DEPART DE CA\ AIGXAC POUR MASCATE
Si les insiructions qui vous ont été données, lesquelles, sans doute, ne vous laissent rien à désirer, ne vous disent pas que vous devez correspondre autant avec moi qu'avec le ministre des relations extérieures et celui de la marine, je vous préviens que les intentions du jfouvernement sont telles qu'il est indispensable que vos rapports soient avec moi comme si j'étais le seul avec lequel vous dussiez être en relation, Mascate étant compris dans la dépendance du commandement dont je suis honoré.
Comme, jusqu'tY ce jour, on n'a eu, sur la puissance de l'iman de Mascate, que des notions très imparfaites, et qu'il est important d'avoir le plus tôt possible des données certaines alin de pouvoir statuer quels peuvent être effectivement les avantages que la France peut retirer de ses rapports avec ce prince d'Arabie dont il faut connaître le pays, les peuples, les richesses, les forces de terre et de mer, les relations commerciales, etc., etc., j'ai choisi le citoyen Mécusson, officier du génie, pour vous accompagner et participer iY recueillir tous ces renseignements essentiels.
Je lui remettrai une note pour les objets dont il aura principalement à s'occuper. Vous voudrez bien, par votre crédit, faciliter à cet officier tous les moyens nécessaires pour remplir sa mission. J'ai l'hoimeur, etc..
Le contre-amiral Liuois in'ayant annoncé, le 23 IVucticlor, (lue YAlalante serait prête à partir le 2G, je lui mandai de suite :
Puisque la frégate YAlalante pourra appareiller le 26 de ce mois, je serai fort aise qu'elle ne retarde pas son départ car, avec l'utilité qu'il y a que la personne que le Premier Consul a choisie pour résider auprès de l'iman de Mascate soit au plus tôt rendue à son poste, il y a encore plusieurs considérations qui me portent à désirer qu'une frégate française paraisse dans ces mers. Je m'en suis particulièrement entretenu avec vous.
Le séjour de cette frégate dans la rade de Mascate ne doit y être prolongé que le temps nécessaire à l'agrément et à la réception du résident. Mais quoiqu'il y ait utilité que YAlalante ne mette pas trop de retard à se rallier à votre division, il est néanmoins fort important que le capitaine Beauchéne reçoive de vous des instructions qui le mettent ù même de porter quelques regards sur les côtes de l'Hindoustan. Ce qui est relatif à la marine anglaise est certainement un objet d'attention; mais des renseignegnements bien nécessaires encore dans les circonstances actuelles, c'est de savoir dans quelle position politique les Anglais sont à l'égard des Mahrattes, Holkar et Scindiah; s'ils continuent d'être en guerre avec eux, et en faveur de qui les avantages se sont prononcés.
Si le capitaine Beauchéne peut arriver jusqu'aux côtes de Guzarate, soit dans le golfe de Kutch, ou dans celui de Cambay, il acquerrait certainement beaucoup, non seulement sur les Mahrattes et les Anglais, mais encore sur les dispositions de paix ou de guerre des différents peuples du nord de
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rH'mdoustan, et notainmoiit de Malimoud Schah, roi des Afrjhans, qui domine sur presque tous les peuples entre llndus et la Perse.
Si la mousson ou quelques autres obstacles trop difficiles à vaincre ne permettaient pas d'arrriver sur le Guzarate, VAtalante éprouverait peutêtre moins de dilTicultés à le faire depuis Surate jusqu'à Goa, côte qu'il serait aussi très essentiel de visiter, dans le cas uu'me où elle aurait pu atteindre le premier but. Après avoir ainsi montré le pavillon français vers les dominations anglaise et mahratte, ce qui, sous beaucoup de rapports, n'est pas indifférent, il conviendrait encore, si les difficultés de la navigation ne s'y opposent point, que VAtalante revînt à Mascate pour y prendre les dépêches du résident auquel le capitaine Bcauchêne communiquera les nouvelles politiques qu'il aura pu recueillir à la côte opposée, afin que le citoyen Cavaignac en rende compte directement en France.
