PAUL LE PREVOST
Gouverneur de l'Alsace
« sipé et ruiné le dessein des ennemis sur ledit païs, battu leurs troupes, pris sur « eux des places considérables» et contribué beaucoup à Testablissement de nostre « autorité audit paîs et en lieux qui estoient ruinés en iceluy ; Nous nous sentons (( conviés par de si longs, utilles et rccommandables services, d*en recognoistre « ledit sieur Baron d*Oysonville, et considérant que nous ne le saurions mieux (( faire qu'en érigeant... ladite terre d*Oysonville en marquisat, laquelle luy ap- « par tient, et est une des plus anciennes du païs de Beausse... (i).
M. d'Oysonville avait épousé sa cousine, Marie Chahu de la Ba- PAUTiÈRE, fille de feu Baltasard Chahu, seigneur de la Bapautière, de la Bourdinière, conseiller du Roi, et d'Anne Charlotte Goyant (3 octobre 164^) (3).
Paul Le Prévost, enfant, fut parrain, en Téglise deSaintry, le 15 avril 1619, de Marie, fille de Jehan Baillatz, receveur de la terre de Saintry.
Monsieur d'Oysonville habitait un peu Champlâtreux, tous les ans ; dans son testament il dit même qu'il laissait « ses registres et mémoires, en sa maison de Champlâtreux » et recommande de payer ce qu'il doit au curé de Saintry et aux habitants.
De même que son père, il fit de nombreuses transactions en ce qui concerne ses biens de Saintry.
Le 4 mai 1646, Paul Le Prévost fit l'acquisition, de Jacques de Postel, seigneur d'Ormoye en Brie, de plusieurs héritages qu'il bailla : i«, partie à Gilles Fourny, moyennant rente annuelle de 18 livres, suivant acte de Clozeau, notaire à Corbeil, du 9 novembre 1647; a*», partie à Paul Lothe et à Catherine Leveau, sa femme, moyennant une rente de 33 livres 5 sols (acte Clozeau, du 17 novembre 1647) ; y et le surplus à Pierre Ozanne, vigneron à Saintry, pour une rente de ja livres (acte de Nicolas Regnault, notaire à Corbeil, du 13 octobre 1664).
Par trois contrats, tant d'échange que d'acquisition, du 3 novembre 1654, devant M« Clozeau, il^ augmenta ses biens de un arpent, trois quartiers r/a de terre.
Le 33 décembre 1656, par acte devant Tarteret, notaire à Corbeil,
(i) Archives da château d'Oysonville. Nous adressons ici tous nos remerciements à M. le G}mte de Rilly pour tous les renseignemeuts puisés dans ses archives de famille, qu'il a bien voulu nous communiquer.
(2> La famille des Goyant, le président surtout, frère de la mère de Mad* d'Oysonville, possédait quelques terres aux environs de Corbeil.
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il céda à Marie Rousseau, 12 livres de reate qu*il avait sur certains héritages baillés par sa mère à Nicolas Grimbault.
Le Prévost consentit aussi plusieurs baux à rente de ses héritages, par actes devant Nicolas Regnault le jeune, notaire à Corbeil : 1^ le 18 juin 1658, au profit de Laurent Odîger de Saintry : rente 30 sols ; 2® le 3 août 1659, *^ profit de Pierre Cadou : rente 42 livres 10 sols ; y le même jour, au bénéfice de Pierre Nostre : rente 12 livres 10 sols ; 4<> le 18 octobre 1668, au bénéfice de Aubin Moulin, moyennant constitution de 22 livres de rente ; 5® le lendemain, à Jean Noblet moyennant trente livres, réduites à 28, à cause de défaut de mesure de l'héritage baillé, — et à Jean Brosse, moyennant 25 livres.
Enfin, il possédait un banc dans le chœur de Téglise, au sujet duquel il fut sur le point de plaider avec son suzerain. La déclaration suivante, passée devant Jean de Launay, prévôt de Corbeil, le 4 octobre 1649, nous renseigne à ce sujet :
« le seigneur d'Oysonvilk auroit dict et déclaré » à cet officier de justice « que le « dix-huitième jour d'Aoust précédent, il se seroit pourvu pardevant lui par t< voys de plaincte-information, à l'encontre (ï Alexandre Léger (sic) seigneur « de Saintry et abbé de Cherbourg, en Basse-Normandie, et autres desnommez « en sa dicte plainte, pour cause de la rupture par eux faictc de son bancq en « Téglise du dict Saintry ».
Contraint de s'absenter à raison de ses importantes affaires, Paul Le Prévost avait chargé son procureur de suivre cette information, ce qu'il ne fit pas €pour raison des empêchements à luy survenus ».
Revenu en sa maison de Champlâtreux, M. d'Oysonville se présenta devant de Launay auquel il fit la déclaration suivante :
« la veille, jour de dimanche, entré dans l'église pour entendre la messe de paroisse, il auroit veu et recognu que l'on avoît rapporté, et dressé devant son bancq, la pièce qui en avoit esté arrachée et emportée hors Téglise, en la maison seigneurialle du dict Saintry, et y manquoit que des clouds pour tenir la dicte pièce ferme pour servir d'appuy ; pour lesquelz clouds seuls, il ne voudrait intenter procès et ayme mieux les y faire remettre à cette pièce, que ainsy il suspendra la poursuite sur la dicte information jusqu'à ce qu'il puisse estre esdairé des desseins et intentions du dict seigneur de Saintry, que Ton dit estre retourné depuis cette action en son abbaye de Cherbourg, où il est encore à présent ».
En conséquence, il requit du prévôt, acte, qui lui fut octroyé, de
ses dires et des réserves par lui faites « de tous dommages et inthe- « rest, voyages, frais et dépens et de réparation ainsy qu'il avisera « bon estre ».
L'aflFaire n'eut pas de suite ; l'année suivante, suzerain et vassal étaient réconciliés ; nous avons dit en son lieu que Le Jay^ seigneur de Saintry, tint conjointement avec Anne Prévost^ fille d'Oysonville, sur les fonts baptismaux de Téglise de Saintry, le 33 octobre 16^0, le fils de Jehan du Glan.
Paul Le Prévost vivait dans les meilleurs termes avec son voisin, Denis Le Picard (i), sieur de la Cosmerie, à Saintry. Nous relaterons ici, à Tappui de notre assertion, que, le 5 décembre 1651, Madame la baronne d'Oysonville, fut marraine de Marie Le Picard, fille de Denis, le parrain était honorable homme Jacques Bourgoin, capitaine au régiment de la Tour, gouverneur de Corbeil ; sans doute, à cause des troubles de la Fronde, le baptême donné par le curé de Saintry eut lieu en l'église Saint-Léonard, de cette ville. Le i»' novembre 1654, damoiselle Françoise Le Prévost, fille de Messire Paul Le Prévost, fut marraine de François Jérôme, autre enfant de Denis Picard, né le 7 mars précédent. Le parrain était M* d'Houy^ conseiller du Roi en sa cour des monnaies.
Le fief Pelletier et Champlâtreux furent donnés, entres autres choses, par Paul le Prévost d'OYSONviLLE, à Françoise^ sa fille, suivant contrat du 18 mars 1663 (a), en faveur de son mariage avec Bernard François Briçonnet, chevalier, seigneur de Montmartin, baron de Germiny et de Château Renaud, seigneur de Glatigny et de la Chaussée, de Bougival, lieutenant pour le roi au gouvernement de Saint-Germain en Laye et de Versailles.
Françoise Le Prévost, restée veuve en 1688, mourut le 7 juin 170a et fut inhumée le lendemain enTéglise de St-Louis en l'Isle (3).
M. d'Oysonville céda aussi à sa fille, à l'occasion de ce mariage, son titre de marquis.
Les époux Briçonnet ne conservèrent pas longtemps leurs biens de Saintry. En effet, par contrat passé devant Ogier et Ferret, notaires
(i) Deo^ Le Picard, époux de Denise Bellcnoue, décéda à Saintry le 7 novembre 1658, et fut inhumé dans l'église.
(2) Archives d'Oysonville.
