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CHAPITRE VIII

La division Decacu investit la lête de pont de Wasserburg. — Emplacement des troupes de cette diiisiou. — Decaen reçoit l'ordre de se porter sur la Glonn. — Lecourbe va tenter le passa'je de l'Inn. — Les divisions Decaen et Grouchy sont mises à sa disposition. — Debilly obserie Wasserburg. — Decaen se rend d'Ebersberg à Beiharting. — En attendant les ordres de Lecourbe, il fait rassembler sa dlsision dès le lever du jour. — Il ne reçoit des nouvelles de Lecourbe qu'à midi. — Lecourbe lui annonce qu'il va tenter le passage de l'Iun vis-à-vis Rleubeuern. — Il juge inutile que Decaen le suive vers \eubeuern. — Decaen se porte sur Aibling. — Sur 1 ordre de Moreau, il va passer l'Inn à Xeubeuern, derrière Lecourbe. — Decaen chargé de se placer en réserve de Lecourbe. — Debilly quitte la division Decaen. — Lacour le remplace. — Lecourbe marche sur la Salzacfa. — Decaen arrive à Waging. — Moreau fait protéger les salines.

14 frimaire (5 décembre). — Des ordres furent expédiés au chef Laffon et aux généraux Durutte et Kniaziewicz, qui leur indiquaient les positions qu'ils devaient prendre dans la journée, ainsi que les directions qu'ils devaient suivre pour aller s'y établir afin de compléter l'investissement de la tète de pont de Wasserburg.

Les détachements qui avaient passé d'une brigade à l'autre, les jours précédents, durent rentrer dans leurs corps respectifs.

On prévint que le quartier général de la division serait à Ebersberg, ainsi que le parc et les équipages, et que le pain et la viande seraient distribués pour deux jours.

Le général Kniaziewicz m'annonça que sa troisième colonne l'avait rejoint. Dans l'après-midi, je me rendis à Edling pour connaître le résultat du mouvement que j'avais ordonné et, le soir, je fus à Ebersberg.

Je fis écrire au général Lahorie que la division était placée comme suit : la légion polonaise, en arrière de l'Achenbach, couvre Haag, ayant, sur la route de Wasserburg, une forte avantgarde qui pousse ses avant-postes le plus près possible de \\ asserburg; le chef Lafibn, établi à la hauteur d'Edling, couvre la chaussée de Wasserburg à Ebersberg, ayant ses avant-postes jus-

DKCAEM INVESTIT WASSERBURG 153

qu'à Rcilmeluing; le général Dcbilly, en arrière de l'Attel, pousse en avant de cette rivière une avant-garde dont les avant-postes gardent tous les débouchés de Wasserhurg et observent Tlnn depuis TAttel ius(|u'à la Rott; le général Durutte est établi h. TuUing, sur la route de Uasserburgà Ebersberg, avec trois bataillons et quatre escadrons; l'avant-garde a poussé l'ennemi jusqu'au delà de Reitmehring, chaussée de W'asserburg à Ebersberg (ce village, à une lieue de Wasserburg, en est séparé par un bois peu profond, mais dont le débouché parait avantageux à l'ennemi qui nous a fait feu, sur ce point, avec trois pièces de canon) ; que j'étais dans l'intention de ne point forcer ce point et de ne rien tenter jusqu'à ce que je connusse les intentions du général en chef à cet égard; qu'un paysan qui disait avoir été enfermé, pour les travaux de la tète de pont de W'asserburg, pendant six semaines, avait rapporté que les ouvrages étaient défendus par 3000 hommes et 50 bouches à feu; qu'il avait vu passer, pendant la nuit du 12 au 13, 700 blessés venant de Haag et Mehring (I) pour entrer à Wasserburg; que je priais le général Lahorie, dans le cas où il y aurait un mouvement d'ordonné à la division, de donner directement des ordres au général Kniaziewicz établi de sa personne à Haag, afin qu'il se réunisse promptement à la division.

Il lui fut aussi annoncé que les troupes du général Montrichard, arrivées en position à Ebersberg à 11 heures du matin (2), y étaient encore à 10 heures du soir, l'heure à laquelle ou écrivait celte lettre.

