COMPOSITION DE LA DIVISION DECAEN
11 prairial. — Je fus prévenu par le chef d'état-major que la division Delmas repasserait l'iller, le lendemain, pour prendre position en arrière d'Ober-Roth, et que les divisions Ney et Legrand repasseraient aussi l'Iller; que ma division devait rester en position à Ebershausen où je devais concentrer mes forces; et que je devais replier le poste de Krumbach pour faire place au corps du général Lecourbe.
Ces dispositions furent exécutées.
18 prairial . — Le général Debilly étant arrivé, j'organisai la division.
La lre brigade, aux ordres de ce général, fut composée : de la 100e demi-brigade (2 300 hommes), 3e bataillon de la 50e (650 hommes), 17e de dragons (550 hommes, 590 chevaux), deux pièces de 4.
La 2e brigade, commandée par le général Durutle (1) : de la 4e demi-brigade de ligne (2 260 hommes), deux escadrons du 13e de cavalerie (160 hommes, 180 chevaux), deux pièces de 4.
La réserve : une compagnie d'artillerie légère commandée par le capitaine Valée (2), 2e compagnie du 3e régiment (149 hommes, 206 chevaux), un escadron du 13e de cavalerie (80 hommes, 90 chevaux).
Cette division se composait alors d'environ 6 000 combattants. Peu de jours après, elle fut augmentée du 6e régiment de chasseurs à cheval ayant plus de 600 chevaux (3), ce qui lui donnait environ 1 500 hommes de cavalerie, et d'un bataillon de grenadiers d'environ 500 hommes. C'étaient plus de 7 000 combattants.
(1) Durutte (Joseph-François), né le 14 juillet 1767, à Douai; volontaire, le 1er avril 1792; sous-lieutenant, le 28 août 1792; capitaine au 19e dragons, le 20 avril 1793; adjudant général chef de brigade, le 9 vendémiaire an II; général de brigade, le 4 vendémiaire an VIII ; général de division, le 9 fructidor an XI, employé à l'île d'Elbe en l'an XIII, à l'armée d'Italie en 1809, en Hollande en 1810, à la Grande Armée en 1813; retraité, le 1er août 1815 (A. A. G.).
(2) Valée (Sylvain-Charles), né le 18 décembre 1773, à Bricnue le-Chàteau ; élève d'arlillerie, le 6 octobre 1792; lieutenant, le 1er jnin 1793; capitaine au 3e d'artillerie à cheval, le 8 floréal an 111; chef d'escadrons, le 10 vendémiaire an XI; colonel, le 12 janvier 1807; général de brigade, le 18 juillet 1809; général de division, le 6 août 1811; gouverneur général par intérim, puis effectivement, de l'Algérie de 1837 à 1841 ; maréchal de France depuis le 11 novembre 1837, il mourut à Paris, le 15 août 184G (A. A. G.).
(3) Decaen rendait compte de l'arrivée du 6e chasseurs !e 18 prairial (Decaen à Lahorie, Kettershausen, 18 prairial, A. H. G.).
Elle se trouva alors placée, la droite dans la direction d'un village entre Waltenhausen et Ebershausen, et la gauche à la route de Kettershausen à Mohrenhausen, dans la direction de Tafertshofen, ayant des postes à Nattenhausen et au pont de Seifertshofen, ainsi qu'à Waltenberg, pour se lier avec Krumbach (1).
19 et 20 prairial. — La division garda sa position. Le 6e chasseurs étant arrivé, il fit partie de la brigade Debilly ; le 1 7e dragons, de celle de Durutte; et le 13e de cavalerie forma la réserve (2).
21 prairial. — J'exécutai Tordre, qui m'avait été adressé la veille, de relever à la pointe du jour les troupes du général .\Iontrichard sur Krumbach et Nieder-Raunau qu'elles devaient abandonner pour se porter sur Mindelheim, et de prolonger ma droite en remontant la Kammlach ou, du moins, m 'éclairer jusqu'à Aletshausen.
