I . Madame d'Houdetot
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s'agissoit de le placer dans les ambassades. M. de Castéja a été l'un des plus grands ambassadeurs que nous ayons eus en Suède. Il s'attacha toute la nation suédoise , fit changer un ministère qui nous étoit contraire, et quand il eut tout arrangé pour le mieux , on le révoqua pour son attachement à M. Chauvelin, qui venoit d'être disgracié. M. de Saint-Séverin fut nommé successeur de M. Castéja. Il arriva ad epulas paratas. En quinze jours de temps , le traité des subsides fut conclu entre la Suède et nous. Quelle apparence y eût-il qu'en si peu de jours il eût fait tant de choses , s'il n'avoit trouvé la moisson d'un autre prête à cueillir ? Le pauvre Castéja fut ici sans récompense , et méprisé du gouvernement ; tandis que Saint-Séverin fut prôné avec affectation comme le plus grand ambassadeur de l'Europe.
Le maréchal de Noailles devint maître des affaires, après la disgrâce de M. Amelot. Alors il ne fut occupé qu'à placer quelque part M. de Saint-Séverin , disant que c'étoit le seul négociateur que nous eussions. M. Desalleurs faisoit merveille à Dresde; il avoit épousé la fille du palatin, ce qui lui eût donné grand crédit à la diète de Pologne. Il fut renvoyé comme un laquais, et remplacé par Saint-Séverin. Il s'en suivit l'aliénation totale de la Saxe , que j'eus bien de la peine à regagner ; car depuis que M . Desalleurs a subi son sort, on fit mal à plaisir. Il laissa en sa place un misérable secrétaire, et pendant cet intervalle eut lieu le traité de Varsovie , où le roi de Pologne se ligua avec les cours de Vienne et de Londres .
Saint-Séverin demanda beaucoup d'argent. On lui en donna tant qu'il voulut, et pourtant il ne
nous fit point d'amis. Il se livra à la boisson , devint atrabilaire et haineux. Il fit toute son ambassade en robe de chambre , dépensa peu , et se fit refuser la première visite pour ne pas prendre caractère. On tint la diète de Pologne. Elle se rompit d'elle-même, par la nature des propositions qui y furent faites ; il sut dans ses dépêches se faire passer pour auteur de cette prétendue victoire.
Revenant de cette ambassade, le roi voulut qu'il fût plénipotentiaire à la diète d'élection de Francfort. C'est là qu'il conçut le beau dessein de nous engager à reconnoître l'élection de l'empereur , lorsqu'elle seroit faite (le grand duc de Lorraine). Il inspira la terreur d'une guerre d'empire, terreur vraiment panique, et qui ne flatta que le prince de Contl, qui désiroit avoir une armée à commander sur le Rhin. Aussi cultiva-t-il beaucoup l'amitié de ce prince. Il ne se contenta pas de mander à la cour de France la nécessité de reconnoître cette élection ; il communiqua cette idée à plusieurs amis qui la rapportèrent au roi de Prusse. Celui-ci nous en demanda raison. On eut beau le lui nier avec vérité. « Comment est-il possible, répliquoit ce prince, qu'un principal ministre de France ait lâché cette proposition devant plusieurs personnes à Francfort, sans qu'ily fût autorisé , et cela tandis que moi et l'électeur palatin protestons contre l'élection du grand-duc ? A quoi suis-je donc exposé avec un allié tel que la France .>* »
Rien ne contribua plus à lui faire faire sa paix particulière, qu'il signa peu après.
Depuis ce temps, M. de Saint-Séverin n'a fait que fronder sur le pavé de Paris , et déclamer
contre le gouvernement , à commencer par le roi tout le premier. On lui a fait une opération horrible au foie, dont il est revenu contre toute attente. Ses émissaires et protecteurs sont la marquise de Pompadour, les Paris y M. de Puysieux, le prince de Conîi, le maréchal de Noailles, qui crient partout qu'il n'y a que lui d'ambassadeur capable de faire la paix. Voilà en quelles mains sont remis nos intérêts les plus précieux.