15 frimaii'e (6 décembre). — La division resta dans ses positions, excepté une partie de la légion polonaise qui revint de Haag à Ebersberg.

Une lettre du général Lahorie m'annonça :

Le général Lecourbe a achevé ses reconnaissances et compte être prct pour le 17 à faire son passage, qu'il tentera au-dessus de Rosenheim.

La nécessité, pour lui, de laisser beaucoup de troupes depuis Feldkirch jusqu'à son point de passage a déterminé le général en chef à mettre à sa disposition, pour son premier mouvement, deux divisions du centre, la tienne

(1) Rechtmehring ou Freimelirinjf, à eusiron 5 kilomètres au S. -S. -G. de Haa^ij.

(2) A midi, d'après une lettre de l'adjudant commandant Plauzonne à Lahorie, Ebersberg, 14 frimaire, 10 heures du soir (A. H. G.),

15i MEMOIRES ET JOURVAUX DU GENERAL DECAEX

et celle du {jcnéral Groucliy. Ce dernier est en marche aujourd'hui pour arriver demain soir en avant de Zinneberg, passant par Ebersberg.

Tu mettras, de ton côté, ta division en marche de manière à arriver aussi, demain 1(5, au soir, sur la Glonn à Beihartinjj et Tuntenhausen ; mais il est nécessaire que tu continues à masquer par un détachement la tête de pont de VVasserhur;^. Je suppose qu'il te faudra laisser pour cela deux bataillons, trois escadrons et deux pièces. La connaissance que tu a* du pays ne me permet pas de rien fixer h cet égard.

C'est avec regret que je vois la nécessité de morceler ainsi ta division, inon ami. Mais la longueur et la rapidité des marches des autres divisionsne permet pas de (aire autrement ; au reste, tu juges bien que ce détachement ne tardera pas à te rejoindre.

Donne, je te prie, ordre de suite à une compagnie d'artillerie légère de ta division de partir pour Aibling, où elle sera à la disposition du général Lecourbe qui paraît avoir besoin de nombreuses batteries pour l'établissement de son pont.

La légion polonaise ayant deux marches à faire, j'ai cru utile, ainsi que me le demandait Plauzonne, de lui donner ordre directement de se mettre en marche aujourd'hui pour Lbersberg, où elle prendra tes ordres ultérieurs.

Bonjour, mon ami! Si l'opération du passage de l'Inn réussit, j'espère que notre campagne sera bientôt finie. Le général Moreau sera probablement encore aujourd'hui à Haag.

Je fis à cette lettre la réponse suivante :

Je viens de recevoir, mon cher Lahorie, ta lettre d'aujourd'hui. Mesreconnaissances sur la route de \\ asserburg ont rapporté que l'ennemi paraissait avoir un assez bon nombre d'infanterie dans le bois en avant de la tète de pont; c'est sans doute pour protéger les abatis qu'il fait faire. Il a tiré le canon sur les reconnaissances qui se sont avancées sur la route d'Ebersberg.

J'ai cru, mon cher Lahorie, que, pour ne pas donner à l'ennemi l'idée d'un mouvement de troupes, il fallait laisser à l'observation des détachements des mêmes corps, et, comme le pays est très coupé, l'enceinte de la tète du pont assez étendue, et qu'il y a deux grands débouchés a observer, que trois bataillons seraient nécessaires pour cette ob.sîervation. Je laisserai le général Debilly devant Wasserburg avec un bataillon de la légion polonaise, un bataillon de la 14"' et un de la 100' avec deux pièces d'artillerie légère, un escadron du 6" de chasseurs, un du 17^ dragons et 150 hussards ; au besoin, on pourrait disposer du bataillon de la 100'' qui est établi entre la Kott et l'Attel.

Si je donne au général Lecourbe une compagnie d'artillerie légère, il ne me restera rien; mais je lui envoie, pour arriver demain de bonne heure à Aibling, quatre pièces de 8 et deux obusiers servis par l'artillerie à pied, ce <]ui, pour le but qu'il a à remplir, fera encore un meilleur effet.

