MARS
Par ordre daté du 23 mars 1629.
M.EndymionPor- f A Endymion Porter, un des gentilshoninies ter, pour un tableau i de la chambre du roi, la somme de 78 livres, à lui acheté ^. \ pour un tableau représentant Armide et Rey-
naud, acheté par lui à monsieur Van Dick d'Anvers, et délivré à Sa Majesté, sans autre quittance qu une lettre sous sceau privé, 20 mars \ 1629.
Dans ses recherches aux archives de la reine, Tauteur a découvert la lettre autographe suivante, écrite par Van Dyck en espagnol. Elle ne porte point d'adresse , mais la date , la somme payée pour le tableau, et cette circonstance, que la lettre a été trouvée dans un paquet de papiers, portant Tétiquette : « Papiers de M. Endymion Porter i prouve en quelque sorte qu'elle était écrite par le peintre à ce gentilhomme, et qu elle avait rapport au tableau dont nous parlons. En voici la traduction : ^ c Monsieur,
> Le tableau que vous m'avez commandé pour Sa Majesté est achevé, et selon votre désir, je Tai remis entre les mains de
* Antoine Wood dit d^Ëndymion Porter. « Cétait un grand homme, aimé par deux rois, par Jacques I*** pour son esprit vif et pénétrant, par Charles I" (qu*il servit comme il a servi sou père), pour son érudition, sa manière de s'exprimer, sa douceur, sa haute expérience, ses voyages et son habileté à parler diverses langues. U accompagna Charles encore prince de Galles en Espagne, et fut ensuite nommé un des gentilshommes de la chambre; il était colonel du 7°*« régiment d'infanterie, et si ouvertement opposé au parlement , que jamais il ne reçut la moindre indemnité. Walpole le cite comme le favori de Marguerite Lemon, maîtresse de Van Dyck. Celui-ci fit pour lui un portrait de famille, contenant sa femme et ses enfants, que Ton trouve indiqué dans le catalogue imprimé de la collection de sir Peter Lely ; il fut vendu au duc de Buckingham , et appartient maintenant k un des descendants de M. Porter, le vicomte Strangford. » — Le tableau de Reynaud et Armide, est cité dans Vinventaire comme «r un épisode tiré de I* Arioste , par Van Dyck , vendu le 27 octobre 4649 , pour ^ livres sterling. »
* « Mi Senor,
« La pintnra que V. S. mi la ordenado por Su Mag^yolahechoy porsu orden 1 entrégado
M. Pery, c'est pourquoi je vous prie, quà Farrivée du dit tableau, vous veuillez avoir la bonté d'en prendre soin, et d'y ajouter ce qui pourrait y manquer.
» Le dit M. Pery m'a payé 500 patacons, qui font 72 livres sterlings. Je termine ici ma lettre, me réservant le plaisir de vous rendre service, à la première occasion.
» Tout en vous priant de m'apprendre le plus tôt possible la réception de la présente, ainsi que celle du tableau, je prie le Seigneur qu'il vous protège pendant de longues et nombreuses années. C'est là mon sincère désir.
» Anvers, ce 5 décembre 1629.
» En vous baisant les mains, je reste > Votre très-humble et très-affectionné serviteur,
» Antoine Van Dyck. »
Le lecteur verra, en s'en rapportant au catalogue imprimé de la collection de Charles T^ ^ , que beaucoup des tableaux qui y sont indiqués , furent offerts à Sa Majesté par des hommes de sa cour, qui , connaissant l'extrême amour du prince pour les productions de l'art, étaient assurées d'avance, que leurs offres seraient reçues avec empressement. Les pièces qui composent le n"" II de Tappendice , consistent dans une correspondance relative à un présent fait
in manos proprios del Senor Pery. Assi suplico llegando la dicha pintura sea servida proteguerla y cobrir lo que pue de faltar en ella.
» Dicho Pery me ne ha pagado 300 patacongs que bazen 72 libras sterlines. Y Con este hagbo fin quedando oblîgado de servirla un todas occasiones que soffresderen en su servicio.
» Supplicandola se sirva avisarme con el prîmiero del recivo desta y de la dicba ^in> tura. No digo mas si no que ruego a N<^ Senor que guarde a V. S. largos y mucbos anos come yo desseo. De Amberes a 5 de deziémbre 1629.
» De V. s. aquien yo beso las manos B Umiide y muy afi'ecionado Creado » Antonio Van Dtck. »
* Un volume in-quarto imprimé par les soins de Vertue d*après un manuscrit du Musée d^Ashmol, à Oxford, en 1757.
au roi d'un tableau de Van Dyck, envoyé par sir Balthazar Gerbier, ministre de Charles I^' près de T infante Isabelle, à Bruxelles, au lord-trésorier Weston ^ L'intention de Van Dyck de visiter l'Angleterre, est manifestée dans ces lettres; mais Tauteur n'a réussi à découvrir aucun document constatant d'une manière précise que ce fut sur l'invitation du roi qu'il se rendit dans le pays.
Ce n'est que vers cette époque que l'ancien protecteur de Van Dyck, lord Ârundel, gagna une influence marquante à la cour de Charles P^ 11 avait encouru la colère de son souverain, peu de temps après son avènement au trône , à cause du mariage de son fils aine, lord Maltravers, avec lady Elisabeth Stuart, fille d'Esme, duc de Lenox. Cette alliance détruisait l'union projetée par la famille royale entre cette dame et lord Lorne, fils du comte d'Argyle, et il est presque certain que la haine du favori envers ÂrundeU eut une grande part à la froideur et à la sévérité que montra le roi à l'égard d'un seigneur, dont les goûts et les intentions étaient d'ailleurs tout-à-fait propres à gagner l'amitié et la confiance du monarque.
