‹ Mémoires et documents inédits sur Antoine Van Dyck, P.P. Rubens, et autresChapitre 43 sur 48 · GÉRARD HONTHORST · texte numérisé non relu

GÉRARD HONTHORST

Les pièces suivantes^, relatives à Honthorst, indiquent l'époque de son séjour- en Angleterre. Pendant le court espace de temps qu'il y passa, il exécuta plusieurs tableaux, dont deux, faits à cette époque, sont cités dans le catalogue de la galerie de Charles I^*". L'un est un portrait de la reine, sous le costume d'une bergère ; l'autre représente le duc et la duchesse de Buckingham avec deux de leurs enfents, peints à mi^orps, et de grandeur naturelle. Il résulte aussi de la première lettre de Honthorst, datée d'Utrecht, le 29 décembre 1628, qu'il emporta avec lui à La Haye les portraits de Charles P' et de son auguste épouse, pour les offrir à la sœur du roi, alors reine de Bohême. C'est probablement aussi à cette époque que fut peint l'intéressant groupe de famille du duc de Buckingham, se composant de neuf figures en pied, beaucoup moins grandes que nature, tableau

^ Les documeDts originaux se trouvenl aux Archives royales.

qui décore aujourdui le palais de Hampion-Court. Les tètes du duc et de sa mère sont d'une expression admirable» et Fensemble de cette peinture nous donne à la fois un* brillant échantillon des talents de notre artiste, comme peintre de portrait, et de la richesse de coloris qu'il avait acquise pendant son voyage en Italie. Cette toile ne fut exécutée que peu de temps avant Fassassinat du duc, et probablement pour le roi. Quoiqu'elle ne soit pas citée dans le catalogue de la collection de Charles V% la grandeur de la somme accordée au peintre par la Couronne, pour ouvrages faits pendant son séjour en Angleterre, porte Fauteur à croire, qu'elle avait été commandée par le roi, ou du moins payée par celui-ci; en effet un acte du sceau privé, émis le il novembre 4628, ordonne le payement de cinq cents livres, dont quatre cent vingt à Gerrit Van Honthorst et quatre-vingts à Cornélius Vroom , pour ouvrages faits et tableaux exécutés. Ce Vroom était probablement le fils d'un artiste du même nom, qui, venu en Angleterre quelque temps auparavant, avait donné les dessins de ces tapisseries où était représentée la destruction de la Grande Armade, et qui décorèrent longtemps les murailles de la chambre des Lords. Descamps, dans sa Vie de Sandrart, prétend que celui-ci accompagna son patron Honthorst en Angleterre : si telle chose avait eu lieu, le maître n'eût pas eu besoin d'appeler à son secours un autre artiste. En outre, Sandrart dans ses mémoires, parle de son adieu fait à la ville de Londres, en 1627, année qui précéda l'arrivée de Honthorst dans la cité.

Le grand tableau dont il est question dans les deux lettres de Honthorst, datées du 22 mai i630, est sans doute celui décrit dans le catalogue de la galerie royale , en ces termes : « Une très-grande toile , peinte par Hunthorst ; elle représente le roi et la reine de Bohême dans les nuages, et le duc de Buckingham venant présenter à Leurs Majestés les sept arts libéraux, dans la personne de leurs enfants. » Ne serait-ce point là le tableau qui surmonte l'escalier de la reine à Hampton-Court ? On ne trouve point d'ordre pour son payement, ni dans les registres du seing privé, ni dans ceux de la Trésorerie.

Postcriptum d'une lettre adressée par sir Balthasar Gerbier au secrétaire du duc de Buckingham , sous date du 5 avril 1628.

Je croy que vous noublierez pas d'amener monsieur Honthorst, car monsieur le Duc prétend de luy donner de Femploy joint à Sa Ma*^ qui lui donnera subiect de ne plaindre le passage de la mer. liais il faut que sa femme demeure chez elle puisquelle crains tant le Harlemmer.

Gérard Van Honthorst au vicomte de Dorchester,

Monseigneur ,

Après avoir présente mes très-luimblcs recommandations au bonne grâce de Vostre Excellence.