DECAEiX CHARGE DE SOUTENIR LEOOURBE 155

Je fis ensuite mander au général Dehilly de prendre, au reçu de Tordre, le commandement des troupes qui devaient rester pour l'observation de la tête de pont de Wasserburg. Elles lui furent désignées ainsi qu'il est dit ci-dessus, et leur emplacement lui fut indiqué. Comme, d'après ces dispositions, les troupes de sa brigade non employées devant Wasserburg devaient suivre le mouvement du surplus de la division, on lui écrivit de [leur] donner des ordres de partir le lendemain à la pointe du jour, sous le commandement du chef Saint-Dizier, pour aller cantonner dans les villages aux environs de Beiliarting où serait établi le quartier général de la division.

Il lui fut dit de faire, d'après sa reconnaissance des localités, telles dispositions qu'il jugerait nécessaires, tant pour l'observation de la tète de pont que pour repousser les attaques de l'ennemi ; cependant, si l'ennemi sortait avec des forces trop considérables, de ne point s'engager, mais de faire ce que les circonstances prescriraient de plus favorable.

J'écrivis au général Lecourbe pour le prévenir que j'envoyais, pour être à sa disposition, une batterie de quatre pièces de 8 et deux obusiers servis par une compagnie d'artillerie à pied.

Le chef LafTon et le général Durutte reçurent l'ordre de partir le lendemain, à 8 heures du matin, pour aller cantonner à Tuntenhausen et Beiharting et autres villages qui leur furent désignés .

Il fut mandé au général Kniaziewricz que, si le général Lahorie avait omis, en lui donnant l'ordre de se rendre à Ebersberg, de le prévenir de laisser ses avant-postes devant Wasserburg, il fallait de suite faire reprendre ces postes et qu'il fallait qu'un des bataillons de la légion avec 150 uhlans restassent sur le point qu'il occupait et fussent établis pour tenir l'observation devant la tête de pont de Wasserl)urg; que le général Debilly leur donnerait des ordres, et que ce détachement ne tarderait pas à le rejoindre; enfin, qu'aussitôt après les distributions faites à la légion à Ebersberg, il devait en partir pour aller cantonner ^dans les villages de Weiching, Holzen et autres, sur la route et en arrière de Beiharting.

Le général Debilly me rendit compte de la position de ses troupes devant Wasserburg, et que, sur sa droite, l'ennemi avait jeté une

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trentaine de chevaux et quelques liommes d'infanterie qui s'étaient avancés tout près d'Ober-Kott; (|u'on avait marché sur eux et qu'on les avait poursuivis sans pouvoir les atteindre; mais que les postes qui, maintenant, observaient l'Inn du plus près possible empêcheraient de pareils passages.

16 frimaire ij déceml)re). — Je partis d'Ebersberg pour me rendre à Beiharting, m'attendant à faire un mouvement le lendemain, de bonne heure, selon l'avis que devait me transmettre le général Lecourbe. Je fis donner des ordres pour que la division fût rassemblée en avant et en arrière de Beiharting à 7 heures du matin.

n frimaire (8 décembre). — Ce ne fut qu'à midi (jue je reçus de ce général la lettre suivante :

Je vous préviens, citoyen général, que, demain, à la pointe du jour, j'effectue un passage de l'Inn, vis-à-vis Neubeuern. Votre division étant destinée à seconder mon corps, je pense que vous aurez des ordres de vous tenir prêt à suivre mon mouvement.

Mais je ne crois pas qu'il soit nécessaire que vous le suiviez sur Xeubeuern : je pense, après avoir l)alayé la rive droite, faire proinptement réparer le pont de Rosenhcim. Tenez-vous en mesure à cet effet.

Vous feriez bien, je pense, de faire tirer quelques coups de canon sur les camps ennemis, qui se trouvent vis-à-vis de Kobel et Thannoù existent des gués.

Je fis envoyer sur-le-champ une copie de cette lettre au général Lahorie, et lui fis écrire (1) (ju'ayant compté de marcher sur Aibling, mes troupes avaient été rassemblées au point du jour, et que, d'après cette lettre, j'allais m'y diriger avec la division; qu'elle y serait formée de manière à pouvoir agir sur le point convenable, d'après les ordres que j'attendais du général en chef.