A cet effet, le général Durutte reçut Tordre de relever les troupes du général Montrichard aux postes de Krumbach et de Nieder-Raunau, ainsi que de placer sa brigade, la gauche à Ebershausen, occupant ce village, ayant un bataillon en réserve à la tête du bois entre Ebershausen et Olgishofen ; et, en outre, de faire occuper par un escadron et quelque infanterie le village de Waltenhausen, avec un avant-poste vers Aletshausen, sur la Kammlach, pour éclairer son flanc droit, ainsi que de pousser des reconnaissances au delà de la Kammlach sur la route de Kirchheim ; enfin, de former une avant-garde pour couvrir le front de sa brigade, ayant sa droite au village d'Ebershausen et sa gauche en arrière de Krumbach, se liant avec la droite de la brigade Debilly, cette avant-garde chargée d'éclairer les débouchés en avant de Krumbach, principalement ceux d'Ebershausen et de Deisenhausen ainsi que de tenir en avant-poste Nieder-Raunau, et de couvrir les routes de Babenhausen et de Mindelheim.
(1) « La division est concentrée à la position indiquée, et, afin d'avoir mes postes liés avec ceux de la division Montrichard, ils sont avancés jusqu'à Deisenhausen.. (Decaen à Lahorie, 18 prairial, A. H. G.).
(2) « La reconnaissance poussée aujourd'hui par le général Debilly a déposté l'ennemi d'Ober-BIaichen. Elle l'a suivi jusqu'à Unter [Blaichen] où elle a trouvé son infanterie qui s'est mise en mesure de défendre le village. On a vu environ un escadron de hussards de Blankenstein et une quarantaine de Tyroliens » (Decaen à Lahorie. Kettershausen, 19 prairial, A. H. G.).
DEBILLY ATTAQUE A DEISENHAUSEN 11
En rendant compte de ces dispositions, je dis que j'avais cru devoir appuyer davantage vers la droite, ignorant la nouvelle position occupée par les troupes du général Lecourhe.
Le chef d'état-major de la réserve me manda que la division resterait encore le lendemain en position; mais qu'il devait être poussé des reconnaissances un peu fortes sur les routes de Gùnzburg, Tlianhausen et de Burgau, avec recommandation expresse de ne pas se compromettre ; que le général Lecourbe marchait sur Augsbourg et se rapprocherait en même temps de Zusmarshausen, et que le mouvement ne serait achevé que le 23; qu'il me transmettrait les ordres du général en chef pour ce jour, et que, si ma division était attaquée sur Krumbach, je devais me retirer d'abord sur Ebershausen et, de là, en avant de Babenhausen où le général Grandjean (I),qui avait remplacé le général Delmas, recevrait les troupes en retraite.
22 prairial. — Les reconnaissances ordonnées allaient partir lorsque l'ennemi attaqua vivement le poste du pont de Deisenhausen et força tous les avant-postes de la brigade Debilly de se replier. Je lui avais recommandé de ne rien engager entre Deisenhausen et Seifertshofen. L'ennemi suivit leur mouvement avec deux pièces de canon, deux bataillons d'infanterie et deux divisions de hussards. J'arrivai sur le terrain au moment où l'ennemi, qui s'était enfilé dans le chemin creux entre Nattenhausen et Seifertshofen, venait d'être chargé par un piquet du 6e de chasseurs, deux compagnies de la 100e et une de la 50% qui lui tuèrent trois hommes et lui firent une quinzaine de prisonniers.
Nous eûmes, dans la journée, trois hommes tués, 32 blessés et un prisonnier (2) . Le capitaine Pierre d'Hoùy , officier de correspondance du général Debilly, eut un cheval tué sous lui; un brigadier
(1) Grandjean (Charles-Louis-Dieudonné), né le 29 décembre 1768, à Nancy; souslieutenant au 105e, le 11 mai 1792; adjoint à l'état-major de l'armée du Uhin, le 21 mai 1793; adjudant général chef de bataillon, le 23 prairial an II; réformé, le 25 prairial an 111; réintégré comme adjudant général chef de brigade, le 24 germinal an IV, général de brigade, le 6 germinal au Vil, générai de division, !e 12 pluviôse an XIII, servit aux armées d'Espagne eu 1808, d'Allemagne on 1809; mis en nou-activité en 1815, en disponibilité en 1818, il fut retraité en I8i6 (A. A. G.).
