à l'endroit oii se trouve actuellement la propriété de M. Delaunay ; ses dépendances s'étendaient depuis la maison de la Mas^eline jusqu'à la rue de l'église.
Il était élevé, sur caves, d'un rez de chaussée, de deux étages, couvert en tuiles. Il fallait traverser plusieurs cours avant d'y pé-
(i) Arch. Nat. X»* 8607.
(a) jwa.
(3) Biblioth. Nat. Pièc. orig. 301. Pièc. 71, 107,
(4) Arch. de Champlitreux.
nétrer ; une porte principale, grillée de fer, gardée par un concierge qui parfois était en même temps receveur de la seigneurie, donnait tout d'abord accès à une grande cour formant terrasse (i), puis un escalier conduisait à une autre cour dans laquelle était rentrée des caves, enfin, à la suite, se trouvaient deux courettes pavées, dans l'une desquelles était la porte d'entrée de la prison seigneuriale (a).
A droite de l'entrée qui se trouvait non loin de l'angle formé par la grande rue et la rue de l'église, alors simple ruelle, séparés par uu mur, s'élevaient le colombier et les vastes communs qui, plus tard convertis en ferme, disparurent il y a cinquante ans environ.
Derrière le château, il y avait un clos de 5 arpents. Le tout était entouré de murs. Le parc du château situé au-dessus, contenait 25 arpents, dont près de la moitié en bois taillis.
Pierre Bernard mourut vers 1500. Il fut inhumé, ainsi que sa femme, Agnès Courtin, dans l'ancienne église de Saintry. La dalle qui recouvrait leur tombe présentait leurs effigies ; elle portait l'inscription suivante en lettres gothiques (3).
« ICY GIST NOBLE HOME PIERRE BeRNARD, EN SON VIVAT ESCUYBR Sr.
« DE Saintry, de Tanlay et de Moncbaulx, panetier du Roy Loys XI « RT de Charles VIII son fils, lequel
pierre long. i«» 83 larg. 0,69.
Lors de la démolition de cette église en 1779, cette dalle a été relevée afin d'être transportée dans le chœur du sanctuaire actuel ; mais malheureusement elle fut sciée par moitié dans le sens de la longueur et l'effigie de la femme ne se retrouve plus qu'en morceaux mutilés.
Pierre Bernard a les mains jointes ; il porte l'armure complète en fer battu et l'épée au côté ; sa cotte d'armes en étoffe est blasonnée de quinze feuilles et d'une grande tour crénelée. Ses pieds sont posés sur une levrette ; un écusson, inscrit au milieu de la bordure, reproduisait les mêmes armoiries, mais il ne subsiste plus
(i) Ce lieu s'appelle encore de nos jours « La Terrasu ».
(3) Nous avons trouve cette description dans une minute notariale. Cette prison existe encore; elle sert de cave.
(5) Abbé Lcbcuf, t. XIII, p. 154. Guilhermy, t. IV, p. 251.
qu'une moitié environ de Tencadrement, un arceau en ogive polylobée et un pied-droit décoré de 4 figurines (1).
Quelques noms d'habitants de Saintry qui vivaient à l'époque de Pierre Bernard nous sont connus ; ce sont : Madame Philippe Laurent, fille d'un bourgeois de Paris ; Nicolas Brias, Jean le Boulanger, Pierre Combault et Guillemette sa femme, Pierre Bonneau, Yvonnet Trosseau, JeanRegeau, Nicolas Denisot, Gabriel Bonneau, enfin Charles de Bidant, propriétaire du grand hôtel de Champlâtreux.
A Pierre Bernard succéda, dans la seigneurie, son fils, Jacques. Nous ne savons rien de lui ; un seul acte nous a révélé son existence. C'est unicontrat du 13 mai 1506 aux termes duquel Jacques Bernard, qualifié seigneur de Saintry, donne à cens, à Pierre Bonneau, 3 arpents de terre, au lieudit les Brosses, appelé le Peron Bourguignot (3).
Il mourut vers 1518.
Jean Bernard, fils du précédent, et non de Pierre Bernard, comme le dit l'abbé Lebeuf, fit hommage de la « haulte justice de la terre et seigneurie de Cintrj^f ses appartenances et deppendances :s^ (3) entre les mains du chevalier Duprat le 3 décembre 1518 et, devant la chambre des comptes, trois jours après, à charge, pour le relief (4) de mutation, d'un florin d'or de la valeur de douze sols parisis.
Il était également seigneur du Plessis-Chenet et de Moulignon, qui lui provenaient sans doute de sa mère.
Le 7 septembre 1522, il ensaisina le contrat portant vente du fief Pelletier à Nicolas Aurillot, secrétaire du roi (5).
On sait qu'Antoine Dubois, évêque de Béziers, qui était venu en aide à François I^' pour l'exécution des traités de Madrid et du Cateau, avait obtenu le comté de Corbeil, en échange des héritages qu'il avait donnés ; après avoir été mis en possession de ce comté par Nicole de Bèze, conseiller au Parlement, il obtint des
(i) Goilhermy, op. cit.
(2) Archives de ChampUtreux.
(3) Arch. Nat. P. 2, n«> 719.
(4) A la mort du vassal, son héritier devait payer au suzerain une certaine somme ; le fîef était, pour ainsi dire, tombe par la mort du possesseur et il fallait le relever pour en prendre possession.
($) Archives de Champlitreux.
lettres patentes du roi pour réunir à son domaine tout ce qui en avait été aliéné. En vertu de ces lettres, il se fit plusieurs poursuites pour faire révoquer les aliénations des justices des villages, acquises par le président de St-André à Tigery, par le S' Bourquier à Echarcon, par le S^ Tronçon auCoudray, parle S' de Valenciennes, à Ormoy et Villabé ; par le S"" Bernard^ à Saintry ; par le S»" Gron, à Tilly (i) ; ces lettres ne produisirent aucun effet et les officiers de Corbeil ne gagnèrent que la haine de ceux auxquels ils s'adressèrent.