La division, mise de suite en marche, fut entièrement établie aux environs d' Aibling vers 4 heures de l'après-midi. L'avantgarde fut placée en avant de cet endroit, ayant sa droite à la

(1) Daus celte lettre, se trouvait le passage suivant : « ... Le généra! Lecourbe dit de tirer des coups de canon vis-à-ïis Kobel et Thauu, et aucune carte n'indique ces points. D'un autre côte, il sera tard quand il [Dccaen] arrivera sur I Inn, le mouvement ne pouvant être plus prompt puisque ce n'est qu'à midi que le général Lecourbe lui a écrit » (Plauzonne à Lahorie, Beiharting, 17 frimaire, .^. H. G.).

DEBILLV OBSERVE WASSERBURG 157

chaussée de Rosenlieim, et les autres brigades échelonnées en arrière et à peu de distance de ce corps.

Avant de partir de Beiharting, j'avais donné avis de ma marche et de la position que j'allais prendre au général Grouchy à Zinneherg. J'en reçus cette réponse :

Mon cher Decaen, le général Lecourbc m'a marqué de prendre position avec ma division, domain 18 à 9 heures du matin, i\ la croisée du chemin de Kutstein à Roscnheim. En conséquence, je me mets en mouvement, afin d'aller bivouaquer pendant quelques heures en arrière d'Aibling et me rendre ensuite au point indiqué. J'imagine que je recevrai de. lui ou du général en chef de nouveaux ordres sur ce que j'aurai à faire pendant la journée de demain. Ce soir, vers 10 heures, je serai de ma personne à Aibling. Ainsi j'espère, mon ami, que j'aurai le plaisir de vous y embrasser. Xous nous concerterons, en outre, relativement à notre manière d'agir. Je vous end)rasse bien amicalement et vous remercie de ni'avoir instruit de votre position.

Le général Dehilly, établi à Edling, m'écrivit :

Il y a eu quelques engagements de postes, ce matin, sur la ligne, à droite; ils ont été suscités par Tennenii ; mais ils n'ont pas eu de suites. Les vedettes ont fini par rester à leur enqdacement.

La brigade du général Bonct vient, ce soir, do lier ses postes avec la légion polonaise. Les vivres manquent à la troupe et on ne m'annonce aucune distribution.

11 s'est fait toute la journée beaucoup de mouvements de troupes et voitures sur la droite de l'Inn, soit pour reinontor, soit pour descendre la rivière. In bataillon, que l'on croit bavarois, est venu camper ce soir dans les bois en face de l'abbaye d'Attel ; il a avec lui une pièce de canon.

J'ai devant moi, en avant de W^asserburg, sur la chaussée d'Ebcrsberg, de l'infanterie et de la cavalerie wurtembergeoises. Les Polonais, du côté de Gars, ont devant eux des Szekler-hussards.

Le général Laborie m'ayant fait dire verbalement, par l'officier d'état-major qui lui avait porté la copie de la lettre du général Lecourbe, que le général Grenier donnerait des ordres aux troupes que j'avais devant Wasserburg, et (|ue, le lendemain, de bonne heure, le général en chef serait à Aibling, j'écrivis au général Debilly :

Vous rendrez compte directement au lieutenant général Grenier, établi à Haag, de ce qui pourrait vous arriver sur le point de Wasserburg où vous êtes en observation. Vous lui ferez part de votre établis.sement. Le chef de l'état-major prévient le général Grenier pour qu'il donne des

ordres afin (lu'il soit pourvu à la subsistance de vos troupes, pendant qu'elles vont rtre partagées de la division.

18 frimaire (9 décembre). — X'ayant reçu, pendant la nuit et surtout le lendemain matin, nioidres, ni avis du général Lecourbe, je n'en fus nullement surpris; car lors du passage du Danube, il avait agi de la même manière. Il avait la manie de ne pas vouloir être secondé, afin de se réserver à lui et à son corps d'armée la gloire du succès des entreprises dont il était cliargé. Mais le général Moreau, arrivé à Aibling, ayant été informé que le général Lecourbe avait effectué son passage sans obstacles à Xeubeuern, nous donna l'ordre, au général Groucliy et à moi, de marcber sur ce point avec nos divisions.

