PREMIERS COUPS DE CA\ON A HOHEXLINDEN
Christoph pour soutenir celle du général Richepance qui devait attaquer l'ennemi. Il fut recommandé au général Debilly de me tenir informé, sur la route de Clirislopli à Maitenbetli, de ce qui pourrait arriver de nouveau.
Vers 8 heures, j'envoyai un officier porter l'ordre au chef de brigade Laffon de marcher sur Christoph, et aux généraux Kniaziewicz et Durutte ainsi qu'au commandant des troupes de la brigade Debilly, qui devaient accompagner la division, de suivre successivement lavant-garde et sans laisser le moins possible d'intervalle entre cliaque corps.
La légion polonaise se trouvait, après lavant-garde, avoir la droite de la division, par l'effet du prompt mouvement opéré la veille pour revenir prendre la position de Zorneding. Je ne changeai pas cet ordre, préférant engager un des premiers ce corps étranger de nouvelle formation, plutôt que de le garder comme réserve.
Xous finissions le déjeuner et nous allions prendre le café, quand le premier coup de canon se fit entendre; il était un peu plus de 8 heures. Laissant le café, je montai vite à cheval, et je me rendis rapidement à Oberndorf. Toutes les troupes étaient en marche.
Les éclaireurs envoyés sur la droite avaient trouvé quelques ennemis au debà du village de Steiuhoring. Je fis détacher sur-lechamp un escadron et une compagnie d'infanterie légère de la brigade Debilly pour observer l'ennemi de ce côté.
Comme la canonnade et la fusillade me faisaient juger qu'on était fortement aux prises sur Christoph et sur Hohenlinden, je fis dire au chef Laffon de presser sa marche, et que je ne tarderais pas à le rejoindre; et que, s'il trouvait l'ennemi, de l'aborder franchement et avec vigueur.
En avançant dans la colonne pour arriver à la tète, je recommandai au chef Saint-Dizier et au général Durutte, si, pendant leur marche, l'ennemi se présentait sur l'un ou sur l'autre de leurs flancs, de lui faire face et de le combattre vigoureusement.
En passant dans les rangs des Polonais, je fus très satisfait de l'ardeur que manifestaient les officiers et les soldats. Xe parlant pas leur langue, je leur exprimai par mes regards que je comptais
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sur leur valeur et (jue, bientôt, ils allaient avoir roccasion d'en donner des preuves.
Le chemin (jue nous suivions ne permettait de marcher que sur trois de front, ce qui prolongeait infiniment la colonne. \ous approchions de Christoph lorsqu'il survint un obstacle : c'était la rencontre de voitures de vivandiers, d'artillerie et autres équipages de la divi.sion Richepance qui rétrogradaient par ce chemin. Mais ayant reconnu qu'à la gauche, la localité permettait d'y faire marcher la troupe en faisant faire par les sapeurs les ouvertures et passages nécessaires, l'embarras ne dura qu'un instant.
La légion polonaise quitta subitement le chemin, se forma aussitôt par section et ensuite par pelotons, et continua d'avancer. Le reste de la colonne suivit la même direction dans le même ordre.
Aiin de débarrasser le chemin, il fut indiqué un terrain pour par(|uer d'abord les voitures de la division Richepance et l'ordre fut donné pour qu'elles fussent dirigées sur Ebersberg lorsque la queue de la colonne serait passée.
Peu de temps après ce dégagement, j'arrivai sur le plateau de Christoph ; il tombait alors beaucoup de neige. J'y trouvai le général de brigade Sahuc (1), commandant la réserve de cavalerie du général Richepance, et le capitaine Reiset (2), aide de camp de ce dernier. Celui-ci m'informa que la seconde brigade de cette division était postée un peu plus loin, ayant été empêchée par l'ennemi de suivre la première, à la tète de laquelle était son général (3). Survint ensuite le général Drouet qui me dit qu'il ne pourrait, ainsi que le général Sahuc, rejoindre le corps qui les précédait (|ue lorsque je les aiderais. Je leur dis que bientôt j'allais pouvoir les satisfaire.
