LA REPRISE DES HOSTILITES IMMINENTE
la 4" d'infanterie de ligne, du 2" bataillon de la 1-4" légère, de deux pièces de 4, sur les hauteurs en arrière de Grafing, la droite vers AIxing et Bruck, dans la position la plus convenable.
Il lui fut recommandé de laisser un demi-bataillon d'infanterie légère avec un escadron de chasseurs entre sa droite et Glonn, établis de manière à garder cette partie et à se lier avec les troupes du général Lecourbe qui devaient appuyer leur gauche versZinneberg, ainsi que de garder, sur l'étendue de son front, les chemins conduisant surRott et Rosenheim.
Le chef de brigade Saint-Dizier, commandant le 17° de dragons auquel fut réuni le 1" bataillon de la 14" légère, reçut l'ordre de prendre position en avant de Zorneding, près le village d'Eglharting, la gauche à la chaussée de Munich à Ebersberg et la droite vers Ilching.
Il fut ordonné au capitaine Valée, commandant la compagnie d'artillerie légère, de se rendre à Zorneding, lieu aussi désigné pour le quartier général de la division. L'artillerie de position, le parc et les équipages furent placés à Haar, village en arrière de Zorneding.
Le général en chef étant allé à Hohenlinden pour reconnaître cette position et voir en même temps les troupes du lieutenant général Grenier arrivées vers ce point, je reçus une lettre du chef de l'état-major général. Il m'annonçait l'envoi de plusieurs exemplaires du Moniteur^ contenant les préliminaires de paix signés à Paris par le comte de Saint-Julien, et que l'empereur avait refusé de ratifier.
Il me recommandait de les faire connaître de suite à tous les corps de ma division pour qu'ils puissent juger de la modération du gouvernement français et par conséquent de son désir bien prononcé de faire la paix.
Le général Dessolle avait ajouté en post-scriptum :
Le général Lahorie, que le général en chef a envoyé pour faire une dernière proposition, sera de retour ce soir ou demain matin, et, comme il est à présumer que ses propositions ne seront pas acceptées, on sera dans le cas de recommencer de suite les hostilités et vous en serez prévenu.
Le général en chef revint le soir à Nymphenburg.
3' jour complémentah'e (20 septembre) . — Le lendemain matin, pour passer le temps, en attendant le résultat de ce dont il
96 MEMOIRES ET JOl RX'ALX Dl GEXERAL DECAEN
avait chargé le général Laliorie, il monta à cheval. L'ayant accompagné, nons allâmes au travers la plaine de Munich jusqu'à la grande route où il voulait voir passer la division de réserve de cavalerie; et lorsqu'elle fut passée, il voulut faire forcer quelques lièvres. C'était pendant cet amusement qu'un courrier lui apporta la dépèche du général Lahorie pour lui rendre compte qu'il venait de signer une convention d'une nouvelle suspension d'armes.
La prolongation de l'armistice avait été fixée à 45 jours, à compter du 3' jour complémentaire (20 septembre), y compris 15 jours d'avertissement pour la reprise des hostilités si elles devaient avoir lieu.
Le général en chef rentra de suile à Nymphonhurg. Dans la soirée, le général Lahorie lui apporta la convention dont suit le premier article.
Sa Majesté Impériale et Royale, sur la demande du Premier Consul de la République française, et dans la vue de donner une preuve de son désir d'arrêter le fléau de la guei're, consent à ce que les places de Philippsburg, Ulm, avec les forts qui en dépendent, et Injjolstadt, lesquelles sont comprises dans la lijjne de démarcation qui a été fixée par la convention du 17 juillet dernier (26 messidor), soient remises à la disposition de rarmée française comme gage de ses intentions (1).
D'autres articles concernaient l'exécution de celui ci-dessus.
Par l'article 7, le général en chef de l'armée du Rhin s'engageait à faire cesser sur-le-champ les hostilités à l'armée de la République française en Italie dans le cas où la reprise en aurait eu lieu.
La ligne de démarcation restait la même que celle fixée par la précédente convention.
L'article 9 annonçait que l'armée française du Rhin reviendrait et s'arrêterait sur les deux rives de l'Isar et l'armée impériale d'Allemagne sur les deux rives de l'Inn, chacune à une distance de 3 000 toises, soit de ces rivières ou des places de leur cours; et qu'il serait seulement placé une chaîne d'avant-postes sur la ligne de démarcation.
Cette prolongafion d'armistice, consentie par l'empereur qui
(1) La remise des places d'UIra, Philippsburg et lagolstadt avait été consentie par l'empereur, représenté par le comte de Lehrbatli et le général Lauer (Moreau au ministre, .\yniplieiiburg, 3« complémentaire an VIII, A. H. G.).
CESSIOM D'ULM, PHILIPPSBURG ET IXGOLSTADT 97
n'avait pas voulu ratifier les préliminaires de paix et qui, dans cette circonstance, sacrifiait trois places de guerre, fut attribuée à ce que non seulement son armée n'était pas en mesure de recommencer les hostilités, mais encore à ce qu'étant venu la voir, il ne l'avait pas trouvée en bon esprit. Cette armée était mécontente. Quelques révoltes partielles s'y étaient manifestées.
