‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 117 sur 184 · BONAPARTE SE PLAINT DE M OR EAU · texte numérisé non relu

BONAPARTE SE PLAINT DE M OR EAU

n'avait-il pas cherché à rentrer en France après le 18 brumaire?)'; que Pichegru, ayant ainsi aggravé ses torts, il s'était mérité l'exception faite à son égard. [J'ajoutai] que l'abbé David ne fut sans doute pas satisfait de ma réponse car il ne vint plus me voir; que, probablement, le général Moreau avait accueilli ses sollicitations, appuyées de quelques mauvais conseils donnés par d'autres personnes, car j'avais entendu dire que ce n'était que par égard pour le général Moreau que Pichegru avait été compris sur la liste d'exception, et qu'alors on était parvenu à déterminer le premier à écrire à l'autre pour lui prouver que ce n'était pas lui qui était un obstacle à son retour en France.

Après ces observations de ma part, Bonaparte dit : « Convenaitil au général Moreau de se tenir éloigné du gouvernement, et d'affecter de ne pas être en uniforme quand il s'est présenté? Je n'aimais pas les membres du Directoire, mais j'ai toujours su me tenir dans les bornes du respect dû aux chefs du gouvernement. Le général Moreau a rendu de grands services, mais cela ne l'autorise pas à faire le frondeur, et à rallier autour de lui les personnes auxquelles le gouvernement s'est trouvé obligé de manifester son mécontentement. En agissant ainsi, le général Moreau ne montre-t-il pas qu'il donne son approbation à leur conduite? Cela ne peut produire que le plus mauvais effet. D'ailleurs n'est-il pas entretenu au service de la République? Il reçoit son traitement de général en chef, ses aides de camp lui sont conservés. Ainsi, ne devrait-il pas avoir plus de circonspection? Moi aussi, comme militaire, j'ai rendu des services et je ne crois pas qu'on ait, jusqu'à présent, de reproches à me faire de mon administration. On dit que je travaille pour les Bourbons : mais je ne suis pas tombé du ciel ici! Je sers ma gloire! Si le général Moreau peut avoir quelque sujet de se plaindre, ce n'est pas avec des mécontents qu'il doit s'en entretenir. Il a occupé un poste élevé qui lui donne de l'influence, et une mauvaise influence sur l'opinion entrave la marche du gouvernement. La France a besoin de repos.

« Le Concordat avec le pape lui a déplu. Je ne me soucie pas des prêtres, mais il y avait besoin et même nécessité de s'en occuper pour rétablir, de ce côté, la tranquillité. Le général Moreau ne vint point à la cérémonie de Notre-Dame; mais sa jeune femme s'y montra, affectant la moquerie. Et, le soir, il se présenta chez

le ministre de la Guerre pour dîner avec tous les généraux -qui avaient assisté à cette cérémonie, conduit par son inconséquence, pour se moquer aussi de leur condescendance. Mais il éprouva le désagrément de ne pas être admis, parce qu'il n'était pas en uniforme. Quand il y a des choses qui ne conviennent pas, on doit savoir prendre son parti. On n'agit point de cette manière; on s'éloigne entièrement. Enfin on n'affecte pas de se montrer comme an chef de frondeurs. Je voudrais que le général Moreau eût de l'ambition. Je voudrais qu'il fût comme Bernadotte. Eh bien! Je la servirais, cette ambition... Est-ce de l'argent qu'il lui faut? J'ai déjà laissé à sa disposition un cinquième de toules les contributions qu'il a levées en Allemagne, et il lui en est resté quatre millions. Comme chef de l'Etat, je pourrais lui en demander compte et regarder comme insuffisant l'aperçu qu'il a adressé au ministre de la Guerre, qu'il a fait imprimer et dans lequel il a annoncé, avec trop de jactance, qu'il avait fait verser huit cent et quelques mille francs dans la caisse de Strasbourg. Pendant son séjour dans cette ville, il a donné des ordres, de sa seule autorité, et affecté des fonds pour ériger plusieurs monuments, ainsi que pour assurer le traitement des militaires invalides qui devaient en être les gardiens (1). »

Le général Moreau avait, effectivement, affecté des fonds pour réédifier, à Salzbach, le monument de Turenne, ainsi que pour en élever un, près du pont de Kehl, au général Desaix, tué à Marengo ; un autre, à la plaine des Bouchers, près le polygone de Strasbourg, au général Kléber, assassiné en Egypte ; un troisième, à Neuf-Brisach, au général Beaupuy, tué au combat d'Emmendingen, sur la rive droite du Rhin, près Fribourg, lors de la retraite du général Moreau en 1796; enfin un quatrième, à Huningue, au général Abbatucci, tué en défendant la tête de pont devant cette place en janvier 1797.

