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est curieux de gravures, et pas une grande vente n'a lieu sans que Wille ne s'y ruine un peu. Sa chaise est la plus proche de l'huissier priseur, son enchère connue comme l'enchère de >]. Mariette, son bordereau respectable entre tous. Sous le feu croisé des enchères, il a emporté ce beau Poelembourg, cet admirable Greuze, le dessin deBossuet par Riga ud. Qui le consolera pourtant d'avoir laissé échapper les sanguines de Bouchardon pour les Cris de Paris? Quel habitué de Huquier, le marchand d'estampes! quel feuilleteur infatigable! qued'après-dînées données à la revue de ses portefeuilles! quel furieux rococotier, ce bonhomme Wille, qui invente pour la convalescence de son ami Péters une promenade toute neuve : la visite de tous les brocanteurs de Paris ! — Rares merveilles ! objets caressés î amis de votre œil assemblés de partout! morceaux de votre vie même qu'un jour dispersera aux quatre vents de la criée !
Ainsi, en ces années heureuses, la curiosité descendait de la noblesse à l'atelier. Un luxe de belles et précieuses choses parait ces murs que le regard de l'artiste consultait comme de muettes et éloquentes leçons. Il se cherchait un entour inspirateur, un milieu qui lui fût un agrément ensemble et une exhortation. C'était l'atelier non de AYille seulement, mais de bien d'autres : de Boucher, d'Oudry, de Coypel, d'Aved, de Deshayes, et de Halle, et de Baudoin, qui allaient enseigner à la bourgeoisie française le goût de l'intérieur, la recherche des toiles, des marbres, des bronzes, et lui imposer la mode des objets d'art, des chefs-d'œuvre — et des dunkerques.
L'orgueil du cabinet de Wille était le bon choix des morts; mais sa gloire particulière était le mariage, sur ses panneaux, des vieux noms fameux et des illustres noms contemporains. La bourse de l'artiste s'était ouverte aussi pour les œuvres de Bea camarades; cl ce petit Panthéon, dont il n'excluait pas les vivants, était le plus bel éloge de son esprit équitable, de son
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cœur peu jaloux. VYille était l'ami, le véritable ami, et non l'envieux intime des talents faciles et charmants de son temps. Dans sa collection, bien des tableaux, bien des dessins, révélaient une bonne action , attestaient un service, marquaient une reconnaissance, rappelaient un de ces liens que la mort seule avait pu briser. Depuis les vieilles bouteilles de vin que le jeune homme vidait aux Gobelins avec le vieux Parrocel, jusqu'au chocolat matinal qu'offrait madame Greuze au vieillard , — les années de Wille s'écoulent dans une confraternité loyale et cordiale avec toutes les célébrités de son temps; et il fait plaisir à regarder de quelle affection et de quelle admiration sincère l'ami Wille entoure l'ami Greuze, ce peintre profond et solide, ainsi qu'il l'appelle. Greuze et Wille! les deux vieux amis, les deux vieux cœurs unis! voyez-les en visite chez la nourrice de la petite Greuze ! voyez Greuze tracer de ses pinceaux les meilleurs la face fine et bienveillante de Wille! et voyez-les tous deux, perchés sur une échelle, confessant, le nez sur la toile, les Rubens du Luxembourg, théorisant de conserve et sans querelle à douze pieds au-dessus de terre — et des jugements du dix-huitième siècle !
Cependant vint la Révolution. La Révolution venue, Wille alla se promener. Au milieu de tous les partis qui déchiraient la France, il adopta une opinion plutôt fatigante que dangereuse, et qui compromettait plus ses jambes que sa tête : il se fit badaud. Il regarda passer les événements. Les foules, les piques, les cris, les fureurs, les vivats, les canons, — tout cela lui fut spectacle; et, comme il était optimiste, il ne vit guère que des feux d'artifice dans ces jeux de la Mort et du Hasard. Heureux homme! il alla visiter les massacres de septembre : il arriva que la pièce était jouée !
Wille eut encore un rôle pendant ces années : son fils aîné devint capitaine, puis chef de bataillon de la garde nationale.
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Ce fut une grande occupation pour le bonhomme d'être le père de son Bis, de le dire, de le répéter, et de naïvement s'enorgui illir de ses épaulettes d'or, dernière joie du vieillard bientôt suivie d'un dur sacrifice! 11 faut ;V cette patrie qui a donné un uniforme galant à son lils, il faut que le père livre, pour être brûlés, les parchemins d'honneur de sa longue, de sa laborieuse carrière, les titres de son talent, les lettres de noblesse de son burin! ses patentes d'académicien de l'Académie de Rouen . de l'Académie ci-devant royale de Paris, de l'Académie impériale d'Augsbourg, de l'Académie impériale de Vienne, de l'Académie des arts de Berlin, de l'Académie de Dresde! La République fit un peu de fumée du tout au mois d'octobre 1793.
Le malheur était entré déjà depuis quelques années dans la riante maison ; déjà le cœur de Wille avait été atteint et blessé. Le petit Frédéric, le joli enfant, l'enfant de ses caresses, la mort l'avait pris. La mort avait encore frappé au quai des Augustins le 29 octobre 1785. « Ce jour, — écrit Wille, — a été le jour Le plus fatal et le plus malheureux de ma vie. — Ma femme, la plus excellente femme possible, s'est endormie avec la ferme conduire en la bonté de son Créateur. — Dieu! que de larmes me coûte cette séparation!... Que les trente-huit ans que j'ai passés heureusement avec elle se sont promptement écoulés! »
Contre le vieillard sans compagne les ennuis et les inquié- v tudes s'empressent. Un jour la maison du quai des Augustins change de propriétaire, et Wille est menacé d'aller porter ailleurs le lit où il doit mourir. Autour de lui la solitude se fait lentement] la table se dégarnit, les convives ne sont plus ou s'en vont. Le convive de trente ans, le vieil ami Baader, s'en ?a, emportant le rire du logis. — Hélas! la triste lin des choses humaines! Encore quelque vingt ans, et de cette dynastie heureuse et joyeuse l'unique héritier. Alexandre Wille, n'aura pas de quoi payer la pension de sa femme à Charenlon, et sup-