(2) Cependant un rapport de Gyulai, daté de Nenburg, 12 juin 1800 (K. K. A., VI ad 186, c), dit que les Français laissèrent, dans cette journée, 130 prisonniers aux mains des Autrichiens
de chasseurs du 6e eut aussi deux chevaux tués sous lui. Le chef de bataillon de la 50e, qui commandait les avant-postes, se distingua en tenant tête toute la journée à l'ennemi qui lui était bien supérieur et auquel on ne montra que ce bataillon, une compagnie de la 100e et un piquet de chasseurs à cheval.
Je rendis compte que l'ennemi avait fait sa retraite et que la brigade de gauche avait repris ses positions; que la brigade de droite observait seulement Krumbach par des avant-postes car, ainsi que je l'avais déjà annoncé, ce poste n'était point tenable, vu sa position et celle de l'ennemi. Je dis aussi que j'avais cru, pendant assez longtemps, que l'ennemi ne voulait pas s'en tenir à une simple reconnaissance; qu'il était venu devant notre gauche avec le 5e bataillon d'infanterie légère, un bataillon de Valaques, trois escadrons de Ferdinand, un de Blankenstein et deux pièces de canon; que le général Gyulai commandait l'attaque et que, voyant de la résistance, il s'était déterminé à la retraite.
J'informai qu'une reconnaissance du 13e régiment de cavalerie, dirigée sur la droite, avait trouvé l'ennemi de l'autre côté de la Mindel, et que les paysans avaient assuré qu'il occupait Kirchheim.
Je reçus l'ordre de quitter, le lendemain, ma position entre 10 et 11 heures du matin pour aller me placer en arrière de Krumbach, couvrant la route de cette ville à Babenhausen, appuyant ma droite à Meder-Raunau et éclairant par des postes le cours de la Kammlach. Je fus prévenu que le général Leclerc (1), qui commandait aussi une division de la réserve, prendrait position en avant de Breitenthal, la droite à la Gùnz, et que le général Grandjean prendrait la sienne en avant de Kettershausen ; que le général en chef aurait son quartier général à Babenhausen; et il me fut recommandé de pousser des reconnaissances sur les routes de Gùnzburg et de Burgau et sur Thanhausen (2).
(1) Leclerc (Victor-Emmanuel), né le 17 mars 1772 à Pontoise ; lieutenant au 2e bataillon de Seine-et-Oise, le 19 octobre 1791 ; soua -lieutenant au 12° régiment de cavalerie, le 1er décembre 1792; adjudant général cbef de bataillon, le 28 frimaire an II: chef de brigade, le 30 germinal an II; général de brigade, le 17 floréal an V; général de division, le 9 fructidor an VII; commandant en chef l'armée de Saint-Domingue, le 3 brumaire an X; mort à Saint-Domingue, le 11 brumaire au XI (A, A. G.).
(2) L'ordre ne parle pas de Thanhausen (Lahorie à Decaeu, Memmingen, 22 prairial, A. H. G.).
COMBAT BK KRUMBACH 13
23 prairial. — D'après cet ordre, j'ordonnai au général Debilly de prendre position en arrière de Krumbach et de le garder en avant-poste, et de placer deux bataillons et deux escadrons en arrière de Deisenbausen qui serait aussi gardé en avant-poste. J'ordonnai au général Durutte de prendre position avec toute sa brigade à Hohen-Raunau, laissant l'escadron placé à Waltenberg et les postes de cavalerie et d'infanterie sur la route de Babenhausen à Krumbach. Je lui recommandai d'éclairer la rive droite de la Kammlacb par des reconnaissances sur la Mindel dans la direction de Mindelzell.
Je me portai à la brigade Debilly pour être présent au mouvement que ce général était chargé d'opérer sur Krumbach. Les postes ennemis, repoussés, se retirèrent sur la droite de la Kammlach. Mais, vers les 3 heures, à la hauteur de Billenhausen, il s'engagea, d'une rive à l'autre de la Kammlach, une canonnade qui dura jusqu'au soir. Ayant d'abord pensé que cette dispute ne durerait pas longtemps et que, d'ailleurs, elle avait peu d'importance, je ne jugeai pas à propos d'envoyer informer le général en chef de ce qui se passait (1). Mais le bruit du canon l'ayant engagé à se rendre sur les lieux, je fus étonné de le voir arriver vers les 7 heures du soir, dans le moment même où deux compagnies de la 100e demi-brigade, qui avaient reçu ordre de passer la Kammlach et de se porter sur les hauteurs en avant de Krumbach, pour couvrir le chemin d'Augsbourg dont elles avaient déposté l'ennemi qui s'y était établi, furent ensuite attaquées par une nombreuse cavalerie dont elles repoussèrent trois fois la charge, mais qui, n'ayant point reçu de secours des hommes de leur corps qui, au lieu de les défendre à l'entrée de Krumbach, s'étaient amusés à piller, furent obligées de céder au nombre (2).