Vers midi, toutes les troupes du général Lecourbe étant passées sur la rive droite de l'Inn, ma division passa sur le pont de bateaux immédiatement après.

Deux bataillons de Kaunitz, deux de Bcnder, plusieurs corps d'émigrés sous les ordres du prince de Condé et du duc d'Engbien, les dragons de Miinster, arrètèrenlpendantquelques beuresl'avantgarde du général \Iontricbard.

La position de l'ennemi était avantageuse; le plateau était escarpé. Alais les troupes qui avaient passé l'Inn, étant arrivées successivement, repoussèrent bientôt l'ennemi cl le suivirent au delà de la bauleur de Rosenbeim.

Les troupes de ma division n'eurent aucun engagement. Celles du général Lecourbe firent... (1).

Le général en cbef me donna l'ordre de m'établir parallèlement à la cliausséede Rosenbeim à Salzburg, la gaucbe vers Rosenbeim, la droite vers Steplianskircben, poussant en avant du front de la division de forts délacbements sur tous les déboucbés qui conduisent sur Wasserburg.

Cette position, prise à la bâte, n'était que provisoire. La difficulté des cbemins, la fréquence des défilés dans un pays montueux et marécageux (jui, même, eiit été impraticable sans la gelée,

(1) La phrase est inaclievc-e. Peut-être Decaeii voulait-il indiquer ici le nombre de prisonniers faits par Lecourbe. Celui-ci déclare n"aïOir « pas perdu un seul homme pendant le passafje - et avoir fait > de 500 à 6C'0 prisonniers « (Lecourbe à Molitor, Rosenbeim, 19 frimaire an IX, \. H. G.).

DECAKN PASSE L'INAf DERRIERE LECOURBE 159

n'avaient permis aux troupes que d'arriver fort tard aux points qui leur avaient été désignés; mon (|uartier général fut établi à (jrehering.

IQJî'imatre {H) décembre). — Dès le matin, je rectifiai cette position en portant la division à hi bauteur de Graben, sur la route de Rosenbeim à Wasserburg; Tavant-garde fut placée ou vivant de Zaisering, et la réserve, àGebering. De forts partis furent envoyés sur divers points.

Mon cbef d'étal-major ayant envoyé au général Laborie le rapport indiquant les mouvements de la division le jour précédent, ainsi (|ue les positions que ses troupes avaient successivement occupées, et demandé qu'un convoi de pain qui était resté sur la gaucbe de l'Inn fût dirigé sur la division lorsque le pont de Rosenbeim serait rétabli, vers 2 beures après midi arriva la réponse ci-après, datée de Rosenbeim.

Je vous renvoie, mon cher Plauzonnc, le maréchal des lojjis qui m'a remis votre rapport; il diri<![era lui-môme votre convoi de pain.

Aujourd'hui la division du général Uichopance se porte sur la route de Wasserburg; le général (îrouchy, à la croisée du chemin de Roseiilieim à Wasserburg et Salzhurg. Le (général Lccourbe doit suivre le mouvement de l'ennemi sur Salzhurg.

Comme la journée se passera à se former, le général Decaen se placera sur la route de Salzhurg, à la gauche, ou plutôt en réserve du généial Lecourhe; car je suppose les mouvements de l'ennemi sur les routes de Wasserburg et de Salzhurg.

Dans la supposition où, entre ces deux conununications, il y aurait une position et une route qui vienne couper la route de Wa.sserhurg à Salzhurg, vers Ohinjij par exemple, le «jénéral Decaen y jettera son avant-garde. 11 liera sa gauche avec le ojénéral Uichepance, si la nature du pays le permet. Ce dernier doit marcher sur la route de VVas.serhurg aussi loin qu'il le pourra sans obstacle et sans se compromettre. Son mouvement, (piand même il serait un peu décousu du reste de l'armée, ne peut présenter d'in- ■convcnient. .Je vous prie de mettre cette note sous les yeux du général Decaen.

