‹ Mémoires et journal de J.-G. WilleChapitre 2 sur 16 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

tourne et vois deriere moy, par terre, un canard sauvage, qui a la vérité etoit tout jeune, et qui, a ce qu^ je pense, était éloigné de sa mère; je me courbe et le ramasse en le montrant au prétendu ch.isseur, qui, enragé de roir ma bonne fortunne, dit: Parbleu, je ne m'en iray pas sans reporter quelque chose au logis. 11 dit, et aussitôt il se met a chercher dans les près la grenouille la plus grosse qu'il put "trouver, et l'attacha avec bon couteau a un arbre pour lui tirer un coup de fusil a son aise. Le coup part et lu grenouille est encor dans son môme état : aucunne trace de plomb. La colère alors s'empare de ses sens; il remet fièrement son fusil sur son épaule, et, moj , mon canard en vie dans la main, nous reprenons le chemin de la maison ; j'ai donne mon oiseau a la mere Loysoo, qui en a fait présent a mie feme du peys, et une poule s'est charge de l'élever en l'adoptant pour son lils. Si j'avois été plus près de Paris, je l'aurois aporté a Frédéric, a qui je souhaitte une bonne santé et que j'embrasse de tout mon cœur, ain>i qu'a ma chère mere, que j'embrasse pareillement. Il eut elé plus décent de placer ma chère mere avant mon frère, mais je la prie extrêmement de ne pas m'en savoir mauvais gré, car elle peut être persuadé que si elle est placé a la lin de ma lettre, elle l'est au commencement de mon cœur. Mes respects, s'il vous plait, a ma tente Chevilet, M. Chevilette, madame Bracognier, M. Messager, de Marcenay, Daudet et Baader. Je leur souhaitte a tous une parfaitte santé, ainsi qu'a vous, mon cher peie. Je vous embrasse de tout mon cœur, et suis sincèrement votre très humble, et très obéissant, et très soumis fils,

« P A Wille.

« Mes complimens, s'il vous plaît, a Josephe et a Marie, et leur souhaitte bon courage dans le déménagement, chose que l'on ne peut pas faire sai s une bonne santé.

i llalm vous présente ses respects; il a fini d'ébaucher toulte sa tapisserie et grave maintenant le plancher a l'imitation du votre. »

Pendant que l'évêque de Calliniquc loge le fils du graveur W il le, — qui monte l'escalier de Wille pour le voir et le saluer? les personnages les plus haut nommés du temps. Les cuviolets dr Versailles et de Paris lui font leur cour. 11 est des gloires qui le sollicitent. Le marquis de Marigny vient encourager ce burin qui travaille à le peindre. Le graveur refuse I iron, Clairon qui le prie, Clairon qui postule son portrait auprès de lui pour mieux être immortalisée. De Paris, de

PRÉFACE. m

France, la popularité de Wille a rayonné par l'Europe ; les sou verains savent son nom, les grands seigneurs sa porte, les amateurs son œuvre» L'Europe le complimente, le consulte, le visite, lui dépêche les talents qui lui naissent du Rhin à la Newa. Lors des ventes fameuses, l'Allemagne lui envoie sa bourse et la confie à son goût. 11 est le confesseur et le tuteur des caprices des princes ; il porte les renommées de France à la connaissance du Nord. La Russie, qui s'éveille à ces choses, lui sourit et le cajole. Le Danemark, qui courtise le talent, le Danemark tout entier, roi, nobles, ambassadeurs, il le tient. Correspondant avec Vienne, Rerlin, Copenhague, Moscou, recevant le monde ou à peu près, il est le Voltaire de l'art, ce patriarche de la gravure. Que d'illustres hôtes! Hier Struensée, aujourd'hui Gluck! et le duc de Deux - Ponts , et le comte d'Olna, et la princesse Galitzin! Les visiteurs partis, le courrier vient :1e comte de Kaunitz lui demande s'il peut recevoir des élèves, et le comte de Wasclierblen, un ministre, s'il peut lui envoyer sa dernière gravure; la margrave de Bade-Durlacb s'il peut lui conquérir un tableau à la vente du comte de Vence, et le baron de Kessel, chambellan de l'empereur, s'il peut le soir lui faire l'honneur de dîner avec lui! Et chaque jour visites nouvelles, nouveaux hommages, un diplôme, un cadeau, un dessin de la main même de la margrave de Bade-Durlach, dont la margrave enrichit le cabinet de dessins de M. W ille, quelque médaille d'or dont la grande-duchesse de Russie enrichit le cabinet de médailles de M. Wille !

Car lui-même aussi est un grand curieux, M. Wille. Le guide et le conseiller des collections étrangères a son petit musée, qu'il chérit et qu'il augmente. Il est c.urieux de médailles, et Tocqué lui en rapporte de Danemark ; il est curieux de porcelaines de Saxe, et Dietrich lui envoie toutes celles qu'il a peintes. Il est curieux de tableaux, il est curieux de dessins, il

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