I.\STRLCTIONS DU PREAIIKR CONSUL AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS
Du 11 nivôse, l'an XI de la Képublique une et indivisible.
Bonaparte, Premier Consul de la République, au capitaine général des possessions françaises dans les Indes.
Le ministre de la .Marine a remis au capitaine général des instructions sur l'administration de l'Inde, et sur les différents droits et prérogatives
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dont nos établissements et notre commerce doivent jouir dans cette contrée; mais le Pretnier Consul a cru devoir signer lui-même les instructions servant de base à la direction politique et militaire qui doit être observée.
Le capitaine «{énéral arrivera dans un pays où nos rivaux dominent, mais où ils pèsent également sur tous les peuples de ces vastes contrées.
Il doit donc s'attacher à ne leur donner aucun sujet d'alarme, aucun motif de dissension, et à dissimuler le plus possible les vues du gouvernement.
Il doit s'en tenir aux relations indispensables pour la sûreté et l'approvisionnement de nos établissements; et il s'étudiera à ne mettre aucune affectation dans les communications qu'il aura avec les peuples ou les princes qui supportent avec le plus d'impatience le joug de la Compagnie anglaise et à ne lui donner aucune inquiétude. Les Anglais sont les tyrans des Indes. Ils sont inquiets et jaloux : il faut s'y comporter avec douceur, dissimulation et simplicité.
Six mois après son arrivée, le capitaine général expédiera en France, avec ses dépêches, un des officiers ayant le plus sa confiance, pour faire connaître, dans un mémoire détaillé, tout ce qu'il aura recueilli sur la force, la situation et la disposition d'esprit des différents peuples de l'Inde ainsi que sur la force et la situation des divers établissements anglais. Il présentera ses vues et les espérances qu'il pourrait avoir de trouver de l'appui, en cas de guerre, pour pouvoir se maintenir dans la presqu'île, en indiquant la quantité et la qualité de troupes, d'armements et de provisions dont il aurait besoin pour nourrir la guerre pendant plusieurs campagnes au centre des Indes. Il doit apporter la plus grande attention dans la rédaction et les expressions de ce mémoire, parce que tous les termes en seront pesés, et que ses expressions pourront servir h décider, dans des circonstances imprévues, la marche et la politique du gouvernement.
Pour nourrir la guerre aux Indes pendant plusieurs campagnes, il faut raisoTiner dans l'hypothèse que nous ne serions pas les maîtres de la mer, et que nous aurions A espérer peu de secours considérables.
Il paraîtrait difficile qu'avec un corps d'armée, on pût longtemps résister aux forces nombreuses que peuvent opposer les .Anglais, si l'on n'a des alliances et une place servant de point d'appui où, dans un cas extrême, on put capituler et se ménager ainsi la faculté de se faire transporter en France ou à l'île de France avec armes et bagages, sans être prisonniers, sans compromettre l'honneur, et sans se priver d'un corps considérable de Français.
l'n point d'appui doit avoir le caractère d'une place forte : il doit avoir aussi un port ou une rade où des frégates et des bâtiments de commerce soient à l'abri d'une force supérieure. Quelle que soit la nation à laquelle appartînt cette place, portugaise, hollandaise ou anglaise, le premier projet paraît devoir tendre à s'en emparer, dès les premiers mois, en calculant sur l'effet d'une force européenne si inattendue et indéterminée. Après
INSTRUCTIONS PARTICl LIKRES DE BOXAPARTK 311
avoir l'ait un plan d'alliance et de jjuerre avec une force demandée, il faudrait établir ce que croirait devoir faire le capitaine général si, au lieu de cette force entière, on ne lui en envoyait que la n)oitié.
Après avoir pensé aux alliances et à un point d'appui, les objets qui intéressent le plus une armée, dans une campagne, sont les vivres et les munitions de guerre, objets que le capitaine général traitera également dans le plus grand détail.
Six mois après cet envoi, le capitaine général, dans un nouveau mémoire, traitera les mômes questions en y ajoutant les nouvelles connaissances qu'il aura pu acquérir.
Ainsi, il est établi que, tous les six mois, le capitaine général enverra en France des officiers sûrs, avec des mémoires traitant toujours le.<; mêmes questions et confirmant, modifiant ou contredisant les idées des mémoires précédents.