La mort du duc, qui eut lieu en août 1628, écarta le seul obstacle qui s'opposât à l'avancement de lord Ârundel, et il parvint bientôt dans la cour de Charles , à la dignité à laquelle son rang et ses talents avaient droit de prétendre.
Van Dyck arriva en Angleterre , vers la fin de mars ou au commencement d'avril 1632, et reçut à Londres un accueil des plus flatteurs de la part du roi. Il fut tout d'abord logé dans
* Parmi les diverses notes quisetrouvcnl verslaQn de ce volume, on trouvera rindication d*uo contrai diaprés lequel ce gentilhomme employa le sculpteur Le Sueur pour rexécution d'une grande statue équestre en bronze, de Charles l^'. Il existe un beau portrait (demi-longueur) par Van Dyck, de lord Weston (créé ensuite comte d'Ârundel), dans la collection du comte de Verulam à Gorhambury.
la maison d'Edouard Norgate S protégé du comte d'Arundel, et ses dépenses furent portées en compte à la couronne , ce que con- State un acte sous seing privé ^ , daté du 21 mai 1632.
La sollicitude du roi , pour lui trouver une résidence convenable , est prouvée par une pièce qui se trouve aux archives de TËtat, et qui est écrite par sir François Windebanke; elle est intitulée : € Choses à faire. • L'une d'elles est c Parler à Inigo Jones (Tune maison pour Van Dike ». Des appartements lui furent bientôt assignés à Blackfriars ^ , ainsi qu'une résidence d'été à Eltham *.
Deux hommes de grand talent, étaient à cette époque employés par la cour d'Angleterre, comme peintres de portraits : c'étaient Cornélius Jansen et Daniel Mytens ; ce dernier recevait en sa qualité de dessinateur des tableaux de Sa Majesté , 20 livres sterlings d'appointements par an. Le goût délicat de Charles, lui
* Norgate fut envoyé en Italie pour faire des achats de tableaux et de statues pour le comte d'Arundel, qui peu après lui donna l'emploi de héraut de Windsor. Il fut aussi un des employés du Signet. Il y a dans les archives de la reine des lettres écrites par lui» desquelles il résulte qu'il était par alliance , le proche parent de sir Balthazar Gerbier. Dans Tune déciles datée d*York, 5 avril 1639, il écrit : a Je tous en prie, faites-moi le plaisir de faire parvenir ce billet à ma femme. Il contient une lettre de change , pour mon frère Gerbier, signé par M. Secre. Coke, et échu le mois dernier. » Walpole donne des détails intéressants sur Norgate , et parle de lui avec respect , comme d'un habile dessinateur.
* Voyez Appendice V.
' La couronne doit avoir possédé à cette époque des propriétés à Blackfriars; car le comte de Tillier, ambassadeur de France, à la On du règne de Jacques 1<% y fut logé; et Walpole avance que Cornélius Jansen y habita également.
* Felibien daos son Entretien sur les Fies et les ouvrages des Peintres, cite Van Dyck comme résidant à Eltham , et, Walpole dit aussi : a En été il vivait à Eltham dans le comté de Kent; dans une ancienne maison de Tendroit, Vertue a remarqué plusieurs esquisses d'histoires tirées d'Ovide , en deux couleurs, qui lui sont attribuées. (Anecdotes ofPainting, vol. H , p. 116). Mais n'est-il point probable qu'il ait eu une suite d'appartements dans ce qu'on appelait la maison du roi ou le palais d' Eltham : il fut vendu le 16 juillet 1648, en vertu d'un ordre de la république; on en parle en ces termes :Le capital mansion house, bâti en briques, pierre et bois, était appelée Eltham house et consistait en une Jolie chapelle , une grande salle , 36 chambres et offices , au rez de chaussée, et deux grandes caves; et en haut, du côté appelé le côté du roi, 17 chambres à loger, 12 du c6té de la reine et 9 du côté de la princesse, en tout 38. » (Hasted's Kent) A volumes in-folio, vol. 1, p. 52.
fit cependant aussitôt découvrir le talent supérieur de Van Dyck, auquel il accorda le titre de Principal peintre ordinaire de Leurs Majestés t ce qui afDigea tellement le pauvre Mytens qu'il demanda au roi la permission de se retirer à La Haye ; mais Charles , devinant ses motifs, lui répondit affectueusement, qu*il trouverait assez d'ouvrage pour occuper à la fois lui et Van Dyck. Mytens retourna cependant après un ou deux ans dans sa patrie.
Il faut rappeler ici qu'à ses talents comme peintre, Van Dyck ajoutait une éi^ance aristocratique dans sa personne , et une distinction dans ses manières , qui contribuèrent beaucoup à lui gagner la faveur du monarque, qui lui parait avoir immédiatement porté un vif intérêt. Il arrivait fréquemment à Charles, de quitter le palais de V^hitehall dans sa barque, pour aller surveiller les travaux du peintre; là le royal visiteur restait des heures entières, à contempler les progrès de quelque morceau favori, se plaisant à entendre les opinions d'un artiste si parfaitement à même de lui faire sentir les beautés de ces œuvres sublimes, avec lesquelles il s'était familiarisé pendant son séjour en Italie.
