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secrètement par le roi , mais c'étoit une entreprise bien indiscrète. Ce négociateur pouvoit nous être infidèle, et travailler pour l'Espagne seule, en abandonnant nos intérêts. Convenoit- 11 qu'un ambassadeur, un simple ministre qui n'avoit pas de département, se chargeât seul d'une négociation aussi délicate et qui embrassoit tout , et cela à l'insu du ministre des affaires étrangères i Ne pouvoit-il pas arriver de grands malheurs d'un tel desordre?
L'abbé Grimaldi se cassa la jambe en passant dans le Tyrol. Il arriva à V'ienne, y eut des audiences nocturnes. Sur ces entrefaites, l'État de Gênes fut occupé par les ennemis, et la ville de Gênes rançonnée comme on a su. Il y a toute apparence que Grimaldi n'a plus été écoute depuis, ou bien il a trahi sa propre patrie. Quand j'en rendis compte au roi , Sa Majesté garda le silence ; ce qui me fait croire que le maréchal de Noailles avoit surpris quelque consentement secret de la foiblesse du monarque.
' — Que l'on sache à quel point la prévention et l'intrigue avoient changé la manière de voir de Sa Majesté. Les affaires alloient de mal en pis en Italie, les Espagnols mettant sur notre compte une fuite prompte, qui provenoit de leur foiblesse et de rentêtement de la reine douairière pour garder Parme , puis Plaisance, puis la rive gauche du Pô, tant qu'elle posséda le pouvoir. Je proposai une seconde fois de renouer avec le roi de Sardaigne; j'en envoyai un mémoire au roi, et j'ajoutois en le terminant qu'on ne sauroit trop couper dans le vif quand il s'agit du salut de l'État.
DU MARQUIS d'AkGENSON. 67
Le roi me répondit par ce biliet du j juillet
« Je prévois bien une partie des mêmes maux
que vous , mais ils sont trop outrés. Mais il ne
j) faut pas que nous touchions la corde du roi
») de Sardaigne avec LL. MM. C. C, et s'il le
'> faut absolument , il faudra que cela passe par
» le maréchal de Noai.les. Après ce qui s'est
» passé cet hiver , vous ne devriez pas me pro-
" poser de faire les premières avances au roi de
. Sardaigne. Si l'on vous parle , écouttz ; mais
- jusque-là il faut plutôt songer à l'écraser qu'à
• te supplier. Dans les circonstances présentes ,
■ je remets à l'arrivée du maréchal de Noailles
■ à écrire au roi d'Espagne. J'en ai lâché quel- » que chose dans une lettre que j'ai écrite à la » reine d'Espagne , pour elle toute seule. »
Ainsi se sont encore une fois vérifiés ces vers de l'abbé Régnier :
Le destin de l'Espagne est toujours de nous nuire. Et le siècle à venir aura peine à juger S'il nous a plus coûte de la vouloir détruire Ou de la vouloir protéger.