UN COMMISSAIRE DES GUERRES FUSILLE
remplacé par le général Grenier (1) ; mais, la vérité, c'est que le général Saint-Cyr avait donné au général en chef divers sujets de mécontentement.
Le général Vandamme avait aussi quitté l'armée. Il commandait une des divisions de l'aile droite. Son départ fut une conséquence du jugement du commissaire des guerres Pommier, condamné par un conseil de guerre à être fusillé. Ce malheureux commissaire fut accusé d'avoir levé des contributions dans le pays au lieu de pourvoir à la subsistance des troupes qui, ne recevant point de distributions, se livraient au pillage, ce qui avait obligé les chefs de corps à porter des plaintes graves et fondées.
Cependant on croyait que le jugement ne serait pas exécuté parce qu'on savait que le général Vandamme non seulement n'ignorait pas la conduite de son commissaire, mais encore qu'il l'avait autorisée. On disait même qu'il en relirait la meilleure part, et qu'alors il viendrait implorer la clémence du général en chef dont le caractère bon n'aurait probablement pas refusé cette grâce, puisque l'effet pour réprimer le désordre pouvait être considéré comme suffisamment produit par le jugement exemplaire qui venait d'être rendu. Mais le général Vandamme resta tranquille ! . . . Et le malheureux commissaire, qui avait sans doute compté sur la protection de ce général qu'il savait très ami du général en chef, et qui n'avait pas voulu, pour sa défense, compromettre le général Vandamme, reçut la mort avec courage et résignation.
Cette exécution fit une grande sensation dans l'armée.
16 prairial. — Dès le matin, je fus pour prendre les ordres du général Moreau, arrivant au moment où il montait en voiture pour se rendre à Babenhausen. Alors il me dit que je le verrais à cet endroit, en y passant pour me rendre à ma division qu'il m'engageait à rejoindre au plus tôt. Je montai de suite à cheval.
(1) Grenier (Paul), né le 29 janvier 1768, à Sarrelouis; engagé volontaire au régiment de Nassau, le 21 décembre 1784; caporal, le 16 octobre 1788; sergent, le 26 mars 1789; sergent-major, le 1er août 1791, adjudant, le 12 mars 1792; lieutenant, le 26 juillet 1792; capitaine, le 1er décembre 1792; adjudant général chef de bataillon, le 24 vendémiaire an II; chef de brigade, le 21 nivôse an 11; général de brigade, le 10 floréal an II; général de division, le 20 vendémiaire an III; gouverneur de Mantone, le 4 décembre 1806; inspecteur général d'infanterie à l'armée d'Italie, le 12 janvier 1810; chef d'état-major de l'armée de Naples, le 22 mars 1810; commandant le corps d'observation d'Italie, le 9 mai 1813; retraité, le 27 janvier 1815 (A. A. G.).
Arrivé à Babenhausen, je me présentai chez le général en chef.
Le général Delmas était alors avec lui. Je m'aperçus qu'il y avait entre eux de l'humeur. J'ai su, depuis, que le général Delmas, un des plus anciens généraux de division de Tannée, n'avait pas été satisfait qu'on ne lui eût pas donné un des deux commandements que quittaient les généraux Saint-Cyr et Sainte- Suzanne, et surtout de recevoir l'ordre de faire un mouvement avec sa division pour être prêt à soutenir le général Richepance, que le général Moreau avait présumé pouvoir être incessamment attaqué et qui, même, l'était déjà.
Le général Kray avait fait marcher environ 40 000 hommes pour enlever le corps de flanqueurs placé sur la rive gauche de l'Iller. Notre armée était à la droite de cette rivière; mais le général Richepance ayant exactement suivi ses instructions de refuser sa gauche et d'appuyer fortement à droite pour défendre les ponts et de ne combattre que faiblement jusqu'à ce qu'il fût soutenu, il fut possible au général en chef de lui donner protection en effet, quoique cette division eût été coupée en trois parties, dès le commencement de l'attaque, par la seule marche des colonnes ennemies. Ces colonnes furent repoussées par les habiles manœuvres ordonnées par le lieutenant général Grenier, par la valeur des troupes et par les vigoureuses attaques conduites par les généraux Ney et Bonet. Alors, ces secours ayant fourni au général Richepance l'occasion de reprendre l'offensive, l'armée ennemie fut forcée à la retraite, laissant environ 2 000 prisonniers dont un général, le général Spork, huit pièces d'artillerie avec leurs caissons et bagages (1).