Trois mois après son arrivée, le roi lui conféra la dignité de chevalier S et, cet honneur fut rehaussé encore par le don d'une chaîne d'or, à laquelle était suspendu le portrait de son royal patron, encadré de brillants. Il avait peint dans ce court intervalle, le beau tableau qui occupe aujourd'hui l'appartement de Van Dyck au château de Windsor ; tableau qui consiste en un groupe en pied du roi, ayant à ses côtés le prince de Galles, et la reine
* L'acte est ainsi conçu dans une liste manuscrite des chevaliers, faite par Charles i", (Archives de la reine) :
Juillet 5. 1652. Sir Antoine Van Dike, principal peintre ordinaire de Leurs Majestés k St-James.
qui tient dans ses bras la princesse Marie. Il avait fait de plus un portrait en pied du roi , et un de moindre grandeur de la reine. *
Van Dyck parait avoir pris grand plaisir à reproduire sous son pinceau les belles formes de lady Yenetia Digby, femme de son ami et patron sir Kenelm : et quoiqu'elle mourut le l""' mai 1653, il existe d'elle quatre portraits différents, tous par notre artiste. L'un d'eux se distingue par l'originalité des allégories qui l'entourent; il est d'une rare beauté et d'un grand intérêt en ce qu'il nous donne une idée des talents de Van Dyck, avant le temps où il se laissa aller à la touche légère et imparfaite, qui caractérise les tableaux qu'il fit plus tard. Le portrait dont nous parlons se trouve maintenant dans la galerie royale de Windsor. Bellori donne la description suivante fort minitieuse de son contenu ; comme le narrateur ne résida jamais en Angleterre, et qu'il n'existe point de gravure du tableau , le récit venait probablement de sir Kenelm lui-même :
c II arriva au même seigneur , de faire exécuter le portrait de son épouse, sur une toile de grande dimension : elle est représentée comme la Prudence, couverte d'une longue robe blanche rehaussée par un voile de couleur et une ceinture de pierreries. Elle étend la main vers deux colombes blanches, et autour de son bras, s'enroule un serpent. A son char sont enchaînés le Mensonge à deux faces, la Colère au visage furieux, l'Envie couronnée de serpents, l'Amour profane, un bandeau sur les yeux, les ailes coupées, son arc brisé, ses flèches éparses et sa torche éteinte; on y voit encore d'autres figures nues, de grandeur naturelle. Au-dessus de la déesse, un groupe d'anges joignent leurs chants
2 Voir le registre du sceau privé, du 8 août 1632. Appendice VI.
mélodieux au son des instruments, et trois d'entre eux placent sur le front de la Prudence, un diadème en signe de victoire et de triomphe sur les vices, ainsi qu une banderole portant ce mot de Juvénal : ^
9 Nullam numen abest si sit prudentia. »
Il ajoute que Van Dyck fut si satisfait lui-même de sa composition qu'il en fit une copie en petite dimension ^. Lady Yenetia mourut subitement, à peine dans sa trente-troisième année. Yan Dyck fit son portrait, bienqu elle fût déjà étendue morte sur son lit; à côté d'elle se trouve une rose fanée. L'expression de sa figure est sublime, et semblable à celle d'une personne plongée dans un sommeil paisible. ^
Il parait d'après les paiements indiqués sur les registres de la trésorerie, que pendant les deux premières années du séjour de Yan Dyck en Angleterre, le roi fit de ses talents un emploi presque continu , et comme une preuve de sa haute considération pour le génie du peintre, il lui assura le 17 octobre 1655, une pension annuelle de 200 livres *. Là munificence du souverain, et de là le patronage de la noblesse , le mirent bientôt en état de se
* « Venue in pensiere al medesimo cavalière di fiir dipingere sopra una gran tela la Signora sua Consorta in forma deila Prudenza sedente in candide veste con un vélo di colori e balteo di gemme. Stende ella la mano à due oandide colombe, e Taltro bracoio è awolto dal serpente. Tiene sotto i piedi un cubo, al quale sono legate in forma di schiavi la Fraude con due faccie, Tira in aspetto furioso, Tfnvidia magra, e crinita di serpentl, TAmor profano bendato, tarpate TaJi, rotto l'arco, sparsi gli strali, spenta la face, con altre figure ignude al naturale. Sopra una gloria di Angeli con suoni , e canti , te&endo trè di ioro la palma, e la gbirlanda sopra la testa délia Prudenza in contrasegno di vittoria , el di trionfo de vittii , el motto , è cavato da Giovenale :
c( Nullum numen abest si sit prudeBtia. j»
< Smitb dans son Catalogne raisonné des OEuvres de Fan Dyck , dit que ce petit tableau appartient à la famille de sir Eliab Harvey.
3 Ce tableau est à AJtborp, château do comte Spencer, et il y en a encore un autre dans la galerie de Dulwicb collège.
* Voir TAppendice , n» 111.
laisser aller au luxe et aux dépenses pour lesquelles il avait tou* jours eu un malheureux penchant. Accoutumé de bonne heure à voir le faste qui régnait dans la maison de Rubens , ayant habité , pendant son séjour en Italie, les palais de ses protecteurs, il lui en était resté un goût très-prononcé pour toutes les aises, tous les raffinements de la vie. Déjà, à Rome il avait adopté un costume et un équipage si éclatant, qu'il n'était désigné que sous le nom de : c II pittore oavalieresco. > Et maintenant que la fortune lui avait procuré une si grande opulence , il déployait le luxe le plus extravagant, jusqu'à se montrer le rival des hommes les plus haut placés , non-seulement dans sa toilette et sa suite , mais encore dans tous les détails de son intérieur ^. Il donnait des fêtes splendides destinées à distraire ceux qui avaient posé pour leur portrait, les retenant à diner pour mieux pouvoir étudier l'expression de leur figure, et retoucher le portrait dans une seconde séance après le le repas.