(1) Sahuc ' Louis-Michel-.^ntoine , m- le 7 jaavier 1755. à Mello (Oise); caialier au Royal-Lorraine, le 2 août 177-2 ; maréchal des logis chef, le 1"^ mai 1779; quartiermailre trésorier avec rang de lieutenant, le 30 août 1789; lieutenant-colonel, le 22 juillet 1792, chef de brigade, le 20 messidor an II, général de brigade, le 4 fructidor an VII; général de division, le 3 nivôse an XIV; mort à Francfort-sur-le-Main, des suite.», dune maiadie de nerfs, le 24 octobre 1813 {A. A. G.).
i'2) Reiset (.Marie-.^utoiue), né le 29 novembre 1775, à Colmar; dragon au 14« régiment, le 8 avril 1794; sous-lieutenant, le 26 décembre 1795: lieutenant, le 25 décembre 1790, aide de camp de Richepance, le 30 avril 1800; capitaine, le 18 juin 1800; chef d'escudrons, le 15 juin 1801. colonel, le 31 mars 1809; général de brigade, le 8 février 1813; lieutenant des gardes du corp» du roi, le 1" juin 1814; lieutenant général, le 30 juillet 1823; commandant h division de Catalogne, le 22 septembre 1824; mort à Rouen, ht 25 murs 1836 A. .-1. G. .
(3) Cf. Souvenirs du lieutenant général vicomte de Reiset, t. I, p 96-98.
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La neige qui tombait m'empêchait de voir ce qui se passait et de juger la localité; je ne pouvais me régler que d'après le feu que j'entendais et sur les renseignements qu'on pouvait me donner. Entendant aussi la fusillade à ma droite, je demandai ce que c'était. Quel(|u'un ayant dit : i. Oh ! c'est l'ennemi qui nous tourne T , je repartis de suite : " Eh bien! s'il nous tourne, nous le tournerons à notre tour, d Mais, pendant ce court entrelien, la tète de la légion polonaise arrivait et, en même temps, le chef de bataillon Delelée, aide de camp du général* en chef, envoyé d'Hohenlinden pour avoir des nouvelles. Je le fis retourner de suite pour dire au général Moreau qu'en arrivant sur le plateau de Chrisloph, j'avais trouvé les choses un peu embrouillées, mais ([u'il n'eut pas d'inquiétude; que j'espérais que, bientôt, tout irait au mieux.
Pour représenter l'ensemble des opérations de ma division durant cette brillante journée, je ne puis mieux faire que de répéter ce que j'écrivis, le lendemain, au général en chef, auprès duquel j'avais aussitôt après le dénouement de l'affaire, envoyé mon frère, alors mon aide de camp, pour l'informer de ce qui venait de se passer et lui annoncer que j'allais continuer d'agir selon les circonstances. Voici donc ce rapport :
D'après vos ordres, mon général, de suivre, le 12, le mouvement de la division Richepance qui devait attaquer l'ennemi sur Maitenbeth, je me suis mis en mouvement de Zonieding à 5 heures du matin, suivant la chaussée de \\ asserburg jusqu'au delà du village d'Oberndorf, en avant d'Ebersberg, où se trouve le chemin qui conduit à Maitenl)eth passant par Aber.sdorf et Christoph.
L'avant-garde ayant reçu l'ordre d'éclairer particulièrement sa droite, les flanqucurs avaient trouvé quelques ennemis au delà du village de Steinhôring. La division Richepance n'ayant laissé aucune troupe pour couvrir le débouché de VVasserburg, j'ai envoyé un escadron et une coaqiagnie d'infanterie légère pour observer sur Steinhoring, et le mouvement n'a point été retardé. Je l'ai même pressé, car on était alors fortement aux prises sur Christoph et sur Hohenlinden.
Mon avant-garde, aux ordres du chef de brigade Laffon, arrivant sur le plateau de Christoph (il pouvait être 10 h. 30) trouva la brigade aux ordres du général Drouet et la réserve du général Richepance aux ordres du général Sahuc.
