‹ Mémoires et documents de la Société historique et archéologique de ..., Volume 6Chapitre 13 sur 31 · CAMPAGNES RAVAGÉES. INCENDIE DE LA FERME DE · texte numérisé non relu

CAMPAGNES RAVAGÉES. INCENDIE DE LA FERME DE

VILLBDEDON. AVENAT, DURBY DE NOINVILLE, SEIGNEURS DE SAINTRY.

Nicolas LE Jay, alors !•' Président en la cour du Parlement de Paris, fit l'acquisition de la terre et seigneurie de Saintry, de la veuve et des héritiers Bernard, suivant contrat passé devant Levasseur et Girault, notaires à Paris, le 39 mai 1634 (1).

Nicolas Le Jay, y du nom, seigneur de Saintry, tirait son origine de l'ancienne famille des Le Jay, qui a produit plusieurs hommes illustres.

Du Tillet, en ses mémoires , chapitre des rangs et séancesy fait mention de messire Paul Le Jay, conseiller du Roi et premier Président de la Chambre des enquêtes du Parlement, sous Tan 1344, auquel en un autre endroit il donne la qualité de chevalier. Il épousa la sœur de messire Jean de Dormans, cardinal et évêque de Beauvais ; de ce mariage vint Pierre Le Jay, conseiller, notaire et secrétaire du roi, lequel fut prévôt des marchands de Paris, en

Sous François I" vivait Nicolas Le Jay, I«f du nom, écuyer, seigneur de la Tousche Hersant, aussi conseiller, notaire et secrétaire du Roy et M« ordinaire en sa chambre des comptes, qui fut choisi par le même roi pour aller, avec le connétable de Montmorency et autres seigneurs, recevoir l'empereur Charles-Quint^ sur la frontière de France, et l'accompagner partout le royaume, jusques en ses pays de Flandres.

(i) Arch. Nat. S. 3925.

Jean le Jay fut honoré, sous Henri II, le 28 octobre i^^a, de la charge de conseiller du Roi, et épousa Guillemette Hotman, issue de Tancienne maison des Hotman.

De cette alliance, vint M« Nicolas Le Jay, a® du nom, seigneur de Bevillers, Quinquampoix, La Grange, qui fut reçu en la charge de secrétaire du roi, à la survivance de son père, par lettres de provision du 35 mars 155a, puis en celle de conseiller du Roi et correcteur en la Chambre des comptes par lettres du 15 octobre 1^71, et marié avec damoiselle Magdeleine Groton de Gron, fille de Denis Gron, sieur de la Maison Rouge et de Tilly et de Marie Le Picard, sortie de la noble famille des Picard, alliée aux principales familles du royaume (i).

Magdeleine de Gron, veuve avant le 30 juillet 1607, décéda le 3 janvier 1628, âgée de 79 ans et fut inhumée dans Téglise de Saint- Côme et Saint-Damien à Paris. Son épitaphe figure sous le n^ 11 14 dans Tépitaphier du vieux Paris.

De l'union de Nicolas Le Jay et de Magdeleine de Gron, sont issus entre autres enfants : M« Nicolas Le Jay, troisième du nom, seigneur de Saintry\ Louis Le Jay, chevalier de Malte; Jacques Le Jay, chevalier, conseiller d'Etat, décédé avant janvier 1641, qui épousa en !»•«« noces Marie de St-Martin, et en secondes noces Geneviève de Rubentel qui lui donna trois fils; i» Charles Le Jay, M* des requêtes, baron de Tilly, Maison-Rouge, St-Fargeau, Villiers et les Salles, -marié à Gabrielle de Lesrat de Lancreau ; a® Henry Le Jay, abbé de Marchesieux; 3® Philippe Le Jay, escuyer, Président et lieutenant général au siège présidial de Vitry-le-François, décédé avant 1640, époux de Magdelaine Pageau, laissant plusieurs enfants.

Dans une de ses lettres, quelque peu médisantes, Guy Patin (a), parlant de Le Jay, seigneur de Saintry, dit qu'il ne saurait mieux comparer M. de Marca nommé archevêque de Toulouse moyennant ^o 000 écus qu'il donna au cardinal Mazarin, « qu'à défunt M. Le Jay, qui de très peu de chose, étoit devenu premier président au Parlement de Paris ».

Avant de parvenir à sa haute dignité, Nicolas Le Jay y Au nom,

(x) Bibl. nat., dossiers bleus 368. Arch. de Seine-et-Oise, E 538. (2) Guy Patiit, Lettre du a8 Juin 1653. Ed. des Lettres choisies, Rotterdam, 1689, p. «3.

passa par tous les degrés de la profession qu'il avait prise dans les offices de judicature. Il fut pourvu conseiller au Châtelet par lettres de provision du dernier mars 1^97, à la suite de la résignation faite à son profit par François Hotman(i). Nommé conseiller au Parlement de Paris et commissaire aux enquêtes, en remplacement de Nicolas Favier, le a6 mars 1600, il obtint la même année la charge de procureur du roi au Châtelet, par la résignation de M. de Villemonté.