Il montrait une grande générosité envers tous les hommes de talent et de génie, surtout ceux qui professaient la musique, qu'il aimait avec passion ; et de ce que le roi lui faisait de fréquentes visites , sa maison devint le rendez-vous des seigneurs de la cour et de tous ceux qui en recherchaient le patronage. On y trouvait ainsi réunis tout ce que la fortune et l'art comptaient de plus distingué , et une visite à l'atelier de Van Dyck était regardée comme indispensable dans la journée d'un élégant de ce temps. Très-enclin à la galanterie, il était prodigue envers ses maîtresses; une d'entre elles, Marguerite Lemon, parait avoir été une femme de grande
* Dans les archives, il existe un relevé de tous les élrangers résidant à Londres en 1634; et parmi ceux demeurant dans Blackfriars nous trouvons : '< Hollandais : sir Antoine Van Dyck, peintre, 2 ans, 6 domestiques. »
distinction , Van Dyck fit d'elle un portrait dont il existe des gravures par Hollar, Gaywood, Lommelin et Morin.
Un jour que le roi posait pour son portrait, le comte d*Arundel , alors grand-intendant du palais, venant à lui parler par hasard de finances, Charles s'adressa à Van Dyck : c Et vous, seigneur chevalier, dit-il , saves-vous ce que c'est que d'avoir besoin de trois ou quatre mille livres? > — c Oui sire » répliqua le peintre; € celui qui tient maison ouverte pour ses amis , et sa bourse pour ses maîtresses , trouve bientôt un vide (vacuum) dans ses cofifres. >
On peut aisément s'imaginer que quelque grande que pût être la générosité dont il était l'objet, que quelque fût la libéralité avec laquelle on payait ses œuvres, il lui fallait pour suffire à des dépenses aussi énormes , se livrer sans cesse au travail ; et ce genre d'occupation sédentaire , joint à ses habitudes de mollesse , af&iblit entièrement sa constitution qui n'avait jamais été trop forte. Quelques-uns de ses biographes prétendent que dans le but de relever sa fortune déjà réduite, il s'adonna follement à la recherche chimique de la pierre philosophale , détruisit ainsi de plus en plus sa santé, et diminua encore ses ressources. Madou constate^ que Jean Lievens ^, dans son voyage en Angleterre , visita Van Dyck , et le trouva courbé sur son creuset, faible et décharné.
Le roi et les amis du peintre , virent avec chagrin la route dangereuse qu'il suivait, et crurent qu'on pourrait l'en détourner en lui faisant contracter une alliance avec quelque dame qui put dominer son cœur, et dont l'influence le menât à l'adoption d'un genre de
* Scènei de la vie dei Peintres de l'école Flamande et Hollandaise, folio, Bruxelles, 1S41. Ariiele Van Dyck. (Cet article est de M. Ad. Decbamps.)
* Descamps, vol. II, p. 147, dans sa f^ie de Jean Lievens , dit que celui-ci vint en Angleterre en i&50 et y resta pendant trois ans; de sorte que cette visite devrait avoir été faite irès-pen de temps après Tarrivée de Van Dyck en Angleterre , ce qui détruit un peu la probalité de l'assertion.
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vie plus tranquille et plus modéré. Cest dans ce but qu'ils négocièrent un mariage entre lui et Marie Ruthven , jeune personne des plus accomplies , qui avait été élevée à la cour de la reine Henriette et avait un emploi dans sa maison. Elle était fille de Patrik Ruthven, médecin distingué et cinquième fils de Guillaume lord Ruthven , et comte de Gowrie ^. Le docteur Ruthven avait subi un long emprisonnement à la Tour sous le règne précédent ^, à cause de sa complicité supposée dans la conspiration de Gowrie. Sa fille ne devait avoir pour douaire, que ce que la libéralité de Charles I" voudrait lui accorder; mais elle était alliée à de grandes familles, ayant pour tantes la duchesse de Montrose , la duchesse de Lenox et la comtesse d'Àthol.
Les affections de Van Dyck paraissent s'être dirigées sur lady Stanhope ^, comme nous Tapprend une lettre adressée au lord député Wentworth par lord Conway, datée de Sion, 22 janvier 1656 ^ : < On croyait que lord Cottington aurait épousé lady Stanhope ; je pense qu'il en avait quelque intention , mais la noble dame est à ce qu'on dit , amoureuse de Carey Raleigh. Vous avez eu des relations si fréquentes avec Yan Dyck, que vous avez dû remarquer ses démarches pour obtenir l'affection de cette dame ; mais il a fini par une coglioneria (qui n'a pas eu de suite), car il a disputé avec
* DougUu '« Scottish Peerage, vol. i , p. 662.
