‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 29 sur 184 · SUSPENSION DES HOSTILITES · texte numérisé non relu

SUSPENSION DES HOSTILITES

prévenir sur ma ligne qu'il y avait suspension d'hostilités; qu'ainsi je pouvais rétablir mon quartier général à Munich.

25 messidor (14 juillet). — Le lendemain, l'adjudant commandant Hamelinaye (1), que j'avais laissé à Kirchtrudering, m'adressa un rapport du chef de brigade Caulaincourt informant que les Autrichiens avaient inquiété nos vedettes, sur la route d'Erding, et après la suspension d'hostilités; et que ce chef allait se transporter aux avant-postes pour s'en plaindre.

Cet adjudant général m'informait aussi qu'il était arrivé six déserteurs pendant la nuit ; que trois de ces déserteurs avaient déclaré que le général de Rosenberg était arrivé dans la matinée du 24 à Riexing, route d'Erding, avec deux divisions de dragons de Ferdinand, deux de hussards du même nom, un bataillon d'infanterie et six pièces de canon; qu'une compagnie d'infanterie, une division de hussards et une de dragons, avec deux pièces d'artillerie, s'étaient portées en avant et avaient pris position à Gelling et à Pliening.

Ce rapport fut de suite transmis au général en chef, à Munich. Je fis prévenir les généraux Debilly, Durutte et le chef Caulaincourt que mon quartier général s'établissait à Munich.

26 mesùdor (15 juillet 1800). — Je rendis compte au général en chef qu'on avait été aux avant-postes autrichiens à Pliening afin de savoir la cause de l'agression commise par les avant-postes ennemis ; que les officiers, dont un lieutenant-colonel de hulans, un lieutenant de Kinsky et un capitaine de Ferdinand (ce qui confirmait les rapports des déserteurs, que M. de Rosenberg s'était rapproché deFreising), s'étaient excusés en disant qu'ils n'avaient été informés qu'à 9 heures du matin de ce jour de la suspension qui avait lieu et qu'ils avaient été prévenus que cette suspension était indéfinie.

(1) Hamelinaye (Jacques-Félix-Ian de la), né le 22 février 1769, à Montauban (llle-et- Vilaine); sous-lieutenant, le 12 octobre 1791 ; lieutenant, le 30 vendémiaire an II; capitaine, le 19 ventôse an II ; chef de bataillon, le 8 thermidor an VII; aide de camp de Bernadotte, le 6 floréal an VIII; adjudant commandant, le 16 prairial an VIII; aide de camp du maréchal Bernadotte, le 24 février 1807; général de brigade, le 12 juin 1809; chef d'état-major du général Decaen en Hollande, le 7 décembre 1813; général de division, le 15 janvier 1814; retraité, le 2 décembre 1833; mort à Rennes, le 14a\ril (1861 A. A. G.).

J'annonçai au général en chef qu'il était arrivé treize déserteurs depuis le 25 au soir, et qu'on avait trouvé, dans une chapelle à la droite de la route qui conduit à Riem, 52 caisses remplies d'obus, et que le nombre [des obus?] était d'environ 1 200; que les reconnaissances envoyées sur la route de Wasserburg avaient été jusqu'auprès d'Ebersberg ; qu'elles n'avaient trouvé que de faibles postes de hussards de Blankenstein.

Ce même jour, le général en chef m'écrivit :

Je vous préviens, citoyen général, que je viens de conclure un armistice avec M. de Kray. Veuillez suspendre en conséquence toute hostilité. Je vous ferai connaître incessamment la ligne que doit occuper l'armée.

Munich, le 26 messidor.

Copie de cette lettre fut envoyée aux généraux de brigade et au chef de brigade Caulaincourt pour qu'ils fissent connaître aux troupes sous leurs ordres la conclusion de l'armistice dont la convention fut mise, le lendemain, à l'ordre de l'armée et à l'ordre de la division.

Cette nouvelle fut reçue avec joie par les troupes qui, quoique victorieuses depuis l'ouverture de la campagne, étaient bien aises de cesser de combattre et de prendre du repos; et surtout parce qu'on espérait que cet armistice serait bientôt suivi d'un traité de paix. Autrement, il aurait beaucoup mieux valu profiter de suite de notre position, de nos succès, ainsi que de l'ascendant que nous avions pris sur l'ennemi que nous n'aurions pas probablement eu beaucoup de peine à rejeter encore loin de l'Inn, tant il y avait de découragement dans son armée.

Le premier article de la convention énonçait qu'en cas de reprise d'hostilités, elle ne pourrait avoir lieu sans être précédée d'un avertissement de douze jours à compter de l'heure où la notification en serait parvenue au quartier général de l'armée opposée.

Le général en chef ayant limité l'espace de terrain que chacun des corps occuperait pendant la durée de l'armistice, l'arrondissement de Munich fut destiné à ma division, chargée de garder par des postes la partie de la ligne de démarcation déterminée par l'article 2 de la convention, partant du village de Helfendorf, sur la chaussée d'Aibling, et se prolongeant à gauche par Ebersberg,

ARMISTICE DE PARSDORF 69

Isen, Lengdorf, et allant de là vers les sources de la Vils dont elle descendait la rive gauche jusqu'à Vilsbiburg.