Le général Moreau avait ordonné, au sujet de ces monuments, des dispositions qu'il aurait dû préalablement faire agréer du gouvernement; mais il prétendait qu'il avait dû s'en dispenser, parce qu'il n'avait disposé que des fonds appartenant â son armée;

(1) Le 22 vendémiaire an IX, Moreau prit un arrêté relatif à la surveillance des monuments de Turenne, Kléber, Desaix et Beaupuy. Les gardiens des monuments devaient avoir un traitement de 500 francs (Arrêté de Moreau, 22 vendémiaire an IX, A. H. G.).

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et que c'était au nom de cette armée, dont il était le chef, qu'il faisait ériger ces monuments à la mémoire et à la reconnaissance. Il était, à cet égard, dans Terreur; car il ne pouvait pas, sans l'approbation du gouvernement, ordonner de telles dispositions dans l'intérieur de la République. D'ailleurs, la dislocation de l'armée était déjà ordonnée et exécutée.

Lorsque le Premier Consul eut fini d'exprimer ses griefs contre le général Moreau, je lui demandai s'il voulait me permettre quelques observations. Je lui dis d'abord qu'on avait été étonné qu'on n'eût pas fait une réception d'apparat à ce général lors de son retour de l'armée, tandis qu'à la même époque on avait remarqué qu'il avait été ordonné des dispositions pour bien recevoir l'ambassadeur de Russie; et que c'était probablement ce contraste qui avait été la cause que les amis du général Moreau s'étaient réunis pour lui offrir un dîner et une fête au jardin de Ruggieri, à laquelle j'avais été invité. (J'ai déjà eu l'occasion de parler de cette triste fête). Le général Bonaparte me répliqua : a Le général Moreau, après avoir repassé le Rhin, resta plusieurs jours à Strasbourg. Il en partit sans annoncer son départ, et il passa par Paris pour se rendre à son château d'Orsay, d'où il vint, en frac, m'annoncer son retour. Il était accompagné du général Dessolle. »

Je continuai en disant : « Mon général, on fut fort étonné, à l'armée, lorsqu'on apprit que plusieurs généraux, dont on savait que le général Moreau n'était pas satisfait, avaient été employés aussitôt leur arrivée à Paris; et l'on disait même : k II parait qu'il faut mal servir à cetle armée pour s'assurer « la faveur du gouvernement. » Je vous prie de croire qup je ne suis pas le délateur de mes camarades; je veux seulement vous entretenir de ce que je suppose avoir donné de l'humeur u général Moreau. Tout le inonde savait que ce général avait plusieurs motifs d'être mécontent de la manière dont le gén< rai Gouvion Saint-Cyr avait servi depuis le commencement de la c upagne. Je ne vous parlerai que de lui, et vous l'avez envoyé c< imander en Italie. — Si le général Moreau avait porté une plainte contre cet officier général et que, sans y avoir égard, le gouvernement lui eût confié un nouvel emploi, ce serait une juste obse tion; mais Saint-Cyr a présenté une lettre dans laquelle on fai t "• 19

son éloge, et qui l'autorisait à quitter l'armée du Rhin pour raison de santé. Il n'y a pas eu non plus de plainte contre les autres généraux qui ont quitté cette armée. J'ai assez d'ennemis, je ne veux pas en augmenter le nombre. Je ne pouvais pas leur refuser de l'emploi, parce que le gouvernement ne doit pas faire attention à ce que des officiers généraux ont quelques différends entre eux parce qu'ils ne se conviennent pas, et ce n'est pas une raison pour qu'il se prive de leurs services. D'ailleurs, celui qui a des difficultés avec l'un sert souvent très bien avec l'autre. »