* « 24 mai i6i4. Une lettre au lieutenant de la Tour, le priant de conduire Patrick Ruthven , prisonnier à la Tour, près de lady Barbara, sa sœur, dangereusement malade; il ne parlera plus ensuite dans sa compagnie , et aussitôt qu*il insistera sur ce qu*on n'écoute pas ce qui passe entre eux, on le reconduira à la Tour. »
(Extrait du registre du conseil privé), s Catherine, fille de lord Thomas W^etton, veuve de lord Henry Stanhope, qui mourut avant son père, le comte de Ghesterfleld; elle était gouvernante de la princesse Marie, fille de Charles 1*% et épousa plus tard Poliander Kirkoven lord de Helmflesl en Hollande, à la mort duquel elle devint la femme du colonel 0*NeaIe.
^ Lettres et missives de Thomas, comte de Strafford, 2 vol. folio, Londres 1739, vol. H , pp. 47 et 48.
elle sur le prix de son portrait, et lui a fait dire, que si elle ne voulait point payer la somme demandée , il enverrait le tableau à quelqu'un qui en donnât davantage ^. »
Il est étonnant que parmi la grande quantité de lettres pubiées , écrites pendant le séjour de Yan Dyck en Angleterre, il n'en est presque point qui renferment la moindre allusion à celui-ci , quoiqu'il ait dû être connu personnellement de la plupart de ceux qui les ont composées. De l'extrait précédent on pourrait conclure que lord Strafford était l'ami de Van Dyck, et celui-ci a exécuté en effet plus de portraits de ce gentilhomme que d'aucun autre personnage, si ce n'est de Charles P'. Ceux-ci sont regardés comme les plus beaux produits de son pinceau. L'un d'eux est mentionné dans une lettre adressée au comte par le révérend Garrard , datée de Sion, le 9 octobre 1657 : t Lord Northumberland *, et lord Conway offrent leurs humbles services à votre seigneurie. Je vais contempler tous les jours votre portrait peint par Van Dyck , qui est suspendu ici dans une de nos galeries. Mes yeux ne peuvent rendre à votre seigneurie d'autre service '. »
Le comte Philippe de Pembroke était à cette époque un des
< Lorsque le roi Charles partit secrètement de Wbitehall, il laissa au colonel Whalley une lettre contenant ses ordres : « Il y a ici trois tableaux qui ne sont pas les miens , et que je désire a^oir restaurés ; le portrait de ma femme , en satin bleu , assise sur une chaise, il faut l'envoyer à madame Kirk ; ma fille atnée, peinte par Belcam, à la comtesse d*Ang]esea ; et le portrait de mylady Stanhope , à Carey Raleigh, » N*est-il pas possible que le tableau cité , soit celui en question ?
* Algernon iO*"* comte, fut un des premiers et des plus généreux patrons de Van Dyck; la belle et grande collection de ses tableaux , qui ornent encore le château de Petworth , furent peints pour ce gentilhomme. Le patrimoine des Petworth et la plus grande partie des portraits de famille, passèrent de la noble famille des Percy aux Wyndham, après la mort de lady Elisabeth, unique fille et héritière de Josceline, il"*<> comtesse de Northumberland, qui avait épousé Charles Seymour, 6»* duc de Sommerset, sa fille Catherine, étant la femme de sir William Wyndham , créé ensuite comte d'Egremont.
' Lettres et missiveM du comte de Strafford, vol. H. p. 118. « I^e portrait ici cité e^it maintenant à Petworth , et est un des plus beaux ouvrages de Van Dyck. Il est de demilongueur. »
grands protecteurs de Van Dyck. C'est pour lui que notre artiste avait peint le plus grand et peut-être le plus important de ses tableaux exécutés en Angleterre. Il contient les portraits du comte , de la comtesse et de onze membres de leur famille ; chaque figure en particulier témoigne du goût et de T élance du maître, mais comme composition^ Tarrangement des groupes est assez défectueux. La froideur et la pompe qui régnent dans tout le tableau, nous fait supposer que les tableaux du peintre furent fortement influencés dans leur progrès par les suggestions du noble lord qui les avait commandés. Cette toile occupe une des extrémités du salon de Wilton, et il résulte du passage suivant extrait des manuscrits de Yertue, que l'intention de lord Pembroke était d'employer Yan Dyck pour un tableau correspondant, de même dimension, représentant la famille royale. < Il est dommage que Yan Dyck ne vécut pas assez longtemps pour exécuter une toile analogue, qui devait occuper à son achèvement le même appartement que celle du comte de Pembroke. Celui-ci avait obtenu du roi la permission de faire représenter sur un même tableau toute la famille royale d'Angleterre, dont chaque membre avait été auparavant, portraité séparément. »
Le grand succès de Yan Dyck dans sa carrière de peintre de portraits, et le genre de vie qu'il avait mené depuis son arrivée en Angleterre, avait contribué à lui ôter tout souci concernant sa réputation de peintre d'histoire. Les grands sujets qu'il traita sont en fort petit nombre, et la plupart sont des tableaux de chevalet, dont on trouvera les principaux indiqués dans l'extrait suivant de sa vie par Bellori ^