Néanmoins, il est certain que Jean Bernard eut à se défendre contre cette tentative de Dubois, en ce qui concernait la haute justice de Saintry. •
Par acte devant Colombel, notaire à Perthes-en-Gâtinais, le neuf novembre 1534, Jean Bernard fit bail de la seigneurie de Plessis-Chenet, à Jean Varans (2).
Jean Bernard mourut en 1538, ainsi que nous l'apprend son épitaphe. Sa tombe, qui se trouvait également dans l'ancienne église de Saintry, était à peu près semblable à celle des époux Pierre Bernard, ses grands-parents : même ajustement, même costume, mêmes armoiries.
Lors du transport de cette dalle dans le chœur de l'église actuelle, elle fut également sciée par moitié dans le sens de la longueur et Teffigie de la femme ne se retrouva plus.
On y distingue encore les quelques mots suivants :
...MIL Vc XXXVIII Priez Dieu por son amh (3).
Par bonheur, Tabbé Lebeuf, qui Tavait vue plus complète, nous a transmis l'inscription qu'elle portait, laquelle était ainsi conçue :
Cy GisT Bernard EscuYER, seigneur de Saintery,
Plhssis Chenay, Moulignons, leqjuel trepass... MV<=XXXVIII (4). Priez Dieu po^ son ame.
Quelques noms d'habitants, vivant à Saintry de 15 10 à 1540, nous sont parvenus. Ce sont : Simon Boucher ; Bazille ; Jean Boucher ;
(i) De la Barre, Ant. de Corbeil, p. 224.
(2) Bibl. Nat. Pièces orig. 304. Dossier 6639.
(3) Guillermy, tome IV, 251.
(4) Abbé Lebeuf, XIII-i 54.
Thomas du Houx; Marguerite Doré : Jean Hevy ; Vincent Royé ; Guyot Villeneuve ; Jacques Lemery ; Estienne le Boulanger ; Jean Bellier ; Jean Giroust ; Jean le Peletier ] Catherine Aurillot et Nicolas Aurillot, secrétaire du Roy, seigneur de Champlâtreux.
Jean Bernard, II<^ du nom, succéda à son père comme seigneur de Saintry. Nous ignorons la date de sa naissance.
Il contracta mariage, en octobre 1520, avec Marie de Dicy, fille de Jacques de Dicy, seigneur de Montgermont, de la vieille famille de Dicy dont nous avons déjà parlé.
En 1339, à la mort de son beau-père, il devint par sa femme seigneur de Montgermont.
Par contrat passé devant Colombel, notaire à Perthes-en-Gastinois, le dernier avril 15331 noble homme Jean Bernard, se qualifiant de seigneur de Montgermont, Saintry, le Plessis et Monceaux transporta à son fils, Jacques, « escollier, estudiant en l'université de Paris », divers deniers et rentes y énoncées (i).
Il demeurait au château de Montgermont, et avait résidence à celui de Saintry. Son décès, arrivé dans la maturité de Tâge, se produisit antérieurement au 10 décembre 1544, car dans un aveu fait à cette date entre les mains de Anthoine Du Prat, Marie de Dissy, dame de Montgermont, se qualifie de « vesve de feu noble homme Jehan Bernard, en son vivant escuyer, seigneur de Sainctery » (s).
Sa veuve vécut encore plusieurs années ; en effet, on ne trouve aucun aveu de la seigneurie de Montgermont, qui lui était propre, avant celui fait par son fils Jacques, en 1564 (3).
Jean II Bernard laissait plusieurs enfants encore mineurs, de son mariage avec Marie de Dicy ; nous en connaissons trois : Jacques, Fiacre et Nicolas.
Jacques Bernard, II» du nom, qui fut seigneur de Montgermont, du fait de sa mère, et de Saintry, reçut par contrat devant Buisson, notaire à Perthes, du 18 juin 1528, en donation de son grand-père, Jacques de Dicy, seigneur de Montgermont, Pringy et Brinville, un arpent de terre situé au terroir de Montgermont ; il était à cette
(i) Bîbl. Nat. Pièces orig. $04. Dossier 6639.
(2) Arch. Nat. P. 69* cote 3070.
(3) Ibid. P. 9, 3067.
époque âgé d'environ 7 ans et étudiait à l'université de Paris (i).
Le 17 septembre 1546, Jacques Bernard paraît comme seigneur de Saintry et du Plessis-Chenet, dans un acte passé devant M« Patin, notaire à Corbeil, contenant constitution de rente par Marguerite Hochard, veuve de Mathurin Richer (a) ; le 12 avril 1548, il fit à la chambre des comptes, hommage delà haulte justice de Saintry (3).
De 1553 à 1558, Marie de Dicy, veuve de Jehan Bernard, en son nom et comme ayant la garde noble de ses enfants mineurs — et Jacques Bernard, écuyer, seigneur de Saintry, eurent de nombreux démêlés judiciaires avec Pierre Richer ^ et autres seigneurs en partie du Val-Coquatrix (4).
Jacques, Fiacre et Nicolas Bernard sont qualifiés tous trois « seigneurs de Montgermont :» dans une sentence du 20 avril 1999, de la justice de la Maison Rouge et il semble, dit M. de Montgermont» « que le sang processif des Dicy reparaît en eux, car les sentences « de justice locale se succèdent en 1564, 1565, 1566 (5).
Le 24 janvier 1^64, Jacques Bernard, « escuier » fit à la chambre des comptes « les foy et hommaige pour raison du fort chastel, de « la haulte justice, moyenne et basse du dit Montgermont, du cours « de la rivière d'Escolle depuis le pont de Dannemois jusqu'à la « rivière de Seine » à lui « advenu et escheu par le trespas et suc- « cession de Marie Dicy, sa mère > (6). Le 26 juin 1565 il en fait l'aveu et le dénombrement (7).
Une sentence du prévôt de Paris du 12 juin 1570, nous dit M. de Montgermont, « présente un intérêt tout particulier ; malheureu- « sèment nous n'en possédons que l'indication sommaire qui suit : « Sentence de la Prévôté de Paris du 12 juin 1570, entre Jacques « Bernard, écuyer, seigneur deSaint-Try et de Montgermont, d'une « part, et le procureur du Roy, au Châtelet de Paris, d'aultre, par « laquelle est ordonné que main levée sera faite au dit Bernard, de « tous et chacun des biens et héritages saisis à la requête du dit
(z) Bibl. Nat. Pièces orig. 504, dossier 6629.