(3) Bibl. nat. dossiers bleus 544.
gardes notes du Roi, à Paris, le ; avril 1669, Messire Bernard BriçoNNET, se qualifiant* de Chevalier, marquis d'Oyson ville, seigneur de la Chaussée près Ruelle, seigneur du fief Pelletier et de Champlâtreux, et dame Françoise le Prévost, son épouse, demeurant ordinairement au lieu de la Chaussée, les aliénèrent k « très haute et « illustre Princesse Madame Françoise de Nargonne, duchesse « douairière d'Angoulesme, veuve de très haut et illustre prince « Monseigneur Charles de Valois, Duc d*ANG0ULÊME, et pair de « France, comte d'Auvergne et de Ponthieu, et colonel général de « la cavalerie tant française qu'étrangère, demeurant dans le cou- «vent des filles de Sainte Elisabeth, rue et devant le Temple, pa- « roisse Saint-Nicolas des Champs» (i).
Cette vente fut consentie moyennant 34.600 livres, sur lesquelles 3000 livres avaient été payées comptant, avec des deniers que la duchesse d'Angouléme avaient empruntés de Philippe Bernard, sieur de Bouilly, avocat, suivant obligation du même jour.
Par un autre acte du 5 avril, devant Gaudin et Charlet, notaires à Paris, la veuve de Charles de Valois reconnut et déclara que l'acquisition par elle faite était pour le compte et au profit de dame Catherine Gallard, épouse de haut et puissant seigneur Nicolas Potier, chevalier, seigneur de NovioN,«consciller du Roi en tous ses conseils, et président en la cour du parlement^ de lui autorisée, demeurant en son hôtel, rue des Blancs Manteaux, paroisse de St- Médéric. Et qu'elle ne prétendait « aucun droite part, portion, n'y « chose quelconque, n'ayant eu ce fait que pour prester son nom « sur la réquisition et pour faire plaisir à la dite dame, présidente « de NoviON > qui s'était obligée de payer de ses deniers lestai. 600 livres restant dues et de désintéresser le sieur de Bouilly.
Madame de Novion, qui désirait posséder Champlâtreux, avait été dans la nécessité d'agir avec finesse et de recourir au prête-nom de Madame la duchesse d'Angouléme, pour arriver à ses fins ; son mari l'avait bien autorisée, par sa procuration du 30 mars précédent, à l'acquérir, mais à la condition que le prix n'excéderait pas 30.000 livres; or, il atteignait 24.600 livres. Cependant, Tacquisition faite, M. de Novion ratifia : « ce que femme veut. Dieu le veut ».
Après justification du paiement des droits seigneuriaux, ce
(x) Charles de Valois était le fils de Charles IX et de Marie Touchet ; il épousa en secondes noces, dans l'église de Boissy-St- Léger, Mlle de Nargonne, qui moarut en 171 5. âgée de 93 ans.
- i65contrat fut ensaisiné dès le lendemain, 6 avril 1669, par Le Jay, abbé de Cherbourg, seigneur de Saintry (i).
Qii'était la maison Potier, d'où sortait Nicolas Potier de Novion qui remplaçait ainsi le marquis d'Oysonville, comme seigneur de Champlâtreux et du fief Pelletier, que sa famille conserva jusqu'en 1718, et même jusqu'à la Révolution, puisque c'est par suite du mariage à* Antoinette Potier de Novion, son arrière-petite-fille, avec Gaspard de Clermont-Tonnerre, que celui-ci et ses descendants les possédèrent ?
La maison Potier, originaire de Tlle de France, modeste en ses débute, devint une des plus considérables de Paris, tant pour les grandes charges qu'elle tint que pour les grandes alliances qu'elle contracta.
Dès le XV* siècle, elle a fourni d'illustres magistrats au Parlement et des grands officiers de la couronne.
Outre la célèbre branche du Duc de Gesvres, qui ne nous intéresse pas ici, elle a donné, sous le nom de Potier de Blancmesnil et de Noviony de nombreux membres au parlement, parmi lesquels on compte un chancelier de la reine Marie de Médicis, deux premiers Présidents et six Présidents au Parlement de Paris, deux à celui de Bretagne ; elle a donné aussi trois évêques.
Nicolas Potier, seigneur de Blancmesnil, grand-père de notre personnage, était un des plus vertueux magistrats de son temps. Né en 1541, il suivit la même carrière que son père ; conseiller le 14 mars 1^64^ maître des requêtes 3 ans après, il fut pourvu de l'office de Président à mortier, en survivance de Bernard Prévost (2), seigneur de Morsang-sur-Seine, son beau-père, par lettre du 33 avril 1578. Pendant les troubles de la Ligue, Nicolas, resté attaché au parti du Roi, fut persécuté par la faction des Seize, arrêté chez du Plessis de Thou et mené à la Bastille. L'intervention de Mayenne le sauva de la potence (3 novembre 1589). Peu de temps après, il fut nommé Président de la Chambre du Parlement établie à Châlons. Il se démit de sa charge en faveur de son fils André (1616), et reçut
(x) Archives de ChampUtreux .
(9) Bernard Prévost, mari de Madeleine Potier, plus connu dans les mémoires du temps sous le nom de Lt Président de Monang^ président aux requêtes du Palais, mourut, le aa septembre 1585 en sa maison de Paris, second Président de la cour du Parlement, avec grands regrets de toute la compagnie et de tous les gens de bien. (Journal de TEstoile I. 189).
de Marie de Médicis le titre de Chancelier. Il mourut le 15 juin 1636, laissant, pour lui succéder, sept enfants qu'il avait eus d*Isabeau Baillet, fille de René Baillet, seigneur de Tresmes et de Silly, Président au Parlement.
André, seigneur de Novion, en l'Ile de France, 4* fils de Nicolas de Blancmesnil et dMsabeau Baillet, fut pourvu d'une charge de conseiller au Parlement de Bretagne, le la janvier 1607. Président au même Parlement en 1610, après la mort de Bernard Potier, son frère, il devint Président au Parlement de Paris par la démission de son père. Il remplit cette fonction jusqu'à sa mort, arrivée en novembre 1645, et fut inhumé en Téglise des Saints Innocents. Ilfonda la branche des Novion.
André avait épousé en premières noces, Anne de Lauzon, fille de Michel, seigneur d'Aubervilliers, conseiller au Parlement de Paris, décédé sans enfants, et en secondes noces Catherine Cavelier, fille de Jean, conseiller au Parlement de Rouen et de Marie Margas.
De ce second mariage naquirent deux enfants dont l'aîné est le seigneur de Champlâtreux dont nous allons parler ; sa sœur Catherine avait épousé Jacques Jubert, seigneur de Bouville, conseiller du Roi, maître des requêtes ordinaires de son hôtel.
Nicolas Potier, seigneur de Novion, de Villebon, Champlatrhux et autres lieux, né à Paris en 1618, fut successivement conseiller au Parlement de Paris en 1637 et Président à mortier en 1645. Il se prononça d'abord contre Mazarin et la cour ;lors des troubles de la Fronde, il fut arrêté avec Broussel puis relâché. Dans l'assemblée de la chambre de Saint-Louis (1648), il fut un des membres qui demandèrent des réformes radicales dans l'Etat. Il s'éleva surtout contre les partisans et les financiers et demanda contre Mazarin l'application de l'arrêt de 16 17 qui prononçait la peine capitale contre tout étranger qui accepterait le ministère. S'étant réconcilié avec celui-ci, après la translation du Parlement à Pontoise (6 août 16^3), il reçut en récompense de son obéissance à la cour, la place de secrétaire des ordres du Roi, en 16^6. Blâmé sévèrement par ses anciens amis, il devint leur persécuteur et rendit contre eux des arrêts sévères.
Nommé premier Président du Parlement de Pans, en 1678, en remplacement de Guillaume de Lamoignon, il fut gratifié par le Roi au mois de janvier 1679, d'une somme de 100.000 écus et d'un brevet de retenue de pareille somme sur sa charge de premier pré-
Nirolas POTIER de NOVION
I • ' I' R K s I D t N T DU PARLEMENT D l£ PARIS MEMBRE DE L ' A C A 1) il M I E FRANÇAISE
1618 tl693
sident ; cependant, il ne tarda point à abuser de son autorité. Louis XIV ayant été saisi de nombreuses plaintes à son sujet, Potier de Novion fut contraint de donner sa démission, 1689.
Ce magistrat avait de grands talents, beaucoup d'éloquence. C'est ainsi qu'il fut député par le parlement de Paris, le aa novembre 1677, pour complimenter Michel le Tellier, qui venait d'être promu à la dignité de Chancelier de France. La harangue qu'il prononça à cette occasion nous a été conservée par Duchesne (1).
