CHAPITRE VU
La hrigade Debilly placée cii seconde lijpie. — La l«?gion polonaise de Kiiiaziewici est mise sons les ordres de Decaen. — Reconnaissance de Montrichard sur Aiblin<]. — Pointe poussée par LalTon sur Beihartinjf. — Les Antricliiens sont fort peu nombreux devant Decaen. — La reconnaissance de Monlrieliard s'arrête à un quart de lieue d'Aiblinjj — Les troupes du corps de Condé sifjnal^es vers Rosenheim. — La jjancbe de l'armée doit se porter eu avant le 10 frimaire. — L'arrivée de la légion polonaise porte l'effectif (le la division Decaen à 10 000 hommes. — Dfcaen chargé de reconnaître rinn et ses points de passage. — Combat d'Anipfing. — Decaen sans nouvelles.
— Son inquiétude. — Des ordres lui arrivent enfin. — Cause de ce retard. — Decaen doit se rassembler sur Zorneding. — Il se rend à Anzing auprès de Morean. — Accueil flatteur de ce dernier. — Decaen mis sous les ordres de Grenier. — Ses observations.
— Il est chargé de suivre, le lendemain, le mouvement de Richepance sur Hoherilinden. — Confiance des généraux français dans le succès. — Bataille de Hohenlinden.
— Rapport de Decaen. — Decaeii chargé d'envelopper la tète de pont de Wasserburg.
7 frimaire (28 novembre). — I>e général Debilly lecut des ordres pour le placement de sa brigade en seconde ligne de la brigade Durutte.
Le (juarlier général de la division resia à Zorneding.
Je fus prévenu par le général l^aliorie, clief d'élat-major des trois divisions du centre de l'armée et de la réserve, sous les ordres immédiats du général Moreau, que la légion polonaise du Danube (1), composée de trois bataillons d'infanterie, quatre escadrons de cavalerie (2) et une compagnie d'artillerie légère, était destinée pour faire partie de ma division; que cette légion arrive ^ rait dans la journée et 1-e lendemain à Alunicli, et d'adresser des ordres à son commandant, le général Kniaziewicz (3).
(1) Il avait été question, quelque temps auparavant, d'envoyer la légion polonaise en Italie. Mais le l'2 fructidor précédent (30aoûl), le chef de brigade de la cavalerie polonaise, Albert Turski, avait écrit au ministre de la guerre que les officiers polonais préféraient donner leur démission plutôt que de partir pour l'armée d'Italie et de servir sous Dombrowski. Albert Turski comnanduit alors la légion en l'absence du général Kniaziewicz, qui faisait une cure à Baden (Turski au ministre, Gengenbacb, 12 fructidor, A. H. G.).
(2) « Cinq cents chevaux » (Laborie à Decaen, Munich, 1 frimaire an IX, A. H. G.)
(3) Kniaziewicz (Charles), né eu Courlande en I"/62, général de brigade commandant
128 MKMOIRKS ET JOURNAUX DU GKXERAL DKCAEN
Il mo manda (|ue rintonlioii du ff»'Mi(''ial en chef était que j'envoie, le lendemain, un bataillon de la 4' d'infanterie légère au général Uichepanrc, pour faire partie de sa division; et par postscriptum : ^ Bonaparte est parti pour l'Italie; ainsi, en Italie comme ici, on peut espérer guerre courte et bonne, i:
Je fis prévenir le général Ricliepance que le 1" bataillon de la l^*^ d'infanterie légère serait dirigé, le lendemain matin, sur Ebersberg pour être mis à sa disposition.
Il fut adressé des ordres au général Kniaziewicz pour diriger les colonnes de sa légion, les 8 et 9, sur Zorneding.
Je rendis compte au général en chef que les partis qui avaient été envoyés pour avoir des nouvelles de l'ennemi avaient trouvé des postes de hussards de Meszaros et de Grenz et d'infanterie légère; que le terrain entre la gauche de l'aile droite et la division Richepance était couvert par un petit corps d'avant-garde dont j'avais donné le commandement au chef de brigade Laffon. J'informai des positions que j'avais fait prendre aux deux brigades de la division dont une, concentrée sur Lindach, était à même de se porter sur Helfendorf au premier avis. Je fis l'observation que les communications pour s'y rendre de Zorneding étaient difficiles mais cependant praticables, et qu'on s'occupait de les réparer (1).
8 frimnii'e (29 novembre). — Je reçus, pendant la nuit, une lettre du général Lahorie datée d'Anzing, le 7. Il me mandait :
Le.s reconnaissances poussées aujourd'hui sur les roules de Rosenheini, de VV^asserburg et de Haag ne laissent guère de doute sur les dispositions de reiuiemi à ne pas recevoir d'efforts eu avant de Tlnn. Le général Kichepance est arrivé à une lieue de Wasserhurg, et le général (irenier, près de Haag.
Le général Moreau, pour s'assurer positivement encore de la position et des desseins des ennemis, a cru devoir ordonner demain de nouvelles reconnaissances plus rapprochées de l'Inn avant de changer la position de rarmée.
En conséquence, le général Alontrichard poussera demain une forte reconnaissance sur Aibling et uu'^me établira son avant-garde vers ce point
lu l" logioii polonaise en juillet 1797; rommandant la légion polonaise dite du Danube, le 28 novembre 1790, démissionnaire, le 3 mai 1801 ; commandant la 18' division d'in- (anti'rie (."»" corps de la Grande Armée), eu ISPi ; blessé grièvement à la jambe droite, le 28 novembre 1812, au passage de la Bérésina(A. H. G.). (1) Plauzouue à Lahorie, Zoruedin;], 7 frimaire (A. H. G.).