A Mascate, le capitaine Beauchêne pourra, par le moyen du résident, avoir à son bord un homme parlant la langue des côtes qu'il entreprendra de visiter (1).
La pénurie dans laquelle les circonstances nous mettent, surtout relativement aux vivres de bord, me fait aussi vous proposer de diriger, s'il n'j a pas d'impossibilité trop grande, la frégate VJllalante sur une des relâches de .Madagascar, parce que, là, elle se procurerait des vivres frais et à bon compte, ce qui ajoutera à son approvisionnement, sera une économie et lui donnera par conséquent des moyens de plus pour remplir sa mission.
Le préfet doit vous écrire pour vous faire part des propositions que je lui ai faites à ce sujet et pour Mascate, si on ne peut aller à Mada, gascar.
Il ne nie reste plus qu'à vous demander de donner les ordres pour l'ein barquement du résident auprès de liman de Mascate et des personnes qu l'accompagnent, au nombre de deux, selon l'état ci-joint.
La qualité du citoyen Cavaignac détermine le traitement et la considération dont il doit jouir, mais je vous recommande particulièrement le capitaine du génie Mécusson que je charge d'accompagner le résident. Je désire qu'il soit traité comme officier supérieur. Je vous préviens aussi qu'il est possible qu'il fasse son retour avec VAtalante. J'ai l'honneur, etc..
Je chargeai le citoyen Cavaignac de faire parvenir, par la voie de Constantinople, une dépêche ponr le ministre de la .Marine (elle était en chiffres). Dans cette dépèche, j'analysai mon rapport
fl) ^ Mais c'était chose plus facile à indiquer qu'à trouver : il aurait fallu avoir le hasard de rencontrer quelque renégat français ou autre Européen qui eût parlé I li'ndouslaui ou le maure. Cependant, arec le portugais qu'on parle dans l'Inde, on pouvait se procurer des renseignements " (\ole d» Decaen).
RAPPORT Ï)K DIsCAKX AU MIMSTRE 373
de ce qui s'était passé depuis notre départ de False llay, jus(|u';i notre arrivée à Tile de France, et j'y ajoutai ce qui suit :
Ile (le France, le 28 fructidor.
Fia Côte-d'Or. étant arrivée deux jours après notre départ, fut sommée daller nioudler à côté de l'escadre anglaise. Le commandant Binot témoigna à l'amiral sa surprise d'une telle violation des traités : il en reçut une réponse hautaine, qui ne l'empêcha cependant pas de donner l'ordre au capitaine d'appareiller pour se rendre à l'île de France, ce qui fut exécuté, le 26 messidor, quoique ce bâtiment fût très surveillé. Mais chassé et atteint à quelques milles, il fut sommé de se rendre et, sur son refus, canonné de plusieurs bordées à portée de pistolet accompagnées de feu de mousqueterie. La Côte-d'Or, forcée de se rendre, fut dirigée sur Pondichérj oîi, de nouveau, elle mouilla portant pavillon anglais.
Cet acte de l'amiral anglais est bien l'hostilité la plus caractérisée; mais le lord Clive, président du conseil de .Madras, auquel s'adressa le colonel Binot pour savoir dans quel état il devait se considérer afin d'agir selon les circonstances et les instructions que je lui avais remises, a désapprouvé la conduite de l'amiral qui, lui-même, annonça qu'on l'avait désavoué et il s'exprime ainsi, dans une lettre en date du 20 juillet :
« J'ai la satisfaction de vous annoncer que le vaisseau la Côte-d'Or est dans ce moment à votre disposition, le gouvernement du fort Saint-Georges m'ayant, par sa dépêche du 10 du présent, que je n'ai reçue que ce matin par un exprès, signifié son entière désapprobation de la détention de ce vaisseau, en réponse à la lettre que j'écrivis pour soumettre à ses sages et respectables conseils ma conduite dans cette mesure, immédiatement après que je l'eus adoptée, etc., etc.. n
Enfin la Côte-d'Or est entrée à File de France, le 3 fructidor. Une frégate l'avait escortée jusqu'à la ligne.