6 février 1748. — Madame Victoire, troisième fille du roi , revient de Fontevrault in fiocchi. On lui donne un cortège qui ne sent guère l'économie. Ce cortège est plus nombreux et plus somptueux que celui qui alla chercher madame la Dauphine. On fait raccommoder les chemins à grands frais , et travailler par corvées les pauvres peuples , déjà si fatigués.
Madame de Pompadour veut plaire à la famille royale, et c'est la cause de la dépense ridicule qu'on fait pour madame Victoire.
On bâtit actuellement à la Muette , à Fontainebleau, à Choisy, à Versailles, à Crécy. L'aile nouvelle construite à Fontainebleau il y a quelques années tombe déjà, et ne sera plus habitable l'année prochaine. L'appartement nouveau de M. le Dauphin coûte i ,800 mille livres. Ce prince étoit si bien là où il logeoit durant son précédent mariage! Qui obligeoit de l'en changer?
1 2 février 1748. — Madame Adélaïde a la petite vérole déclarée. Tout est en remue ménage à Versailles. On dit que la reine s'enfermera avec elle. Le roi n'a pas encore pris son parti d'aller
la voir, ou de rester. Cependant la santé de M. le Dauphin est bien précieuse . Quelle tête, bon Dieu !
— Le roi , qui est bon père , comme la reine est bonne mère , reste à Versailles pour y savoir des nouvelles de madame Adélaïde. On a mis de bonnes barrières entre son appartement et celui de M. et madame la Dauphine. Voilà ce qui fait trembler, c'est le danger d'une tête aussi précieuse que celle de M. le Dauphin. Mais enfin la Vierge protège la France.
— On travaille à force dans nos ports , pour préparer deux nouvelles escadres , dont la destination est ignorée, mais dont le sort est indubitablement d'être la proie des Anglois ou Hollandois. Ceux-ci, au contraire, ont déjà une flotte prête de vingt gros vaisseaux, et en préparent encore une seconde ; les Anglois arment tout ce qu'ils ont : ce qui épouvante pour nos côtes et pour nos colonies.
— Le sieur de Bussy refuse d'aller au congrès avec M. de Saint-Séverin, dont il connoît la fougue extrême.
Le roi est entré chez madame Adélaïde depuis qu'elle a la petite vérole. On en rejette la faute sur le médecin Bouillac. Madame de Pompadour crie hautement contre ce petit médecin , disant u'il a caché cette maladie , jouant à ce jeu la vie u roi, du Dauphin et de toute la famille royale.
i8 février 1748. — M. de la Grandville, conseiller d'État, ci-devant dans la plus grande intendance du royaume, tant des frontières que des armées, jadis du conseil de marine, homme
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de considération et de grande morgue , s'étant fait dévot , faisant des retraites au noviciat des jésuites , ce grand magistrat enfin , vient d'être renvoyé du Palais-Royal par M. le duc d'Orléans comme un laquais l'auroit été. Le prince a dit à son chancelier qu'il lui déplaisoit , et le chancelier lui a rapporté les sceaux. La Grandville dit qu'il se tait sur les causes, et ce par respect pour madame la duchesse d'Orléans mère ' . Le prince a déclaré qu'il n'auroit plus de chancelier, qu'il en feroit lui-même les fonctions. Bizarreries en quoi ce siècle est fécond I Rien d'avancé , de préparé avec décence ! Et l'on ne sauroit imaginer combien cette brusquerie de la part de nos princes vient de foiblesse et de timidité.
Je considère cependant que M. le duc d'Orléans va se trouver seul et sans conseil , brouillé avec sa mère , avec son fils et sa belle-fille , avec madame la princesse de Conti. Il est premier prince du sang , appelé au trône immédiatement après M. le Dauphin, qui n'a pas encore d'enfant; dévot, studieux, bien de l'esprit, quoiau'on en dise, quoique ce ne soit pas l'esprit es grandes affaires ; naturellement courageux , quelques bizarreries que donne la retraite et la vivacité d'esprit. C'est cet homme-là qui va rester seul , sans conseil , au milieu de grandes affaires patrimoniales et d'une grande maison. Madame la princesse de Conti ne cherche que les moyens de le faire interdire et déclarer fou. Comment résistera-t-il à ces embûches , surtout faisant parfois des choses qui font tort à sa ré-