Lorsque cette nouvelle convention fut connue de notre armée, les soldats disaient qu'ils venaient de faire une campagne de vingtquatre heures.
Dès ce même jour, le chef de l'état-major général m'écrivit que, d'après les dispositions du général en chef, je continuerais à occuper Munich et à former le cordon des troupes sur la ligne de démarcation en avant de l'Isar, passant ce fleuve pour m'étendre par la droite jusqu'à la rivière l'Animer dont j'occuperais les deux rives, liant ma droite à la gauche du lieutenant général Lecourbe qui continuerait à couvrir le débouché de Reutte; que j'étendrais ma gauche jusqu'à Freising que j'occuperais; que je devais commencer mon mouvement le lendemain.
Aussitôt la réception de ces dispositions, je donnai les ordres convenables pour leur exécution et de même pour celles qui étaient à exécuter, selon la convention d'armistice, relativement au cordon de troupes que je devais former sur la partie de la ligne de démarcation que je devais garder ainsi que pour le placement des troupes, ayant égard à la distance déterminée par ladite convention.
Pendant le mois de vendémiaire et jusqu'au moment où il fut question de se préparer à recommencer les hostilités, je m'occupai de ce qui était relatif à l'administration, selon les ordres transmis par le chef de l'état-major général de l'armée, ainsi qu'à faire recueillir des nouvelles de ce qui se passait dans l'armée autrichienne et donner des indices sur les intentions du cabinet de Vienne de vouloir traiter de la paix ou de recommencer les hostilités lorsque le délai fixé par la dernière convention d'armistice serait expiré.
Comme quelques-uns des renseignements obtenus faisaient conjecturer que ce cabinet n'avait pas l'intention de faire la paix, quoiqu'il eût fait traiter d'une nouvelle suspension d'hostilités, je vais transcrire des extraits de quelques rapports qui me parvinrent pendant la durée de ce nouvel armistice.
98 MÉMOIRES ET JOURMAUX DU GÉXÉRAL DECAEX
16 vendémiaire (8 octobre). — 1' Des lettres authentiques de Prague et de Vienne portent que l'empereur a fait de nouvelles proclamations en Hongrie et en Bohème pour exciter, dans ces deux royaumes, à hâter l'insurrection, d'un côté, et le rassemblement des volontaires, de l'autre. On porte à 30 000 liommes le aombre des volontaires en Bohème, dont une grande partie se porte déjà vers les frontières. La capitale est absolument sans garnison : ce sont les bourgeois qui montent la garde ; on travaille dans l'arsenal avec beaucoup d'activité.
L'ennemi poursuit ses travaux interrompus; les habitants des bords de l'Inn sont employés derechef à travailler aux retranchements de Kraiburg.
On écrit de Vienne que, malgré le changement de ministère, M. de Thugut continue non seulement d'influer sur les affaires, mais de les diriger comme auparavant, d'autant plus que M. de Lehrbach est sa créature.
20 vendémiaire (12 octobre). — 2" On confirme la nouvelle que les Autrichiens font une tète de pont devant Kraiburg, en deçà del'Inn. Ils emploient journellement à cet ouvrage 1 200 paysans. Ils ont mis en réquisition 57 000 arbres, ce qui causera la dévastation de presque toutes les forêts dans les environs de Neu-Oetting.
A Miihldorf, on fait de pareils retranchements. L'ennemi se prépare, à Deggendorf, à jeter sur un pont le Danube.
Les ennemis réunissent des forces dans les environs de Rosenheim. Le corps de Condé se concentre davantage. Son quartier général s'est établi de nouveau dans cet endroit dont il s'était éloigné de douze lieues après la dernière convention.
On écrit de l'assau que, d'après un nouvel ordre de l'empereur, loute communication est sévèrement défendue avec l'armée française; qu'on n'y doute plus de la guerre (1).
23 vendémiaire (15 octobre). — 3° L'ennemi fait aussi faire des retranchements à Kraiburg, sur la rive droite de l'Inn. On y
(1) Le 21 vendémiaire, Moreau frappa sur la Bavière une réquisition de "27 600 quintaux de fromeat, 9 200 quintaux de seigle, 57 000 quintaux de foin, 57 000 quintaux de paille, et .32 000 sacs d'avoine (Le jjouïernement électoral provisoire à Decaou, 25 octobre 1800, Papiers Decaen, in-f" 77, 39, p. 33).
RENSEIGMEMENTS FOURNIS PAR DECAEM 99
travaille avec beaucoup d'activité. 3 000 paysans y soûl employés journellement, ainsi que des soldats, à l'exception dos troupes hongroises.
On répare avec beaucoup de diligence, à Wasserburg, les retranchements qui ont été beaucoup endommagés par les pluies conlinuelles.