Ayant exercé ces fonctions pendant 9 ans, il fut reçu le 28 juin 1609, lieutenant civil au Châtelet, prévôté et vicomte de Paris, à la suite du décès de M« François Miron.

Il obtint cette dernière charge, moyennant ^0000 écus qu'il paya au fils de M^ Miron, et 23 000 à Concini, maréchal d'Ancre, pour en avoir l'agrément (a).

C*est en cette année 1609, que fut rendue une ordonnance faisant mention de règlement pour le nettoyage des rues de Paris, le premier qui ait été fait, si nous en croyons Félibien, et dont l'exécution ne fut pas sans créer quelques désagréments à Le Jay, alors lieutenant civil.

« Un capitaine, nommé La Fleur, rapporte cet auteur, avoit fait « nettoier les rues pendant un an 1/2, sans rien demander ; mais il « fit faire ensuite une taxe à son gré, dont il exigea de force le « paiement. Elle montoit si haut que le bourgeois qui en estoit « quitte auparavant pour un escu, se trouvoit contraint d'en payer « trois et davantage. La plainte en fut portée jusqu'au roy, qui « commanda à Nicolas Le /j^, lieutenant civil, de prendre l'argent « de la recepte, et de rendre à chacun ce qu'on avoit exigé plus « que ne portoit l'ancien rolle des taxes précédentes ; ce qui fut « exécuté » (3).

Nicolas Le Jay fut nommé conseiller d'Etat, par brevet de Henri IV, du dernier janvier 1610.

Quelques mois après, à la suite de la mort funeste de ce grand Roi, il calma par sa prudence la populace de Paris, qui semblait disposée à exciter quelque orage.

« La prudence de ces magistrats^ j'entends le Prévôt des mar- « chauds, et le lieutenant civil, dit Mézeray, obvia heureusement € à ce désordre : le premier estoit Jacques Sanguin ; le second,

(i) Bibl. nat., dossiers bleus, 368.

(2) Bibl. nat., ihtd.

(3) FiLiBisH, Hist, de la Ville de Paris, Paris, 173$, p. «79.

« Nicolas Le ]ay, homme de grand sens, et qui s'estoit acquis « beaucoup de croyance parmy les Bourgeois, parce qu'il avoit « toujours mis l'honneur de sa charge à bien servir le public. Tous « deux se faisant voir par les rues, amusèrent la populace de divers « bruits, exhortèrent les bons bourgeois à la tenir en bride, ména- « gèrent si bien toutes choses, et donnèrent de si bons ordres, € commandant l'un aux capitaines des quartiers, l'autre aux com- « missaires, archers et huissiers, de se tenir prests, que rien ne se « remua » (i).

Cependant, si nous en croyons le Journal de l'Estoile, Nicolas Le Jay ne s'acquitta pas toujours aussi bien de la police de Paris. Cet auteur raconte, en effet, avec une pointe d'ironie, que « le samedi « 22 janvier 1611, il se rencontra une telle presse sur les ports à « avoir du bois, qu'on compta ce jour, jusques à 13 personnes « naiées à Paris, y en aiiant eu encores 3 le jour de devant et ne « s'en passoit guère où il n'y eust toujours quelcun qui, pour en € avoir, servist de pâture aux poissons.

« C'estoit la bonne police de Paris et le bon ordre et mesnage € qu'y apportoit Nicolas Le Geay^ lieutenant civil qui s'acquittoit c ainsi de son estât, (Hoc est de 30 000 escus depuis qu'il y est « entré, disoit la glose là-dessus, que je trouve pas trop mau- € vaise» (a).

Quoi qu'il en soit^ Nicolas le Jay fut reçu Président aux enquêtes du parlement de Paris, par suite de la résignation faite à son profit par Jacques Auguste de Thou, par lettres de provision en date du 4 janvier 1613, charge qu'il exerça pendant 17 ans, avec beaucoup de probité et de réputation.

Le i«^ septembre i6ia, alors qu'il était encore lieutenant civil, Nicolas le Jay et les conseillers de la Prévôté de Paris, siège présidial, vinrent tenir leurs assises à Corbeil, prévôté royale.

« Le Jay y amena dix conseillers, un avocat du roi, un substitut du procureur « du roi, le prévôt de Tlle de France, 4 commissaires^ un greffier, plusieurs avo- « cats et procureurs avec 1 3 sergents et archers. Ils restèrent à Corbeil 5 jours et ff y tinrent le siège de la justice, en magnificence et pompe en l'église de St

(i) Db MézERAT, Abrégé cbran, de r Histoire de FranUj Amsterdam, 1696. Tome VI-390. (a) Journal de Lestoile, tome II, page 653.

a Guenault, en la nef de laquelle ils firent élever leurs sièges comme un théâtre c couvert d'un dais et entouré de bancs en forme de bateaux. Cela fit plus de « bruit que de profit et de soulagement au peuple » (i).

