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RAPPORTS DU PRKFET LÉGER AU MINISTRE

les hôpitaux et pour le lojjeinent des troupes. Si les affaires politi(|ues avaient chan<}é en Europe, vous ne nous abandonneriez certainement pas; jnais il est bien différent d'être protégé ou d'être vengé.

Sans doute, si la guerre se déclarait, et si des forces un peu marquantes nous arrivaient en ce monient, il ne serait peut-être pas difficile de faire une révolution dans l'Inde. I^a guerre des Anglais contre les Malirattes a créé un allié puissant. Ce serait à la côte de Bombay qu'il faudrait opérer le débarquement. On assure que Holkar s'est racconniiodé avec Scindiah; ces deu\ chefs réunis et soutenus par la France pourraient faire changer la situation des Anglais. Une circonstance particulière peut faire croire qu'ils en auraient la crainte.

La Gazette de Madras, qui ne manque jamais d'annoncer les plus petits événements, qui rapporte scrupuleusement l'arrivée des plus petits bâtiments, n'a rien dit de l'arrivée de la frégate française : la remarque en a été faite même par les Indiens, et le silence affecté de la Gazette produira l'effet contraire. Les bruits populaires grossissent le nombre des vaisseaux et des soldats attendus.

La division anglaise qui était à Trinquemalé est mouillée en ce moment sur Gondelore (1). Ce voisinage a paru inquiéter le capitaine Bruilhac qui désirerait recevoir en soldats son complet d'armement. Si j'aperçois quelques dispositions qui doivent donner des craintes, je ne balancerai pas à l'armer de manière à ce qu'il ait toutes les chances possibles pour échapper à l'ennemi. Mais j'avoue que je répugne à l'idée de voir la frégate appareiller sur des craintes qui n'ont encore d'autre fondement que des bruits populaires.

J'ai fait ces observations au capitaine, mais je ne puis m'opposer à son départ si des manœuvres douteuses de la part de la division anglaise le mettaient dans le cas de se voir menacé.

Le citoyen Bruiv désirait se rendre à Tranque])ar. J'ai fait la demande d'un passeport pour lui au commissaire anglais : il me l'a refusé en me montrant l'article de ses instructions (|ui lui défend de donner des passeports aux étrangers, qui doivent s'adresser à Madras pour les obtenir. Je cite cette circonstance pour que vous jugiez des mesures de rigueur qui annoncent autant de crainte qu'elles prouvent de despotisme politique. Salut, etc..

Signé : Léger,

Léger, préfet, etc., au ministre de la Marine, etc..., datée du '21 messidor.

\ous avons, depuis trois jours une escadre anglaise mouillée en rade de Gondelore (2) . Elle est forte de cinq vaisseaux de ligne et de quatre frégates.

(1) Cuddalore.

(2) Id.

382 MKMOIRES ET JOURNAUX DU GÉMÉRAL DECAEXJ

Le vaisseau le Trident, détaché de cette escadre, vint mouiller avant-hier soir, à 7 heures, en rade de Pondichéry, près de la frérfate la Belle-Poule. Le capitaine Bruilhac s'était rendu à bord aussitôt qu'on avait reconnu le projet du capitaine anglais de venir en rade. Les choses se sont passées avec décence, et aucune démarche de part ni d'autre n'a été dans le cas d'altérer la bonne harmonie dont nous éprouvons les heureux effets dans nos rapports avec lajj^ent du gouvernement anglais.

Le capitaine de la Belle-Poule prend toutes les mesures commandées par la prudence, mais je désire qu'il n'y mette aucune affectation qui puisse être regardée comme un acte de méfiance.

Rien jusqu'ici ne peut en inspirer, et j'ai des preuves que Tordre a été donné à tous les agents répandus dans la province de nous donner toutes facilités pour nos approvisionnements.

Il existe, à la vérité, des usages qui procurent aux chefs anglais certains avantages pécuniaires et dont le montant se paie, en dernier résultat, par le consommateur. Ce serait en vain que j'en demanderais la suppression. Il vaut mieux se résigner à cette petite exaction que de faire une fausse démarche.

SUjné : Lkger.

Je vais aussi transcrire la lettre que je reçus de l'adjudant commandant Binot, aussitôt que le Marengo fut à l'ancre sur la rade de Pondichéry.

Pondicliéry, le 22 messidor an \I.

Mox GÉXlCRflL,

J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'après une relâche de 7 jours dans la rade de I''oulpoinle, ile de Madagascar, la frégate est arrivée le 2G prairial devant Pondichéry, sans avoir éprouvé aucune contrariété ni perdu un seul homme, ayant seulement de malades, dans le détachement, un olficier et trois soldats. Aussitôt le mouillage opéré, j'ai envoyé près le connnandant de Pondichéry le capitaine Lefebvre, votre aide de camp, pour lui porter la lettre, dont vous avez copie sous le n° 1.

Dans la même journée, le lieutenant-colonel Denieuron, commandant les troupes britanniques, me répondit (Vojez le n" 2).

