LA PAIX DOUTEUSE
l'armement n'a été plus sérieux dans les Etats autrichiens, ni sa force, pendant tout le cours de ces neuf ans de guerre, plus imposante qu'elle l'est aujourd'hui. La plus grande force de l'ennemi estdirigéevers l'Allemagne. Ou la porte,en Italie, à60 000 hommes, outre les insurgés toscans et la nouvelle armée napolitaine (|ui doit être encore renforcée par les Russes dont le nomhre est porté à 14000 hommes.
Les vœux des hahilants et de l'armée sont toujours pour la paix. Ce n'est que la force qui fait prendre les armes aux peuples en Hongrie, en Bohème, dans la Moravie et dans le Tyrol. Ce n'est plus le même enthousiasme qui les animait avant le traité de Léohen.
On assure (|u'il y a un mécontentement général dans la Dalmatie ex-vénitienne, qui se communique par la Dalmatie autrichienne jusque dans la Croatie. Les uns sont agiles du désir de se défaire de leur nouveau maître; les autres ne peuvent plus supporter la dure nécessité de voir emmener de force une multitude d'hahitanls pour l'armée et d'être chargés d'éternelles réquisitions pour le transport des vivres destinés pour l'armée d'Italie.
D'après tous les avis, on doute de la paix, malgré le congrès de Lunéville. La cour de Vienne montre heaucoup d'assurance (1).
8 brumaire (30 octobre) . — 5" On doute que le congrès ait lieu. On allègue à ce sujet que le comte de Cohenzl, qui doit se rendre à Paris, doit demander (|ue l'armée française se retire d'abord derrière le Rhin, et, vu la lenteur qu'il mit à son voyage, on en conclut le peu d'empressement de l'Autriche à faire la paix.
Il y avait cependant quelques jours, — je ne me rappelle pas
(1) Le l"' brumaire, Desselle écrivait à Decaen : " L'évêché de Freising, citoyen rjénôral, et la seigneurie de Frauenhauseu, faisant partie du cerile de Baiière, ont été inxés par la commission électorale, le premier à 1~'2 190 francs, et la seconde à 21 5i8 francs. D'après une note remise au payeur géuéral, l'un paraîtrait avoir donné en acompte 64 "231 francs, et l'autre, s'être acquittée en entier. Cependant, les recherches faites à cet égard n'ayant donné aucune certitude, le général en chef vous invite à vous faire représenter, sous quarante-huit heures, les quittances des sommes qu'on prétend avoir été payées, et, dans le cas où on ne se conformerait pas à la demande que vous en ferez, vous enverrez à l'évèché de Freising et à la seigneurie de Frauenhauseu les exëcuiioiis militaires suffisantes pour les rontiaiudre à payer sans retard les sommes auxquelles ils ont été taxés.
' Je TOUS invite à m'aceuser la réception de la présente et à me faire part des dispositions que vous aurez prises pour remplir les intentions du général en chef ^ (Desselle à Deeaeu, Augsbourg, l" brumaire, A. H. G.).
102 MKAIOIRES KT JOURXAUX DU GEMÉRAL DECAEX
exactement le jour, — que le comte de Cobenzl avait passé par Munich. Lorsque j'appris qu'il y était arrivé, je recommandai de faire tout ce qui serait possible pour savoir ce qu'il pourrait dire sur le sujet de sa mission. Il ne s'arrêta qu'environ deux heures dans une auberge de cette ville. Ou ne put rien savoir. Mais à Augsbourg, où on le suivit, on apprit que, quelqu'un lui ayant demandé si on pouvait se flatter (jue la paix serait bientôt conclue, il avait répondu qu'il ne pouvait rien dire à ce sujet, attendu qu'on ne pouvait pas traiter sans le concours de leurs amis les Anglais. Lorsque ceci me fut rapporté, je l'écrivis sur-le-champ au général Moreau. Il était alors à Paris, et j'ajoutai que, d'après ce dire de M. de Cobenzl et les nouvelles qui m'étaient déjà parvenues, il y avait tout lieu de présumer que le cabinet autrichien n'était point disposé pour la paix, qu'il ne la signerait que lorsqu'il y serait absolument forcé.
On parle d'une descente des Anglais en Egypte.
La partie du Tyrol qu'on appelle communément le Tyrol allemand est toute en armes. Les volontaires reçoivent journellement trente kreuzer en monnaie de cuivre, ce qu'on payait auparavant en papier. Malgré leur ferme résolution de défendre leur pays, les Ktats du Tyrol ont envoyé plusieurs députés à Vienne pour y solliciter la conclusion de la paix. On assure très positivement que les habitants ont juré de ne point laisser entrer les Français dans le pays, vu le ressentiment qu'ils gardent encore contre eux pour avoir incendié quelques villages en 1796; et cette résolution ne dérive nullement de [l'idée dej défendre l'empereur, mais tout uniment leurs propriétés, ce qu'ils prouvent en disant : 'i II nous importe peu que les Français aillent à Vienne, pourvu (ju'ils ne ])assent pas par notre pays, n
Le Tyrol italien pense tout différemment. Il paraît qu'il penche beaucoup à voir arriver un changement dans le pays. Les habitants ont refusé de répondre à l'invitation de l'empereur de se lever en masse, sous prétexte qu'ils n'ont pas d'armes; mais que, si on leur fournissait des armes, des munitions et des vivres, ils ne manqueraient pas de volera la défense du pays. La courde V'ienne n'a trouvé ni praticable ni avantageux de nourrir un peuple si nombreux.
La disette dans tout le Tyrol est extrême, l'ne chopine de vin, qui