L'Académie française admit Potier de Novion au nombre de ses membres le 27 mars 1681. Il occupa le siège d'Olivier Patru, avocat, le premier qui fit un discours de réception.
Nicolas Potier de Novion est mort en sa maison de Grignon, près Villepreux, le i«' septembre 1693, âgé de 75 ans. Il fut inhumé le 4, en l'abbaye d'Issy, près Paris.
Son portrait a été gravé, notamment en 16^2 par Méerllen, et figure dans les galeries de Versailles.
Nicolas Potier DE Novion, seigneur de Champlâtreux, avait épousé Catherine Gallard, tille de Claude, seigneur de Courances, et de Marguerite Mandat; elle mourut le 23 avril 168^, dans sa 62* année, et fut inhumée le 26 au couvent des Filles de Saint-Thomas à Paris; leurs enfants furent :
I» — André, Marquis de Novion et d'Orchère, seigneur de Grignon, conseiller au Parlement le 31 août 16^7, avocat général au Grand Conseil en 1661, Maître des requêtes le 12 décembre 1663, Président à mortier au Parlement, en survivance de son père, le a janvier 1674, décédé avant ce dernier, sans avoir exercé cet office, le 13 janvier 1677 ; fut inhumé aux Saints Innocents.
Il avait épousé, le 3 février 1660, Catherine Anne Maslon, décédée le i^îf septembre 1715, fille de Charles-Henri, seigneur de Bercy et de Françoise Berthelin; le contrat fut reçu par M~ Parque et Guyon, notaires à Paris, le 29 janvier 1660 (2).
De ce mariage naquirent 3 enfants, au nombre desquels figure Louis Nicolas Anne Jules y à\i\^ marquis de Novion, seigneur de Villicrs et de Grignon, colonel du régiment de Bretagne en i68a,
(i) François Duchesni. Histoire des chanceliers, Paris x68o, p. 836. (2) Arch. Nat. T. 1039 *••.
brigadier des armées du Roi, le 30 mars 1663, major général des troupes de Bavière, mort à Paris, le i®' mars 1707, à 41 ans.
Il se maria avec demoiselle Antoinette Le Comte deMontauglan, fille unique de Jean Le Comte, seigneur de Montauglan et de Germonville, conseiller au Parlement de Paris, et de Louise Antoinette de la Barde. Le contrat eut lieu devant M" Guyot et Parque, notaires à Paris, le 28 février 1685.
Bien que décédée à l'âge de 29 ans, le i«'' juin 1694, Antoinette de Montauglan donna sept enfants à son mari: deux fils et ^ filles. L'une de ces dernières fut Antoinette Potier de Novion, née à Paris le 18 novembre 1685, mariée le 9 avril 1714 à Gaspard deCLERMONT Tonnerre, devenu maréchal de France, dont nous avons parlé au chapitre précédent.
II" — Jacques, docteur en Sorbonne, abbé du petit Cîteaux, nommé à Tévêché de Sisteron en 1674, à celui de Fréjus en 1680 et à celui d'Evreux en 1681, mort le 14 octobre 1709, dans sa ôa** année.
IIIo — Claude, appelé le comte de Novion, chevalier de Tordre de Notre-Dame du Mont Carmel de Jérusalem, le 11 mars 166^, capitaine de chevau-légers en 1667, colonel du Régiment de Bretagne et brigadier des armées du Roi, décédé à Paris, le 14 juillet 1722, âgé d'environ 84 ans et inhumé dans la chapelle de famille, aux Saints Innocents.
Il avait épousé : i^ Catherine Brossamain, décédée à Paris le 2^ décembre 1703, à 39 ans, enterrée à Saint-Sulpice. Elle était fille de Charles Brossamain, trésorier général de l'extraordinaire des guerres et de Catherine Yvelin. De ce lit, naquirent deux enfants: Nicolas, né à Paris, en 1685, baptisé à 5dt/«/r^ le 3 octobre 1685 et Jacques, chevalier, capitaine de dragons le 36 décembre 1703, marié à Saintrjf^ le 15 octobre 171 3.
2» Madeleine Le Couturier de Neuville, fille d'Henri Le Couturier, seigneur de Neuville, capitaine, commandant le i®' bataillon du régiment du Roi et de Catherine- Françoise-Louise de la Broise; elle mourut le 4 novembre 1733. Aucun enfant n'est issu de ce mariage.
IV» — Marguerite, qui devint épouse de Messire Charles Tubœuf, maître des requêtes et Intendant de Tours, décédée le 11 mars
V» — Catherin$y qui épousa Messire Antoine de Ribeyre, maître des requêtes, puis conseiller d*Etat et d'honneur au Parlement de Paris, décédée à 63 ans, le 39 décembre 1709, et inhumée dans l'église de Blancs-Manteaux, à Paris.
VI* — Et Marie-Agnès^ femme d'Arnaud de la Brisse, maître des requêtes, puis procureur général au Parlement de Paris ; elle est morte le 38 mai 1686.
Nicolas Potier de Novion et sa famille avaient une préférence marquée pour leur résidence de Champlâtreux ; ils s y plaisaient. Madame de Novion, il est vrai, y avait fait faire de notables améliorations et augmentations, notamment par l'édification d'une chapelle et aussi par la construction de la belle terrasse qui se voit encore sur le bord de la Seine, au bas des jardins, en conséquence de l'ordonnance et permission qui lui avait été accordée par le bureau des finances de la Généralité de Paris.
Madame la duchesse douairière d'Angoulême partageait leur retraite champêtre, où de nombreuses fêtes furent données.
Sa présence et celle de la famille de Novion dans cet agréable séjour est attestée par les actes rapportés aux registres paroissiaux (i).
Le 16 août 1678, futbéni en la chapelle de Champlâtreux, par le curé de Saintry, le mariage de Henry de Lions, chevalier, seigneur comte d'Espaux, Buire, Bezu-les-Febvres, La Croix, Bezu- Saint-Germain (s) et autres lieux, fils de Messire Nicolas de Lions, vivant chevalier, comte et seigneur desdits lieux, et de dame Anne Du Boulet, de la paroisse d'Espaux,
Et de demoiselle Marguerite Gallard^ fîlle de Messire Claude Gailard, chevalier du Roi en tous ses conseils, maistre des requestes honoraire en son hôtel et Président aussi honoraire en sa chambre des comptes de Paris, et de dame Claude Bordier, de la paroisse Saint-Médéric.
Assistèrent à ce mariage, les époux Nicolas Potier de Novion- Gallard, son Altesse Madame la duchesse douairière d'Angoulême, la comtesse d'Espaux, M. et Madame de Cheraminy, M. Louis de Boullier, écuyer seigneur de Rillat, et Mesdames Tubœuf et de Ribeyre.
(i) Registres paroissiaux de Saintry.
(9) Arrondissement de Château -Thierry (Aisne).
— lyo —
Le 34 avril 1681, Claude Potier de Novion fut parrain de Marguerite Bathiat, fille de Antoine, intendant de Madame la i^^ Présidente ; la marraine était Madame Tubœuf.
4 ans plus tard, le 11 juin 1685, le Premier Président de Novion et sa fille Catherine étaient parrain et marraine d'un autre enfant d'Antoine Bathiat.
Le 3 octobre 1685, le fils de Messire Claude Potier de Novion et de dame Catherine Brossamain, ondoyé sur les fonts de l'église paroissiale de Saint- Etienne-du-Mont de Paris, était baptisé dans Téglise paroissiale de Saintry et nommé Nicolas par son grand-père, Nicolas Potier de Novion, et par sa fille, Marguerite épouse Tubœuf,
Le 13 octobre 1700, baptême d'un autre enfant de Saintry, Charles Jumelle, fils de Charles, receveur de la terre et seigneurie de Saintry ; parrain : A. G Le Jay ; marraine : Catherine de Brossamain, épouse de Claude de Novion.
Le 39 octobre 1703, Jacques^ marquis de Novion, de la paroisse Saint-Sulpice de Paris, fut parrain de Jacques Boutillier, fils d'un jardinier. La marraine était Marguerite Pourier^ épouse de M* Gui- NAND, prévôt de Corbeil.
Le 27 novembre 1707, Nicolas Potier, se qualifiant aussi de marquis de Novion, fils des époux Claude Potier-Brossamain, tint sur les fonts baptismaux de Saintry, Nicolas Rasth ; la marraine fut Elisabeth-Marguerite Dufour, fille de Louis Dufour, écuyer, conseiller du Roi, contrôleur ordinaire des guerres et de dame Elisabeth-Marguerite Forest.