Je fis de suite mettre en marche la division, et je lui fis prendre position en ariière de Scbwabering. L'avant-garde fut dirigée sur Halfing. Pendant sa route, elle devait rallier à Miibldorf un parti commandé par le chef d'escadrons Alontaulon, détaché dès le matin pour aller éclairer le pays et avoir des nouvelles.

Le général Lecourbe eut une division à Seebruck, la droite au lac de Cliiem See.

Quand je fus arrivé à Sclivvahering, où le quartier général de la division fut établi, j'écrivis au chef Laffon :

Je pense que votre jonction s'est effectuée et que vous avez établi vos troupes comme nous en sommes convenus.

Le chemin qui conduit de Mùhldorf sur Obing n'est guère praticable, d'après les renseignements que je me suis procurés; mais il eviste une assez bonne communication passant par Halfing, Amerang et de là, k Frabertsham, où Ton trouve la grande chaussée qui conduit de Wasserburg à Salzburg. C'est sur ce point qu'il est intéressant de pousser un parti, le plus tôt possible, afin d'intercepter cette communication à l'ennemi.

Le ciief Laffon m'informa que sa jonction s'était opérée àMiihldorf avec Montaulon, et qu'il allait envoyer des postes ainsi que je le lui avais recommandé.

Mon chef d'état-major fit connaître au général Lahorie le placement de la division, et il lui fit part de ce qui avait été recom mandé au commandant de l'avant-garde, ainsi que des renseignements obtenus sur les meilleurs chemins pour arriver sur la chaussée de Salzburg.

20 frimaire (11 décembre). — Pendant la nuit, je reçus du général Lahorie la lettre ci-après, datée de Rosenheim, à 1 1 heures du soir :

Le général Richepance est arrivé ce soir jusqu'à Holzhausen sans rencontrer l'ennemi et il a ordre de se porter demain sur Wasserburg (il avait passé l'inn à Rosenheim). L'intention du général en chef est que tu marches avec ta division sur Frabertsham. 11 parait que tu préféreras de te diriger par HalOng et Amerang qui offrent une bonne comnmnication ; ce sera en même temps un avantage pour le général Richepance dont tu te trouveras plus rapproché.

Si le général Richepance peut rétablir la communication de Wasserburg avec la rive gauche de l'Inn, il fera partir de suite pour te rejoindre toutes tes troupes de Wasserburg moins une compagnie d'infanterie française et le bataillon polonais qui y resteront jusqu'à l'arrivée du général Grenier qui a ordre de marcher de suite sur Wasserburg aussitôt qu'il pourra y passer la rivière.

Le général en chef me charge de te recommander de ne pas te commettre avec des forces supérieures si, contre toute apparence, l'ennemi se trouvait en forces trop considérables devant toi. Le général Richepance a ordre de jeter des partis jusque sur Frabertsham pour communiquer avec toi.

DECAEIV SE PORTE SUR OBIMG 161

Le général Lecourbe, qui a passé TAlz aujourd'hui à Seebruck, marche demain 'sur Traunstein, et le général Grouchy se portera en réserve sur Seebruck, en échelon sur la route de Salzburg.

Vu ce qui m'élait recommandé, les commandants de brigade reçurent l'ordre d'avoir leurs troupes rassemblées entre 9 et 10 heures du matin à Halfing, et de les y conduire par les chemins les plus courts et les plus praticables.

De ce lieu de rassemblement, la division marcha par Amerang sur Obing, chaussée de VVasserburg à Salzburg, où elle prit position en avant et en arrière de ce village, ayant une avant-garde de la brigade Durulte placée à la hauteur de Rabenden, qui devait envoyer un parti sur Altenmarkt et des patrouilles vers la division (irouchy.

Le chef Laffbn, avec toutes ses troupes, fut chargé de flanquer la gauche de la division, et d'aller prendre position à Feldkirchen, endroit vers lequel Montaulon avait à l'avance été dirigé, d'envoyer un parti sur Trostberg et d'éclairer sur la rive gauche de l'Alz jusqu'à Tacherting.

Le quartier général de la division fut établi à Obing.