(2) Ihid.
{3) Abbé Lcbeuf, XIII-is6.
(4) Archives du château de St-Germain-lès-Corbeil.
(5) Pièc. orig. Vol. 304, dossier 6629.
(6) Arch. Nat. P. 69-3067.
(7) Arch. Nat. P. 8o>-3933. — Cet aveu est frappé d'un timbre sec représentant les armes des Bernard ; ils portaient alors une tour crénelée cantonnée de 3 quintefeuilles, deux en chef et une en pointe.
« procureur du Roy, comme ayant prétendu qu'il était de la nou-
« velle sexte (sic) » (i).
C'est sans doute à la suite de cette main levée qu'il fit hommage
au château de Villepesque le lo juillet 1574 et le 13 septembre
1575 (^)- Jacques Bernard avait-il songé à embrasser le parti du prince de
Condé et à se faire huguenot pour éviter que ceux-ci, qui occupaient alors la contrée, pillent et dévastent ses seigneuries? La saisie avait-elle eu lieu à la suite d'une dénonciation, reconnue plus tard mensongère par la Prévôté de Paris? C'est ce que nous ne saurions dire.
Cependant, nous pensons, avec M. de Montgermont, que les preuves de la fidélité de Jacques Bernard, ancien étudiant à l'université de Paris, au catholicisme « durent être bien manifestes, « puisque la sentence de main levée fut prononcée le 12 juin pen- « dantla période la plus grave de la lutte, au moment où les deux « partis exaspérés ne songeaient à aucune concession, et où les « pourparlers pour la paix n'étaient même pas engagés » {}). Une saisie féodale ayant été faite de ses biens, Jacques Bernard en obtint aussi main-levée par sentence des juges du trésor, du 20 Juin 1578 (4).
Jacques Bernard augmenta les biens de sa maison du fief des Noyers pour lequel il prêtait hommage en 1580 à Louis de Pampelune, seigneur de Livry, du Perchois et de CoUombiers (5).
Fiacre, son frère, seigneur de « Montgermont, Pringy, Bezinville et Ponthierry, en partie » fut présent à la rédaction des nouvelles coutumes de Melun, faite en conformité des ordonnances publiées le 20 avril 1 560.
Nicolas, son autre frère, vivait encore en 1566.
Jacques avait contracté mariage dans un âge déjà avancé avec Esther de Blanchefort ou Bouchefort, beaucoup plus jeune ; il mourut avant le mois d'août 1587, ainsi que nous l'apprennent des lettres patentes de Henri III (6).
(i) Bibl. Nat. Pièc. orig. Vol. 304, dossier 6629.
(2) Lcbœaf, XIII-is6.
(3) De Montgermont, Notes sur les seigneurs de Montgermont.
(4) Pièc. orig. 304. dossier 6629.
(s) lUdem.
(6) Ibidem.
Sa veuve se remaria en secondes noces, avant juin 159a, avec Daniel Prévost, « escuier » sieur de Peublon ou Penblon, gendarme en la compagnie du Duc de Montpensier (c).
Elle eut la gestion des biens de Jacques Bernard, son fils encore mineur, lesquels furent plus tard administrés par Daniel Prévost, son tuteur. L*abbé Lebeuf ignorait certainement ces circonstances quand il écrivait : « qu'il paraît par un acte d'hommage de la terre « du Coudray de Tan 159% qu'il y avoit outre lui (Jacques Bernard), « un autre seigneur de Saintry, nommé Daniel Prévost 7^ (2). En 1595, Daniel Prévost, ès-qualité, ne voyant point qu'on lui rendît hommage pour le fief de Meurs au Coudray, fit faire une saisie féodale (3) de toute la terre du Coudray. C'est à la suite de cette saisie que l'hommage fut rendu.
Jacques de Bernaiuj, I1I« du nom, seigneur de Saintry et de Montgermont, fils unique de Jacques II et d'Esther de Blanchefort, fit comme son père ses études à l'université de Paris ; il y était « escollier juré » en 1587, époque où « en considération de ses études et privilèges d'escolarité », il fut exempté, par lettres patentes de Henri III, du 24 août 1587, de comparaître au ban et arrière-ban convoqué cette même année (4).
Il fut également exempté, par lettres patentes de Henri IV, du 22 février 1595, des « services, comparutions et contributions du ban et arrière-ban » de 139^, et ce, « en considération des services faits à la couronne » par son père (5).
Il était encore mineur en 1596, puisqu'à cette date l'aveu de Montgermont fut fait par son tuteur, mais il devint majeur l'année suivante car il fit lui-même l'hommage de sa seigneurie (4 août
Sa naissance remonterait donc à 1377.
En 1598, Adam de Corbay vend à Jacques de Bernard, seigneur
(i) Arch. de S.-et-O. E 6871.
(2) Abbé Lebeuf, tome XIII, i$6.
(5) La saisie féodale avait lieu lorsque l'acte de foi et hommage n*était pas fait dans les 40 jours qui suivaient chaque mutation de seigneur ou vassal. Toutefois, ce délai ne commençait à courir qu'à partir d'une sommation faite par le seigneur.
(4) Bibl. Nat. Pièces orig. 304, dossier 6629.
(5) Ibidem.
(6) A. N. ai 1405.
- 7Î — de Montgermont, Saîntry, Plessîs-Chenet, Monceau, Neuîilan,les a/3 de 35 arpents de terre et 18 arpents et un quartier de terre et bois du fief de la Maison Rouge, lui venant de sa mère, damoiselle de Mornet.
Nous voyons, par un acte du 24 janvier 1602, que damoiselle Esther de Bouchefort, femme de Daniel Prévost, ratifie une obligation passée par ce dernier « son mary et Jacques Bernard^ escuier, son fils >, à maître Robert Daves, commis au greffe de M" des Comptes à Paris, pour la somme de deux cent quatre écus 10 sols (i).