Je dis ensuite : « Le général Moreau a eu beaucoup d'humeur de ce que plusieurs nominations qu'il avait faites dans l'armée n'avaient pas été confirmées; que des récompenses qu'il avait demandées n'avaient point été accordées, et surtout que le ministre eût envoyé plusieurs officiers de son choix pour remplir des places vacantes dans plusieurs régiments; et sa mauvaise humeur était telle qu'après la bataille de Hohenlinden, il avait fait annoncer, par un ordre du jour, qu'il n'avait pas fait de demandes d'avancement, qu'il ne les adresserait que lorsque les antécédentes seraient accordées. — Je sais cela, et, à cet égard, il y a eu entre le ministre et le général une correspondance fort désagréable. xAu reste, toutes les demandes faites par Moreau ainsi que ses nominations provisoires ont été accordées ou confirmées, et il n'y a eu qu'un très petit nombre d'officiers envoyés à l'armée du Rhin poulies emplois vacants. — Maintenant, mon général, il s'agit d'une chose beaucoup plus importante : j'ai entendu dire que, depuis le traité de Lunéville, le général Moreau avait eu l'intention de marcher avec son armée sur Paris pour renverser le gouvernement. Ce bruit n'a pu être répandu que par les ennemis de ce général pour vous irriter contre lui. D'abord, je suis certain qu'il n'a point eu cette pensée et je crois pouvoir vous le démontrer en vous disant : 1° Que j'étais assez dans son intimité pour ne m'être pas aperçu s'il avait eu l'idée d'une entreprise aussi extravagante. Non, il n'a jamais eu cette idée. Il a donné trop de preuves de son patriotisme, et il n'était pas dans son caractère de la concevoir. 2° Lorsque le général Moreau fit son retour de Paris, après avoir reçu de vous une paire de pistolets d'honneur, il vint résider au château de Nymphenburg. J'y avais mon quartier général ; il voulut que je restasse avec lui. J'étais presque tous les jours son

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seul compagnon de chasse. A Tune de nos haltes, il me vint à l'idée de lui demander comment allait le gouvernement. Je n'avais l'honneur de vous connaître que par votre grande réputation. Il me répondit : « Decaen, cela va très hien, on ne peut pas et mieux! Il n'y avait que Bonaparte qui pouvait tirer la France de « la position difficile dans laquelle elle se trouvait lorsqu'il a pris a les rênes de son gouvernement. » Et, pendant tout le temps de sa résidence à Nymphenburg, lorsqu'il était question de vous, il n'en parlait jamais qu'avec admiration. Ainsi, jusqu'à cette époque, ou ne peut pas dire que le général Moreau avait de mauvaises intentions.

« Depuis la bataille de Hohenlinden, la dernière suspension d'armes et le traité de Lunéville, je me suis trouvé plusieurs fois en petit comité avec le général Moreau, mais je n'ai jamais entendu un seul mot qui pût faire pressentir qu'il eût jamais pensé à ce qu'on lui a si méchamment imputé. Mais je lui ai entendu dire, un jour que l'on causait sur le retour prochain de notre armée en France : ce Je proposerai au Premier Consul une expédition ce contre l'Angleterre, et je lui demanderai, pour cela, de choisir et 40000 hommes de l'armée du Rhin. » — Tout ce que vous me dites là est vrai, mais il n'a plus été de même depuis l'arrivée de sa femme à Salzhurg. Cependant, ce n'est pas à cette jeune femme que j'attribue son changement de conduite. C'est à l'influence de sa belle-mère, qui est intrigante, et aux conseils pernicieux de ces trois petits coquins de Lahorie, de Fresnière (1) et de Normand. Ce drôle, qui était du Conseil des Cinq-Cents, colportait, avant le 18 fructidor, en faveur des Bourbons. Toutes leurs intrigues et leurs mauvais conseils finiront par perdre Moreau. »

Après la finale de cette repartie, qui me sembla encore annoncer quelque intérêt pour ce général, j'allais demander à Bonaparte s'il voulait me permettre de prévenir le général Moreau qu'il lui importait d'adopter un autre système. Mais la prompte réflexion que celui-ci pourrait prendre en mauvaise part ce que je lui dirais, ou bien qu'il n'en ferait pas plus de cas que des observations que

