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COMMUNIQUÉS PAR M. BOURQUELOT

Les deux grands scarabées égyptiens dont notre confrère, M. Bourquelot, a communiqué, à la Société, des plâtres obtenus avec une grande perfection par les procédés du moulage à la gélatine*, sont du nombre de ceux qu'on appelle avec raison scarabées funéraires. Le beau style et les noms qu'on y lit peuvent les faire remonter jusqu'au temps de la XVIIP dynastie, c'est-à-dire à plus de trois mille ans d'antiquité.

On trouve ordinairement les scarabées de ce genre sur la poitrine des momies, et le Rituel funéraire contient, aux chapitres xxx et lxiv, la formule qu'ils portent le plus souvent gravée sous leur base. Cette formule qui constitue, avec de légères variantes, la partie la plus importante du premier de ces deux chapitres, n'est qu'annexée au second ; mais, dans l'un comme dans l'autre, elle est accompagnée d'une rubrique ou annotation spéciale. Ainsi le chapitre xxx,

1. Lu à la Société des Antiquaires de France le 10 juin 1857; publié dans le Bulletin de la Société, 1858, p. 112-118.

2. Les originaux appartiennent à M. Naudot, médecin, à Boulogne, près Paris. Us sont en serpentine verte.

temps! — {Consacré) à la personne de VOsiris (ou du défunt) Nebtjefou,

Le nom du défunt ^^^=^'^°^» neb-t'f-u, se lit dans sa forme pleine ^^^37^^ ^=' ^^ ^ '^ première ligne, où il est précédé d'un titre sacerdotal ^ "1, k'r-ty ntr, dont je ne connais pas exactement la valeur; il est suivi de Texpression t't-f, il dit, parce que le défunt est censé réciter luimême la formule qui est gravée au-dessous, et dont nous venons de rapporter la fin. Le même nom se retrouve sur la stèle n* 76 de la collection Anastasi, qui vient d'être acquise par le musée du Louvre.

Les rapports qui existaient dans les croyances égyptiennes entre le cœur et le scarabée ne sont pas très faciles à saisir. Cependant, la fin de la formule que nous venons de traduire semble nous les indiquer; Horapollon nous apprend que le scarabée était regardé comme le symbole de la génération masculine ^ ou du principe de V existence, et le défunt dit à son cœur : « C'est toi qui es l'existence dans mon sein, et » c'est Chnouphis qui donne la vie saine à mes membres. » On voit par là que le cœur était considéré comme le principe de V existence de l'homme ' ; c'était aussi celui de sa régénération, ou de la résurrection du mort; or, ce principe d'e^/s- /€/2ce et de régénération était symbolisé, comme nous l'avons dit, par le scarabée. En d'autres termes, je pense d'une part, que suivant les idées psychologiques des Égyptiens, le cœur conservait, après la mort, le germe ou le principe de l'existence, et que c'était lui qui devait régénérer l'homme et le ramener à la vie lors de la résurrection ; d'autre part, que le

1. Hori Apollinis Hieroglyphica, lib. I, cap. x. C'est parce qu'on ne lui connaissait pas de femelle, et qu'il était censé engendrer de lui-môme.

2. M. Mariette m'apprend que les Arabes ont encore aujourd'hui une croyance analogue : ils disent que la cie sort des reins.

scarabée, symbole de ce même principe d'existence, a été étroitement rapproché du cœur, qui, comme nous venons de le dire, renfermait essentiellement le germe de la vie. C'est en vertu de ce rapprochement intime qu'on trouve des scarabées funéraires dont la base a la forme du cœur O, et môme quelquefois ce que l'on pourrait appeler des cœurs funéraires, où l'image du scarabée a moins d'importance et disparaît même entièrement. Cette liaison d'idées explique aussi la présence des mots |l^T\ 0j|-<œ>-, s-ht' uas-ar, illumination de VOsiris (ou du défunt), à la place du titre ordinaire du chapitre xxx du Rituel, chapitre qui est écrit tout au long et précédé de ces mots, au-dessus de la balance du jugement, dans le manuscrit funéraire de Nebset, au musée du Louvre; car, comme je l'ai déjà signalé. Suidas, en rapportant la mort d'Héraîscus, nous apprend que cette illumination du défunt ou des vêtements symboliques dont il était couvert, était le signe de l'arrivée de son âme (ou de sa génération) dans l'autre monde et de son association avec les dieux ' : c'est pour cela aussi que la même formule, illumination de VOsiris (ou du défunt) un tel, commence la légende de presque toutes les figurines funéraires, qui étaient déposées dans les tombeaux en signe du souhait de régénération que Ton faisait pour le mort, lequel devait ensuite, d'après les mêmes légendes et le chapitre ex du Rituel funéraire, se livrer à la culture des champs élyséens.

L'autre scarabée communiqué par M. Bourquelot a une tête humaine, et l'on sait que Jes scarabées à tête humaine sont les plus rares et ordinairement les plus beaux; celui-ci

1. *A7:o8avovTi 81 BTreiSf, xà vo^i|^<^fjL£va tow Upeùffiv ô *Aa)cXTj7rià8îjç à7co8t84vai irapccncEuàÇeto, xà xe àXXa, xat xic *0(T(pt8oç eitt TtJ> o-iufjiaTt irepiêoXà^, auxixa (puixi xaxeXàjnreTO iravxa^ï) xwv aivSdvtJv àTr'ijS,s7jxa Sia^pififiaTa, xai itept auxov xaBsciipâxo (pacr^àxcuv eiâij ^eoicpeir^, èitioetxvuvxcov XT,v 4^'J)(^T|V ivap^w^, Ttoioiç âtpa âreoT< èYe^ovei auy£ffxto<. Cf. i4rchœlogia, vol. XXXVl, i, p. 164.

se fait en effet remarquer par son style élégant et par sa gravure soignée.

La partie antérieure de sa base a été brisée, ce qui a fait disparaître quelques signes hiéroglyphiques, mais heureusement rien de très important, puisqu'on peut suppléer la

lacune principale avec le Rituel funéraire, La légende com^ mençait par la partie essentielle du chapitre xxx, que nous avons déjà signalée, mais avec de légères variantes.

Ce scarabée est important surtout par les trois dernières lignes de sa légende, qui contiennent une formule que je n'ai encore trouvée sur aucun monument de ce genre :

mê f k°

BN OK HTM M ^ BN H'PR MT NM

(Que) ne pénètre (pas la) destruction (que) ne soit (pas la) mort seconde

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