Le 7 septembre 1602, Jacques de Bernard fit Tacquisition, de damoiselle Marie Chartier, demeurant à Saintry, d'une rente perpétuelle de 3 écus 1/3 à elle due par le sieur de Ravière, gentilhomme des gardes écossaises du Roi (2).
En octobre 1603, Jacques de Bernard se qualifiant de seigneur de Montgermont, Neuflieu et Saintes près Montargis, épousa damoiselle Geneviève Bergeron, fille mineure de Jehan Bergeron, trésorier de France, en Picardie, et de feue demoiselle Catherine de Valle. Aux termes de leur contrat de mariage, passé le 18 septembre précédent, devant M«" Herbin et de St-Vaast, notaires à Paris, en présence de plusieurs membres de leurs familles « le sieur Bergeron promit « bailler et donner aus dictz futurs espous, dans la vue de leurs « espousailles, la somme de douze mille livres en deniers comp- € tans » (3).
Jacques de Bernard obtint, le 28 janvier 1604, des lettres patentes de Henri IV portant « permission de chasser et tirer à l'arquebuse à toutes sortes de gibier non deffendus » (4).
Cette permission est une preuve de la faveur dont le seigneur de Saintry jouissait auprès du roi. Pour en faire comprendre l'intérêt, il est utile de rappeler en quelques mots quelles étaient l'étendue du droit de chasse à cette époque et les modifications qui, peu à peu, s'introduisirent dans ce droit.
Au moyen âge, la chasse était considérée non seulement comme un amusement noble, mais encore comme une occupation pieuse ; Gaston Phœbus, comte de Foix, qui fut le plus intrépide chasseur de son temps, dit dans ses Déduits de la Chasse « qu'elle sert à faire
(i) Arch, de S.-et-O. £ 6871. Minutes Le Bergier, notaire à Corbeil.
(d) Ibidem.
(5) Arch. de Seine-et-Marne, E 432. Bibl. Nat. Pièces orig. 304, dossier 6639.
(4) Pièces orig. 304, dossier 6639.
« fuyr tous les péchez mortels ; or, qui fuyt les sept péchez mortels^ « selon notre foy, il doit être saulvé. Donques,bon veneur aura en « ce monde joye, léesse et déduit ; et après aura paradis encore ». Cependant, dans le cours de son ouvrage, le noble comte semble apporter quelque modification à ce raisonnement: il reconnaît que tous les chasseurs pourraient bien ne pas être placés, pour leurs exploits « au milieu du paradis ;^, mais il compte qu' « au moins ils « seront logiez aux fauxbourgs et basse cours :&, parce qu'ils auront évité Toisiveté qui est cause de tout le mal.
Saint Hubert et saint Eustache étaient veneurs ; « il est à con- « jecturer, dit Dufouilloux, que les bons veneurs les ensuyvront en « paradis avec la grâce de Dieu ».
Une tells estime accordée à la chasse fit qu'on s'y livra avec fureur pendant tout le cours du moyen âge. Un gentilhomme jurait par son chien et par son oiseau, comme par une chose sacrée. Rambaud, comte d'Orange, troubadour du xn'^ siècle, disait à sa maîtresse dans une chanson amoureuse: « que jamais il ne me soit « permis de chasser, que jamais je ne puisse porter d'épervier sur « le poing, si depuis l'instant oiïi vous m'avez donné votre cœur, « j'ai songé à en aimer une autre que vous ».
Jusqu'à saint Louis, le droit de la chasse avait appartenu exclusivement à la noblesse. Ce prince fut le premier qui l'accorda aux bourgeois dans quelques provinces.
Charles VI maintint c« p;;ivilège aux bourgeois qui vivaient noblement, mais interdit absolument la chasse aux roturiers, laboureurs et autres.
Louis XI défendit avec sévérité cet amusement, qu'il trouvait trop coûteux pour la noblesse. « C'était alors un cas plus graciable de tuer un homme que de tuer un cerf ou un sanglier ». Charles VIII rapporta cette défense. On sait que Charles IX fut le chasseur le plus habile de son époque.
En 1539, un arrêt de François I" décida qu'un seigneur ne pourrait établir de garennes que par concession spéciale, et après justification qu'il possédait assez de terres pour nourrir les lapins. Pendant la Ligue, Henri II et Henri III défendirent le port de l'arquebuse à tous ceux auxquels leur métier de gens de guerre n'en commandait pas l'usage.
Henri IV, qui avait d'abord autorisé l'emploi de l'arquebuse pour la chasse, s'apercevant que beaucoup de gens se servaient de leurs
armes pour un tout autre usage, défendit son emploi, en 1603, aux nobles et aux roturiers, se réservant d'accorder lui-même des autorisations. C'est ainsi qu'il donna permission à Bernard^ seigneur de Saintry.
Le 33 novembre 1604, Jacques de Bernard, confesse et« advoue « tenir en foy et hommage du Roy, la haulte, moyenne et basse « justice de la terre et seigneurie de Sainctery et ces apartenances « et dépendances, — mouvant de sa majesté, à cause de son chas- « telet de Paris... à la charge du relief de mutation de seigneur et « vassal d'un florin d'or à la valeur de la solz parisis » fi).
Le même jour il fit Taveu « du fort et chastel avec la haute, moyenne et basse justice de Montgermont > (a).
C'est dans ces aveux, où la particule lui est également attribuée, que i^oxyr \2i première fois ]2LCc\}ies Bernard en fait emploi. Il signe en effet Jacques de Bernard.
Un long arrêt du conseil d'Etat, du 12 janvier 1668 (3), rendu en faveur de Jacques IV, de Bernard, son petit-fils, maintint celui-ci dans sa qualité de noble et d'écuyer. Dans cette pièce qui mentionne de nombreux actes et des contrats relatifs aux Bernard^ tous sont appelés « de Bernard », ce n'était certainement que par égard au nom qu'ils portaient à l'époque où fut rendue cette décision où il est dit que Jacques de Bernard a déclaré que « son blason porte un aigle d'or couronné^ écartelé et armé de toutes parts, le fond de sinople ».
Ce sont les armes pleines des Dicy, ancêtres des Bernard, devenues les leurs, à une époque que nous ne pouvons indiquer, mais en tous cas après 1^6^.