Un acte du 3 octobre 1712 nous apprend que noble dame Magdelaine de Neuville, seconde épouse de Claude Potier, était marraine d'une enfant du jardinier Boutillier; le parrain fut Messire Pierre Poisson, écuyei», greffier en chef du Parlement des requêtes de l'hôtel.
Enfin le dernier acte important concernant les Potier de Novion qui eut lieu en TEglise de Saintry est le mariage de Jacques, comte de Novion, dont nous donnons ici un extrait: (i)
« Le dimanche quinze octobre mil sept cent treize, du consentement de M' le • curé de cette Eglise, ont esté mariés, M" Jacques Potier, chevalier, comte de ce Novion, de la paroisse de St-Sulpice, fils de Mre Claude Potier, chevalier, « comte de Novion, brigadier des armées du Roy, chevalier de Tordre de Nostre-
(i) Registres paroissiaux de Saintry.
'< Dame de Montcarmel de Jérusalem, et de deffunte dame Anne Catherine de « Brossamain, ses père et mère, d'une part,
(r et damoiselle Marque de Cabrol de la Bancalier, de la paroisse de « Notre-Dame du Tour de Réalmont, diocèse d'Alby, fille de Messire Marc- « Antoine de Cabrol de la Bancalier, et de dame Isabelle de Vincenne, ses « père et mère, d*autre part ;
a par moy, prestre vicaire de Téglise paroissiale de Saint Merry à Paris, en « vertu d'une commission expresse et du pouvoir de son Eminence M»' le Cardi- « nal de Noailles, archevesque de Paris, jointe à la dispense de la publication des « 3 bans dudit seigneur époux... en conséquence de la délégation et du pouvoir « de M*' TArchevesque d'Alby pour célébrer le présent mariage...
ce ont estes présens au mariage, M* Gilles Savary, curé de notre Dame de « Saintry, M" Nicolas Potier, marquis de Novion, Louis Dufour, escuier, « conseiller du roy, contrôleur ordinaire des Guerres et damoiselle Elisabethff Marguerite Forest, son épouse, et M« Marc-Antoine de Cabrol de la Ban- « calier, père de la dite dame épouse, Jean-Mathurin Goret de Fontenay, et « Louis Liard, officier de son Altesse Mgr le duc d'Orléans ; les fiançailles faites « le jour précédent ».
Ce mariage, célébré loin du domicile de Tépouse, régularisait une situation fausse, révélée par Tacte suivant qui fait suite à celui du mariage :
« Et à l'instant les parties dénommées cy dessus ont reconnu être issus d'elles, « une fille baptisée dans l'église de Réalmont le 20 février 1 710 et un fils baptisé « le six octobre 1712, nommé Nicolas et la fille nommée Catherine.., les- « quels ils reconnoissent pour leurs véritables enfants, estant légitimez par ce pré- <x sent acte, aujourd'hui quinze octobre 171 3, et ont signé toutes les deux avec « les sieurs curé de Saintry, et le sieur Vicaire de Saint-Merry à Paris » .
Catherine Gallard, épouse à^ Nicolas Potier de Novion, fit l'aveu des biens qu'elle tenait en censive de Le Jay, seigneur de Saintry^ par acte devant Boisneuf, notaire à Corbeil, le vingt septembre 1675 (i).
Elle rendit, en outre, foi et hommage du fief Pelletier, en présence de Hucherard, notaire à Corbeil, le 17 mars 1684 (2).
Nous rapporterons ici que par contrat devant M« Boisneuf, du 14 novembre 1670, Henri du Jard, l'aîné et Henri du Jard, le jeune, habitants de Saintry, s'étaient reconnus détenteurs d'une
(i) Minutes déposées en Tétude de M' Jozon, nouire à Corbeil. (a) Ibidem,
maison sise à Saîntry et de plusieurs biens mentionnés en l'acte, le tout chargé de 46 livres de rente envers Madame de Novion.
Et que cette dernière, suivant autre contrat devant le môme notaire, du i^^^* mai 1673, ^vait délaissé à Jacques Lhote, vigneron à Saintry, un quartier 1/2 de vigne, lieudit Ridai, sur le grand chemin de Corbeil, moyennant sept livres de rente annuelle.
Enfin, nous voyons que par bail passé devant Hucherard, notaire à Corbeil, le 22 juin 1683, Catherine Gallard avait affermé à Barthélémy Lemaître, laboureur à Saintry, vingt-trois arpents de terre, au terroir de Saintry, c'est-à-dire la plus grande partie du fief Pelletier et de Champlâtreux.
Lors du décès de Madame de Novion, arrivé en 1685, il restait encore dû sur l'acquisition du ; avril 1669, la somme de 11.000 livres, produisant 550 livres de rente, ainsi qu'il résulte d'un compte fait devant Bellanger, notaire au Châtelet, le 37 octobre 1691, entre M. de Novion, ci-devant i«^ Président, et la veuve de Bernard Briçonnet, marquis d'Oysonville, qui avait droit à cette somme en qualité de seule et unique héritière, sous bénéfice d'inventaire, de feu Paul Le Prévost, baron d'Oysonville, son père.
Par acte devant Leroy et Lemoyne, notaires à Paris, du cinq avril 1693, Nicolas Potier de Novion, demeurant 16, rue du Bac, fit donation, en avancement d'hoirie sur sa succession, à Messire Claude Potier, son fils, comte de Novion, demeurant avec lui, du fief Pelletier Qt de l'hôtel de Champlâtreux ^ et ses dépendances, en un mot de ce qui avait fait Tobjet de l'acquisition de 1669, avec les augmentations et les améliorations qui avaient été faites.
Cette donation fut consentie à la charge, par Claude de Novion, de payer, en l'acquit du donateur et de la succession de Catherine Gallard, à Françoise Le Prévost, veuve du marquis d'Oysonville, les 11.000 livres lui restant dues.
Claude à^ Novion entra en possession des lieux le 11 novembre suivant.
Cet acte fut insinué au Châtelet de Paris, le 17 septembre 1693 (i).
Claude de Novion fit foi et hommage du fief Pelletier^ en présence de M* Boisneuf, notaire, le 19 juillet 1714 (2).
(i) Registre 177 des insinaations, feuillets 133-154. (2) Minute nouriale.
Nous voyons par cet hommage que ce fief avait été constitué moyennant « deux sols 6 deniers de cens portant lods et ventes, « saisine et amende quand le cas y echet^ payable le jour Saint « Remy, à peine de l'amende ordinaire de six sols 6 deniers >.
Loin d'accroître sa propriété, Claude de Novion la diminua sensiblement. Nombreuses sont les ventes partielles qu'il en consentit,
La plus importante est celle relatée en un contrat passé devant Lemoyne, notaire au Châtelet, en octobre 1706, par lequel M. de Novion délaissait à Louis Piat, marchand à Corbeil, la arpents de terre labourable, en une pièce au terroir de Saintry, tenant d'un côté au chemin qui conduit à la Seine, d'un bout au chemin de Morsang. Ce délaissement était fait moyennant 48 livres de rente foncière que ledit Plat promettait payer chaque année à la Saint- Martin (i).
Par quatorze autres contrats reçus par M«« Boisneuf et Duruchanoy, notaires à Corbeil, de mai 1698 à novembre 1716, Claude de Novion consentit Taliénation à divers habitants de Saintry et Corbeil, de trois maisons à Saintry et de 8 arpents 65 perches de terre, pré et vigne, sis au même terroir, moyennant 96 livres 10 sols de rente annuelle, et a poulets (a).
Cependant, malgré ses aliénations successives, M. de Novion ne s'était acquitté du principal ni de la rente qu'il devait à la marquise d'Oyson ville. Il n'avait même pas employé une somme de 1000 livres, à lui remise par son père, lors de la donation de 1693, aux fins de rachat et remboursement de 50 livres de rente, à valoir sur ce qui restait dû sur l'acquisition de 1669.
Menacé de poursuites, il se vit dans la nécessité de se débarrasser de Champlâtreux.