Peu de jours après, le général Delmas quitta l'armée.
J'appris aussi, quelque temps après, que le général Moreau ayant envoyé un de ses aides de camp prévenir le général Saint- Cyr de ce qu'il savait des projets de l'ennemi et l'engager, eu couséquence, à garder encore son commandement, celui-ci répondit qu'il avait son congé.
(1) Cinq pièces, selon Moreau (Moreau au Premier Consul, Memmingen, 20 prairial. A. H. G.). Le général Spork et une douzaine <1 officiers étaient an nombre des prisonniers faits dans la journée par la division lUchepance (Richepance à Moreau. Gutenzell. 16 prairial, A. H. G.). Le nombre total des prisonniers s'élevait à 2 000 (Dessolle à Lecourbe, Kellmiinz, 17 prairial, A. H. G.). Moreau proposa à Kray d'échanger Spork pour le général Colli, détenu en Autriche (Moreau à Kray, Memmingen, 18 prairial, A. H. G.)
RÔLE DE GOUVION SAINT-CYR A MESSKlRCH 7
Le général Moreau n'aurait probablement pas fait faire cette démarche, s'il se fût alors ressouvenu que, le jour de la bataille de Messkirch, le général Saint-Cyr aurait pu prononcer un mouvement pour contribuer à décider plus tôt du sort de cette bataille, puisque, dès les 4- heures après midi, il avait pris sans obstacles la position qui lui avait été ordonnée; et ce ne fut qu'à la nuit que le succès de notre armée fut assuré. Le général Moreau savait pourtant bien que son aide de camp Delelée (1), le seul officier qui avait pu arriver jusqu'au général Saint-Cyr pendant cette bataille, avait été extrêmement surpris de l'entendre répondre à ce qu'il lui disait (que le général Moreau avait envoyé vers lui plusieurs officiers qui n'avaient pas pu passer et que, comme il n'était pas fort éloigné du champ de bataille et qu'entendant le canon et la fusillade, il avait espéré qu'il avancerait probablement vers Messkirch) : a Ah ! je suis resté tranquille parce que j'élais persuadé que le général Moreau saurait bien se tirer d'affaire. »
Si l'attaque de la part de l'ennemi, dans cette circonstance de changement qui venait d'avoir lieu dans une partie des commandements, fut, pour le général Moreau, un surcroit d'embarras, et s'il éprouva des contrariétés, il en fut bien dédommagé par le brillant succès obtenu dans cette journée.
J'ai cru devoir faire cette digression avant de dire que je ne restai qu'un instant avec le général en chef, et que le général Lahorie (2), chef d'état-major du corps de réserve, me donna l'ordre verbal que, dès que je serais arrivé à Kettershausen, quartier général de ma division placée en avant de ce village, la droite au Hasel
(1) Delelée (Jacques-François-Nicolas), né le 17 septembre 1761, à Prez-en-Pail (Mayenne); soldat au régiment de Maine, de 1781 à 1783; volontaire au 1er bataillon de la Mayenne, le 18 septembre 1791; sous-lieutenant, le 24 février 1793; lieutenant, le 1er germinal an II; aide de camp de Moreau, le 4 thermidor an IV; capitaine, le 14 vendémiaire an V; chef de bataillon, le 12 thermidor an VII; colonel, le 15 ventôse an IX; réformé par suite de l'affaire de Moreau, il fut remis en activité en 1810; il mourut le 15 décembre de la même année à l'armée de Portugal (A. A. G.).