En 1612, suivant contrat passé devant M" Granderie et Mothelet, notaires à Paris, Jacques de Bernard cède à M. des Fontaines, ses dîmes sur les Fontaines, Etrelles et Brinville, et s'engage à payer au curé de Montgermont un droit annuel de un muid de blé.
11 reçoit^ en échange de M. des Fontaines, 60 arpents de terre et 23 arpents 1/2 de bois à la Maison Rouge.
Jacques III de Bernard reçut en 1609, 1627, 1629 et 1632, foy et hommage des seigneurs du Coudray. En 1628, le 18 avril, décéda, dans sa maison seigneuriale de Saintry, Jean Bernier, fils de Jean Bernier « mareschal des camps à Poitiers ».
(i-a) Arch. Nation., P. 74», 3565-3566.
(3) B. N, Pièces orig. 304, dossier 6639.
Il mourut le i) janvier 1633 et fut inhumé le i^ dans la chapelle de Montgermont ainsi que l'atteste la mention suivante :
1633. « Le jeudy treiziesme janvier, est décédé noble ho Jacques € Bernard^ escuier, sieur de Saintry, de Montgermont et NuUian, € a esté inhumé dans sa chapelle de Montgermont le ly des dicts € moys et an ».
Signé : Leroy (curé) (i).
De son mariage avec Geneviève Bergeron, Jacques III de Bernard laissa plusieurs enfants dont 3 au moins nous sont connus : Henryy Jehan et Charlotte.
Jehan Bernard est présent au baptême de Jehan Moisson, célébré dans Téglise de Sbintry, le s6 mars i6ao ; la marraine était Jacqueline Mathis.
Henry de Bernard et sa sœur Charlotte furent parrain et marraine dans la même église, ainsi que le constatent les deux extraits suivants relevés dans les registres paroissiaux (2).
€ Le lundy dixiesme du moys de may de Tan mil six cens vingt et € un, a esté baptisé Marie, fille de Marin Auvray (3), et de Fleurie Seneschal, ses père et mère ; le parrin noble garson Henry Benardy fils de noble homme Jacques Besnard, S^ de Sainctry ; la mar. damoiselle Marie Le Riche, fille de noble homme Charles Le Riche, lieutenant de Corbeil :ft.
€ Le dimanche vingtiesme février de Tan mil six cens vingt et « huict a esté baptisé Charlotte, fille de honorable homme Inno- « cent Cothais (4) et de Marie Barré ; parrain Jacques Barré, fils € de Messire Barré, procureur à Corbeil ; marraine damoiselle € Charlotte Bernard ^ fille de noble homme Jacques Bernard y escuier, € seigneur de Saintry et Montgermont, laquelle lui a donné le € nom ».
Jacques III de Bernard habitait donc, avec sa famille, de préférence le château de Saintry, Il fut certainement le plus riche de tous ceux de son nom que nous connaissions.
Après son décès, Henry de Bernard, son fils et seigneur des
(x) Registres paroissiaux de Saintry.
(2) Les registres paroissiaux existent à Saintry depuis x6io. Il y a quelques lacunes.
(3) Receveur de la terre de Saintry.
(4) Sergent à Corbeil.
mêmes terres, fit hommage tant en son nom qu'en celui de ses frère et sœur mineurs^ le a6 février 1633 (^)'
Ils ne conservèrent pas longtemps leur vieille seigneurie de Saintry. En eflfet, le 39 mars 1634, elle était aliénée à Nicolas Le Jay, seigneur de Tilly, premier président au Parlement de Paris.
Henry de Bernard^ dernier membre de cette famille qui posséda la seigneurie de Saintry, comparut le i; juin 163; à la convocation du ban et arrière-ban du bailliage de Melun, déclarant « qu'il est prêt à monter à cheval au meilleur équipage que faire se pourra pour le service de sa majesté » (a).
Le !«■' septembre suivant, il comparut à la « monstre » réunie à Melun et prêta le serment de fidélité entre les mains de Gabriel Damours et Henry de Guignard écuyers, élus à cet effet.
Le 10 juillet 1636, Henry de Bernard fut nommé capitaine d'une compagnie de 100 hommes de guerre à pied, il s'enrôla sous les ordres de Jacques de Castelnau, et combattit les Impériaux (3).
Il mourut en 1644 ou 164% laissant plusieurs enfants de son mariage, célébré en décembre 1638, avec Marie de Crespy, fille de Jacques de Crespy, seigneur de Beauregard, gentilhomme ordinaire de la chambre de roi, capitaine des ville et château de Melun, lieutenant des chasses de Fontainebleau, et de Marguerite Fraguier.
Avant de terminer ce chapitre, nous ne croyons pas inutile de rappeler brièvement divers faits historiques qui se passaient à l'époque où les Bernard étaient seigneurs de Saintry, et qui influèrent plus ou moins sur la vie publique de ce village.
Nous avons dit qu'après la bataille de Montlhéry, notre contrée était redevenue tranquille. Le peuple reprit son essor.
Louis XI, qui aimait Corbeil et ses environs, vint parfois se reposer de ses labeurs, soit à St-Jean en l'Ile, soit au Coudray, fief des Bernard. Il mourut en 1483, après avoir fait beaucoup pour la grandeur et l'unité de la France, et après avoir anéanti définitivement la ligue des princes qui l'avait si longtemps menacée.
Charles VIII, encore enfant, était bien incapable de recueillir la lourde succession de son père ; ce fut sa sœur, Anne de Beaujeu, •
(i) L'abbé Lcbcuf, XIII-i$7.
(2) Arch. de S,-ct-M. B. $05.
()) De Montgennont, Uc, cii.
« la moins folle femme du royaume » qui prit en main les rênes du gouvernement.
Aux états généraux de 1484, convoqués par elle pour renouveler Talliance entre le peuple et la royauté, la noblesse essaya de réagir contre les principaux actes de Louis XI ; presque tous les seigneurs obtinrent le redressement de leurs griefs et plusieurs de ceux qui avaient été les instruments des cruautés de Louis XI furent mis à mort. De ce nombre fut Olivier Le Daim, l'ancien barbier, l'exécuteur impitoyable des rigueurs du feu roi. Cet Olivier avait été sergent et gruyer de la garenne de Rouvray, puis gruyer de la forêt de Sénart (i) et seigneur de Soisy-sous-EtioUes.