Avec l'incertitude sur ce qui se passe en Europe et les pouvoirs éventuels que vous m'avez adressés, je suis ici, citoyen ministre, dans une situation fort désagréable.
Il y a beaucoup à dire sur la mauvaise administration de cette colonie : nous avons trouvé de la bomie volonté de la part du gouverneur et de lordonnateur ; mais, toujours dépendants de l'assemblée, ils n'ont rien à leur disposition. Celle-ci, dont on est fort las, s'attend néanmoins à quitter d'un jour à l'autre sa puissance, l'organisation et les administrateurs étant annoncés par les derniers Moniteurs parvenus.
Ce nouvel ordre de choses est désiré avec bien de l'impatience par les bons colons. Au reste, les meneurs et les intrigants seront tenus très facilement aussitôt qu'on réunira justice et sévérité.
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Si le mojcii que j'emploie pour vous faire parvenir ce rapport avait été plus facile, je serais entré dans quelques détails que vous aurez plus tard. Je vais seulement vous observer, avec M. Lé^er qui, dans ces nouvelles circonstances, a donné encore une grande preuve de son zèle et de son dévouement en s'embarquant, n'emportant rien avec lui et ayant laissé sa famille à l'ondichéry afin de se rendre à Tile de France pour y attendre, comme moi, vos instructions ultérieures, quoiqu'il n'ait point connaissance des dispositions que vous m'avez communiquées.
Xous vous observons donc, citoyen ministre, qu'en arrivant à l'île de France nous avons trouvé les ma<5asins vides, le <i[ouvernement sans ressources et sans crédit, ses premiei's ao[ents annulés et réduits à riuimiliation de recevoir, mois par mois, de faibles secours, pour le prêt des troupes et pour cuv-mémes, d'une a.ssemblée coloniale qui continue abusivement d'exercer la souveraineté qu'elle a usurpée, percevant des impôts qu'elle a établis et dos droits qui entraient autrefois dans la caisse de la marine. Ce n'est pas seulement dans les magasins du service que l'on éprouve le désastreux effet de l'état actuel de la colonie. L'assemblée, qui ne peut se dissinmler qu'elle ne devrait pas exister, n'a pris aucune mesure pour employer les ressources dont elle dispose à former des approvisionnements pour la «garnison.
Xous sommes forcés d'aclietcr le blé, chez les particuliers, au prix exorbitant de 27 fr. 50 le quintal. La viande, que nous nous procurons au jour le jour, coiîte 55 centimes la livre, et il résulte de tous les besoins du soldat qu'un homme coûte ici plus que deux dans l'Inde.
Si nous sommes retenus ici encore quelques mois, et que la colonie ne fournisse à aucune partie de nos dépenses, nos ressources se trouveront absorbées, et à notre retour dans l'Lide, nous serons hors d'état de suffire au service.
La Bi'.lle-Poute avaW. porté à Pondichéry 30 400 piastres Ces fonds y ont été laissés pour faire exister, jusqu'à décision, les troupes et les agents civils débarqués dans l'Inde, et pour subvenir au paiement des premières dispositions qu'on avait commencées pour la reprise de possession.
Cette distraction d'environ 200 000 francs nous a laissé 720 000 francs de disponible, sur quoi il a fallu prendre les dépenses extraordinaires de l'établissement momentané que nous faisons ici, et quoique nous nous bornions à la solde des salariés et aux fournitures pour les troupes, nous sommes forcés de vous faire remarquer que, nos dépenses devant augmenter avec l'épuisement successif des objets de consommation dont le remplacement ne parait assuré ni par l'état des récoltes, ni par la situation de la colonie en bestiaux, il deviendra indispensable de faire de nouveaux fonds pour le service de l'Inde bien plus tôt que vous ne l'aviez calculé, puisque les ressources locales, sur lesquelles vous aviez compté, n'ont pas lieu. Xous sonunes menacés de voir sous peu la livre de viande à plus de 20 sols. Le prix du pain s'élèvera de même en raison du déficit de la récolte ([ui, dans plusieurs cantons, ne donnera pas même la semence.