Un premier rapport du chef I^afTon m'apprit qu'il était arrivé à la position de Feldkirciien à 9 heures du soir, que les chemins étaient assez mauvais surtout pour l'artillerie; que, n'ayant pas trouvé le chef d'escadrons Montaulon, qui était devant lui, il y avait apparence qu'il s'était porté à Trostberg et que, selon mes instructions, il allait envoyer un parti sur Tacherting et se lier par des patrouilles avec les avant-postes du général Durutte; qu'il n'avait trouvé aucun parti ennemi; qu'il paraissait qu'il n'avait passé par Feldkirchen que très peu de monde; que, d'après les renseignements qu'il avait pris, l'ennemi était à dix lieues sur la roule de Salzburg.

Le général Durutte me rendit compte que l'ennemi n'occupait pas Altenmarkt; qu'il y était allé avec 25 chevaux ; qu'il avait appris que l'ennemi tenait un poste à Stein, au delà d'Altenmarkt, sur la route de Salzburg; que la colonne ennemie qui s'était retirée la nuit précédente et le matin par Altenmarkt s'était divisée en deux corps qui avaient marché, l'un directement sur Traunstein, l'autre sur IVaging, route de Salzburg; qu'Allenmarkt était sur la rive droite de l'Alz, que cette rivière lui avait paru torrenn. 11

162 MÉMOIRES ET JOLRXALX DU GÉXÉRAL DECAEY

tueuse et peu profonde; que, le lendemain matin, il enverrait trois ou quatre compagnies d'infanterie avec un escadron de chasseurs s'emparer du pont d'Altenmarkt et qu'il ferait pousser des reconnaissances en avant de la rivière sur les routes de Traunstein et de Salzburg.

Je fis mander sur-le-champ au général Durutte qu'étant allé lui-même jusqu'à Alteumarkt, il aurait dû laisser un poste pour la garde du pont sur l'Alz et, dès son retour à Rabenden, envoyer des troupes sur Altenmarkt, afin de pouvoir garder l'embranchement des deux routes ci-dessus, ce qu'il lui était recommandé de faire le plus tôt possible.

Il fut rendu compte au général Lahorie de l'emplacement de la division ainsi que des renseignements qu'on avait eus pendant la journée; et (|ue le parti de Montaulon et d'autres détachements de l'avant-garde avaient fait une centaine de prisonniers (1).

J'avais appris, pendant la journée, que l'ennemi avait quitté Wasserburg la veille au soir.

Les troupes laissées en observation devant cette ville avaient reçu l'ordre de passer l'Inn, dès que la communication avait été rétablie, pour rejoindre la division.

Le général Debilly leur avait fait prendre position à Pfaffing (2), entre Wasserburg et Obiug. Il m'en fit informer par son aide de camp qui me remit de sa part la lettre suivante :

Je vous préviens, citoyen général, (ju'en vertu de ma demande au générale Desselle, j'obtiens de passer à d'autres ordres qu'aux vôtres.

Veuillez bien me dire si je dois attendre, pour partir, larrivée du général Lacour.

Malgré tous les désagréments que j'ai éprouvés à votre division et qui ne peuvent rester ignorés, je tiendrai ma brigade tant que je pourrai y être utile et, tout ressentiment cessant, je ferai à sa tète tout ce que comportent mes faibles talents et uki bonne volonté. J'ai l'honneur de vous saluer.

Le général Dessolle m'avait prévenu que le général Lacour (3)

(1) » ... Son avant-garde (celle de Decaen) a fait une quarantaine de prisonniers de la garnison de Wasserburg qui s"est retirée hier sur Salzburg par Allenmarkt... = (Plauzonne à Lahorie, Obing, 20 frimaire, .\. H. G.).

(•2) PfafGng se trouve à 800 mètres à peine au \.-\.-E. d'Obing.

(3) Lacour (Bernard-\icolasj, né le 25 janvier 1771, à Ivoy lArdeiinesi; soldat au 18« régiment, le 20 septembre 1789; sergent, le 11 mai 1790; sous-lieutenant, le 15 novembre 1791 ; adjudant général chef de bataillon, le 21 mivôse an II; chef de bri-

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