Si la guerre venait à se déclarer entre la France et l'Angleterre avant le l" vendémiaire an XIII, et que le capitaine général en fût prévenu avant de recevoir les ordres du gouvernement, il a carte blanche et est autorisé à se replier sur l'ilc de France et le Cap, ou à rester dans la presqu'île, suivant les circonstances où il se trouvera et les espérances qu'il pourrait concevoir, sans cependant exposer notre corps de troupes à une capitulation honteuse et notre armée à jouer un rôle qui ajouterait à notre discrédit aux Indes, et sans diminuer, par l'anéantissement de nos forces, la résistance que peut présenter l'ile de France en s'y repliant.
On ne conçoit pas, aujourd'hui, que nous puissions avoir la guerre avec l'Angleterre sans y entraîner la Hollande.
Un des premiers soins du capitaine général sera de s'assurer de la situation des établissements hollandais, portugais, espagnols, et des ressources qu'ils pourraient offrir.
La mission du capitaine général est d'abord une mission d'observation sous les rapports politiques et militaires, avec le peu de forces qu'il réunit, et une simple occupation de comptoirs j>our notre connnerce. Mais le Premier Consul, bien instruit par lui et par l'exécution ponctuelle des instructions qui précèdent, pourra le mettre à portée d'acquérir un jour cette gloire qui prolonge la mémoire des hommes au delà de la durée des siècles.
Le Premier Consul,
Skjnc : BoxAPARTK.
Une frégate devait être détachée de la division pour la précéder au Cap de Bonne-Espérance et dans l'Inde, ayant à son bord le préfet colonial qui devait préparer des rafraîchissements au premier lieu, et faire, à son arrivée à Pondichéry, des dispositions pour les logements et la subsistance des troupes. .Mon chef d'élatmajor devait aussi s'embarquer sur cette frégate pour recevoir lu rétrocession de ce principal établissement.
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Avant mon départ de Paris, je rédigeai l'instruotion ci-après pour l'adjudant commandant Binot; et elle fut datée à bord du Marengo, le 14- ventôse :
La frégate de la République la Belle-Poule, sur laquelle vous êtes embarqué, citoyen commandant, est désignée pour arriver à Pondichéry avant la division que le gouvernement envoie aux Indes Orientales pour l'exécution de l'article 3 du traité d'Amiens, en date du 4 germinal an X, ainsi conçu :
Cl Sa Majesté Britannique restitue à la République française et à ses alliés savoir : Sa .Majesté Catholique et la République batave, toutes les possessions et colonies qui leur appartiennent respectivement ou qui ont été occupées ou conquises par les forces britanniques dans le cours de la guerre actuelle, etc.. •i
En conséquence de ce traité et en vertu des pouvoirs qui m'ont été donnés par le Premier Consul, je vous ai choisi, citoyen, pour recevoir du commandant de Sa Majesté Britannique à Pondichéry la restitution de cet établissement.
Je me borne, quant à la restitution, à cette disposition générale parce que le citoyen Léger, préfet colonial, que vous accompagnez, est revêtu d'une autorité avec laquelle il vous donnera tous les renseignements et documents qui vous seraient utiles; mais encore, sur le rapport que vous lui feriez d'obstacles qui vous seraient présentés, ce que je suis loin de prévoir, il pourra traiter directement avec le gouverneur de Madras et avec le gouverneur général à Calcutta, auxquels vous ferez parvenir, aussitôt votre arrivée à la côte de Coromandel, les lettres que je vous remets pour ces gouverneurs, dans lesquelles je leur annonce le caractère dont vous êtes revêtu.
Vous êtes en outre chargé, citoyen commandant, des dispositions militaires nécessaires pour recevoir les troupes destinées à former la garnison de Pondichéry et de celles qui devront être réparties plus tard dans nos autres établissements. Ces dispositions consistent particulièrement dans la reconnaissance des localités convenables pour les loger. Pour cela, encore, vous ferez votre rapport au préfet colonial qui ordonnera les dispositions subséquentes.
Le capitaine du génie Dehon, qui vous accompagne, préparera, à cet égard, tout ce que la nature des lieux et l'état actuel des établissements militaires lui offriront.
Aussitôt votre débarquement, vous vous occuperez de la levée de deux compagnies de Cipayes auxquelles vous attacherez provisoirement les officiers destinés pour ce corps, et qui passent également sur la frégate. V^ous trouverez à Pondichéry un nombre plus que suffisant de Cipayes et d'officiers précédemment au service de la France pour entrer dans la formation provisoire que je vous prescris. Ainsi, il faudra fixer votre choix de manière que, lors de l'organisation définitive, ces hommes ne puissent point être réformés. Je me repose au surplus sur votre zèle et vos talents pour