L'ennemi, étonné du mouvement du général Richepance, en même temps qu'il était attaqué vers Hohenlinden, en avait fait un autre pour pointer vers Wasserburg afin de se rejoindre à un corps de plus de
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3 000 hommes qui avait sans doute marché d'Albaching vers Zell et Wall. Ce mouvement avait séparé la brigade du général Drouet du général Richepance; et, en même temps, les tirailleurs d'un autre corps ennemi débouchaient des bois sur le phileau de Christoph où la réserve de la division Richepance se trouvait sans pouvoir agir, vu la proximitédes bois, n'ayant point de terrain en arrière d'elle, et la neige tombant en grande quantité. Une réserve de munitions et quelques équipages qui suivaient cette division, par leur marche rétrograde dans des chemins très difficiles, auraient pu être bien nuisibles, si le chef Laffon n'avait point franchi vigoureusement cet ol)stacle. 11 n'y avait pas un instant à perdre : le chef Laffon, auquel j'avais recommandé d'aborder franchement l'ennemi, mit toute la vigueur qu'exigeait une telle circonstance. Il donna l'ordre au 3« bataillon de la 14% commandé par le chef Massard, et à un escadron de son régiment, commandé par l'intrépide Montaulon, d'attaquer l'ennemi, ce que cette troupe fit aussitôt, et le repoussa vivement. Mais la force de î'ennemi obligeait déjà les nôtres à la retraite lorsque je les fis soutenir par un bataillon de la légion polonaise, tandis que le général Kniaziewicz déboucha du défilé de Christoph pour seconder le général Drouet afin qu'il puisse se joindre au général Richepance qui avait pénétré sur Maitenbeth. Ce mouvement, également exécuté avec vigueur, procura les plus grands avantages. Le général Drouet opéra sa jonction; le bataillon de la 14% soutenu par le bataillon de la légion polonaise dirigé par le chef Laffon, mit l'ennemi dans une telle situation que, l)'('iitôt en déroute, on amena de toutes parts des prisonniers et des canons.
Ce spectacle de succès fut d'autant plus ravissant qu'à ce beau moment la neige cessa de tomber et (|ue le soleil se montra dans toute sa splendeur. Il semblait que cet astre divin avait voulu éclairer notre triomphe.
Le surplus de la division avait été formé en échelons, et j'avais laissé un corps de l 200 hommes d'infanterie, 600 chevaux et quelques pièces d'artillerie aux ordres du général Debilly, sur le point d'Ebersberg, chargé d'éclairer la route de Wasserburg, couvrir le mouvement que je faisais sur Christoph, et tenir la communication entre Ebersberg et HebenlindcM jusqu'à ce que des troupss de l'aile droite, qui devaient venir le remplacer sur ce point, y fussent arrivées; mais elles n'y vinrent point.
M'apercevant que l'ennemi mettait de l'opiniâtreté vers la gauche, je donnai l'ordre au général Durutte de mettre sa brigade en mouvement et de la diriger sur le point où le feu me paraissait le plus vif. Déjà le général Durutte, qui avait été informé qu'un corps ennemi d'environ 900 hommes était à sa proximité et cherchait à se faire jour, envoya deux compagnies du 2'= bataillon de la 14% dont les carabiniers, pour seconder ceux qui étaient aux prises avec une partie de ce corps ennemi. Ces compagnies étaient dirigées par l'adjudant-major Cornille qui, aussitôt qu'il aperçut l'ennemi, et le vojant disposé à se défendre, s'avança seul, et cria en allemand, à l'aide de camp du général Spannochi de se rendre avec
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cette troupe; que, si elle faisait feu, elle serait passée au fil de rêpêe. Les ennemis mirent bas les armes.
Le général Durutte avait exécuté son mouvement, que j'avais suivi, et il allait déboucher sur la «grande chaussée de Hohonlinden à Haag; mais ajant trouvé la division (îrouchy s'avançant sur Haag, et jugeant, par le mouvement de cette division, que la gauche pouvait se passer de mon renfort, je pris la résolution de diriger la plus grande partie de mes troupes sur Haag, passant par Albaching, afin de couper autant que possible les communications de l'ennemi avec Wasserburg.
Tandis que j'ordonnais ce mouvement, — il était alors environ 3 h. 30, — le général Kniaziewicz, que j'avais chargé de rester sur le point de €hristoph pour couvrir mon flanc droit, me fit prévenir qu'il était attaqué vivement par ce corps de 3000 hommes (pi'il avait eu tout le jour devant lui. L'affaire s'engageait. Le général Kniaziewicz soutenait très bien l'attaque; mais la marche que je faisais faire sur Albaching, menaçant la droite de ce corps ennemi, l'obligea bientôt à la retraite. Il fut poursuivi; mais la nuit, qui empêcha de profiter de sa fuile, empêcha aussi aux troupes que je dirigeais, excepté à quelques tirailleurs, de déboucher dans la plaine d'Albaching. L'ennemi avait alors cinq escadrons de cavalerie et trois pièces d'artillerie qui battaient à mitraille le débouché.