Le président Le Jay fut le principal auteur des célèbres remontrances faites au roi Louis XIII, en mai 1613, les premières qu'on ait rendues publiques, remarquables par leur force et la liberté qui y règne. Toutes les parties de l'administration 7 sont parcourues. On s'y plaint, notamment, de ce que le conseil du roi « est composé^ € non des princes^ des grands du royaume et des anciens ministres^ « mais des personnes introduites depuis peu d'années^ non pour leurs € mérites et services rendus y mais par la faveur de ceux qui y veulent € avoir des créatures ».

Ces remontrances qui visaient le gouvernement de la reine mère, surtout le maréchal d'Ancre, furent cause que le président Le Jay, qui était du parti des princes, fut enlevé le jour même que le roi sortit de Paris (août 1615), pour se rendre à Bordeaux. Le Parlement envoya le redemander ; Louis XIII répondit qu'il l'emmenait pour se servir de lui pendant son voyage : mais celui du président ne fut pas long, car on le laissa prisonnier dans le château d'Amboise. La liberté ne lui fut rendue qu'après le traité de Loudun (mai 1616), et le retour du roi à Paris (a).

En 1630, « Le Jay ayant obtenu du roi de faire percer une nouvelle porte dans la cour du Palais, fît bâtir la rue Sainte Anne, qui rendait alors dans la rue Saint Louis » (3)

Il fut nommé par Louis XIII en 1630, d'abord président à mortier et, sept mois après (14 novembre), premier président, lors du décès de M. Bochard de Champige.

Enfin par lettres patentes, expédiées le 27 du mois de février 1636, Louis XIII le fit commandeur et garde des sceaux de ses ordres, et surintendant des finances, honneur qui, jusqu'alors, n'avait été accordé à aucun des officiers de la cour (4).

Cette nomination fut faite à la suite de la démission qu'avait

(z) De LA Barre, Livre II, chap. xxvii.

(2) Félibien, Hisi, de Paris, p. 1306.

(3) Ibidem, p. 1337.

(4) Arch. Nat. M 441.

faite entre les mains du roi, messire Claude de Bullion(i), surintendant de finances de France, à la condition, imposée par Sa Majesté au dit seigneur de Bullion, « de porter, avec et sur le « manteau^ la croix de l'ordre et le ruban^ et de la survivance du dit « office en faveur de M* Noël de Bullion^ seigneur de Bonnettes^ « et son fils, conseiller au Parlement de Paris et commissaire des « requêtes du palais, après le décès du dit seigneur Premier président^ « en considération des loyaux et signalej[ services rendus à Sa Majesté « par le dit seigneur de Bullion père » (a).

Telles furent les charges importantes occupées par Nicolas Le Jay.

Il mourut à Paris, le 30 décembre 1640 à Fâge de 66 ans ; son corps fut inhumé dans l'église des Minimes, de la place royale (3) où, jusqu'à la révolution, subsistèrent son tombeau et la statue que ses enfants et ses neveux y avaient fait élever, en reconnaissance de l'affection particulière qu'ils lui avaient toujours portée {4).

Voici son épitaphe, telle que nous l'a transmise L'Hermite-Souliers (5) :

(i) Qaude de Ballion, sieor de Bonnelles, fut surintendant des finances et ministre d'Etat sous Louis XIII. Maître des requêtes en 1605, il conduisit plusieurs négociations. Eu x6ii, Marie de Médîcis l'envoya en qualité de commissaire à l'assemblée des calvinistes tenue à Saumur. En 1614, il assista aux conférences de Soissons. En 1634, de Bullion entra au conseil du gouvernement ; il fut nommé surintendant des finances en 163 a et rendit de nombreux services à Richelieu. Il mourut d'une attaque d'apoplexie le 19 décembre 1640. Après la mort de Le Jay, Noël de Bullion, marquis de Galardon, seigneur de Bonnelles, eut la charge de garde des sceaux. On a prétendu que Claude de Bullion se permit un jour dans un dîner qu'il donmAt au M^ de Grammont, au M*^ de Villars, au M^ de Souvré et au C^ d'Hautefeuille, de faire servir, comme plat de dessert, 3 bassins remplis de louis d'or dont chaque convive aurait pris sa charge ; le fait n'est rien moins que prouvé. — €*est de Bullion qui fit frapper les premiers louis d'or.

(a) Arch. Nat. M 441.

(5) Le couvent des Minimes qui se trouvait i Paris, r le de la Chaussée des Minimes 6^ fut supprimé en Z790, et l'église démolie 8 ans après pour prolonger la rue de la Chaussée des Minimes. Les bâtiments du couvent furent occupés ensuite par une caserne de gardes municipaux. Les tombeaux qui se trouvaient dans l'église ont été transférés pendant la Révolution, au musée des monuments français.

(4) Db Gaulle, Hist, de Paris^ tome IV, p. 40. — Le P. Anselme, t. IX, p. 504.

(5) L'Hermitte-Souliers. Les éloges de tous les premiers présidents du Parlement de Paris, 1645. In-folio, p. 91.

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