Votre Excellence plaira scavoir que je suis après mon départment le 8 de Décembre de Gravesant, arrive en bonne disposition T il ditto environ les 12 heures devant dine à Vlissinge ; et m*ay subitement transporte à La Haye, la ou j'ay adresse et livre la lettre et les 2 portraicts de Sa Majesté à la Royne de Bohemez, et en ouvrant trouvoit Sa Majesté grand contentement et lui estoit fort agréable de voir la Royne d'Engeleterre en ceste facçon d'habit S eu quoy elle prins plaisir d'estre pinct en telle ou semblable facçon en la pièce laquelle je feray Sa Majesté et tous ses enfans, pour Sa Majesté d'Engeleterre et telle a este le bon plaisir de Sa Majesté que je le prendroy entre les mains tout au premier , et aussi tost que Sa Majesté sei*a hors d' couche alors elle assiray pour faire son portraict particulièrement et seullement pour le Roy d'Engeleterre, suivant le bjn plaisir de Sa Majesté.

1 On trouve dans la collection des manuscrit Harléiens, au Musée Mtannique (N* 6988), une lettre autographe de Charles l"*, dont le post-scriptum selon toute apparence a rapport à ce tableau, c Cioniniend me to my wife and deliver her this inclosed , and let me know if Hunthorst has ended her pictur. » Rappeleas-moi au souvenir de ma femme, remettez-lui le billet ci-inclus, et faites-moi savoir si Hunthorst a achevé son portrait.

Je suis arrive le 5 ditio à Utrecht la ou on m'attendoit avec grande dévotion. Et j*ay faict apprester la toile pour la pièce de Vostre Excellence, et je le prenderay entre les mains tout au premier : espérant d^ faire quelque chose singulière pour monstrer à Sa Majesté. Eln laquelle bonne grâce je présente mes très-humbles recommandations, espérant que je demureray a jamais Sa Majesté et mon Seigneur.

Votre très-humble Serviteur, Gerrit Van Honthorst.

A Utrecht, le 29 de Decembi*e 1628.

(Adressée.)

A Son Excellence Mon Seigneur Mon Seigneur Garlelon Viconte résidant à Londres.

Hontharst au vicomte Dorchester.

RiGHT HOK*'*' AND HY VERY GOOD LoRD.

1 am very sôry to understand by my brothers lettres that the pièce off picture which I hâve sent you is to bigg, it seems that a fiiut hath bin committed in the measure, for me, I hâve foUowed the measure , that hath bin sent me , att the other side I am glad to understand that his Ha*^ liketh well of the picture I hâve sent him by my brother, that I shall, live rewarded for my great labour and charges , for which I beseech y' Lord** iavour and assistance that he may hâve a quicke dispatch, that so he might returne, for he is there to my great charge. Intreating that y' Lord' wiil hould me excused for my importunitie, for although I know that businesse off such nature att court cannot be dispatched so suddenly, yett trusting uppou your faveur that by your authoritie and favour by his Ma*^* you will be able to find a meanes that M' Builamachi passeth his bills of exchanges payable to me att such a tyme as the Lord Treasurer shall appoint to pay him the money there, although it be six or eight

monthes hence, that so I might be freed of soiiciting and importiining my friends there» for I shall be well content iff ilf Burlamachi doe bat blease to appoint me a day off payment att Amsterdam, that so my brother might returae home and avoid father charges, and iff his Ma^ be pleased to comand me hère or there any service, I shall be ready to obey his commands , and with my humble dutie remembered 1 cease and re",

Your Lord*" most humble servant, Gerrit Van Honthorst.

Utrecht, 22 Hay 1630.

TVaduction.

Très-homorable et très-bon Seigneur, Je suis fâché d'apprendre par la lettre de mon frère, que le tableau que je vous ai envoyé est trop grand; il faut qu'une erreur ait été commise dans le mesurage , car pour moi , je me suis entièrement conformé aux instructions qu'on m'avait données ; d'un antre côté, la nouvelle que Sa Majesté est satisfaite du tableau que je lui ai envoyé par mon frère, et sa promesse de me récompenser de mes services, m'ont fait le plus grand plaisir; j'implore en outre. Monseigneur, votre assistance et votre faveur pour hâter la conclusion de notre marché, afin que mon frère, dont le séjour dans vos contrées est pour moi une grande charge, puisse revenir ici. J'espère, Monseigneur, que vous voudrez bien excuser mes sollicitations, car bien que je sache que les afiaires de la cour ne se terminent pas avec tant de promptitude, cependant je compte sur votre bienveillance et sur votre crédit près de Sa Majesté. Celui-ci vous fournira les moyens d'obtenir que M. Burlamachi me passe ses lettres de change, aussitôt que le lord trésorier lui aura remis la somme convenue, fut-ce dans six on huit mois. De telle foçon , je n'aurai pas besoin d'impoi-tuner mes amis d'otttre-mer, et je serais bien charmé, si M. Burlamachi voulait me désigner un jour pour le payement à Amsterdam; de cette manière.