(2) Lahorie (Victor-Claude Fanneau), né le 5 janvier 1766, à Javron (Mayenne); volontaire, le 5 mars 1793; sous-lieutenant, le 1er juillet 1793; adjudant général, le 17 pluviôse an Vil ; général de brigade, le 21 floréal an VIII , en non-activité, le 1er vendémiaire an X; retraité, le 9 fructidor an XI, avec une pension de 2 500 francs (A. A. G.). Impliqué dans le procès de Moreau et condamné au bannissement, il était revenu à Paris, et y avait vécu pendant six ans, réfugié dans la famille Hugo et se dérobant aux recherches de la police. En 1810, il se livra à Savary : celui-ci le fit arrêter et conduire à Vintennes, puis à la Force où Lahorie connut Malet qui l'entraîna dans son équipée [Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murât, III). Convaincu de conspiration, Lahorie fut condamné à mort et fusillé le 28 octobre 1812 (A. A. G.).
Bach, et la gauche à la Gùnz, de faire occuper Krumhach par un fort détachement, et de faire occuper la route de Babenhausen à Kirchhaslach. Il m'annonça que ma division serait augmentée du 6e régiment de chasseurs à cheval, et que le général de brigade Debilly (1) viendrait servir sous mes ordres.
L'adjudant général Plauzonne (2) était le chef d'état-major de cette division. Pour exécuter cet ordre, j'ordonnai que deux bataillons et quatre compagnies de la 100e demi-brigade, avec deux escadrons du 13e de cavalerie, le tout sous les ordres du chef de brigade Ritay (3), se dirigeraient sur Babenhausen et que ce commandant appuierait la droite de sa ligne à l'enceinte de la ville, la droite à la route de Babenhausen à Kirchhaslach, et la gauche à la route de Babenhausen à Krumbach, un escadron en avant de son centre pour se lier avec l'autre escadron et trois compagnies d'infanterie qu'il établirait sur la rive gauche du ruisseau qui traverse Kirchhaslach, faisant occuper par ses postes ce village ainsi que les débouchés sur Loppenhausen en avant de son front.
En rendant compte de cette disposition et qu'on n'avait pu rien apprendre de l'ennemi dans le courant de la journée, n'ayant vu que quelques patrouilles dans les environs de Blaichen, je lis l'observation que j'avais jugé Krumbach comme trop avancé poulie faire occuper par le fort détachement que j'y avais envoyé, vu le mouvement que j'avais fait faire sur Babenhausen qui m'avait été désigné comme point de réunion. Je proposai de n'occuper Krumbach que faiblement et comme point d'observation (4).
(1) Debilly (Jean-Louis), né le 31 juillet 1763, à Dreux; servit dans la garde nationale parisienne; employé à l'état-major de l'armée des côtes de Brest, en 1703, adjudant général chef de bataillon, le 1er juillet 1793: chef de brigade, le 15 pluviôse an III; général de brigade, le 12 thermidor an VII; mort à Auerstaedt, le 14 octobre 1806 (A. A. G.). Voir, au sujet de ce général, l'intéressante étude publiée par le lieutenant Lotti.v, Un chef d'état-major sous la Révolution.
(2) Plauzonne (Louis-Auguste-Marchand), né le 7 juillet 1774, à Fontainebleau; souslieutenant, le 1er janvier 1790; lieutenant, le 4 mai 1792; capitaine, le 10 juin 1792; chef de bataillon, le 29 floréal an V; adjudant commandant, le 20 floréal an VIII; colonel du 5e de ligne, le 5 août 1806; général de brigade, le 5 juin 1809: chef d'état-major de l'armée de Catalogne, le 17 septembre 181 1 ; tnéle 7 septembre 1812 à la Moskowa (A. A. G).
(3) Ritay (Jean-Marie), né le 25 octobre 1761 , à Portet (Haute-Garonne) ; soldat au 3e régiment d'infanterie, le 19 juillet 1781; sergent, le 19 mars 1785; adjudant, le 15 septembre 1791 ; lieutenant, le 1er mai 1792; adjudant-major, le 29 juin 1792; chef de bataillon, le 28 frimaire au III; chef de brigade, le 8 thermidor an VII; général de brigade, le 3 nivôse an XIV; retraité, le 19 octobre 1808; mort à Portet, le 12 avril 1819 (A. H. G.i.
(4) Decaen demandait en même temps à Lahorie de presser l'arrivée du 6e de rhasseurs (Plauzonne à Lahorie, Kettershauseu, 16 prairial, A. A. G.).