Aussi, suivant acte passé devant des Heures et Doyen, notaires à Paris, le 4 mai 1718, Claude Potier de Novion et Madeleine- Louise- Jeanne Lecouturier de Neuville, son épouse, cédèrent-ils à Jean-- Dominique de Bourges, bourgeois de Paris, Jean de Bourges, sieur d'Orgeval et à demoiselle Françoise-Angélique de Bourges, frères et sœur, acquéreurs pour chacun 1/3, le fief Pelletier, ainsi que la grande maison appelée Champlâtreux^ et les clos, terres* héritages, rentes foncières y mentionnées, circonstances et dépendances.
(i) Papiers de ChampUtreux.
(9) Minutes notariales.
Cette vente fut consentie moyennant 13.^00 livres applicables jusqu'à concurrence de 10.800 livres sur le fief, maison, héritages et rentes non rachetables, et jusqu'à concurrence de a. 700 livres sur les rentes rachetables. M. de Novion fit délégation du prix à Madame Pauie-Louise Briçonnet, veuve de M. de Frezeau de la Frezelière, au nom et comme tutrice de ses enfants mineurs, bénéficiaires des droits de la marquise d'Oysonville, pour demeurer quitte envers eux des 11.000 livres restant dues en principal sur l'acquisition de 1669 ^^ ^^^ 2.^00 livres pour les arrérages des 3^0 livres de rente, jusqu'au i«»" mars 1718.
Les acquéreurs de Bourges se libérèrent aux termes de quatre quittances des mêmes notaires des 2^ juin, 20 août et 3 septembre 17 18, II septembre 1719. Mais, ils ne s'acquittèrent pas des droits dûs aux héritiers Perrot, seigneur de Saintry, à raison de cette acquisition, lesquels s'élevaient: ceux de lods et vente de la maison de Champlâtreux à 829 livres 10 sols ^ deniers ; et ceux de quint du fief Pelletier à 130 livres ;. soit ensemble à 959 livres, 10 sols, 5 deniers.
Par suite, il fut procédé à la saisie féodale du fief Pelletier, laquelle fut enregistrée au Greife de la justice de Saintry, à la requête du procureur fiscal de la seigneurie le 17 août 17 18 (i). La succession de Antoine Daufresne, architecte, entrepreneur de bâtiments à Paris, qui avait acquis, en juin 1718, de Perrot les 2/3 des droits ci-dessus, ne fut remboursée qu'en 1738.
Le marquis de Clermont-Tonnerre qui savait ce que valait Champlâtreux, pour l'avoir visité plusieurs fois avec Catherine Potier de NovioN, sa femme, et qui déjà, sans doute, avait rêvé d'en faire un agréable séjour, vit d'un mauvais œil l'aliénation faite par le grandoncle de cette dernière. Pour recouvrer la propriété, il entama avec les consorts de Bourges une lutte judiciaire qui dura plus d'un quart de siècle, et ne se termina qu'après le décès de ses adversaires.
Armés du droit coutumier de l'époque, dont ils usèrent largement, M. et Madame de Clermont-Tonnerre introduisirent, par exploit du 30 octobre 1719, une action en retrait lignager à rencontre de /ean de Bourges, seigneur d'Orgeval et de M"« de Bourges,
(i) Arch. de Seine-et-Oise, Série B. Justice de Saintry.
— ï75 — sa sœur. Soit par inadvertance, soit autrement, ils ne mirent pas en cause Jean-Dominique de Bourges, possesseur d'un tiers des biens.
L'exercice du retrait lignager était, dans l'ancien droit, un privilège accordé au parent et lignager du vendeur de demander Théritage propre ou rente foncière, échu par succession, vendu par son parent à un étranger, dans Tan et jour (i) de l'achat ensaisiné, s'il était en censive, ou de la réception en foi et hommage, s'il était en fief, en remboursant à l'acheteur ce qu'il avait déboursé (2).
Petite-îîlle de André Potier de NovIo^J et arrière-petite-fille de Nicolas Potier de Novion, ainsi que nous l'avons vu plus haut. Madame de Clermont-Tonnerre remplissait donc les conditions requises pour exercer ce retrait, qui était rendu possible à défaut par les acquéreurs de Bourges d'avoir rendu hommage au seigneur de Saintry.
C'est donc avec raison que par sentence du Châtelet de Paris du ai juin 1720, les 2/3 du fief Pelletier et de la propriété de Champlâtreux furent adjugés par défaut à M. et Madame de Clermont- Tonnerre par retrait lignager et proximité de lignage. Ceux-ci déposèrent, le i«' août suivant, les 2/3 du prix au bureau des consignations du Châtelet, sur le refus par leurs adversaires d'accepter les offres qui leur avaient été faites.
Cependant, ces derniers interjetaient appel de cette sentence et, en outre, s'inscrivaient en faux contre l'exploit du 30 octobre 1719. N'ayant pas réussi, ils évoquaient l'affaire devant les commissaires généraux du Conseil, nommés par le Roi pour juger en dernier ressort les contestations relatives aux retraits lignagers ; le 9 mars 1721, intervenait un arrêt du conseil qui adjugeait à nouveau le retrait, et le i; juin suivant un autre arrêt qui permettait aux époux Clermont-Tonnerre de se mettre en possession des héritages. Bien entendu, les de Bourges n'acceptèrent pas ces décisions. Conséquence: nouvel arrêt des commissaires, du 18 septembre 1722, les déboutant de leur opposition à la prise de possession, ensemble à l'exécution de l'arrêt du 15 juin et de l'appel par eux interjeté de l'ordonnance du prévôt de Corbeil, disant que le tout serait exécuté et les condamnant aux dépens.
(i) Ce délai changeait suivant les coutumes : en Bourbonnais et en Auvergne, il èuit de 3 mois, et de 60 jours seulement en Berry. (a) Coutume de Paris, an. 129.
Enfin, après de nouvelles difficultés, le 17 août 1736, un arrêt du conseil renvoyait toutes les contestations devant les juges ordinaires, avec commission de dresser Tétat des revenus et rentes des biens ainsi que Tétat des réparations.
Nous avons dit que Jean- Dominique de Bourges était resté propriétaire du tiers des biens acquis avec ses frère et sœur. Gaspard de Clermont-Tonnerre fut donc dans la nécessité, pour faire cesser l'indivision, et obtenir la propriété de ce dernier tiers, de provoquer la licitation des immeubles.
Par sentence rendue au Châteletde Paris le 7 juin 1727 (i), insinuée au bureau des insinuations laïques de Corbeil le 26 du même mois, M. et Madame de Clermont-Tonnerre furent déclarés définitivement adjudicataires desdits biens, terres et héritages, moyennant 13.300 livres, et autorisés à se mettre en possession immédiatement. Ils allaient enfin pouvoir jouir de Champlâtreux : leur désir était ainsi satisfait.
Mais ils retrouvaient cette propriété dans un état lamentable. N'ayant reçu aucun entretien, abandonnée depuis le commencement du différend, elle était devenue inhabitable.
Un procès-verbal de visite dressé le 30 juin 1727 et jours suivants, à la réquisition du marquis de Clermont-Tonnerre, en présence de Jean -Dominique de Bourges, par Duruchanoy, notaire à Corbeil, assisté d'un jardinier et de Pouillot, architecte à Corbeil, accuse cet état de délabrement (a).
Bâtiments menaçant ruine ; toiture à refaire ; fenêtres sans vitres ; plus de porte à la chapelle; pierre de Tautel enlevée; jardins entièrement en friches, recouverts de ronces, arbres fruitiers perdus faute de tailles, allées remplies d'épines, parterres et plates-bandes disparaissant sous la mauvaise herbe, charmilles détruites, telles sont en résumé les constatations rapportées par ce procès-verbal.
Le Marquis de Clermont-Tonnerre eut donc de nombreuses réparations à faire pour rendre au domaine sa splendeur passée.
Ce n'est guère qu'au commencement du printemps de l'année 1728 qu'il put venir l'habiter avec sa famille. A cette époque, Champlâtreux consistait :
En deux corps de logis, l'un â gauche, regardant la ville de Corbeil, Tautre â
(i) Papiers de Champlâtreux, Arch. Nat. T. 1049 *-•.
(a) Minute déposée en Tétude de M* Jozon, notaire à Corbeil.