L'ennemi fait, dans tout le pays, des réquisitions immenses en tous genres et ne paye rien. Les paysans employés aux ouvrages devant Wasserburg, Kraiburg el Miihldorf ne sont pas payés non plus. Le corps de Coudé fait de même. Les environs d'Aibling et de Rosenheim sont presque entièrement dépouillés. Ce corps qiiitle l'habit russe le 1" du mois de novembre et prendra l'uniforme anglais. Toute exportation est défendue; on ne laisse même plus passer du sel.
L'Electeur a ordonné, il y a quatre jours, une nouvelle levée de recrues dans le haut Palalinat et dans le pays bavarois occupé par l'armée autrichienne.
26 vendémiaire (18 octobre). — On vient d'arrêter à Slraubing le nommé Kienmayer, libraire, parce qu'on a trouvé chez lui une brochure ayant pour titre la Voix de Vopinion publique sur Maximilien-Josephj Electeur de Bavière, avec une atliesse de l'armée autrichienne à l'empereur François II.
La traduction de cette adresse était jointe au rapport. Voici cette pièce :
C'est avec une surprise mêlée de douleur que nous avons appris que lu ne veux toi-même donner à nous et à la Patrie cette paix dont nous sommes depuis si longtemps privés.
Permets-nous, du moins, de t'exprimer là-dessus nos sentiments d'une manière pleine de la vénération qui t'est due, mais en même tenqis de te parler à cœur ouvert.
Nous combattons depuis neuf ans contre une nation qui, loin de nous avoir jamais offensés, a si souvent, au contraire, mérité et notre estime et notre admiration. Jusqu'à présent, personne d'entre nous ne s'est avisé de demander quelle est la raison qui nous força de poursuivie cette nation et de sacrifier, sur les champs de bataille, la vie de 100 000 des nôtres. Nous obéissons parce que nous sommes accoutumés à obéir, et nous ne nous embarrassions pas du reste.
Mais, peu à peu, le bandeau tombe de dessus nos yeux. Nous voyons que nous ne versons notre sang que pour l'or des .anglais qui tomJ)e dans
100 MEMOIRES ET JOURXAL'X DU GENERAL DECAE.V
la poche de tes ministres. .Vous voyons que tu fais un jeu de notre vie et que tu veux te précipiter toi-même, nous et tes provinces dans une ruine entière, avec une cécité inconcevable.
Tu n'as qu'à le faire quant à toi; nous ne voulons pas t'en empêcher. Mais de nous entraîner, nous et nos compatriotes, dans ton abîme, ohl pour le coup, tu n'y réussiras pas.
De continuer la guerre dans ce moment-ci ne veut dire autre chose que d'abîmer l'Autriche. Considère les choses dans leur véritable point de vue et tu concevras cette vérité avec nous.
En Italie, les fruits d'une campagne entière sont perdus. Une armée éparpillée (la sixième qu'on a détruite en Italie) y fait seule ton espoir; et c'est avec celle-ci que tu comptes conquérir treize forteresses bien défendues et de battre une armée supérieure et victorieuse? Il est impossible que tu puisses avoir cette idée.
Ce serait donc en .Allemagne que tu voudrais renaître? Regarde autour de toi. Ton armée mécontente, vaincue et mal menée, n'est éloignée de toi que de quelques journées. Vis-à-vis d'elle se trouvent campés 100000 Français pleins de courage et animés du désir de se battre. 50 000 hommes de troupes fraîches arrivent du Main. Elles peuvent, en peu de jours, pénétrer de la Franconie en Bohême. î.e Tyrol sera la première victime de la campagne rouverte. Masséna et .Moreau s'uniront et inonderont tes Etats héréditaires avec une force irrésistible. Si le héros Bonaparte commande l'armée en personne, certes, le sort de T-Autriche sera entre ses mains en peu de semaines, et tu seras alors obligé de demander une paix plus que déshonorante.
Mais supposons qu'il nous réussira de repousser les Français jusqu'au Rhin; qu"auras-tu gagné pour lors? Toute une campagne sera encore pour rien ; tu auras perdu 100 000 sujets pour essayer, dans le printemps prochain, un nouveau passage du Rhin.
Tu ne peux pas t'attendre à une nouvelle coalition; et puis, quel avantage te porterait-elle? Il t'en résulterait ce que tu as eu des précédentes. Nous avons combattu à côté des Prussiens, des Russes et des Bavarois sans succès. Il nous en reste la triste expérience que des armées combinées ne valent rien.
Réfléchis donc bien à ce que tu veux entreprendre. Tu cours risque de nous voir retirer, fatigués d'une éternelle guerre, jusqu'aux portes de la résidence... .Alors le peuple te commandera la paix. Rappelle-toi Louis Capet, et prends garde, d'empereur François II, de ne pas devenir François de Habsbourg. Quant à ta vie, lu peux être tranquille; on te connaît assez: pour croire d'avoir mérité la mort. Mais ton Thugut, Lehrbach, Saurau, ton conseil auiique de guerre, oui, même ton impératrice, pourraient, en cas d'une plus longue manie pour la guerre, devenir victimes de sa fureur.
1" brumaire (23 octobre). — 4" Plusieurs lettres arrivées par le dernier courrier de Prague, Passau et Vienne, disent que jamais