I. La
encore
.a première Dauphine avoit laissé une fille qui vivoit , et ne mourut que le 27 avril 1748.
DU MARQyiS D'ARCENSON. IJI
fût dans les mœurs françoises , et l'irrégularité des mariages choque les indifférens sur la religion autant que les plus religieux. Quand nous
paroissiens douter de l'effet des dispenses contre la clameur publique , on disoit oue nous étions des schismaiiques. On gagna M. le Dauphin; on
persuada la reine. Mais cette cabale échoua dès que le roi eut pris parti. Je ne doute pas que le roi Ferdinand n'ait su mauvais gré à ceux de nos courtisans qui le compromirent aussi mal à propos.
Le roi voulut bien suivre mes avis du commencement jusqu'à la fin de cette affaire. J'ai plusieurs lettres qu'il m'écrivit de Choisy à cet effet. Je rédigeai les lettres que Sa Majesté envoya au roi d'Espagne, et qui auroient dû le persuader parla raison. Jamais refus ne fut plus clair et plus honnête. On le tempéra en lui faisant part, comme s'il eût été l'ainé de la maison , des diverses délibérations qui conduisoient à marier le Dauphin à toute autre qu'à l'infante Antonia. J'employai le père Pénisseau, confesseur du roi, pour en écrire au père Le Fhre, confesseur du roi d'Espagne. Malgré tout cela, les instances et les persécutions redoublèrent.
Enfin Sa Majesté voulut bien remarquer, sur les observations que je lui fis , que l'opiniâtreté augmentoit à mesure de ses refus, qu'on alîoit en faire une affaire d'État fort sérieuse, et que tous délais seroient pernicieux. Comme on étoit sûr du rflariage de Saxe , que la princesse convenoit personnellement , le roi se détermina en un moment, et m'ordonna de faire partir un courrier pour Dresde.
— Le royaume de Portugal est aujourd'hui sous une sorte de régence. Le roi ne s'occupe que de hiérarchie et de vaines cérémonies ecclésiastiques. Affligé de fréquentes attaques d'épilepsie, il ne reçoit aucun ambassadeur, et n'a pas vu depuis deux ans son premier ministre, le cardinal d'Atocha. Souvent le nom d'un roi fait tout ; il faut cependant que sa volonté soit présumée , on ne sauroit quand il la refuse. La reine a le titre de Régente, sans aucun pouvoir. Le conseil ne s'assemble jamais. Les tribunaux jugent. Les ministres répondent par des lieux communs aux ambassadeurs étrangers. Aucune question politique ne se décide. Tout ce que veut absolument le roi sur cette matière , c'est de ne rien vouloir. Mais il est plus occupé que jamais des honneurs de la patriarchale , et de son église de Mafra. '
Cependant on parle à tous momens d'une paix particulière que la cour de Lisbonne ménage entre l'Espagne et l'Angleterre. M. de Puysieux, en partant pour les conférences de Bréda , étoit persuadé de sa réalité ; y étant arrivé , il le crut plus que jamais, il en faisoit mention dans toutes ses dépêches, il donnoit même la date de ce traité secret. Il est certain que les Anglois ont travaillé sans relâche à nous débaucher le roi catholique.
Pour moi, je savois qu'il falloit prendre le roi de Portugal par la vanité , et perdre plutôt nos démarches qu'être la dupe d'aucune de~ses foiblesses. Il pouvoit s'entêter de l'honneur de sa médiation , servir nos ennemis et leur livrer encore davantage son riche commerce. Je voyois
la reine sa fille prendre de l'ascendant en Espagne , le vicomte de Ponîelima y augmenter de considération et recevoir de plus en plus un traitement distingué et des faveurs particulières. Aussi proposai-je au roi de donner plus d'attention à la cour de Lisbonne qu'on n'en avoit donné jusque alors. Sa Majesté m'approuva, mais le conseil y opposa ses contradictions ordinaires à toutes les propositions que j'apportois. Je me mis donc à travailler en secret avec don Louis d'Acunha et M. de la Cerda. Je fis quelques voyages de Paris exprès pour ce dernier, car ce vieux ministre sortoit rarement de son logis.
Je fis offrir au roi de Portugal de traiter la paix générale , même d'y figurer comme médiateur, si le roi d'Espagne y consentoit. Je lui demandai particulièrement ses bons offices près le roi d'Angleterre, sur lequel il pouvoit avoir du crédit par les avantages que son commerce présente aux Anglois. Ainsi je n'agissois que pour l'Espagne , dans ses seuls intérêts , et cependant j'étois obligé de travailler à son insu , et je craignois d'être découvert par elle.
Il étoit d'une grande importance de gagner de vitesse les menées de l'Angleterre à Lisbonne, les premiers mouvemens de la vanité portugaise, et l'influence de la jeune reine d'Espagne. Cet innocent artifice produisit tout l'effet aue je m'en étois promis. M. de Chavigny ni Vévêque de Rennes n'en surent rien. Don Louis d'Acunha en fit un grand mystère , et dépêcha un courrier à Lisbonne. Le roi de Portugal sortit un moment de sa léthargie , à ce aue m'écrivit Don Louis, et sut tout le gré possible à la France de lui re-
mettre ses intérêts entre les mains. Le roi d'Espagne en fut presque jaloux, et m'en fit faire des remontrances par le duc d'Huescar, comme si je n'eusse pas agi uniquement pour le bien de l'Espagne. Cependant le même monarque ne tarda pas à me remercier, et à déclarer qu'il se résigneroit volontiers à la médiation du roi de Portugal pour la paix générale si les hautes puissances belligérantes ou auxiliaires consentoient à l'agréer. Il ne pouvoit avoir d'autres sentimens.
Cette affaire étoit donc dans le meilleur train possible à ma sortie du ministère. J'ai même su indirectement que M. de Maurepas, s'étant fait apporter mes derniers papiers, avoit pris connoissance de cette affaire secrète, et qu'il avoit été obligé de dire que pavois fait là un coup de maître.
Depuis ce temps M. de Chavigny n'a cessé d'écrire qu'il se donneroit de grands mouvemens pour continuer d'éclairer la conduite de la cour de Lisbonne au sujet de la paix particulière entre l'Espagne et l'Angleterre. L'évêque de Rennes manda par chaque courrier que la cour de Madrid ne faisoit rien, ne pensoit à rien, qu'elle attendoit de nous des idées pour faire la paix, que jamais elle ne sépareroit sa cause de la nôtre. S'il en est ainsi, je puis me flatter d'y avoir puissamment contribué par ma conduite ouverte et confiante envers la cour de Lisbonne.