- Î77 droite regardant le village de Saîatry, deux galleryes des deux côtés de la cour. Tune ayant vue sur la rivière de Seine et sur la cour, et l'autre ayant vue par un corridor sur lad. cour, et du costé des chambres sur l'allée ou terrasses ou escuries ; étables, remises de carrosses, voûtes, cuisine, salles, chambres, cabinet, ofBce et laiterie ; une petite maison pour le logement du portier, proche de l'entrée de l'avant cour, prairies, pasturages, baignant le long de la rivière, d'environ 3 arpents, où est un colombier à pigeons ; jardin potager dans lequel est un petit bois, ensuite des 2 petits-corps de logis et gallerîe ; un enclos de 7 â 8 arpents ou environ, dans lequel il y a une futaye ; le tout clos de murs à la réserve de ce qui est au devant de la rivière, les murs étant tombés. . . »
Gaspard de Clermont-Tonnbrre rendit foi et hommage du fief Pelletier, en présence de Duruchanoy, notaire, le 7 novembre 1733.
Il s'acquitta, le 4 août 1737, par quittance devant Deshayes, notaire à Paris, de la part revenant à la succession de Jean-Domi" nique de Bourges dans le prix de la licitation du 7 juin 1727.
Cette quittance, donnée par Angélique-Françoise de Bourges, demeurant à PariS; quai d'Anjou, en qualité d'héritière de ses deux frères, Jean-Dominique et Jean de Bourges^ et comme curatrice à l'interdiction d'Anne-François de Bourges, son autre frère, nous apprend que le procès entamé en 1719 durait toujours.
M. de Clermont-Tonnerre déclare en eflfet :
« que le paiement qu'il vient de faire à la dite demoiselle ne pourra nuire ny préce judicier â l'appel qu'il a interjette, conjointement avec Mad. de Clermont, de la c sentence du Châtelet de Paris du 5 juin 1737, et A leurs autres droits et actions « contre ladite demoiselle de Bourges et ledit sieur Anne François de Bourges, « son frère, et notamment pour raison des titres qui sont à remettre concernant « la propriété du fief Pelletier et autres ».
Enfin, Mademoiselle de Bourges étant décédée, une transaction intervint entre ses héritiers et le Marquis de Clermont-Tonnerre, le 3 octobre 174;, devant Bellanger, notaire au Châtelet. Les pièces furent remises.
Champlâtreux ne répondant plus aux besoins de la nombreuse famille du maréchal de Clermont-Tonnerre, celui-ci fit construire sur un nouveau plan un pavillon ou aile en remplacement d'une ancienne aile qu'il fit raser.
André Marin Dufour, qui avait déjà entrepris la démolition de Tancien château seigneurial de Saintry, ainsi que nous l'avons dit au chapitre précédent, se chargea par le même marché du 17 juin
17^7 ^ de faire V excavation dans V emplacement oîi devait être construit « ce pavillon^ de faire la fouille de la fosse d'aisance^ ainsi que le con- « duit de la d. fosse qui sera creusée d^ environ deux pieds au delà des « bâtiments sur 12 pieds de profondeur et de creuser une tranchée « ^une toise de large sur 2 toises de profondeur^ sur toute la largeur « du bâtiment neuf du côté du parterre^ le tout suivant les plans et ^profils qui lui seront donnés > (i).
Il s'obligea, en outre, à porter dans Tendroit de la rivière qui lui serait indiqué et de « répandre le long du mur de terrasse ou potager du côté de Saintry sur la largeur de deux toises^ en sorte quil reste 8 pieds au mur du côté Je la rivière^ les terres provenant des fouilles et les gravats provenant de la démolition ».
Ce marché eut lieu moyennant 1000 livres versées par le Maréchal.
Sous la réserve des actes qui s'accomplirent à Champlâtreux pendant la Révolution, desquels nous parlerons dans la y partie de cet ouvrage, nous avons relaté, dans le chapitre qui précède, les faits et gestes de la famille de Clermont-Tonnerre à Saintry ; nous n'y reviendrons pas.
Nous ajouterons seulement que le plus grand mariage célébré en la chapelle de Champlâtreux est celui de M*"® de Clermont-Tonnbrre avec le comte de Bourbon-Busset, qui eut lieu le 33 avril 1743, ainsi qu*il résulte de l'acte suivant que nous croyons devoir donner ici in extenso, vu son importance :
€ L*an mil sept cent quarante trois, le vingt-troisième jour d* Avril, après la publication de deux bans faite au prône des messes paroissiales en l'église de Saint Martin du Puis (2), diocèse d'Autun^ et en celle de Saint Nicolas du Chardonnetà Paris, le 7 et le 15 du même mois, sans qu'il y ait eu aucune opposition, comme il nous a paru par les certificats de M* Magnan, curé de la dite paroisse de Saint Martin du Puis, duement légalisés, et de M« Gamot, curé de la dite paroisse de Saint Nicolas du Chardonnet, et après les fiançailles célébrées la veille ; vu les lettres de dispense de la publication du y ban, accordées tant par Mgr rËvèque d'Autun, signées, D. Senaux, vie. gén. et plus bas Lacroix, secrétaire, en date du neuf, que par Mgr Tarchevéque de Paris, signées : Thierry, vie. gén. et plus bas, La Sone, secrétaire, en date du neuf du présent mois d'Avril, insinuées et contrôlées le même jour par Gervais, grefHer des insinuations ecclésiastiques du diocèse de Paris, par lesquelles lettres mon dit Seigneur Archevêque donne aussi pouvoir de célébrer de grand matin dans la chapelle de Champlâtreux, située en
(x) Arch. de S- & O. E. 654.
(s) S. Martin du Puits, arr. de Clamecy (Nièvre).
cette paroisse de Saintry^ le mariage accordé entre très haut et très puissant seigneur François-Louis- Antoine de Bourbon, comte de Busset, et demoiselle Magdekine-Louise Jeanne de Clermont-Tonnerre ».
« Le même jour, en présence de nous curé de Saintry, soussigné, en vertu de lad. dispense et dud. pouvoir, ont été mariés dans lad. Chapelle, par Messire Timoléon Charles de GoumBR, abbé commendataire de St Euverte d'Orléans, oncle maternel, après avoir pris leurs consentements mutuels, e: ont reçu de lui la bénédiction nuptiale, led. seigneur Mgr François-Louis- Antoine de Bourbon BussET, âgé de 21 ans, comte de Busset, et autres lieux, fils de feu très haut et très puissant Seigneur Mgr Louis de Bourbon comte de Busset etc., et de très haute et très puissante dame Madame Marie-Anne de Gouffier de Thois, son épouse, à présent sa veuve, de la paroisse de Saint Martin du Puis, diocèse d'Autun, ses père et mère, l'époux.
« Et damoiselle Magdeleine Louise Jeanne de Clermont-Tonnerre, fille mineure de très haut et très puissant seigneur Mgr Gaspard de Clermont-Tonnerre, marquis de Clermont, chevalier des ordres du roi, lieutenant général de ses armées, et mestre de camp général de la cavalerie de France, et de très haute et très puissante dame, Madame Antoinette Potier de Novion, son épouse, demeurant sur le quai de la Toumelle, paroisse de Saint Nicolas du Chardonnet à Paris, ses père et mère, Tépouse.
« Le dit mariage fait et célébré comme dit est par mon dit sieur abbé de Gouffier, abbé de Saint Euverte, chanoine honoraire de l'église de Paris, du consentement du d. M** Gamot, prêtre, docteur de Sorbonne, curé de la d. paroisse de de Saint Nicolas du Chardonnet, à nous représenté par écrit, en date du 21 desdits mois et an.
Et en présence de très haut et très puissant seigneur Mgr François- Louis de Gouffier, marquis de Thois, comte de Passavant, baron de Catheux et autres lieux, oncle maternel du d. époux, demeurant rue Feron, paroisse de Saint Sulpice, faux-bourg Saint Germain à Paris, et fondé de la procuration de lad. dame veuve Comtesse de Busset, passée devant Bussy, notaire en la ville de Lorme, et Roy, notaire au Bourg de Chabaux^ le 21 Mars dernier, de pour elle et en son nom consentir au mariage du dit sieur comte de Busset, son fils avec la damoiselle de Clermont-Tonnerre, et assister à la célébration du dit mariage en face d'église ; des dits seigneurs, Mgr Marquis de Clermont-Tonnerre et dame Antoinette Potier DE NoviON, père et mère de la d. époise, de Charles-Henry-Jules de Clermont-Tonnerre, mestre de camp du régiment de cavalerie, de Jean-Louis- Ainard de Clermont-Tonnerre, abbé de Luxeuil, de François-Joseph de Clermont-Tonnerre, capitaine de cavalerie, frères de la dite épouse et Arthur-Louis-Timoléon, comte de Gouffier, cousin germain du d. seigneur époux, et de Jean César MvsauiN et de Claude Michel Dancereau, écuier, conseiller du Roi, contrôleur ordinaire des guerres et gendarmeries de France qui ont signé avec nous, témoins.