DECAEN A ZIXXEBERG 129
si l'ennemi n'y forme pas d'obstacle sérieux. Pour le seconder dans ce mouvement, l'intention du général en chef est que tu fasses marcher ta brigade de droite sur la Glonn; elle longera ce ruisseau et suivra la route qui conduit à Aibling. ï/objet de ce mouvement est de soutenir, par une diversion, les troupes qui se dirigeront d'Hellendorf sur Aibling. 11 n'est pas à croire que l'ennemi y soit très en force.
.Au reste, le général Montrichard a ordre de ne pas se compromettre. Tu donneras la même instruction. Ton avant-garde pourrait s'établir entre la Glonn et la Moosach, vers Beiharting, si l'ennemi a abandonné cette partie.
.Aussitôt la réception de cette lettre, il fut mandé au chef Laffon de marcher, à 8 heures du malin, avec les troupes à ses ordres, pour faire une reconnaissance sur Beiharting, en se dirigeant par Rolirsdorf, laissant un escadron et deux compagnies d'infanterie au débouché de Moosach sur lîruck dont il pourrait cependant se faire flanquer sur sa gauche jusqu'à la hauteur qu'il jugerait convenable; qu'il devrait essayer, sans se compromettre, d'établir ses avant-postes sur lieiharting, se liant par sa droite avec le général Montrichard et observant les débouchés sur Wasserburg, Rott et Rosenheim.
Il fut prévenu que le mouvement qui lui était prescrit avait pour but de soutenir une reconnaissance sur Aibling que devait faire le général Montrichard, ainsi que pour s'y établir si l'ennemi n'y apportait pas d'obstacles sérieux; et que j'avais donné ordre au général Durutte d'envoyer un bataillon à Zinneberg pour être utile, s'il y avait lien, soit à lui, soit au général Montrichard.
Le général Durutte fut prévenu de ce qui avait été ordonné au commandant de l'avant-garde. Il fut adressé un ordre au commandant de la légion polonaise de la cantonner à Zorneding et dans les villages aux environs.
Je partis dès le matin pour me rendre à Zinneberg, afin de reconnaître les localités et suivre le mouvement de mon avantgarde.
De retour dans cet endroit, j'informai le général Lahorie que cette avant-garde était totalement arrivée à Beiharting à 3 heures après midi, et qu'elle n'avait vu que huit à dix hussards de l'ennemi ; que les paysans avaient dit au chef Laffon qu'il y avait tout au plus 200 hommes, tant infanterie que cavalerie, dans l'étendue de pays qu'il avait parcourue et que c'était le cordon qui avait été u. 9
130 MKMOIRES ET JOLRYAUX DU GEXERAL DECAEX
établi dînant l'armistice; que ces hommes s'étaient retirés sur Rott, et que plusieurs postes étaient partis dès 4 heures du matin.
Je mandai que j'étais moi-même, à 3 heures après midi, à Beiharting, et (ju'ou n'avait alors encore rien vu ni entendu de la division Monlrichard, et que c'était seulement à mou retour à Zinneberg que j'avais trouvé une lettre dont je lui envoyais copie. (Cette lettre informait (jue des troupes de cette division avaient trouvé l'ennemi à une demi-lieue en deçà d'Aibling, qu'elles s'étaient avancées jusqu'à un quart de lieue de cet endroit, d'où elles étaient revenues établir leurs postes en avant de Fcldkirchen).
Je dis que l'ennemi me paraissait être absolument en arrière de rinn puisque, de la hauteur de Jakobsberg, d'où l'on voyait très bien Aibling et presque tout le pays jusqu'à Rosenheim, je n'avais aperçu aucun ennemi. J'annonçai que j'avais poussé des partis sur Rott et sur Rosenheim par le chemin qui passe au village de Schmidhausen où se trouvaient mes postes les plus avancés; qu'on pouvait y passer avec de l'artillerie et d'autant mieux que les Autrichiens avaient bien fait réparer le chemin de Beiharting; qu'une partie de la brigade Durutte avait été placée vers Zinneberg et Rohrsdorf, de manière à soutenir au besoin l'avant-garde.
Plus lard, je fis rendre compte au général Lahorie que le chef Laffou m'avait informé de Beiharting, à 7 heures du soir, que les avant-postes ennemis étaient encore, à 5 heures du soir, à Hogling, sur la route de Rosenheim (ce village ne se trouvait pas sur nos cartes), à peu près deux escadrons de Condé et un piquet de Grenzhussards; que l'ennemi avait également des postes à Bruckhausen (1).
9 frimaire (30 novembre). — Je reçus, pendant la nuit, une lettre du général Lahorie datée d'Anzing, le 8, à 11 heures du soir. Il me mandait :
D'après les mouvements de l'ennemi, il est probable que nous ne l'attendrons pas de ce côté de l'Inn.
Dans cet état de choses, la droite devant être refusée à cause du Tyrol, tu n'auras d'autre mouvement à faire demain que de jeter une partie de la division à la hauteur d'Aibling entre la Glonn et i'Attel.
(I) Probablement Brockmuhie, du 1 100 000^ allemand, sur le Mangrall, à 3 kilomètre» euviron à l'ouest-sud-ouest de Hôgliog.