Le résultat de la journée a donné à la division plus de 3 000 prisonniers, 50 officiers dont 2 colonels, et 7 pièces de canon ; et elle n'a perdu que 286 honnnes, tant tués que blessés, dont six officiers.
Les 2* et 3' bataillons de la 14% le 1" bataillon de la 4^ d'infanterie de ligne, la légion polonaise et un escadrorj du 0° régiment de chasseurs se sont conduits avec la plus grande bravoure. Si les autres troupes eussent eu l'occasion de donner, on doit croire, par le zèle qu'elles ont montré, qu'elles auraient imité ceux qui ont combattu l'ennemi.
Parmi tous les officiers qui se sont distingués, mon général, je vous recommande particulièrement le chef d'escadrons Montaulon, pour que vous lui accordiez la réconipense que ses belles actions lui méritent et surtout sa conduite à la bataille du 12 : ajant eu son cheval tué, à pied, il s'est mis à la tête de l'infanterie. Ce grand dévouement, avec les dispositions du chef Laffon et la conduite distinguée du général Kniaziewicz, ont fait beaucoup aux succès de cette journée.
Un chasseur du 6% nommé Côtebœuf, et un hulan de la légion polonaise nommé Ivisen, se trouvant ensemble dans le bois au commencement de l'affaire, ayant aperçu une cinquantaine d'hommes, se sont concertés pour les charger. Le chasseur, fort avancé, leur criant de se rendre, et criant : u En avant, la 4»! n cette troupe a mis bas les armes. Mais l'ennemi, ne voyant que ces deux hommes, reprenait ses armes pour s'en servir lorsque le hulan, reconnaissant de ses compatriotes, leur a parlé dans sa langue et leur a dit de le suivre, ce qu'ils ont fait aussitôt.
L'adjudant commandant Plauzonne et les officiers de l'état-major se sont particulièrement distingués dans cette journée.
1V8 MliAIOIIlES ET JOIR.VAIX DU GEXERAL DECAEX
Les troupes aux ordres du «[énéral Dchilly, restées sur le point d'Ebersherg, en conimuni(juant avec Hohenlinden, ont dégagé une compagnie de la 108" enveloppée par l'ennemi, et ont fait 300 prisonniers.
J'ai, ci-devant, énoncé le motif qui m'a fait anticiper de citer mou rapport au général en chef. Il me reste donc à dire que, la nuit ayant empêché d'ajouter au succès de la journée, j'ordonnai que les troupes resteraient à leurs emplacements respectifs, d'allumer leurs feux et d'établir leurs gardes.
Je crus devoir retourner à Ebersberg pour être plus à proximité de recevoir des ordres pour ce ([u'il y aurait à faire le lendemain et, dés mon arrivée, entre 10 et 11 heures, je fis éciire au général Lahorie que ma division avait pris position en avant de Mailenbeth, et la droite en avant de Christoph, poussant des avant-postes à une lieue de Haag; que j'aurais voulu aller jusque-là; mais que la nuit m'avait empéclié de forcer un corps de quatre bataillons qui, avec quelques pièces d'artillerie et de la cavalerie, avait attaqué vers les 3 h. 30 le général Kniazieuicz; que j'adresserais le lendemain le rapport de la journée; que la division avait fait plus de 3000 prisonniers dont 50 officiers et 7 pièces de canon ; que le général Montrichard n'était point arrivé à la position qu'il devait prendre (1).
l'A frimaire (4 décembre). — Pendant la nuit, je reçus du général Lahorie l'ordre ci-après, daté d'Anzing :
Le général Moreau me charge de te prévenir, mon clier Decaen, de te porter demain, vers midi, sur Haag pour le couvrir sur la route de Wasscrburg, ayant une brigade de disponible pour être portée au besoin sur la route de Aliibldorf où se portent les divisions Richepance et Groucby.
Cet ordre est subordonné à l'arrivée des troupes du général Lecourbe pour couvrir le débouché d'Ebersberg.
Le général iMoreau sera demain à Haag.
Le général Richepance prendra position en avant de Ramering, et le général Grouchy, sur Reichertsheim et Aschau.
L'officier envoyé au quartier général me rapporta une lettre du général Lahorie. Il me marquait :
Je reçois à l'instant le rapport de l'adjudant général Plauzonne sur ta belle affaire d'hier, mon cher Decaen. Je te fais avec grand plaisir mon compliment sur ton brillant succès.
(1) Plauzonne à I.aliorie, Ebersberg, \i frimaire, A. H. G.