* Per lo medesimo egti dipinse Christo sconfitto dalla croce, cou Giaseppe e Nicodeino, che ruDgono avanti deporlo nel monumento; et vi è Madalena, et la Vergine chc vien
€ Pour ia même personne (il parle de sir Kenelm Digby), il pei^it encore le Christ descendu de la croix; Joseph et Micodème, se préparent à oindre le Sauveur avant de le déposer dans son tombeau ; à ses côtés se trouve la Madeleine et la Yiei^e qui s'évanouil à cette vue. Il lui fit encore d'autres tableaux religieux : St4ean-Baptiste dans le désert ; la Madelaine inspirée par les chants des anges : Judith tenant la têta d'Holopherne, (demi-longueur), le Sauveur rendant le dernier soupir, offert par sir Kenelm à la princesse de Guéméné à Paris. Il fit aussi le portrait d'une femme d'un teint sombre, portant les insignes de Pallas, couverte d'une armure, et une aigrette sur son casque. La tète est noble et pleine de vie. Pour le comte de Northumberland, il peignit le crucifiement; sur ce tableau cinq anges recueillent dans des coupes d'or le sang qui découle des blessures du Christ; au pied de la croix se trouvent la Vierge , St-Jean et la Madeleine. Pour le roi Charles , outre des portraits et autres tableaux, il représenta la danse des muses et d'ÂpoUon sur le mont Parnasse; Apollon écorchant Marsyas; des
meno. Gon questo altri quadri di de?olione, san Gio-Battista nel deserto, Madalena rapita in estasi airharmonia di gli Angeli, Giuditta oon la testa di Olofernein mezza Sgura, il crociGsso spirante dal medesimo cafliliere donato alla principessa di Guemenè in Parigi. Fecegli il ritratto di una donna bnina in habito de Pallada armata, conla piuma air eimo et è una testa vagbissima è viva. Per lo conte di Northumberland dipinse il crociflsso con cinque Angeli che en tazze d'oro raccolgono el sangue dalle piaghe e sotto la croce vi dispose la vergine. San Giovanni e Madalena , Per lo Re Carlo , oltre i retratti et altri quadri dipinse il balio délie Muse con Apolline in mezzo il Parnasso e i'altro Apolline, cbeos cortica Marsia, la Baccanali, un altro ballo di Amori cbe giuo cano, mentre Venere dorme con Adone. E perche fragli altri nobili ingegni de quella oorte vi si trovava Nicolô Lanieri Pittore , e musico lo relrasse en sembienza di Davide che suona Tarpa avanti Saule. Fece el retratto délia duchessa di Richement figliuola del duca di Buchingan e questo per la sua unica bellezza , fà restare in dnbbio ci più rneriti Tarte ô la natura, bavendola figurata in forma de Venere; e raccompagna Taltro ritratto del figiulo il duca di Hamilton tutto ignudo in habito de Amore faretrato e con Tarco Dipinse la contessa di Portland e la duchessa di Aubigny in habito di Niufe. Golori uno Dama in forma di Venere appresso uno Etiope, la quale si rimira nello specchio e ridendosi di quel negro, î^ paragone délia sua bianchezza. Per la Regina fece la Madonna col Bambino, e San Gulseppe rivolti ad un ballo di Angeli in terra mentre altri diloro suonano in aria con veduta di paese vagbissima.
Bacchantes, la danse des Amours se jouant entre eux, pendant le sommeil de Vénus et d'Adonis. Ayant remarqué parmi d'autres hommes éminents de la cour, Nicolas Lanière, peintre et musicien, il le figura dans la personne de David jouant de la harpe devant Saùl. Il fit aussi le portrait de la duchesse de Richmond , fille du duc de Buckingham , portrait tellement beau , qu'il faisait douter, à qui de Fart ou de la nature y avait la plus grande part de mérite; la duchesse y était représentée sous la forme de Vénus. Un autre tableau contenait le fils du duc de Hamilton, figuré tout nu avec les emblèmes de l'Amour, armé d'un arc et d'un carquois. Une autre des œuvres de Van Dyck, fut le portrait de la comtesse de Portland , et de la duchesse d'Aubigny dans le costume des nymphes. Il donna à une dame les attributs de Vénus ; elle est servie par un nègre; la déesse se regarde dans un miroir, et sourit à l'esclave, comme si elle comparait sa laideur à l'éclat de sa propre beauté. Pour la reine il exécuta une madone avec l'enfant Jésus , et Joseph , contemplant les jeux d'un groupe d'anges qui se trouve au dessous d'eux, tandis que d'autres remplissent les airs de leurs accents; le fond est un superbe paysage. »
Il est naturel qu'un homme qui , ainsi que Van Dyck , s'était montré le digne compétiteur de Rubens, ait conçu par moments le désir d'exercer librement son talent, et sur une échelle plus élevée qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. Il sentait que n'ayant encore produit aucune œuvre digne de son ambition, ou des espérances qu'il avait fait naître dans l'esprit de ses admirateurs , aucune dont la vue forçât la nation anglaise à lui accorder ce haut degré de gloire, auquel il a droit de prétendre, il lui fallait à la première occasion, établir pour jamais cette renommée sans laquelle son âme ardente ne pouvait être satisfaite.