moD frère pourrait retoamer chez lui sans nouvelles dépenses. SU plaît

à Sa Majesté d'exiger de moi Tan ou Taatre sei*vice, je suis prêt à me

conformer à ses ordres; je termine, Monseigneur, en vous rendant mes

respects, restant toujours. Votre très-humble serviteur,

Gerrit Vam Honthorst.

Utrecht, 22 mai 1630.

A Monsieur Mons^ le vicomte de Dorchecler premier secrétaire et conseiller d'État de S. M. de la Grande-Bretagne, en court.

La lettre suivante de Honthorst eêt fans adresse ; mais on la suppose écrite

à M. Edouard Nicholas, secrétaire du conseil.

Hoif"- Sir, I doe yet remember the courtesie and honnor I receaved att your bands att my being in England, I should be verry ingratefull iflT I shouid not always be ready to acknowledge the same, yet presuming further upon your courtesie than I ever hâve given you occasion to expect from me I make bould to adresse my self unto you upon the confidence I hâve of your good inclination towards a frend and stranger, my humble shute is that you would be pleased to aide and assist the bearer hereof my brother (whom I hâve sent with the great picter to his Ma^) that he may hâve a short expédition for that w*^ his Ma^ shall be pleased to gratifie me withall, and by the v^ay you may please to take into y' considération the long tyme and extraordinarie charges I hâve had in the making off this peece, for I hâve attended manny voyages att the Haghe for to take the pictures off the king, queen and princes and now againe att the charge of sending my brother there, vrhich is likewise noe small charge to me which I beseech you in occasion that may présent to take into considération, and recomend it when you shall see it fitting, for my part I will not shew my self ingratefull for y' courtesie but acknowledge y' kindnesse with a

night peece off pictuœ as you shall see in dew tyme. Wherewith ending» intreat you to remember my most humble dutye to his H*** if occasion doth serve, and to you my service.

I remayne alwayes your most humble servant, Utrecht» ââ mai 1630. Gerrit Van Honthorst.

Traduction,

Très-Honorable ,

Je n'ai pas encore perdu le souvenir des honnêtetés et des faveurs que j*ai reçues de vous, lors de mon séjour en Angleterre, et je serais bien ingrat si je n'étais toujours prêt à les reconnaître. Encore « comptant plus sur votre bienveillance que je ne vous ai jamais donné lieja d'en attendre de moi, et connaissant votre bonté naturelle envers un ami ou un étranger, j'ose de nouveau m'adresser à vous, et vous prier humblement de procurer aide et assistance, au porteur de la présente, mon frère (que j'ai envoyé avec le grand tableau pour Sa Majesté), afin que cette affaire soit promptement terminée. J'espère aussi recevoir le plus tôt possible, ce que Sa Majesté voudra me donner pour récompense ; vous voudrez bien prendre en considération le temps et les sommes extraordinaires que m'a coûtés ce tableau ; en effet , j'ai dû me rendre plusieurs fois à La Haye pour prendre les ressemblances du roi, de la reine et des princes, et maintenant encore, envoyer mon frère en Angleterre, ce qui pour moi, est une grande charge. Toutes ces peines que j'ai prises, et qui pour moi ne sont pas de peu d'importance, je vous supplie de les faire valoir en temps et lieu; de mon côté je ne me montrerai pas ingrat pour vos bontés, mais vous témoignerai ma reconnaissance par un joli tableau, que vous verrez, lorsqu'il en sera temps. Je termine en vous priant de présenter, à l'occasion, mes très-humbles respects à Sa Majesté, et reste toujours,

Votre très-dévoué serviteur,

lltrecht,22 mai 1630. Gerrit Van Honthorst.

Gerrii Van Honthorst au vicomte de Dorchester,

MoLTO III* et Ex"* Sig".