U\i PROJET DE DEGAKN SIR L'IXDE 375
11 serait utile d'envoyer acheter des blés au Cap de lionne-Espérance ou dans le <{olle Pcrsiquc; mais le commerce n'en n'offre aucun moyen depuis longtemps : il est paralysé par l'abus de l'admission des navires anglais et américains qui font même le cabotage dans les deux îles. Quoique vous ajcz exprimé l'intention précise de faire subsister la division des forces navales par des envois assortis de vivres, il arrive cependant qu'on est obligé de lui faire des fournitures prises dans la colonie. L'envoi par le Malabar n'a pas procuré de secours en farines, et si les vaisseaux doivent reprendre la mer avant l'arrivée d'un nouvel envoi, on sera forcé d'en acheterdcs Aniéricains qui, depuis longtemps, sont les seuls qui en apportent. Ce sont des opérations ruineuses, et il est douteux qu'on puisse les faire à crédit. .Mais on doit espérer de voir rentrer bientôt dans les mains du gouvernement les ressources et l'autorité qu'une assemblée sans aveu emploie depuis la Révolution sans en rendre compte.
J'ai pen.sé, citoyen ministre, qu'il convenait que le résident destiné pour Mascafe fût au plus tôt à son poste où, sous beaucoup de rapports, il peut être très utile. C'est aussi un moyen de vous donner de nos nouvelles car le citoyen Cavaignac entreprendra de vous faire parvenir cette dépèche. Il peut y réussir si, comme j'aime à le croire, l'iman est toujours dans les bonnes intentions qu'il a dernièrement manifestées.
S'il est nécessaire que vous soyez informé de notre situation et des événements dont j'ai rhomieur de vous faire un rapport, il n'est pas non plus indifférent que le Premier Consul sache que la puissance anglaise éprouve, dans ce moment, une commotion telle que, si elle avait des suites et qu'on augmentât d'efforts, il en pourrait bien résulter des événements fâcheux pour cette puissance dont la force sur ce théâtre éloigné de l'œil observateur ne m'a pas paru, au premier aperçu, aussi formidable qu'on la suppose. Je voudrais bien avoir séjourné quelques mois sur ce continent! Qu'il m'aurait été favorable qu'à l'époque où je suis abordé à la côte Coromandel, la division eût été de 3 à 4 vaisseaux de ligne, avec le même nombre de frégates, et 3000 Européens aussi bien portants et d'aussi bonne volonté que ceux qui m'accompagnaient! J'y suis arrivé à l'instant où les Anglais avaient été obligés de diriger tous leurs moyens vers le nord pour y soutenir contre les Mahrattes une guerre qu'ils termineront peut-être, mais qui aurait pu prendre un tout autre caractère dans un moment où les habitants de l'île deCeylan, déjà fatigués du joug, ont égorgé toutes les troupes anglaises qui avaient été établies dans l'intérieur de l'île, et surtout à Kandy. On en évalue le nombre à 1 800, dont beaucoup d'Européens, ce qui, joint aux pertes occasionnées par les maladies, donnait beaucoup d'embarras aux différentes présidences et surtout au gouverneur Wellesley.
Si, dans les circonstances présentes, on pouvait, par la voie de Constantinople, faire faire des démarches auprès de Mahmoud Schah, dont la résidence est à Caboul, — il est de la secte d'Omar, — ce serait une facilité pour l'engager à la guerre. Il règne sur les Afghans et les Abdallis, et sa
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puissance est de plus en plus redoutée des Anglais qui, dans leurs gazettes, lui donnent beaucoup de loitanges. Il est présumable que, dans ce moment difficile, ils font négocier auprès de lui. Ils ont fait partir un nouvel ambassadeur pour la Perse, mais on m'a assuré que ce pays est toujours semé de divisions. Par l'ambassade qu'ils envoyèrent, lorsque le Premier Consul fit la conquête de l'Kgjptc, ils demandèrent au roi régnant (c'était alors Babakan Serdar) de faire alliance avec lui, de ne jamais donner passage au\ Français, et que toutes les fois que Zeman Scbah, auquel Mahmoud Schah a succédé, marcherait vers l'Inde, de l'attaquer du côté de l'ouest pour l'obliger à retourner sur ses pas. Cette démarche n'eut pas alors le succès attendu.