Signé : de Bourbon Busset, de Clermont Tonnerre, Gouffier Marquis de Thois,
Clermont Tonnerre, Potier Novîon, Clermont Tonnerre, Tabbé de GoufEer, Clermont Tonnerre, Tabbé de Clermont Tonnerre, chevalier de Clermont Tonnerre, de Gouffier^ Musquin, Dancereau, Fleury, curé de Saintry.
L'illustre et royale famille de Bourbon-Busset avec laquelle s'alliait ainsi M«"« de Clermont-Tonnerre descendait de Louis de Bourbon, né en 1437, 5® fils de Charles i*', duc de Bourbonnais et d'Auvergne, et d'Agnès de Bourgogne, fille cadette de Jean sans Peur. C'est à tort que certains biographes indiquent cette branche comme étant entachée de bâtardise (i).
Les armes de Bourbon Busset sont : d^a^ur à } fleurs de lis d'or^ à la cotice de gueules^ périe en bande^ — supports : deux anges, — Devise : espérance.
Le comte de Bourbon-Busset^ gendre du maréchal de Clermont- Tonnerre, marié à Saintry, fut mousquetaire le i«' janvier 1737, capitaine de cavalerie au régiment d'Andelot en 1 741, maître de camp de ce régiment en 174^, brigadier en 1738, et maréchal des camps et armées du Roi en 1761 ; il fit toutes les campagnes de Bohême où il perdit ses équipages, fut fait prisonnier à Wissembourg en 1744 avec une seconde et égale perte ; il prit part à toutes les batailles de la guerre de la succession d'Autriche. ^
En 1773, ayant 36 ans de service, alors qu'il était premier gentilhomme de la chambre du comte d'Artois, de Bourbon-Busset sollicita vainement Louis XV de répandre sur lui quelques-uns des bienfaits dont il se plaisait « à gratifier les officiers qui^ comme lui et ses « ancêtres^ ont été inviolahlement attachés au service et à la gloire de « leur souverain > en lui accordant « un gouvernement militaire qu'il € regardera comme le témoignage le plus flatteur de la satisfaction « qu'elle a eu de ses services, et comme récompense de ceux de sa fa- « mille » (2).
Il sollicita également le collier des ordres.
En ses heures de loisir il cultivait quelque peu les Muses. Il parait même avoir adressé des ^ers à Madame de Pompadour et entretenu correspondance avec Voltaire.
(i) Voir à ce sujet:
Histoire secrète de Bourgogne, par M"* de la Force Moreri.
Mémoires de la marquise de Pratf née de Brillon .
Mémoires de la Maison de Busset, (2) Arch. de S»« & Oise E. 476.
Il existe encore plusieurs descendants des comtes de Bourbon- Busset et de Chalus (i).
Nous avons relaté au chapitre précédent le procès que Stanislas de Clermont-Tonnerre et sa fille eurent à soutenir après le décès du maréchal de Clermont-Tonnerre, pour conserver la propriété et la seigneurie de Saintry et de Champlâtreux.
Ainsi que nous Tavons dit, Louis Pasquet, négociant à Corbeil, fit l'acquisition de Champlâtreux, alors distrait du fief Pelletier, des époux Savary de Lancosme le 21 mars 1809.
M. Pasquet fit procéder à la démolition du château, ne laissant subsister que les communs et le colombier, qui se voient encore.
Il sollicita à ce sujet de la municipalité de Saintry, le 30 mai 1809, la permission^ qui lui fut accordée le lendemain même, par arrêté de M. Chavanat, maire, de déposer temporairement et pour le temps de sa démolition seulement sur les côtés du chemin de Corbeil à Saintry, depuis sa jonction à la route de Corbeil-Melun, jusque vis à vis de Champlâtreux, « les matériaux de cette démolition « qu^il ne pourvoit placer ailleurs^ et cela, sans cependant obstruer en « rien le passage nécessaire pour deux voitures, et de manière à ce que « la circulation ne puisse être interrompue ou gênée en rien > (a).
De cette tolérance, il résulta de grands abus, pour la cessation desquels le maire fut dans l'obligation de prendre, à la date du 30 décembre 1810, un arrêté, approuvé le même jour par le baron de Châteaubourg, sous-préfet de Corbeil.
Sur une partie de l'emplacement du château de Champlâtreux, M. Louis Pasquet fît édifier le pavillon actuel, sauf cependant la partie vitrée, adjointe par le Président Bourgoin vers 1856. Mais il ne vit pas la fin des travaux qu'il avait entrepris. Ce fut sa veuve qui demanda l'arrêté d'alignement qui lui était nécessaire pour construire un mur clôturant « la partie de terrain qui se trouvait au devant de sa
(i) Louise Claude ou Claudine de Bonrbon-Busset, soeur du gendre de Gaspard de Clermont-Tonnerre, née au Chiteau de Vérigneux, le i8 octobre 1720, ondoyée le même jour par le curé de Saint-Martin du Puy, baptisée à Aubigny le 6 octobre 1729, fut religieuse bénédictine au Cherche-Midi à Paris et fit profession le 17 octobre 1739 ^^^ ^^ "°°^ ^^ sœur Ste Placide. Après avoir été élue prieure de cette maison le 7 mai 1771» elle fut nommée par brevet de Louis XVI du 7 novembre 1779, sur la présenution du comte d'Artois, en vertu de l'apanage de ce dernier, à l'abbaye de Sainte-Croix de Poitiers, ordre de St-Benoist. Elle y mourut le 27 octobre 1788 et fut inhumée 2 jours après dans l'église de l'abbaye.
(9) Registre des délibérations de la municipalité.
maison entre les terrasses^ en observant dans le mur de clôture^ une GRILLE d'entrée pour la maison ». M. de Chavanat, maire, après avoir pris Talignement du chemin, donna le a; février iSia celui du mur « à prendre en ligne droite depuis l'angle de la terrasse du côté de Corbeil^ jusqu'au mur de VO ranger ie^ et des basses courSy du côté de Saintryi^ (i).
Louis PASQ.UET est décédé à Corbeil le aa octobre 1810.
De son mariage avec Marguerite Elisabeth Robinot, célébré en novembre 1785, qu'il avait instituée sa donataire, pour moitié en usufruit, par acte devant M» Randouin, notaire à Corbeil, du 31 janvier 1807, M. Pasquet laissait a enfants : i® Louis Etienne, 2^ Marc Antoine, né le aa ventôse an XII, à Corbeil, faubourg Saint-Léonard, quartier de la Liberté.
Elisabeth Robinotse remaria, le 30 mars i8ia, avec Louis Auger, épicier, devenu maire de Saintry, où il décéda le 11 mai 1839.
Par acte devant M^Jozon, notaire à Corbeil, le a8 novembre 18 16, intervenu entre les héritiers Pasquet, contenant la liquidation et le partage de la communauté d'entre les époux Louis Pasquet, partage provisionnel à Tégard de Marc Antoine Pasquet, en état de minorité, le domaine de Champlâtreux et dépendances, évalué à 60.000 francs, fut attribué à Madame Auger et au mineur Pasquet, conjointement entre eux, pour leur fournir partie de la somme leur revenant.
Par autre acte du même notaire du ao juin 1825, contenant subdivision et partage des biens appartenant ainsi en commun, ce domaine fut abandonné définitivement à Madame Auger par son fils, Marc Antoine Pasquet,
Marguerite Elisabeth Robinot mourut à Champlâtreux le 4 février 1843, laissant ses deux fils, issus de son premier mariage, pour lui succéder.
Le cadet, Marc Antoine Pasciuet, avocat, propriétaire à Corbeil, quai de l'Instruction, qui avait épousé Louise Joséphine Piot, à Saintry, le 4 décembre 1830, décéda à Paris un an après sa mère, le 5 février 1844, laissant deux enfants : i*» Louis Marc Antoine, né le 19 août 1833 (a), a» Luc Alfred Marc Antoine (3).
(i) Registre des délibérations de la municipalité.
(9) Décédé à Corbeil le 4 septembre 1896.
(3] Luc A. M. A. Pasquet, capitaine adjudani-major au 47* régiment de ligne, fut
 la suite de ces décès successifs, le château de Champlâtreux fut licite.