Au commencement du règne de Charles VIII, la sécurité des habitants de notre contrée n'était pas bien grande ; « en 1487, des « ordonnances furent envoyées à Corbeil, Montlhéry, pour faire « punir certains gens de guerre, laquais, piétons et autres qui pil- « laient le pays ».
Nous ne suivons pas ce prince en Italie, à la conquête du royaume de Naples.
En montant sur le trône, Louis XII, qui lui succéda en 1498, promit aux députés bourgeois, qui étaient venus le complimenter, de soulager le pauvre peuple. Il tint parole.
En effet, il s'occupa avant tout de Tordre et du repos de la France et introduisit des réformes sages dans l'administration des finances ; il diminua tout d'abord les impôts d'un dixième et continua de les diminuer tant qu'il régna : il s'occupa de la justice avec la même prévoyance et publia une ordonnance rigoureuse pour la répression des pilleries et violences commises par les gens de guerre.
Enfin, il accorda aux petits sa protection contre les grands et mérita le titre de Père du peuple.
Pressé d'argent, Louis XII s'était vu dans la nécessité, en 15 12, d'engager les domaines royaux de Corbeil, de Melun et de Dourdan, à Louis de Graville^ amiral de France, pour la somme de 80.000 livres ; ces domaines retournèrent à la couronne au décès de de Graville.
(x) La gruerie de Scnart, éublic à Corbeil, était composée des forêts de Sénart, Rougeau et Ozouer la Perrière. Sur la forêt de Rougeau, possédée par divers, contenant 3960 arpents, le roi n*avait que le droit de justice, de chasse et de glandée, avec la propriété des routes (De Boislisle, Mémoires des Intendants, Généralité de Paris, p. 304-505).
Louis XII mourut en 151 5 ; François I«' régna. Les années se succédèrent sans faits mémorables pour notre contrée jusqu'à Tinvasion de Charles-Quint, si ce n'est que François I" vint à Corbeil en 1519 et 1521, avec la reine, ses enfants et sa mère ; de grandes fêtes, auxquelles assistèrent la noblesse environnante et les notables, furent données en leur honneur.
Après avoir fait alliance avec Henri VIII d'Angleterre, Charles- Quint entra en Champagne en 1544, s'empara de plusieurs villes, surprit Epernay, Château-Thierry et poursuivit le dauphin jusqu'à Meaux ; les habitants de cette ville prirent la fuite et vinrent se réfugier jusqu'à Lagny, Melun, Corbeil et Paris.
L'armée française couvrait alors toute la Brie ; la cavalerie était logée depuis Faremoutiers jusqu'à Corbeil, qui fit l'acquisition d'une pièce d'artillerie et d'armes pour sa défense. Jean Caraccioli, prince de Melphes, maréchal de France, fut longtemps aux environs de cette ville avec un grand nombre de chevau-légers ; les villages eurent à subir leurs déprédations (1). Le 8 septembre 1544, François I«' ordonna par lettres au capitaine de Corbeil d'enîever les blés, bestiaux et vivres de toute nature et de les faire évacuer sur Paris par la Seine, en un mot, de faire le vide devant l'ennemi (a).
Enfin, Charles-Quint s'effraya au milieu de ses victoires ; il fit des propositions de paix à François I«% qui se hâta de les accepter. La paix fut signée à Crespy-en-Valois le 16 septembre 1544. Les deux souverains convinrent qu'il y aurait paix perpétuelle entre eux et que chacun restituerait à l'autre ce qu'il lui avait enlevé ; ils s'engagèrent en outre à travailler à la réunion de l'église « pour « obéir, disoient-ils, à l'extrême danger et hazard ou se trouve « notre sainte foy, et cela par tous les moyens et expédients qu'ils « aviseront par ensemble convenir à si bonne et très sainte « œuvre ».
Déjà des Vaudois avaient été massacrés, des hérétiques exécutés dans toute la France. Les guerres de religion approchaient.
En 1552, Henri II, fils et successeur de François I•^ se vit dans la nécessité d'engager la châtellenie de Corbeil à M* Guy l'Arbaleste, vicomte de Melun, seigneur de la Borde et de Néron, président de la Chambre des comptes à Paris.
(i) Le Paire, tome I, page 306.
(%) Arch. de Corbeil, A A. 3.
En i;63 éclata la guerre civile; le massacre de Vassy en fut le signal. Tous les protestants se crurent menacés, tous prirent les armes (i).
Avec les renforts qu'il reçut d'Angleterre et d'Allemagne, le prince de Condé emporta d'assaut la Ferté-Alais, Dourdan, Etampes, Montlhéry et vint au mois de novembre attaquer Corbeil, pour se rendre maître du cours de la Seine et dominer Paris ; son armée était logée sur la rive gauche de la Seine : à Essonnes, à Saint-Fargeau, à Ballancourt. Les troupes royales, commandées par le maréchal de Saint- André, étaient sur la rive droite, à Corbeil et aux environs. La cavalerie était logée « par les villages de la Brie ».
« Le séjour des deux armées, l'une en Gastinois, l'autre en la « Brie, fut cause que tout le territoire de la Chastellenie de Cor- « beil fut destruit et désolé, encores plus du costé du Gastinois, où « il ne demeura aucun arbre fruitier debout, ny maison avec sa « couverture ; et les moulins à papier, dont les ouvriers se disent « suppôts du recteur de l'Université de Paris, furent renversez « dans la rivière d'Estampes » (a).
« Le mareschal de St-André, général de l'armée royalle qui estoit « à Corbeil et es environs, ne voulut accepter aucunes trêves, et « les escarmouches ne cessèrent point et les canoniers de Corbeil, « faisant merveilles de tirer, tuèrent et estropièrent quantité de « soldats, outre deux personnes de marque... » (3).