(1) « Le général eu chef est prévenu indirectement, citoyen général, que la division du général Decaen est aux prises avec l'ennemi. Il a donné ordre au général Grandjean, qui est en position en avant de Kettershausen, de le soutenir; mais pour mettre le général Decaen pleinement en mesure de se maintenir, le général en chef vous invite à tenir à sa disposition deux bataillons et deux escadrons avec deux pièces, pour l'assurer dans sa position, si cela devenait nécessaire. Ce détachement sera disposé de manière à passer la Gùnz avec célérité sur la demande du général Decaen que je vous prie d'instruire directement de cette disposition » (Lahorie à Leclerc, Babenhausen, 23 prairial, A. H. G.).
(2) « D'après les rapports de quelques prisonniers, nous avions devant nous trois divisions de Ferdinand, un bataillon de Mihanovich, un régiment de Bannal, deux compagnies de chasseurs wurtembergeois, cinq pièces de canon ; le général Gyulai commandait l'attaque... » (Plauzonne à Lahorie, libershausen, 23 prairial, A. A. G.).
J'éprouvai un bien vif déplaisir de voir ainsi tomber au pouvoir de l'ennemi ces braves dignes d'un meilleur sort. Cent quarantetrois furent faits prisonniers par la faute de ceux qui devaient les soutenir. Je fus d'autant plus peiné de cet événement que je le regardai comme un mauvais début dans mon nouveau commandement, et que j'avais compté sur un meilleur résultat, à la fin d'une journée pendant laquelle l'ennemi n'avait pas eu le moindre avantage, et surtout que cela se fut passé presque sous les yeux du général en cbef. Nous eûmes, en outre, huit hommes tués et trentehuit blessés.
Le chef de brigade Laffon (1), commandant le 6e de chasseurs, qui s'était porté sur Deisenhausen, en avait chassé l'ennemi et lui avait fait cinq prisonniers.
Le général en chef m'ordonna de garder ma position le lendemain et de me borner à la rectifier.
24 prairial. — J'établis mon quartier général à Ebershausen. Je rendis compte que l'ennemi avait gardé les mêmes positions que le général en chef lui avait reconnues la veille, ayant seulement rapproché ses avant-postes à la hauteur de l'endroit d'où des pièces faisaient feu sur Krumbach ; que le village d'Ober-Blaichen et celui de Billenhausen étaient également occupés par lui, d'après le rapport du chef de brigade du 6e de chasseurs qui avait été chargé d'occuper ces villages en avant-postes ; que les reconnaissances dirigées sur Mindelzell n'avaient point rencontré l'ennemi, mais que celles envoyées sur Lrsberg avaient rencontré ses patrouilles à la hauteur d'Edenhausen; que les troupes ennemies qui s'étaient opposées à notre établissement à Ober-Blaichen étaient, en infanterie, le 5e bataillon d'infanterie de chasseurs et un autre de Hongrois, et environ 600 chevaux, tant de hulans que de Ferdinand-hussards; et qu'on avait fait à l'ennemi sept prisonniers.
Le bataillon de grenadiers commandé par le chef de bataillon Fririon (2) arriva à la division : il fut placé à Waltenberg.
(1) Laffon (Joseph), né le 2 octobre 1759, à Souillie (Lot-et-Garonne) (?) ; dragon au régiment de Languedoc, le Ier avril 1777; adjudant, le 28 avril 1788; lieutenant, le 22 mai 17^2; capitaine, le 15 août 1792; chef d'escadrons, le 14 germinal an II: chef de brigade, le 1er floréal an II; retraité, le 9 mai 1808 (A. A. G.).
(2) Fririon (François-Joseph), né le 12 septembre 1771, à Ponl-à-Mousson ; volontaire