Si la guerre était inévitable, je serais bien fâché de rester dans l'inaction, surtout aussi peu éloigné d'un théâtre où je pourrais si utilement servir. Veuillez bien dire au Premier Consul, citoyen ministre, que j'oserais bien porter la guerre dans l'Hindoustan l'année prochaine avec une certitude de succès si, avec six vaisseaux de ligne, on apportait à l'île de France 3 000 hommes de troupes choisies, dont deux compagnies d'artillerie légère, 500 hommes de cavalerie et le reste en infanterie, payés de six mois de leurs appointements, et si, avec les munitions, etc., il y avait quatre millions. Je donnerai à cet aperçu le développement convenable.
Vous a\ez sans doute reçu mes dépèches adressées du Cap de Bonne- Espérance : elles vous annonçaient que ce poste n'était pas suffisamment défendu et que les Anglais y conservent une grande influence.
Pour espérer les succès dans une correspondance parterre, il serait bien essentiel que nous eussions un agent à Bassora, car un second suffirait à Bagdad.
J'ai l'honneur, etc.
J'ajoutai à cette dépèche la copie de la lettre ci-après du contreamiral Linois au ministre de la Marine, datée du 17 fructidor :
Géxér.^l mixistre,
Me référant à la lettre du général Decaen, je me borne à vous faire connaître le dénûment extrême de la colonie. Il est indispensable que vous envoyiez, pour la division, des salaisons, farines, vins. N'envoyez plus de biscuit : il peut avec avantage se confectionner ici. Nous avons encore pour soixante jours de vivres arrivés par le Malabar. Il est urgent de nous faire passer des câbles et munitions navales de toutes espèces, à l'exception d'ancres, de poudre et boulets. J'ai deux mois de solde pour les équipages. Ces fonds employés, il ne me reste rien ; je ne puis compter sur les ressources de la colonie. Point de nouvelles de la Marie-Françoise. \iAlalanle transporte à Mascate l'agent Cavaignac. Salut respectueux.
Signé : Lixois.
RKCONXAISSAXCE \ KRS L'ARABIE ET L'INDE 377
Enfin, je remis au citoyen Cavaignac les lignes ci-après que j'adressai au général Brune, ambassadeur de la République française à Constantinople :
26 fructidor an XI, île de France.
Je vous prie, mon cher général, de faire parvenir cette dépèche au ministre de la Marine par un courrier extraordinaire. Recevez, etc., etc..
Postérieurement au départ du résident pour Mascate, j'écrivis encore au ministre, au sujet de l'iman, la lettre suivante, datée du 30 fructidor :
J'ai déjà eu l'honneur de vous prévenir, citoyen ministre, que j'avais demandé au contre-amiral Linois d'expédier une frégate pour Mascate, afin de porter à son poste le résident que le Premier Consul a choisi pour être auprès de l'iman. Vous avez aussi été informé par le général Magallon de la démarche que ce prince avait faite auprès de lui; mais ce n'est pas le seul motif qui m'a lait souhaiter que nous ayons quelqu'un à Mascate car, d'après les pièces que le général Magallon m'avait adressées par le Diligent qu'il jugea nécessaire de m'expédier, plus particulièrement encore pour nie faire part des bruits de guerre, je n'ai pas vu plus de désirs, de la part de l'iman, d'avoir des rapports avec les Français que ceux que lui et ses prédécesseurs avaient manifestés. L'envoyé de l'iman est plutôt venu à l'ile de France pour des réclamations de navires capturés que pour des raisons politiques. J'en ai jugé par la note secrète que vous a annoncée le général Magallon dans sa lettre du 26 ventôse; en voici la traduction :
« Au xoM DE Dieu,
« L'exposition de la demande est pour faire rendre les navires qui ont été pris, l'un appartenant au nommé Djouher, et l'autre surnommé le Bédouin, ainsi que 13 000 piastres qui furent prises sur ces deux navires. Cette demande est fondée sur ce que nous avons étant à vous, par la bonne intelligence qui règne entre nous, quiconque se déclare notre ennemi, en enlevant ou en prenant notre bien, doit être aussi le vôtre, de même que vos amis sont les nôtres. Si vous désirez envoyer à Zanzibar ou à .Mascate un agent chargé de vos affaires, qu'il y vienne. L'amitié sera encore plus stable et plus sincère des deux côtés. L'ennemi ne doit être que l'ennemi pendant la guerre, de même que l'ami est toujours véritable ami.