Après avoir communiqué au préfet colonial la réponse du commandant de Pondicliéry, il fut arrêté qu'afin de pouvoir nous occuper de suite des préparatifs nécessaires pour la réception des troupes, nous débarquerions le lendemain avec le capitaine du génie Dehon.

Les visites d'usage rendues au connnandant de Pondichéry et au lieutenant-colonel Cullen, commis.saire du gouvernement anglais, chargé de la remise des possessions françaises dans l'Inde, nous sommes allés reconnaître les établissements convenables au logement des troupes.

CORRESPOX'DAXCK DR BIXOT 383

T,c 30, nous avons arrêl(? : 1" (|uc ri'<]lisc dos capucins servirait à loger le bataillon de la IOÎ)<^; 2" que le magasin général et le hangar des Cipajes anglais, situé au bord de la nier, seraient disposés ])our le bataillon de la 18^ légère; 3" que les bangars situés près l'iiôlel de la Monnaie serviraient à la compagnie des gardes et à celle de l'artillerie légère; 4° que le ci-devant atelier du génie logerait l'escouade d'ouvriers d'artillerie; 5" qu'il serait construit des hangars, dans l'enclos des missionnaires, pour recevoir 200 malades.

Les devis faits par le capitaine du génie ont été remis au préfet colonial; les travaux ont été commencés de suite et s'activent le plus possible.

Le même jour, j'ai reçu de Madras la lettre (Vojez le n» 3). Les nouvelles difficultés qu'on apportait à me rendre Pondicliéry m'engagèrent à en référer sur-le-champ au préfet colonial, conformément h vos instructions. I,es gazettes anglaises, arrivées le nuMiie jour, apporti'rent des bruits de guerre que lés Anglais ne manquèrent pas d'accréditer parmi les habitants, tout en nous disant, à nous, qu'ils n'en croyaient rien : ceci me Gt consentir, d'après l'avis du préfet, à la demande du capitaine commandant la frégate la Belle-Poule de lui laisser à son bord la moitié du détachement, afin de porter son équipage au complet de guerre.

Le 2 messidor, moitié du détachement débarqua, au contentement du préfet et à l'étonnement des officiers anglais qui ne s'attendaient pas à voir des troupes aussi bien portantes et en aussi bonne tenue. Pendant la traversée et depuis !e débarquement, je n'ai eu qu'à me louer de l'ordre et de la discipline de ce détachement.

A la tète des officiers de la lOf!* et de ceux des Cipayes, nous avons été saluer AL Demeuron qui, le même jour, nous invita à dîner.

Les deux colonels anglais Demeuron et Cullen cherchent, par tous les procédés les plus honnêtes, à nous faire oublier le retard que le gouvernement de Madras apporte à nous rendre Pondichéry. Ils donnent pour raison que le lord Clive n'a pu ordonner que cette place me fut rendue avant que les lettres dont j'étais porteur pour M. le manpiis de Wellesley ne fussent parvenues au conseil de Calcutta, d'où les ordres seront donnés au conseil de Madras pour la restitution de nos établissements.

Le 8, le lieutenant-colonel Cullen nous a donné un diner où il a porté un toast au I*remier Consul, tout le monde debout et découvert. J'y répondis par un autre à Sa Majesté Britannique. Au diner, à un bal et souper qu'avait donnés antérieurement M. le colonel Demeuron, les toasts par lui portés avaient toujours été insignifiants; m'étant aperçu qu'il affectait de ne pas vouloir en porter un au Premier Consul, je me suis cru dispensé de répondre.

Satisfait que le colonel Cullen ait rendu à notre premier magistrat ce que l'honnêteté exige, et comiaissant le désir qu'il avait de posséder une médaille représentant le Premier Consul, je lui en adressai une le lendemain. Il m'en témoigna de suite sa reconnaissance dans une lettre dont vous avez copie (n" -4)

38V iMKMOIRKS ET JOURXALX DU GEMERAL DECAEM

Le citoyen Lefebv re vous fera connaître les bruits de guerre répandus par les Anglais, le prétendu blocus du port de Brest par une escadre anglaise. J'attends d'ici à demain la réponse du lord Welleslcy. Si elle tardait plus longtemps, il y aurait lieu de croire qu'ils apportent de la mauvaise volonté k nous rendre nos établissements.

Je vous prie, mon général, de me faire connaître vos ordres sur le débarquement, surtout de vos malades, afin qu'ils trouvent tout disposé pour les recevoir.

Renvoyez-nous le plus tôt possible votre aide de camp, pour que nous sachions si vous avez fait une heureuse traversée et si vous jouissez, ainsi que votre famille, d'une bonne santé.

J'ai l'honneur, etc..

Signé : Binot.

Suivcnl les copies des lettres jointes à la précédente.

Lettre n» 1 .

En rade de Pondichëry le 26 prairial, an XI de la République.

L'adjudant commanlanl Binot, etc., à Monsieur le commandant des troupes de Sa Majesté Britannique à Pondichëry .

Le général Decaen, capitaine général des établissements français aux Indes Orientales, en m'ordonnant de m'embarquer sur la frégate de la République la Belle-Poule qui précède l'arrivée de la division française à la côte de Coromandel, m'a muni de pouvoirs nécessaires pour recevoir la restitution de rétablissement de Pondichéry, suivant le traité d'Amiens.