Le prince de Condé aj'ant échoué devant la place de Corbeil, malgré l'assurance que ceux de son parti, à la tôte duquel se trouvait le prévôt Le Berger, lui avait donnée de lui livrer, en leva le siège le 13 novembre 156a » (4).
Après le départ des deux armées qui se dirigèrent sur Paris, la chastellenie de Corbeil « resta vuide de tous biens ».
L'édit d'Amboise, les concessions faites aux protestants, ramenèrent quelques années d'accalmie dans les luttes religieuses. La guerre reprit avec violence en octobre 1567 ; momentanément suspendue pendant 6 mois à la suite de l'édit de Longjumeau, dit
(1) Voir J. Panniek, Etudes historiques sur la réforme à Corbeil et aux environs au XVI* siècle (Mém. de la soc. hist. de Corbeil, année 1900).
(2) Il s'agit de la papeterie d'Essonnes, sur la rivière de ce nom.
(3) De la Barre, p. 246.
(4) Ibidem.
€ paix boiteuse et mal assise », signé le 2} mars 1368, elle continua terrible, jusqu'à la paix de Saint-Germain en Laye (8 août 1570). C'est à la situation troublée de cette époque qu'il faut attribuer l'accusation portée contre Jacques Bernard^ que nous avons relatée plus haut.
Pendant cette guerre, les huguenots et les catholiques avaient continué leurs ravages de tous côtés, sans distinguer s'ils pillaient ou non de leurs partisans. La misère revint comme au temps de la guerre de Cent ans.
« Fut le pillage mis sus par les gens de guerre des deux partis, et « firent tous à qui mieux pilleroit et rançonneroit son hoste, jugeant « bien en eux que, qui plus en pilleroit, plus en auroit. Les gens « de guerre du camp catholique, excepté le pillage des églises et « saccagemens des prebstres, estoient au reste aussi meschans et « quasi plus que les huguenots, et furent aux dits gens de guerre « catholiques, toutes bonnes mœurs corrompues, tant en religion « qu'en conversation...» (i).
« Tout le pays de Champagne et de Brie, comme aussi tout le « reste de la France, fut plain et peuplé de gens de guerre, qui « firent moult de mal aux laboureurs et gens de villages qui estoient « assez pauvres pour les camps des huguenots et du roy qui avoient « passé parleurs maisons...
« Les gens de guerre roboient les chevaux des laboureurs pour « se monter à cheval et ne les pouvoit-on retirer de leurs mains « qu'à grande somme de rançon » (3).
Le protestantime ne fit jamais de nombreux prosélytes dans la châtellenie de Corbeil, non plus que dans le Melunais, surtout parmi les bourgeois et les paysans (3). Par suite, notre contrée ne fut pas ensanglantée par les massacres (24 août 1572).
La Saint-Barthélémy causa la reprise des hostilités entre les catholiques et les protestants ; quatre guerres civiles la suivirent.
La « paix de Monsieur » (1576) qui avait mis fin à la première, provoqua la formation de la Ligue catholique, dite Sainte Union^ dont les Guises furent l'âme. Les catholiques zélés regardaient comme exhorbitants les droits accordés aux protestants. Les gentilshommes, les prélats et les bourgeois se révoltèrent contre l'au-
(i) Glande Haton, page 517.
(3) Claude Haton, page 540.
(3) Lerot, "Recherches historiques sur Je protestantisme dans le Melunais»
torité royale et s'unirent pour « maintenir les lois et la religion antiques de la monarchie ». Cette ligue dura vingt ans (1^76-1^96). A partir de 1590, elle devint le jouet d'une minorité démagogique.
Aux maux causés par ces guerres civiles, s'ajoutèrent la peste de 1578 et celle de 1580, puis la famine de 1586.
La campagne des environs de Corbeil était alors parcourue par des bandes armées de catholiques et de protestants qui commettaient de nombreux vols et larcins ; la vallée de la Seine était complètement dévastée et ruinée (i).
Après la journée des Barricades, en 1588, alors que Spire Ruelle, dévoué à la Ligue et à Mayenne, mais sans autorité, était capitaine chargé de la garde de la ville de Corbeil, on vit les bateliers, déchargeurs et « autres ouvriers de rivière, aller ravager les maisons des villages voisins » (3), désordres qui causèrent d'ailleurs la révocation de ce capitaine.
Parmi les ligueurs qui demeuraient à Saintry, nous citerons : M« Jean de Bourges, avocat en Parlement, et du Mouchy, précepteur des pages du roi, qui empêchèrent Robert Meslin, nommé curé de Saintry, resté serviteur du roi, de prendre possession de son bénéfice. Un autre fameux ligueur fut Nicolas Hennequin, seigneur du Perray, président du Grand Conseil (3).
Après l'assassinat de Henri III en 1589, Henri de Bourbon, roi de Navarre, devint l'héritier du trône. Néanmoins, comme il était huguenot, la Ligue refusa de le reconnaître et proclama roi de France à sa place^ sous le nom de Charles X, le cardinal Charles de Bourbon, son oncle.
Henri IV eut à conquérir son royaume. Après avoir vaincu Mayenne, à Arques, à Ivry, et s'être rendu maître de la ville de Corbeil et du cours supérieur de la Seine, (avril 1590), il partit pour aller prendre Lagny. Après son départ, et après lui avoir fait lever le siège de Paris, le duc de Parme, Alexandre Farnèse (4), vint mettre le siège devant Corbeil le 33 septembre et se rendit maître
^i) Claude Haton, 835-933.
(a) Db la Barrb, p. 255.
(3) Il mourut en septembre 1602, en sa maison de Paris, presque centenaire. Homme de bien, grand aumônier et duquel, nous dit l'Estoile, « Dieu bénit la vie et la mort, comme « d'un vrai israélite auquel il n'y avoit point de dol ».
(4) Général commandant Tannée que Philippe II, roi d'Espagne, avait envoyée au secours de la Ligue.
de cette place le 1 6 octobre, malgré la défense héroïque de Rigault, son capitaine, qui fut tué sur la brèche.
Le duc de Parme avait fait mettre trois couleuvrines en haut de la Pêcherie, au lieu dit les Griptins, d'où il foudroyait la place.