" Salut. )•
Cette note est sans signature, et n'est vraiment autre chose qu'un souvenir que cet envoyé a laissé pour qu'on n'oublie pas les intérêts de son
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maître. J'ai donc ('té plus détcriniiié, pour hâter l'arrivée du citoyen Cavaignac, par les anciennes relations avec l'inian, par la belle situation de Mascatc et de son port, par les intentions du gouvernement d'y avoir un agent, enfin, par la nécessité ([ue m'ont présentée les circonstances.
D'abord la saison était la plus favorable, puisque la frégate Y AtalanU, partie le 26 de ce mois, arrivera à la côte d'Arabie av. commencement du renversement de la mousson et à une épocpie où l'escadre anglaise n'aura pas encore effectué son retour de la côte Coromandel. Cette frégate pourra donc aussi, en outre la mission dont elle est chargée, être dirigée vers le Guzarate, Bombay et la côte Malabar jusqu'à Goa; montrer le pavillon français; avoir des renseignements sur les forces navales anglaises, apprendre des nouvelles sur la situation de la guerre entre les Mahrattes et les Anglais et sur les divers événements qui ont eu lieu dans celte partie du monde, ainsi que sur les dispositions de guerre ou de pai\ dans lesquelles peuvent être les peuples du nord de l'Inde; rapporter ces nouvelles au résident à .Mascate, qui fera encore son possible pour vous les transmettre; car j'aime à me persuader qu'il réussira à vous faire parvenir les dépêches intéressantes dont je lai chargé. L'espoir de ce succès a encore été une des causes qui m'a fait le plus désirer que cette expédition ne soit point retardée.
Mais s'il y a une importance majeure de pouvoir disposer l'iman à nous être utile pour parvenir à correspondre par la voie de terre ainsi que pour avoir des renseignements sur ce qui se passe dans l'Inde et à vous en tenir informé, il n'est pas moins intéressant, dans le cas où la guerre serait inévitable, d'avoir un lieu sur lequel on puisse avoir quelque confiance, et duquel on tirerait pour l'ile de France des grains, du soufre et du salpêtre, etc., enfin tous les secours et moyens qu'il peut offrir.
Mais comme, malgré mes recherches, je n'ai pu acquérir que des notions très imparfaites sur la puissance réelle de l'iman, j'ai fait passer à Mascate le capitaine du génie .Mécusson ; il y fera une reconnaissance telle qu'avec les notes qu'adressera le résident Cavaignac, il ne restera plus, je l'espère, rien à désirer sur ce que l'on doit attendre de nos rapports avec cette partie du monde.
Comme j'ai déjà eu l'honneur de vous dire, citoyen ministre, ([ue, pour avoir une correspondance par terre avec espérance de succès, il conviendrait que nous eussions un agent à Bassora, il est possible que du ministère des relations extérieures on vous réponde qu'il y a toujours eu quelqu'un à cette destination, ce qui est vrai; mais le citoyen Rousseau, qui était chargé de cette mission, et auquel son fils a succédé, faisait, comme celui-ci, sa résidence à Bagdad, et n'avait qu'un agent à Bassora; tandis que, sous tous les rapports, il conviendrait beaucoup mieux que l'agent principal fût résident à Bassora et qu'il y eût un agent secondaire à Bagdad. Je vous prie de prendre ceci en considération. J'ai l'honneur, etc..
RAPPORTS DU PRIiFET LEGER AU MIXISTRE 379 COPIES DES LETTRES DU PRÉFET COLOMAL