L*effet admirable produit par les tableaux de Rubens alors encadrés dans la voûte de la salle des banquets à Whitehall » exigeait pour ainsi dire, qu'on ornât les murailles de décorations du même genre. Yan Dyck comprit que c'était là un vaste terrain pour déployer son génie, et il proposa au roi, par Fintermédiaire de son ami sir Kenelm, de composer pour ce salon une série de tableaux sur des sujets relatifs à Thistoire de Tordre de la Jarretière; c'était une noble pensée qui, mise à exécution, aurait permis la postérité de se former une juste opinion des talents du peintre, et du goût éclairé du monarque. Charles fut si satisfait de la proposition de notre artiste, qu'il lui fit aussitôt faire les esquisses , pour pouvoir les examiner. Les sujets qu'il indiqua , furent l'institution de l'ordre par Edouard III ; le cortège des chevaliers en grand costume ; ^ la cérémonie de l'installation , et la fête de St-Creorges. Bellori assure que l'intention du roi, était de les faire exécuter en tapisserie; mais le prix demandé par Yan Dyck pour ces cartons et ses tableaux était déjà si énorme , savoir, 300,000 scudi (75,000 livres), ^ que Charles hésita à s'engager dans
* n y a^ait une esquisse en grisaille de ce sujet par Van Dyck, dans la collection royale , lors de sa dispersion ; on le trouvera nommée dans un compte envoyé au roi. (Voir appendice IV). Dans Tinventaire des effets royaux, déjà cité (n<>4S98 du MS.Harleyen) on trouve : c Dans la galerie de St-James , n« 2. Une esquisse sur deux planches , de la procession des chevaliers de la Jarretière, par Van Dike 005.0.0, vendue à M. Wagstaffe, le 16 juillet 1650, pour 5 livres. » Elle devint ensuite la propriété de sir Peter Lely, selon le catalogue imprimé de sa collection de tableaux, page 5i , n^ 135, où Ton dit qu'elle avait fait partie du cabinet de Charles I*'. En 1782, elle appartenait au comte de Northington; fut alors gravée par Robert Cooper,(de même grandeur que la peinture). Elle est à Feau forte, ensuite peinte à l'aquarelle, et imprimée en couleur brunâtre pour imiter le dessin. A la mort de lord Northington , elle fut achetée à la vente de ses tableaux, par sir Joshua Reynolds, soixante-quatre livres. Elle occupe maintenant la galerie du duc de Rutland à Belvoir Castle.
* Graham dans son essai sur une école anglaise de peinture, dit : « Par Tinlermédiaire de son ami sir Kenelm Dugby, il proposa au roi de faire des cartons pour la salle de Banquet à Whitehall, dont le sujet serait Tinstitution de Tordre de la Jarretière, la procession des chevaliers en costume, et la cérémonie de Tinstallation , avec la fête de St-Georges; mais sa demande de 80,000 livres étant jugée exorbitante, etc. )> (Voyez article Van Dyck).
des dépenses aussi considérables. Il est possible qu'en calculant tous les frais , et en y comprenant le prix des tentures , on arrive à la somme immense citée plus haut, mais il n'est point croyable que Van Dyck ait estimé si haut ses propres œuvres, sachant trè&-bien que peu de temps auparavant, Rubens n'avait reçu que 5,000 livres pour avoir décoré le plafond de la même salle. D'ailleurs, on trouvera dans le quatrième paragraphe de l'appendice, les prix modérés pour lesquels Van Dyek faisait ses tableaux. Le compte qui les indique , et la date, (la fin de 1658) nous montrent évidemment que le peintre ne demanda point une somme si exorbitante pour les ouvrages en question.
L'acte que nous venons d'indiquer est un document des plus curieux en ce qu'il nous prouve, que les réductions opérées dans les prix demandés par Yan Dyck , sont de la main du roi lui-même. Les portraits du roi et de la reine , qui y sont cités comme offerts à lord Wharton , sont taxés à 50 livres chacun , mais réduits à 40 ; c'étaient des portraits en pied, qui furent vendus par la famille Warthon, à Robert, premier comte d'Orford, et dont la gravure est exposée dans la galerie de Houghton. Mytens, d'après un ordre daté du 18 mars 1655, reçut 105 livres pour deux portraits de Sa Majesté, (grandeur naturelle) , circonstance qui nous fait nous étonner plus encore de ce que Charles l" ait refusé le même prix à Yan Dyck. Il est plus que probable que le compte aura été soumis aux remarques de l'évêque Juxon qui , par l'influence de l'archevêque Laud, reçut la place de Lord Trésorier en 1655, emploi qu'il conserva jusqu'en 1641 ; et Antoine Wood nous dit c qu'il garda la bourse du roi , lorsque les besoins étaient les plus pressants , et les réclamations les plus vives. » Ce digne prélat en entrant dans l'exercice de ses fonctions, s'aperçut que la libéralité du souverain,
avait mis quelque désordre dans sa cassette, et qu il fallait effectuer un bien grand changement, avant de pouvoir payer les arriérés ; et ensuite, resserrer les dépenses dans des limites telles qu'on pût y subvenir au moyen des fonds dont on avait la disposition. Ce n*est que de cette manière qu'on peut s'expliquer la rigoureuse parcimonie (pour ne pas employer de terme plus fort) que Ton trouve dans le papier dont nous parlons. La preuve que Ton insista sur les dites réductions, se trouve dans un acte du registre du sceau privé, ordonnant le paiement S sous date du 14 décembre 1638. Si la cause que nous venons d'indiquer est réelle, c'est le même motif qui aura empêché le roi de permettre l'exécution du projet d'embellissements pour la salle des banquets, quoique ses intentions fussent bonnes ; mais l'approbation entière qu'il avait accordée aux dessins de Yan Dyck, le caractère purement national du sujet, excusent le peintre pour avoir trop espéré d'être employé à ce grand ouvrage , et avoir trop peu considéré l'énormité du prix qu'il demandait; aussi ressentit-il sans aucun doute, un vif chagrin, lorsqu'il vit les circonstances lui opposer un obstacle si diflScile à surmonter.
