‹ Mémoires et journal inedit;Chapitre 18 sur 48 · GÊNES · texte numérisé non relu

GÊNES

e marquis Doria , rappelé au commencement de l'année 1746, et remplacé comme ministre à Paris par le marquis Pallavicini , est revenu ici l'année suivante, avec une espèce de

1 . Les troupes russes avancèrent en effet jusqu'en Bohème , et l'on sait toute !a peine que l'on eut à les faire retirer après !a paix d'Aix-la-Chapelle.

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caractère officiel ; mais, au fond, il n'est pas fâché d'éviter le risque d'être enseveli sous les ruines de sa patrie. D'ailleurs , il vient revoir une enchanteresse qui n'a eu de charmes qu'à ses yeux, mais des complaisances pour bien d'autres.

Son successeur, homme d'esprit, a plaidé près de nous avec éloquence la cause de sa malheureuse république.

M. de Jonville, gentilhomme ordinaire et fils d'un fermier général , a été longtemps notre envoyé à Gênes , où il faisoit de la dépense , et figuroit avec dignité par sa figure et sa toilette. Il a dû cette place à la protection de Barjac, valet de chambre du cardinal de Fleury. Son successeur, M. de Guymond, fils d'un employé dans les fermes , est cousin germain de madame de Pompadour. Il a montré du cœur dans les circonstances difficiles où il s'est trouvé , dans une place où il n'y a ordinairement que de tranquilles affaires de commerce à discuter.

Les malheurs des Génois ont été affreux. Les Autrichiens excellent en cette lâche et utile qualité de poursuivre violemment leurs ennemis vaincus. Après notre retraite de Plaisance, ils sont entrés à Gênes en vainqueurs avides et furieux. Ils en ont tiré plus de 20 millions de contributions. Ils ont enlevé tout ce qu'il y avoit de précieux , et détruit ce qu'ils n'ont pu emporter. Ils ne parloient que d'anéantir la république, d'en traiter les citoyens en sujets révoltés , de la réduire en province autrichienne. L'indignation a relevé en un instant le courage des Génois , et les a tirés d'une situation désespérée.

L'Espagne leur avoit promis des subsides par

le traité à'Aranjuez, et ne leur ." rien donné. Ils recoururent à nous, qui ne leur avions rien promis. Le roi les aida de quelques sommes, et offrit de payer les garnisons de Corse. (Cette île s'est de nouveau soulevée.) Les Génois désolés recoururent même à leurs ennemis; ils s'adressèrent aux puissances maritimes, et particulièrement à la Hollande, mais sans succès. Enfin, n'ayant d'asile que dans leur désespoir, ils machinèrent entre eux une conspiration générale, dont le secret fut bien conduit. C'est par suite d'une impression générale chez tous les citoyens que le feu de la rcvolte prit tout à coup, plutôt que par un concert bien médité.

Quelques semaines avant cet éclat , je reçus unelettre chiffrée roulée dans une coquille de noix. Elle étoit du sieur Giiymond, envoyé de France. Elle annonçoit des Vêpres Siciliennes contre les Autrichiens, qui se tenoient tranquilles à Gênes ; on demandoit le concours et l'appui de la France. Je répondis en deux lignes que chacun sait ce qu'il a à faire, et que la France n'abandonnerait jamais les Génois.

Il y a assez de relations de ce soulèvement et de ses suites. Nous l'avons soutenu de toutes nos forces. Le roi y a aussi envoyé beaucoup d'argent. J'ignore la partie secrète des événemens qui se sont passés depuis. J'ai vu avec plaisir que les grands et le peuple se sont accordés pour le bien de la patrie, plus que je ne l'espérois. La noblesse en général avoit montré de la lâcheté ; elle vouloit conserver ses richesses. Quelques citoyens trop opulens pour s'accommoder aux dangers ont fui en France, avec leurs

femmes et leurs meilleurs effets ; ils ont conservé leur vie et leur aisance aux dépens de leur autorité. La hauteur autrichienne, en maltraitant les Génois , a perdu la plus belle occasion de nous nuire. Le royaume de Naples étoit perdu et toute l'Italie aux fers , si les ennemis avoient voulu traiter avec Gênes. Mais nos forces , notre crédit et notre influence ont fait publier depuis les lois les plus sévères contre quiconque parleroit d'accommodement avec les Autrichiens.

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