(1) Fresnière était secrétaire de Moreau. Le 16 féyrier 1804, Murât, alors gonverneu de Paris, douua l'ordre de l'arrêter. Mais Fresnière avait eu le temps de se mettre en sûreté. Moreau venait lui-même d'être arrêté et conduit au Temple [Lettres et document pour servir à l'histoire de Joachim Murât, publiés par le prince Murât, tome III, p. 26

et 27).

je m'étais déjà permis de lui faire, me porta à substituer ces paroles : a Je suis persuadé, mon général, que s'il était possible que vous fassiez faire une démarche auprès du général Moreau, vous le ramèneriez facilement vers vous. » Il me répondit ces seuls mots : a C'est un sable mouvant! » J'en fus si atterré que je ne trouvai plus rien à dire.

Le général Moreau, qui aurait pu se permettre d'offrir ses hommages à une des personnes les plus distinguées de la capitale, ou plutôt de la France, fut engagé par les adroites intrigues de la dame Hulot, veuve d'un trésorier de la marine à l'île de France, à épouser sa fille. C'est à ce mariage, dont on fut fort étonné, que l'on a attribué, et je ne crois pas que l'on se soit trompé, le commencement de la mésintelligence entre ce général et le Premier Consul; car, après cette union, l'orgueil, la jalousie et la vanité excitèrent cette dame Hulot qui influença la jeune épouse jusqu'au point que ces dames eurent la prétention que la compagne du général Moreau devait jouir d'autant de considération que Mme Bonaparte. Au lieu d'étouffer les premiers germes de cette gloriole, le général Moreau s'en trouva arlificieusement subjugué. De là, cet accroissement de mésintelligence et de haine qui conduisit ce célèbre général sur le banc des accusés; ensuite à implorer la clémence de Bonaparte, afin de pouvoir passer sur une terre étrangère, enfin à revenir en Europe pour y ternir ou plutôt y perdre tant de gloire et tant de reconnaissance qu'il avait acquise en combattant pour la Patrie, en s'abaissant jusqu'à devenir l'un des conseillers et l'un des conducteurs des cosaques qui vinrent, plus tard, en ravager le sol ; et qui, avant de revoir cette belle France qu'il aurait du toujours défendre et qu'il venait désoler, termina sa vie par la plus terrible catastrophe, puisqu'il fut tué par un boulet français! ! !

Lahorie était mécontent de ne pas avoir été nommé général de division. Il était de petite taille; sa physionomie était laide sans être repoussante. Mais il avait beaucoup d'esprit et de capacité. Il avait une grande ambition qu'il affectait de dissimuler. Il se jugeait utile et surtout propre à la diplomatie. Il avait acquis un grand empire sur le général Moreau; et c'était au point qu'il était parvenu à devenir, sans commission, le chef de l'état-major de l'armée, en supplantant le général Djssolie qui n'en remplis-

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sait plus les fonctions que pour ce qui était le moins important.

Je pensais que, si le Premier Consul eût nommé Lahorie général de division et employé aux affaires étrangères, surtout à une ambassade, objet de ses secrètes pensées, il l'aurait alors détaché du général Moreau.

On me dit, dans le temps, que Lahorie, ayant accompagné ce général dans un de ses voyages à Paris, avait déplu à Bonaparte parce qu'il avait voulu, auprès de lui, trop faire l'important, relativement aux opérations de l'armée; et surtout parce qu'ayant été secrétaire du général Beauharnais, au commencement de la guerre de la Révolution, il avait commis quelques indiscrétions à l'égard de la veuve, Joséphine, mariée à Bonaparte.

