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LES ANGLAIS OCGUPKXT ENCORE LA PLACE

notre marche en brûlant un artifice (signal auquel l'escadre anj][laise répondit par deux coups de canon suivis, un instant après, d'un troisième coup, pour faire sans doute appareiller cette escadre), enfin une telle conduite qui n'était pas, à coup sûr, celle d'un état de paix, m'a prouvé de plus en plus qu'il fallait agir proniptenient et secrètement.

D'après celle détermination, je donnai donc l'ordre ci-joint, n° 7, à l'adjudant commandant hinot. Le préfet colonial laissa une instruction au citoyen Mottet qui fut désigné pour chef d'administration, et le contreamiral se disposa pour faire appareiller le soir même.

Ordre dont il s'agit :

A bord du Marengo, en rade de Pondichéry, le 23 messidor.

Aujourd'hui, mon cher Binot, quelques circonstances changeant les dispositions du Premier Consul et m'obligeant de changer votre emploi, je vous adresse des lettres de service pour prendre le commandement en chef de Pondichéry et pour y suivre la reprise de possession de cet établissement conformément au traité d'Amiens, c'est-à-dire recevoir la réponse du gouverneur général des établissements anglais, réponse qui est attendue depuis l'arrivée de la frégate la Relie-Poule dans cette rade.

Si cette réponse est favorable, vous suivrez tout ce qui sera nécessaire pour terminer cette reprise de possession, .le vous laisse les troupes précédemment débarquées; elles serviront à la garde du pavillon de l'établissement. Toutes les instructions relatives à ce que devait en faire le capitaine général et le préfet colonial vous sont aussi remises pour que vous agissiez selon les vues du gouvernement. Le citoyen Mottet remplacera provisoirement le préfet colonial.

Toutes ces dispositions, mon cher Binot, ne sont que momentanées; cependant s'il arrivait que, contre mon attente, il y eût une reprise d'hostilités, et que, de quelque manière que ce soit, vous en fussiez prévenu authentiquement, vous entreriez en arrangement avec le gouverneur anglais, afin d'obtenir la capitulation la plus honorable. Il faudrait faire en sorte de vous faire transporter, avec votre détachement, à l'île de France, ou au moins en France.

Vous m'adresserez à l'ile de France votre correspondance, parce que j'ai donné des ordres pour que, de là, on me fasse parvenir vos dépèches. Vous allez recevoir une note particulière pour l'emploi que vous devez faire des fonds qui seront laissés à Pondichéry, parce que je [ne] donne à personne connaissance du mouvement que j'opère

Il faudra faire cesser les travaux, qui ne seront repris qu'après de nouveaux ordres.

Je sens bien, mon cher Binot, que cette situation sera pour vous

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très désafjréable, mais les événomcnts me conduisent. Croyez aux regrets que j'éprouve en me séparant de vous de cette manière.

Vous trouverez, j'espère, un dédommagement dans votre zèle et dans le service important que ces circonstances inattendues vous feront rendre à votre pajs. Je vous salue. »

Pour agir ainsi, je raisonnai dans cette hypothèse : si la guerre n'a point lieu, la chose est toujours égale pour Pondichéry, puisque le commandant Binot continuera de suivre la restitution de cet établissement, et le mouvement rétrograde de la division ne pourra, dans tous les cas, être considéré que comme une mesure de prudence; si, au contraire, il existe déjà une rupture en Europe, on ne peut pas trop accélérer le départ pour se rendre à l'ile de France, puisque ce sera exécuter à la lettre les ordres du gouvernement, etc., etc..

Ainsi, ce raisonnement joint aux circonstances que je vous ai précédemment exposées me conduisirent à ne point même tenter de faire rembarquer ceux qui étaient descendus à terre, le préfet colonial excepté : il avait, comme moi, sa destination éventuelle.

Ensuite, des dispositions furent faites pour qu'on ne connût, à Pondichéry, le départ de la division que lorsqu'elle ne serait plus dans la rade. Car si, par la moindre démarche ostensible, notre projet de départ avait été dévoilé, l'escadre anglaise y aurait probablement apporté des entraves.

Si encore il y avait eu possibilité d'embarquer avec célérité ce qu'il y avait à terre!... Mais, citoyen ministre, vous connaissez la côte Coromandel : il y avait tout au plus douze sc/iellinç/ues pour le service de la rade de Pondichéry, et encore ne pouvait-on disposer de ces moyens de transport que d'après l'autorisation du capitaine de port anglais.

11 a donc fallu s'éloigner de ce théâtre où la division n'avait pas, heureusement, encore effectué en entier son débarquement. Car, citoyen ministre, dans quelle situation plus fâcheuse encore ne me serais-je pas trouvé, puisque, après ce qu'on m'avait assuré à Brest, que la moitié au moins de ce qui était nécessaire était embarqué, j'ai vu, à mon grand étonnement, que le vaisseau et les frégates n'avaient rien transporté de ces effets, ayant tout au plus l'emplacement nécessaire pour les vivres et les passagers. Les canons, les armes, les munitions, effets d'habillement, d'équipement, etc., les équipages du préfet et les miens sont restés, pour la plus grande partie, à Brest : ils devaient être transportés par la deuxième expédition. La. Côte-d' Or et la Marie-Françoise étaient chargées de la première partie.

Par ma dépèche qui vous annonce l'arrivée de la division à l'île de France, j'ai l'honneur de vous rendre compte des événements ultérieurs à notre départ de la rade de Pondichéry...

Je vais compléter cet exposé par le récit de quelques détails que je ne jugeai pas à propos d'y insérer.

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