Son camp occupait Le Perray et Saint-Germain (i).
« Cette année-là il y avoit beaucoup de raisins; les soldats enne- « mis en mangèrent tant qu'il en mourut plus de 4000 de dyssen- « terie »... (a)
Parmi les personnes qui étaient à Corbeil au moment du siège, nous citerons la femme de Pierre de l'Estoile (3), l'auteur du fameux Journal^ Anne et Mathieu de Lestoile, ainsi que Madame Cottin, mère de cet auteur, fille et sœur des deux gardes des sceaux Monthelon.
De l'Estoile, qui était proche parent de Jean Tronson, seigneur du Coudray, raconte ainsi ce fait :
« Le mardi 14 aoust 1^90, veuille de la Nostre Dame, sortist de « cette ville de Paris, ma femme, grosse, preste d'accoucher ; et « emmena avec elle Anne Delestoile et mon petit Mathieu, avec sa « nourrice et sa germaine ; et se retira avec ma mère à Corbeil^ « qui lui fust unef chère sortie et à moi aussi, toutefois comme « nécessitée et du conseil de son frère, pour la grande famine qui « estoit ici. On m'acheta ce jour 2 œufs 20 sols » (4).
Madame de l'Estoile, faite prisonnière par les Espagnols, fut mise à 175 écus de rançon, que Mad® Miron (5) paya pour elle. Elle se retira ensuite à Villeit>y (6).
Le prince de Parme séjourna à Corbeil l'espace de 3 semaines après la prise de la ville « tant pour reposer ses gens fatigués que « pour leur donner le temps de s'enrichir ; estant maitres de la cam-
(i) Voir la Relation du siège de Corbeil en iSpo, traduction du latin de Dondini, par A. DuFOUR. Bulletin de la Société bist. de Corheil-Ètampes, année 1904, pp. 85 et suiv. — De LA Barre, p. 260.
(3) De la Barre, p. 265.
(3) La femme de Pierre de l'Estoile, nièce de M. de Neufville de Villeroy, secrétaire du roi, était une Bâillon.
(4) Journal de l'Estoile, II, page 28.
(5) C'est dans la maison du Tremblay, appartenant à Madame Madeleine Bastonneau, veuve de Gabriel Miron, vivant conseiller du roi et lieutenant civil en la prévôté de Paris, au faubourg St-Jacques, que s'était logé le duc de Parme. C'est sans doute k cette circonstance que la rançon de Madame de l'Estoile, d'abord fixée à 500 écus, fut réduite à 175 écus.
(6) Journal de TEstoile, II, p. 37.
« pagne^ ils enlevèrent tous les bestiaux de la Brie, du Gâtinois et € de la Beauce ; ils fourroient tout dans leurs grands chariots et le « menoient vendre à Paris, et le plat pays demeura vuide et nettoyé « au balai. Il n'y resta aucuns vivres ni commoditez » (i).
Quelques jours après le départ de Farnèse, qui avait laissé une faible garnison seulement, Corbeil fut repris par le capitaine Givry; le pays, de 4 à 5 lieues à la ronde, rendit obéissance à Henri IV, et contribua à l'entretien de la garnison de Corbeil. Néanmoins cette garnison royale commit de nombreuses exactions à Villeroi, au Coudray, à Savigny-sur-Orge et en diverses autres localités de la Châtellenie. Il y eut disette en 1595, 1596, 1597.
Enfin la conversion de Henri IV porta le coup mortel à la Ligue ; après être entré dans sa capitale, ce prince acheta la soumission des chefs ligueurs, battit les Espagnols et rendit la tranquillité à la France par Tédit de Nantes et le traité de Vervins (1598). La guerre civile était terminée ainsi que la guerre étrangère.
Mais le royaume était alors épuisé et dans le même désordre où il avait été du temps de Charles VI. Les grands chemins avaient disparu sous les ronces; on se frayait des routes dans les campagnes incultes. Les finances avaient été dissipées; l'agriculture, l'industrie, le commerce étaient ruinés. « Nous voyons, disait alors « Henri IV lui-même, nos sujets proches de tomber en une immi- € nente ruine pour la cessation du labour, presque générale en tout « notre royaume. Les vexations subies par les laboureurs leur ont « fait quitter leur vacation ordinaire et leurs ftiaisons ; se trouvent € maintenant les fermes et quasi tous les villages abandonnés et « presque déserts ».
C'est pourquoi, aidé de Sully, il fit de nombreuses réformes, et encouragea partout l'agriculture et le défrichement des campagnes. Un édit défendit de comprendre les instruments aratoires dans le nombre des objets exposés à la saisie. C'est ainsi qu'au bout de peu d'années l'abondance revint et que la richesse nationale s'accrut. Le taux de l'intérêt tomba du denier 10 au denier 16. Les impôts diminuèrent.
Enfin Henri IV fit en sorte que « le paysan pût mettre la poule au pot tous les dimanches ».
Vainqueur de l'Espagne et de l'Autriche, Henri IV se proposait
(i) Db LA Barre, p. 266.
déjà d'établir une sorte de constitution européenne propre à faire régner une paix perpétuelle. < Les Turcs devaient être relégués en Asie; le Crar de Russie devait avoir le même sort, s'il refusait d'entrer dans l'association, etc. » (i).
Les rôles sont bien changés depuis cette époque !• Le plus populaire de nos rois fut assassiné par le misérable Ravaillac en 1610. Louis XIII, son successeur, était alors âgé de 10 ans.
Ce fut la réaction féodale et protestante sous la régence de Marie de Médicis, puis les troubles occasionnés par le mécontentement des grands; la convocation des Etats-Généraux, en 1614, qui se séparèrent sans avoir rien fait ; de nouvelles tentatives de guerres civiles, enfin Tavènement au ministère en 1624, du grand Richelieu. L'intervention de la France dans la guerre de Trente ans motiva la convocation du ban et de l'arrière-ban de la noblesse pour la défense du royaume. C'est à cette occasion que Henry de Bernard fut convoqué au bailliage de Melun, le i^ juin 163^.
(i) Ancillon, Tableau des Révolutions de l'Europe,