Suivant procès-verbal, dressé le 9 avril 1844 par M« Lemenuet, notaire à Corbeil, Pierre Fau, propriétaire à Paris, s'en rendit adjudicataire moyennant 80.0^0 francs, payés le a8 août suivant.
A la mort de Madame Fau, née Angélique Mallet, survenue à Paris, le II juillet 1834, lors du partage des biens et valeurs, dépendant tant de la communauté ayant existé entre les époux Fau que de la succession de celle-ci, reçu par M" Dreux, notaire à Paris, le 33 décembre 18^4, la maison de campagne dite Champlâtreux j avec toutes ses aisances et dépendances, fut abandonnée aux trois enfants Fau, dans la proportion de chacun un tiers, pour leur fournir le montant de leurs droits.
Ces trois fils Fau qui étaient : Pierre Joseph, propriétaire, Antoine Louis Julien^ docteur en médecine et Pierre Henri Hippolyte^ aussi docteur en médecine, demeurant tous trois à Paris, conservèrent peu de temps cet immeuble.
Mis en vente à la requête de Pierre, Taîné, il fut adjugé par jugement du Tribunal de la Seine, le 26 Avril 1856, à Louis Théodore BouRGOiN, Président du tribunal civil de Corbeil, chevalier de la Légion d'honneur, qui le posséda jusqu'à son décès arrivé à Nice le 33 février 1887,
Monsieur le Président Bourgoin qui, pendant 30 ans, résida à Champlâtreux, ancienne demeure des éminents magistrats que nous connaissons, se montra digne de leur être comparé, autant par ses qualités que par ses vertus.
Né à Paris le 13 août 1806, du mariage de Marcel Bourgoin et de Catherine Charlet, Léon Bourgoin débuta dans la magistrature comme juge suppléant à Etampes, le 13 mai 183 1 ; nommé successivement substitut (13 juillet i836),juge d'instruction (23 avril 1841), puis procureur du Roi à Joigny (22 mars 1847), il fut révoqué le 18 mars 1848, à la suite des événements politiques ; il fut réintégré comme procureur de la République à Châteaudun, le 21 janvier 1851, devint ensuite président à Nogent-sur-Seine, et termina sa carrière au tribunal de Corbeil, dont il était président depuis le 6 décembre 1854 ; il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite, et nommé président honoraire le 27 décembre 1869.
blessé mortellement à la bataille de Reischoffen, le 6 août 1870, et inhumé à Corbeil le }i mai 1871.
Troplong (i) disait de Léon Bourgoin, en 1851 « qu'il était un magistrat intègre, de probité et loyauté parfaites, doué d'une intelligence prompte, et qu'il avait une grande facilité d'élocution ». La culture de son esprit, l'agrément de sa conversation lui attirèrent de nombreuses et fidèles sympathies.
Léon Bourgoin avait épousé en décembre 1837, Louise Lafage Lecierc-Dostein, fille du général François Lafage, baron Leclerc- Dostein, commandeur de la Légion d*honneur, qui avait reçu de graves blessures à l'armée d'Egypte, et de Catherine Coudroy (a).
Nous ne saurions mieux faire, pour compléter ces notes biographiques sur le Président Bourgoin, que de reproduire partiellement le discours prononcé sur sa tombe, à Saintry, le 3 mars 1887, P^^ M. Bernard^ alors président du tribunal civil de Corbeil.
«... Monsieur le Président Bourgoin, par sa longue et honorable carrière, par les services érainents qu'il a rendus, appartient tout entier à ce pays
La jeunesse des écoles, les pères de famille, pourraient s'unir à moi pour rendre un public témoignage aux nombreux services qu'il a rendus â ses concitoyens.
En 1862, M. Bourgoin, de concert avec àLt:^ hommes soucieux comme lui du bien public : MM. Paul Darblay, Adrien Decau ville aîné, M. Tabbé Cachet, M. l'abbé Girard, et autres notabilités de l'arrondissement, fondait la Société d'encouragement pour Finstruction primaire et l'éducation morale et religieuse du canton de Corbeil, société reconnue d'utilité publique.
C'est à la suite de la formation de cette société, dont l'initiative est due à M. le Président Bourgoin, qu'il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Je suis heureux de me faire ici l'interprète des sentiments de reconnaissance de cette commune qui lui doit l'établissement d'une école de filles, dont il a confié la direction A ces saintes femmes dont l'éloge n'est plus à faire.
Dans ces derniers temps, M. le Président Bourgoin avait tourné l'activité de ses facultés vers l'étude des questions financières et industrielles, et je n'apprendrai rien à personne, en disant que son patriotisme l'avait poussé à revendiquer les droits de la France sur la terre étrangère ; il avait, à ce sujet, entamé et soutenu une polémique où se retrouvent les qualités primesautières d'une intelligence que, ni l'Age, ni le repos des fonctions publiques, n'avaient altérée.
(i) Jurisconsulte et homme politique ; président du Sénat sous l'empire (1795-1869).
f^) Nous remercions ici particulièrement M. Legris, procureur de la République i Corbeil, qui a bien voulu nous mettre à même d'obtenir au ministère de la justice de précieux renseignements.
C*est en pleine possession de ses facultés que la mort est venue le frapper. Celui qui dispose de nous et nous fait, à son gré, vivre et mourir, lui a accordé cette suprême récompense d*une vie dignement remplie, de le rappeler à lui, sans attrister ses derniers moments par la cruelle pensée qu'il laissait après lui, dans les larmes et le deuil, celle qui avait partagé ses joies et ses peines (i)
Nous saluons d'un suprême adieu, le magistrat intègre, Thomme de bien dont nous garderons pieusement la mémoire I
Par son testament en date à Champlâtreux, du is juillet i88a, déposé à M« Cocteau, notaire à Paris, le Président Bourgoin avait institué Madame Louise Lafage Leclerc-Doistein, sa veuve, légataire en usufruit de ses immeubles.
C'est ainsi que cette dernière resta en possession du domaine jusqu'à sa mort, qui eut lieu à Champlâtreux le 21 janvier 1901.
Après son décès, le château de Champlâtreux fut habité quelque temps par M. le baron Edmond Lhuillier, chevalier de la Légion d'honneur, chef d'escadron en retraite, prétendant à la succession de Madame Veuve Bourgoin, sa tante.
Nous ne rappellerons pas ici les nombreuses difficultés qui s'élevèrent entre les héritiers et les légataires de M. et Madame Bourgoin^ relativement à la validité et à l'exécution de leurs testaments.
Nous dirons seulement que le domaine de Champlâtreux, mis en vente à la requête des ayants droit, fut adjugé au tribunal civil de Corbeil le 3; octobre 1902. L'acquéreur définitif fut M. Aimé [dit Marius) Dubonnet, le distillateur connu.
M. et Madame Dubonnet ont^ paraît-il, l'intention, ce en quoi nous ne pouvons que les féliciter, de faire recouvrer au château historique de Champlâtreux son animation d'antan, et de faire revivre les vieux souvenirs qu'il recèle.
Nous lisons, en efiet, dans un entrefilet de l'Abeille, du 7 juin 1903 :
« Dans ce but, ils ont le 3 1 mai, profité de la fête des Brosses pour inviter « à pendre la crémaillère, un certain nombre d'amis, parmi lesquels on remarquait « les notabilités de Corbeil, d'Essonnes et des environs.
« La fanfare de Saintry, qui prétait son concours, a égayé les invités par les « meilleurs morceaux de son répertoire ».
(i) M. Bourgoin se trouvait i Nice quand eut lieu le tremblement de terre de 1887 ; à la i'* secousse il se réfugia dans une église, dont une partie de la voûte s'écroula lors de la 2* secousse ; saisi d'une grande frayeur, il mourut douze heures après.
« Rien n'a manqué à cette fête toute intime : depuis le couronnement de la « Rosière jusqu'aux excursions nautiques sur le Femina ».
« Le soir, un brillant feu d'artifice a clôturé cette heureuse journée. .. Nous « avons tout lieu d'espérer que cette pendaison de la crémaillère n'est que le pré- « ludede nouvelles fêtes ».
Nous devons dire, cependant^ que le nouveau propriétaire avait, quelque temps après son acquisition, changé le nom quatre fois séculaire de Champlâtreux en celui «des roseaux >, mais cette nouvelle dénomination ne prévalut pas, et le vieux nom lui fut bientôt rendu.