Je vous envoie, en conséquence, le citoyen Lefebvre, aide de camp du capitaine général, alin de connaître le jour où je pourrai faire débarquer les troupes à mes ordres et les envoyer relever celles de Sa Majesté Britannique dans les différents postes de la ville.

Je charge le citoyen Lefebvre de vous remettre un paquet à l'adresse de M. le gouverneur de .Madras, qui mérite d'autant plus d'être reconnnandé qu'il contient des dépêches de votre gouvernement et du capitaine général Decaen à M. le marquis de Wellesley.

Je suis flatté. Monsieur, que cette heureuse circonstance me procure l'avantage de faire votre connai.ssance et de vous assurer de mes très humbles civilités.

Pour copie conforme :

L'adjudant général : Signé : Bi.\ot.

CORRESPOXDAXCK DE BINOT :i85

Lettre n° 2.

Pondichëry, le 15 juin 1803.

Au général L. Binol, chef de V état -major de l'expédition des Indes Orientales, à bord de la frégate la Belle-Poule, en rade de Pondichéry.

Général,

Votre aide de camp, citoyen Lefebvre, m'a remis, avec la lettre dont vous m'honorez, un paquet pour le gouvernement de Madras. Je l'adresse au Très Honorable Gouverneur en Conseil, en demandant ses ordres qui fixeront le jour auquel les troupes sous vos ordres pourront débarquer et prendre possession de l'établissement. Je ne puis le permettre plus tôt, n'étant muni d'aucun pouvoir à cet effet.

Je crois néanmoins ne pas m' écarter des intentions du gouvernement britannique en prenant sur moi de permettre que tous les officiers, civils et militaires, qui auront votre approbation, descendent pour leurs affaires particulières.

Je donne des ordi-es pour que vos officiers de santé trouvent tous les secours qu'on peut leur donner pour l'établissement temporaire de leur hôpital, dont les malades peuvent descendre dès aujourd'hui.

Un logement provisoire se prépare pour vous. Général, et je ferai tout ce qui dépendra de moi pour que tout ce qui est sous vos ordres souffre le moins possible de l'état inévitable qu'occasionne la distance d'ici à Madras.

Je suis, avec la plus haute considération, etc..

Signé : De.meuro.v, lieutenant-colonel commandant. Pour copie conforme :

Signé : L. Bixot.

Lettre n" 3 (date omise) .

B Au général Binot, commandant les troupes françaises

à Po7idichéry .

Monsieur,

Paragraphe 1'". — J'ai l'honneur de vous accuser la réception de la dépèche adressée par vous au Très Honorable Lord Clive, et des dépèches incluses envoyées de la part de Son Evccllence le général Decaen, et je suis chargé II. 25

386 MliMOlRKS ET JOURNAUX DU GENERAL DECAEN

de vous féliciter de la part de Sa Seijjncurie le Gouverneur en Conseil sur votre arrivée dans l'Inde, à l'effet de recevoir la restitution des possessions qui doivent être rendues à la République de France, conformément aux termes du traité de pai\ définitif conclu à Amiens.

2^ — J'ai l'honneur de vous faire savoir, de la part du Très Honorable Gouverneur en Conseil, que la dépêche adressée par Son Excellence le général Decaen à Son Excellence le Très Noble marquis de W'cllesley a été cîivoyée en conséquence à Son Excellence, au fort William ; et qu'aussitôt que les ordres de Son Excellence en Conseil auront été reçus pour effectuer la restitution des possessions françaises sur les côtes de Coromandel et de Malabar, les arrangements nécessaires seront pris à cet effet par le Gouvernement du fort Saint-Georges, sans aucun délai.

3". — Je suis chargé de vous informer que, jusqu'à ce que ces ordres aient été reçus de la part de Son Excellence le Très Noble Gouverneur en Conseil, l'officier commandant à Pondichéry a reçu des ordres pour vous aider de tout son pouvoir à l'effet d'accommoder aussi convenablement que possible les troupes qui sont sous vos ordres dans cette place.

4^ — Le J'rès Honorable Gouverneur du fort Saint-Georges en Conseil ayant pris la résolution de nommer le lieutenant-colonel Cullen commissaire de la part du Gouvernement britannique pour effectuer la restitution des établissements de Pondichéry et de Karikal, aussitôt que les ordres et les instructions de Son Excellence le Très Noble Gouverneur général en Conseil auront été reçues pour ce sujet, j'ai l'honneur de vous informer de la part de Sa Seigneurie en Conseil que toutes les communications qui auront rapport à ce sujet vous seront faites par le canal de cet officier. J'ai l'honneur d'être, etc..

Signé : G. Buchax, secrétaire en chef.

Pour traduction conforme :

Signé : Lefebure.

Pour copie conforme :

Signé : Bixot.

Lettre n° 4.

Pondichéry, le 28 juin 1803.

A Monsieur Binot, adjudant commandant.

Monsieur,

J'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre avec la médaille du Premier Consul.

Je ne puis vous exprimer combien je suis flatté de cette marque de votre

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