PIÈCES
Lettre du roi à M. d'Argenson (1 2 avril 1746), au sujet du traité de subsides conclu avec la Saxe.
« L'affaire de Dresde est une bonne affaire «finie dans les circonstances présentes. Il n'est » pas possible que nous soyons garans pour l'Es- )) pagne dans cette affaire ', mais bien que nous » y faisions tout notre possible. Je ne suis pas )> surpris que le maréchal de Saxe ait été un peu «plus vite en promesses que nous, car il avoit » une furieuse crainte des Saxons en Flandre; ce )> qui est assez juste pour lui. »
I. L'Espagne avoit promis, de son côté, un subside annuel d'un million de livres , qu'elle ne paya jamais.
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Lettres au roi d'Espagne pour refuser l'infante Antonia.
Le roi écrivit à Sa Majesté Catholique les lettres les plus touchantes, les plus raisonnables, pour lui représenter les raisons qui le détournoient de ce mariage ; mais Ferdinand, prince fort sot , n'y répondoit ou n'y faisoit répondre que des misères, et la brigue de cour travailloit avec activité à forcer la main au roi.
Voici les copies de deux lettres de Sa Majesté au roi d'Espagne, à la rédaction desquelles j'eus grande part.
A la première étoit joint ce billet , touchant les corrections que Sa Majesté faisoit à ma rédaction.
« A Choisy , le 27 septembre 1746.
)) Quand j'ai reçu votre paquet, je travaillois au projet de la réponse ci-jointe. Communiquez-la à votre frère pour ce qui est du militaire , et dites-m'en vos avis. Elle n'est pas tout à fait conforme à la vôtre ; mais il ne faut pas cabrer le roi d'Espagne. »
Lettre du roi à Sa Majesté Catholique.
« Monsieur, c'est dans la plus grande vérité que j'ai dit à Votre Majesté aue je n'avois de sentimens que ceux du clergé de mon royaume, de ma cour, ae mon peuple, sur le mariage de mon fils avec la sœur de feu sa femme. Ici , comme en Espagne, l'on convient du pouvoir du souverain
pontife; mais l'on regarde ces sortes de mariages comme malheureux, et les exemples ne nous manquent pas , quoique je n'en sache pas de faits en France dont il y ait des témoins vivans de la consommation , et où il n'ait fallu mentir sur cela pour obtenir la dispense du pape. Du reste, je ne suis point théologien , et je ne puis que suivre la façon dépenser de l'église de mon royaume. Je suis bien persuadé que Votre Majesté entre dans toute ma peine et dans ma délicatesse sur ce point, et je ne puis croire, après toutes les assurances qu'elle m'a données et fait donner, qu'elle en puisse être blessée, ni que notre union en puisse être altérée en la plus petite chose du monde. Je chercherai, d'ailleurs, toutes les occasions d'en resserrer les liens, quoique je n'en aie pas besoin. Mais nos vrais ennemis sont ceux qui, sous le prétexte d'une pareille circonstance d'où dépendent mon repos et celui de tout mon royaume, voudroient les affoiblir par leurs secrètes instigations , et mener par là Votre Majesté à s'unir avec les Anglois , les plus grands ennemis de notre maison , pour les détruire insensiblement, sentant bien qu'ils ne peuvent pas faire autrement.
)) Je n'ai pas vu avec moins de peine ni de douleur que Votre Majesté elle-même les derniers malheurs arrivés en Italie. J'ignore les relations qui lui en ont été faites. Ce que je puis lui dire, c'est que le maréchal de Maillebois, étant soumis entièrement aux volontés de l'Infant , s'il a donné des avis , il faut bien que ce prince ait senti qu'on ne pouvoit faire autrement : car, s'il n'avoit pas pensé de même , le maréchal auroit obéi.
DU MARQUIS d'ARGENSON. IJJ
OU il eût encouru sa disgrâce , parce qu'il auroit manqué à mes ordres, qui éloient bien différens de ceux qu'il a suivis.
» Je ne prétends convaincre Votre Majesté de la résolution invariable où je suis de suivre les en^agemens pris avec le feu roi, père de Votre Majesté , et de soutenir les intérêts de ses deux frères, qu'elle aime si tendrement et auxquels je ne m'intéresse pas moins, que par les mesures que je prends pour rétablir les troupes de mon armée d'Italie; conjurant Votre Majesté d'en faire autant pour la sienne, et par l'emplacement que je ferai prendre aux autres dans leurs quartiers d'hiver, pour pouvoir les augmenter, si le besoin le requiert et me le permet, et ensuite faire un bon projet pour la campagne prochaine. »
Autre lettre au roi d'Espagne.
« 2 octobre 1746.
(Celle-ci annonçoit au roi d'Espagne la résolution prise de marier le Dauphin à la princesse de Saxe. Le roi, m'en envoyant le projet, m'écrivoit ce billet :)
«Voilà mon brouillon de lettre pour le roi » d'Espagne. Il faut finir et asséner le coup de pisntolet. Mandez-moi ce que vous en pensez, et vagissez en conséquence. Renvoyez-le-moi le ■) plus tôt possible , pour ne pas retarder davan- >• tage le départ du courrier. »
)) Personne ne reconnoît plus que moi le pouvoir du souverain pontife. Votre Majesté sait présen-
tement mes raisons de ne point adhérer à ses désirs sur le mariage de mon fils avec la sœur de feu sa femme, laquelle je regretterai toute ma vie, surtout en ce moment-ci. Je serois bien •fâché de les lui répéter, et ce dont je puis l'assurer, c'est qu'il faut qu'elles soient insurmontables , puisque je ne puis me rendre à ce que, dans toute autre occasion , je ne balançerois pas un instant de conclure. Je la supplie donc de tout oublier sur cela, et de n'écouter en ce moment que son cœur, et le double sang qui coule dans nos reines, dans un moment où je sens redoubler en moi l'amitié et l'estime pour sa personne. Dans cette situation je ne puis mieux faire que de m'allier dans une maison où le feu roi votre père a mis un de vos frères. J'en demande le secret à Votre Majesté, avec la continuation de la tendresse de laquelle je ne me départirai j-amais. «
(Le reste de la lettre rouloit sur des affaires purement militaires de la guerre d'Italie.)