Sa position en ce moment doit avoir été triste et douloureuse ; il avait été forcé de se contenter de payements insuffisants, pour tous les tableaux qu'il avait peints dans les derniers temps pour la famille royale, et il ne lui restait que peu d'espoir d'être appelé à exercer son talent dans les décorations de Whitehall. Contrarié et mécontent, il fit avec sa femme, un voyage en Flandre vers le commencement de l'automne de 1640 *. Pendant son séjour dans ce
^ Voyez Appendice n« VI.
« Le passeport cité dans l*extrait suivant, fut selon toute probabilité , celui qu*il reçut en partant pour ce voyage; il est tiré d'une lettre manuscrite en possession de Jean Sheepshanks Esq. , adressée au comte d'Arundel par le comte de Hamilton , datée d'York
pays , il apprend rintention du roi de France , d*omer de tableaux la grande galerie du Louvre. Il se rend aussitôt à Paris dans Tespoir d'être employé à Tornement de ce palais, comme Tavait été son maître à celui du Luxembourg : mais Louis XIII avait déjà fait venir de Rome Nicolas Poussin , qui arriva à temps , et auquel par conséquent Touvrage fut confié. Les cabales que Vouët et d'autres de ses contemporains élevèrent contre lui, Tempéchèrent cependant de se conformer aux premiers ordres du monarque. Après être demeuré deux mois dans la capitale, Yan Dyck retourna en Angleterre.
Ce devait être une épreuve bien cruelle pour une âme aussi sensible que celle de Yan Dyck, que de voir ainsi deux fois tromper ses espérances; et l'impression qu'en recevait son esprit, ne manquait pas de produire de sérieux effets sur une constitution depuis longtemps réduite et débile. Et puis , cette prospérité dont il avait joui si longtemps, lui faisait sentir plus profondément encore ce coup de la fortune. L'orage qui menaçait la politique anglaise, grondait déjà à l'horizon , lors de son retour dans le pays, et n'était pas propre à tranquilliser ses esprits : c'était là au contraire un fait de nature à lui suggérer de tristes prévisions. Il ne fallait pas une grande connaissance de l'avenir pour présager la tempête dévastatrice qui devait étouffer et détruire dans son cours ce sentiment de l'art, qu'avaient créé et soutenu, le goût et l'enthousiasme du souverain. Elles ne se réalisèrent que trop tôt, ces sombres prédictions. En mars 1641 , Yan Dyck fut témoin de la
i3 septembre 1640. a Mon noble lord, votre seigneurie voudra bien soigner renvoi de ce passeport à sir Antoine Vandyke , et je prie votre seigneurie de m^excuser pour ne pas l*avoir envoyé plustôt. » Ce qui oonflrme encore cette opinion, c'est que Félibien assure que Van Dyck était à Paris lorsque Poussin y arriva , au mois de décembre de la même année.
dispersion de la famille royale S dont il connaissait si bien chaque membre, et dont il avait reçu de si constants témoignages d'affec-* tion. Deux mois après, son noble ami et patron, le comte de Strafford , ftit conduit à Téchafoud , victime d'une accusation inexcusable de la part du peuple*
Son esprit frappé de la rapidité avec laquelle s'étaient succédés tant de malheurs , était peu en état de surmonter ses souffrances physiques, et Ton voyait clairement qu'il succomberait bientôt. Le roi, à son retour d'Ecosse, accablé qu'il était de toutes sortes de maux, aussitôt qu'il apprit le triste état dans lequel se trouvait Van Dyck, conçut pour lui le plus vif intérêt, et offirit une gratification de 500 livres à son médecin, s'il parvenait à conserver les jours de son patient. Tous ces efforts furent cependant inutiles pour le sauver; le malheureux languit encore jusqu'au 9 décembre 1641 , époque de sa mort, qui le surprit dans sa résidence de Blackfriars. Il n'était âgé que de quarante-deux ans. Il fut enterré le 11 du mois. Son corps fut déposé dans le chœur de l'ancienne cathédrale de St-Paul, près du tombeau de Jean de Gand ^ (John of Gaunt).
* a Et ce qu'on avait craint , arriva ; toutes choses, par Tinfluence du parti dominant dans le Parlement , s*avançant de jour en Jour plus et plus dans ce chemin : de teUe sorte qu en mars suivant , le roi lui-même , la reine et la famille royale , forcés par les révolta, contraints de chercher la sûreté dans d'autres endroits, c*est-à-dire, le roi , le prince et le duc d'York obligés de se rendre dans la cité d'York, 19 mars i64i,et la reine vers ses propres parents en France ; — fie , mémoire* et eorrespondcmces de sir ff^illiam Dugdale9 chevalier : édition de Guillaume Hamper. P. S. A. A'» Londres. iSâ7, p. 14.
* « Le 9 décembre 1641 , sir Antoine Van Dyck mourut à sa résidence de Blackfriars, fut enterré le il du même mois à Saint-Paul, près du tombeau de Jean de Gand, ce qu'on comprendra mieux en regardant le plan de l'église par Ashmole. D'après un petit manuscrit de Nicaise Roussel , joallier du roi Jacques et de Charles !«' , qui demeurait à Blackfriars et assista à l'enterrement de Van Dyck. x
La note ci-dessus est extraite d'une masse de mémoires originaux faits par Verluc l>our les Anecdote» tur la Peinture en Angleterre, Ils furent achetés à Strawherry hill, par M. Pickering de Piccadilly, qui fut assez obligeant pour procurer à l'auteur toutes les pièces qui avaient rapport à Van Dyck.