Per mano del Cugino di V. Ex\ mi ebea capîtata la gratiss*^. sua, et con allegressa ho inteso la nuova sposolitia dî V*. Ex*, pregando N. S. Iddio che vi concedi una luDga et felice vita însieme con la vestra sposa. Conforme lordine el cagino di V. Ex*, ho comesso qua a far li quadri elli piu pretiosi pittori di questa nra citta ellî quali saranno fiaitto dua di mia mana. Ho preso il subjetto d'Ulisse li quali sopradetti quadri ho patuitto adugento fiorini luno, essendo pretio ragionevole havendo fatto la mina o vero datta loro dintendere che hanno servire per mio gusto altramente quando lora harebbino la puto che la commissione fusse venuto Fordine di Y. Ex*, non harebbino fatto manco di 5 in trecento cinquanta fiorini lappeiza. V*. Ex*, mi confidi che io non manchero diligenza che V*. Ex*, sara servito, che n'havera gran gusto e contento. In tanto supplico V*. Ex*, si degni a rinfreseare la memoria al Gran Tesauriere per conto el mio tratamento accio ch'io posso godere quel frutto. Con mro Cip scrisse ald® Sig~ Tesauriere supplicandola si contentasse a farmi pagare d* trattam^ che intalcaso non mi trovarebbe ingrato a congratificarlo con la mia arte sperando che fara alcano frutto. Et facendo fine baccio li mani, pregando N. S. Iddio che la félicite. DTtrecht adi 6ti Settenbri 4630.

Di Vra Ex*, humilisse Servitore, Gerrit Van Houthorst.

(Adressée:)

A Monseigneur, Monseigneur le vicomte Dorcbester, premier secrétaire et conseiller de Sa M** de la Grande Britagne , en court.

TVaiuction.

Très-noble et très-ollustre Seigneur , Je viens de recevoir la bienveillante lettre de Votre Excellence, par r intermédiaire de son cousin, et c'est avec le plus grand plaisir que

f ai reçu la nouvelle du mariage récent de V. E. , aussi je prie le Seigneur de lui accorder, ainsi qu'à son épouse ^, une vie longue et fortunée. Conformément aux instructions du cousin de V. E., j*ai chargé les peintres les plus distingués de notre ville, d'exécuter ces tableaux, dont deux seront de ma propre main. Les sujets que j'ai choisis sont tirés de la vie d'Ulysse. Les tableaux susdits, je me suis arrangé de manière à les avoir pour deux cents florins chacun ; c'est là un prix raisonnable 9 car j'ai fait entendre à mes artistes qu'ils avaient à travailler pour moi. Sans cela , s'ils avaient su que c'était pour Votre Excellence, ils n'auraient pas manqué de lui charger de trois à trois cent cinquante florins pour chacun de ces tableaux. V. E. peut être assurée que je ne manquerai pas de diligence, et qu'elle sera servie de manière à être pleinement satisfaite. Je prierai cependant V. E., qu'elle daigne rappeler à la mémoire du grand Trésorier, la somme qui m'est due , afin que je puisse du moins en tirer quelque avantage. Tai par l'entremise de M. Cip *, fait savoir au Trésorier , que s'il répondait à ma demande, il me trouverait prêt à lui prouver ma reconnaissance par quelque produit de mon pinceau ; j'espère donc que cette affaire aura un heureux résultat. Pour finir, je baise la main de Y. E., priant Dieu pour son bonheur. — Utrecht, le 6 septembre 4630.

De Votre Excellence le très-humble serviteur,

Gbrrit Van Honthorst.

* Sa seconde femme, qui était veave du vicomte Bayniog , et fille de Sir Henri Glenbam.

* Ce personnage pourrait bien être l'artiste, dont nous trouvons à Hampton-Court, quatre tableaux cités en ces termes , dans Mad. Jameson, à la page 333 de son intéressant Manttel des galeiAe» publiques, publié en 1842 : a Ces toiles ainsi que deux autres, qui décorent la salle à Manger, portent le nom de Gippa , et sur le cadre, celui de G. F. Cepper ; aucun peintre de ce nom n*est connu. Dans les anciens catalogues , on regarde ces tableaux comme Tœuvre de sujets hollandais. M. Seguier dit que leur genre est celui de l'école napolitaine. »

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