‹ Mémoires et journal inedit;Chapitre 43 sur 48 · I. }J\3iA3imt de Boufflirs · texte numérisé non relu

I. }J\3iA3imt de Boufflirs

DU MARQUIS d'ARGENSON. 365

tenant que derrière le rideau , ce qui a pleinement réussi jeudi.

M. de Bissy a été élu tout d'une voix pour remplacer l'abbé Terrasson à l'Académie Françoise. Ainsi l'on prétend opposer l'hôtel de Luxembourg à l'hôtel de Duras , et Bissy à Pontde-Veyle. Nos mœurs françoises deviennent charmantes.

Le duc de la Vallière a dit à Gélyotte : « Quoique vous ne soyez plus ami de ma femme , je veux que vous soyez toujours des miens. Nous vous aurons quelquefois à souper. »

— On assuroit hier que MM. d'Aguesseau avoient porté au roi , à Choisy, la démission de M. le chancelier, leur père , et que ce matin il y auroit un garde des sceaux nommé.

21 novembre 1750. — On regarde comme un grand coup d'avoir réconcilié les deux frères Paris , Montmartel et Duvernay. C'est le roi Stanislas qui a opéré cette médiation , et M . ^e Puysieux l'a achevée, (^els personnages s'y sont entremis! Mais la jaTousie des femmes et des belles sœurs, étant implacable , rebrouillera tout de nouveau. On regarde comme des sauveurs de l'État tous ces gagneurs d'argent. On prétend qu'ils soutiennent et augmentent le crédit. Mais c'est à leur profit , et par la force de leur fortune prodigieuse. Que gagne l'État à ce crédit ? Rien autre chose que d'augmenter les dépenses de la cour.

— On ne parle que de chançemens et de nominations de ministres 'pour aujourd'hui ou pour

demain,. un chancelier, ou un garde des sceaux, et l'on désigne pour cela quantité de sujets, dont aucun peut-être ne le sera; et celui sur lequel cela tombera n'est nommé par le public, ni deviné par personne. On nomme M. de Brou, conseiller au conseil royal, homme des plus lourds; M. Lepelletier, ancien président au parlement de Paris , qui s'est retiré il y a dix ans pour surdité; M. de Machault; l'ancien procureur général Joly de Fleury ; mon frère , conservant sa charge ou la quittant, et quantité d'autres.

On assure que, M. de Machault passant à la place de chancelier, ce sera M. Silhouette qui deviendra contrôleur général des finances : homme de rien , élève des jésuites , gendre de d'Astruc, homme de pédantisme et de finesse , de peu de génie, dont on se plaindroit bientôt plus que des autres, enfin l'homme des Noailles, en sorte qu'après avoir été secrétaire du maréchal de Noailles , il devroit beaucoup à cette maison ; ce qui n'est pas le compte de l'État.

On parle encore de changer le lieutenant de police Berryer, et de lui donner un successeur plus agréable au public , et plus courageux dans les séditions populaires.

Ces bruits annoncent quelque chose, mais jamais autant qu'ils promettent.

22 novembre 1750. — C'est aujourd'hui, après le conseil, que sera déclaré le nouveau chancelier, ou garde des sceaux , ou contrôleur général des finances, si M. de Machault passe de Plutus à Thémis. Les prétendans augmentent à

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cette dignité de chancelier. On en nomme aujourd'hui des plus ridicules, qui pourroient être nommés, dit-on: preuve de cette grande dissimulation du roi, qui ne laisse pas pénétrer son choix, car personne n'en sait rien véritablement, pas même la marquise. Dieu veuille qu'il fasse d'aussi bons choix qu'il les cache soigneusement ! ;

— Mademoiselle de la Roche-sur-Yon , princesse du sang, est morte, dans la nuit dernière, de la petite vérole. C'étoit une bonne princesse, et qui laisse beaucoup de bâtards ' .

2} novembre. — Le duc d'Orléans vient de fonder en Sorbonne une chaire de théologie hébraïque. Il donne pour cela 28,000 livres, rapportant 1,400 livres, pour que l'on enseigne gratis cette langue savante pour la théologie seule, et non pour autre usage. C'est, dit-on, afin de nous mettre à armes égales avec les protestans, qui, en Allemagne, ont pareilles écoles, où ils prennent des armes pour nous battre.

— On m'assure que les lettres sont toutes prêtes pour ériger, en faveur de mon frère, la terre de Paulmy en duché-pairie , ce qui va paroUre avec le duché de M. de Mirepoix, et peutêtre aussi avec un duché pour la marquise de Pompadour.

— On n'a pas nommé hier, comme il avoit été dit, à la grande place de chancelier de

I . Elle avoit cinquante-quatre ans. Louise-Adélaïde, princesse de la Roche-sur-Yon , étoit la tante du prince de Conti, fille de François-Louis, prince de Conti et de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé.

France, (quoique la démission ait été notoirement remise par messieurs d'Aguesseau. Tout le monde souhaite fort que ce soit M. de Machault, pour délivrer de lui la finance et les peuples.

25 novembre 1750. — C'est aujourd'hui que commence le premier voyage de Bellevue. Le roi y va souper ce soir, et toute la cour y paroîtra en bel uniforme pourpre brodé d'or. Même les valets de chambre auront le même uniforme, dont la marquise donne le drap. Les vestes seront aussi pourpres, et d'une étoffe fabriquée exprès à Lyon.

26 novembre 1750. — Toujours des bruits de ministère. On dit maintenant que mon frère va être fait chancelier, et mon fils survivancier de la place de secrétaire d'État.

Enfin d'autres disent que M. de Richelieu ira à Bourges et en ramènera M. de Maurepas; mais ils sont trop ennemis pour que cela soit possible.

— Le fils unique de M. de Chauvelin, ancien garde des sceaux de France , vient d'être tué en duel par un officier aux gardes avec lequel il avoit pris querelle étant à Chambord. Ce M. ^^ Chauvelin a véritablement le sort de Job par tous les malheurs qui l'accablent coup sur coup. Peut-être les consolations lui viendront-elles enfin, comme seroit celle d'être nommé chancelier après la démission de M. d'Aguesseau.

Le maréchal de Saxe est tombé bien malade à Chambord ; il a mandé au plus vite le sieur Senac, son médecin. Le régime libertin qu'il menoit depuis sa guérison lui a valu cette rechute.

27 novembre 1750 '. — Édit qui paroît pour donner la noblesse aux officiers généraux qui ne l'ont pas , et exempter de la taille ceux qui servent. Cela fera beaucoup d'exempts et surchargera le peuple. En trois degrés, de simple officier on deviendra noble, sans lettres d'exemption. Cela marque le grand crédit du ministre de la guerre et sa grande faveur, car jusqu'à présent aucun ministre de la guerre n'avoit pu l'obtenir. Celui de la finance s'y est toujours opposé. Cela prouveroit encore que M . de Machault et mon frère s'entendent mieux qu'on ne le croit.

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