J'étais lié d'amitié avec Lahorie depuis plusieurs années. Lorsqu'il fut question du Consulat à vie, il me demanda si j'avais signé pour : " Oui », fut ma réponse. — « Eh bien! moi, j'ai signé non. — Tu aurais beaucoup mieux fait de ne rien signer, car ton opposition affectée ne servira qu'à t'attirer encore plus la haine de Bonaparte. »

L'adjudant commandant Normand se serait aussi détaché du général Moreau si on l'eût promu au grade de général de brigade. Il était bien loin de pouvoir être comparé à Lahorie pour l'esprit et les talents. Il se prévalait singulièrement d'avoir été membre du Conseil des Cinq-Cents et de ce qu'il avait une figure et une tournure à plaire aux dames. Aussi voulait-il passer pour homme à honnes fortunes. Selon lui, il était vainqueur de toutes celles qu'il entreprenait de convoiter. Ce qu'il y a de plus réel, c'est qu'il était très propre à l'intrigue. Dans les premiers temps de mon retour de l'armée, il me proposa plusieurs fois des parties de campagne que je refusai parce que je ne voulais pas m'engager dans les coteries.

Lorsque j'eus une conversation aussi longue et aussi extraordinaire avec le Premier Consul, j'avais déjà pris congé du général Moreau; mais quand j'aurais encore eu à lui faire ma visite d'adieu, je n'aurais pas pu me permettre de lui dire un seul mot de cette conversation confidentielle, puisque Bonaparte ne m'avait point fait entendre qu'il m'y autorisait. D'ailleurs, si j'avais eu cette autorisation précise ou simplement implicite, l'esprit du général Moreau avait alors été élevé et était entretenu à un si haut degré

tic haine contre le Premier Consul qu'il aurait indubitablement fort mal accueilli mon message; et s'il en eût fait part à ses trop intimes conseillers, ils n'auraient pas manqué de lui répéter que c'était une nouvelle preuve qu'on le redoutait, car ils étaient parvenus à le persuader qu'on n'oserait jamais rien entreprendre contre lui.

Cependant mon attachement pour le général Moreau, me portant à désirer de pouvoir, avant de traverser la mer, lui transmettre un avis que l'orage le menaçait, j'allai voir le général Donzelot (1), alors adjoint du ministre de la Guerre et sur la prudence et la discrétion duquel je pouvais me reposer. Néanmoins, sans lui faire une entière confidence de ma conversation avec le Premier Consul, je lui en dis suffisamment pour qu'il fût pénétré de l'importance qu'il y avait que le général Moreau, auquel il était, comme moi, très attaché, fût prévenu de mettre plus de circonspection dans sa conduite. Je dis en outre au général Douzelot : te Comme, par votre position, vous pouvez savoir bien des choses, le général Moreau ne trouvera probablement pas extraordinaire que vous lui donniez cet avis; et, venant de vous, il ne fera sans doute pas mépris de ce que vous lui direz, m Donzelot me promit de faire la démarche et de bien s'acquitter du sujet.

Pour ne plus y revenir, je dirai qu'à mon arrivée à Brest, j'y trouvai le beau-frère du général Moreau, le lieutenant de vaisseau Hulot, commandant la corvette le Bélier qui devait faire partie de l'expédition de l'Inde. Il me demanda comment j'avais laissé sa famille et le général, à mon départ de Paris. Je lui répondis : *• Tous jouissent d'une bonne santé. Mais je vous conseille d'écrire sur-le-champ à votre mère qu'elle use incessamment, ainsi que votre sœur, de toute l'influence qu'elles peuvent avoir sur l'esprit du général Moreau pour qu'il se rapproche au plus tôt du Premier Consul, autrement il se plongera dans des embarras et, peut-être, des malheurs que, trop tard, il ne lui serait plus possible d'éviter. »

(1) Donzelot (François-Xavier), né le 6 janvier 1764, à Mamirolle (Doubs); soldat au Royal-Marine Infanterie, le 28 octobre 1783; sous-lieutenant au 21e régiment de cavalerie, le 22 septembre 1792, lieutenant, le 24 mars 1793; adjudant génér<l chef de bataillon, le 15 mai 1793; chef de brigade, le 16 prairial an II; nommé général de brigade parle général en chef de l'armée d'Orient, le 5 messidor an VII, général de division, le 6 décembre 180"; gouverneur des iles Ioniennes, en avril 1810. gouverneur de la Martinique, le 13 août 1817; retraité, le 1er mai 1832; mort à Ville-Evrard, le 11 juin 1843 (A. A. G.).

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