En me faisant connaître ces dispositions, le général en chef me chargea d'envoyer un officier d'élat-major pour s'entendre avec ceux de l'armée autrichienne;... qu'il avait été convenu que M. de Kray ferait envoyer, de son côté, afin de s'accorder sur la cession qui devait nous être faite des villages qui devaient être compris dans notre ligne, ainsi que pour fixer le moment où nos avantpostes pourraient s'avancer sur cette ligne.

Je chargeai de cette mission l'adjudant commandant Plauzonne, mon chef d'état-major.

Je reçus l'ordre de faire diriger sur le corps de réserve de cavalerie, commandé par le général d'Hautpoul, le détachement de ce corps de réserve qui avait été réuni à ma division pour marcher sur Munich.

Je fus prévenu que les divisions Grandjean etLeclerc devaient se mettre en marche pour aller prendre leurs cantonnements de l'autre côté du Danube, et que je devais attendre jusqu'au 30 pour envoyer des troupes de ma division à Freising et Moosburg (l).

28 messidor (17 juillet). — Il me fut annoncé que le général Leclerc avait reçu l'ordre de laisser à Freising les deux bataillons de la 14e d'infanterie légère qui étaient sous son commandement et qui passaient sous le mien avec un des régiments de chasseurs de sa division; que ce régiment lui serait remplacé par le 13e de cavalerie auquel je devais donner des ordres de partir de suite pour se rendre à Zusmarshausen où il recevrait ceux de son emplacement; que le bataillon de la 14e d'infanterie légère détaché à la division Grandjean serait aussi envoyé à Freising.

Mon chef d'état-major, ayant fait son retour, annonça qu'il avait rencontré à Parsdorf deux officiers envoyés par le général de Rosenberg; qu'il était convenu avec eux que, le lendemain 29, dès la pointe du jour, il dirigerait nos avant-postes sur divers

(1) « D'après l'ordre du général eu chef, le général de division Decaen donnera ordre au 2e régiment de carabiniers, au 9e de cavalerie et à l'escadron du 8e régiment de cavalerie, lesquels ont été détachés à sa division, d'en partir demain à 3 ou 4 heures du malin, avec la demi-compagnie d'artillerie légère qui était attachée à ce détachement, pour se rendre à Dachau, où ils resteront aux ordres du général d'Hautpoul... • (Moreau à Decaen, Munich, 26 messidor, A. H. G.).

70 MÉMOIRES ET JOURxMALX DU GÉXÉRAL DEGAEX

points de la ligne de démarcation; qu'il avait écrit à ce général pour le prévenir de ce mouvement; qu'il lui avait envoyé la nomenclature des villages dont l'occupation par nous avait été convenue avec ses officiers, et qu'il l'avait invité de donner des ordres pour que ces villages soient cédés ; qu'il avait aussi écrit au général de Rosenberg qu'étant également chargé de faire occuper Lengdorf et de diriger notre ligne en descendant la Vils jusqu'à Vilsbiburg, il le priait d'inviter M. le général de Gyulai à nous céder aussi ce terrain à notre gauche.

L'adjudant commandant Plauzonne avait aussi prévenu le commandant du 6e de chasseurs de faire avancer quelques postes sur divers points de la ligne à l'heure convenue.

D'après ce rapport, je donnai des ordres pour le placement des troupes de la division et l'établissement des postes sur la ligne de démarcation.

Il fut ordonné au général Debilly de fournir des troupes de sa brigade pour la garnison de Munich et d'avoir des postes sur la ligne, ayant leur droite à Helfendorf, route d'Aibling, et leur gauche vers Isen ; et au général Durutte, de s'établir à Freising avec une partie de ses troupes et d'avoir des postes sur la ligne, depuis Isen pour sa droite presqu'â Vilsbiburg exclusivement.

Les noms des villages inclus dans chaque partie de la ligne qu'ils devaient faire occuper par leurs troupes leur furent indiqués.

Il leur fut recommandé d'avoir des noyaux de troupes, soit d'infanterie, soit de cavalerie, selon la nature du pays, dans les principaux endroits de cette ligne, lesquels auraient des postes d'observation sur les principales communications, et de ne faire occuper que par quelques hommes les villages intermédiaires afin de s'en assurer la possession.

Il leur fut dit aussi de mettre quelques troupes en cantonnement dans les meilleurs endroits, entre la ligne de démarcation et l'Isar, pour former une espèce de deuxième ligne, choisissant de préférence ceux placés sur les grandes communications. Ils furent prévenus que les troupes de leur première ligne vivraient chez l'habitant, à moins que les ressources du pays ne le permissent pas; et, en cas d'impossibilité, de m'en informer; et qu'aussitôt après l'établissement des troupes, auxquelles il serait recommandé

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