‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 47 sur 184 · PREPARATIFS AUTRICHIENS · texte numérisé non relu

PREPARATIFS AUTRICHIENS

Bohême et de la Hongrie et qui devaient être incorporés dans plusieurs régiments; que la garnison était d'environ 500 hommes; qu'on y attendait le prince Ferdinand qui commanderait le centre; que 3000 hommes travaillaient aux retranchements qui ceignaient toute cette ville dont on pouvait parcourir la circonférence dans une demi-heure; qu'il y avait aussi beaucoup d'ouvriers employés à faire des chevaux de frise ; qu'il y avait, à Mùhldorf, un immense magasin rempli de foin, d'avoine et de farine, et il assurait que le bâtiment avait 180 pas de longueur et 68 pas de largeur; que, dans Alt-Oetting, il y avait des Bavarois, notamment le régiment de dragons de Heidelberg et le régiment d'infanterie de Rothenhausen; que le quartier général du duc de Deux-Ponts était dans cet endroit; que le corps bavarois, depuis Alt-Oetting jusqu'à Marktl, montait à 6 000 hommes; qu'il avait parlé à plusieurs officiers bavarois qui affirmaient que l'Electeur avait, dans ce moment, 30 000 hommes à la solde de l'Angleterre ; que, d'après leur assertion, il régnait dans l'armée palatine un mécontentement général surtout contre les Autrichiens; qu'à Marktl, il avait trouvé les chevau-légers de Fugger au nombre de 500; qu'il était arrivé le 15 à Braunau; que la tête de pont de ce côté-ci de l'Inn était déjà achevée; que les retranchements étaient garnis de chevaux de frise; qu'il y avait aperçu 12 à 15 pièces de canon du calibre de 18; que, de l'autre côté de l'Inn, en sortant de la ville, à gauche du chemin de Schârding, il avait vu environ 150 pièces de canon qu'on disait destinées pour les retranchements qui étaient très considérables, sur la rive droite de l'Inn, et que 15 000 a 20 000 hommes pourraient aisément s'y défendre; qu'il n'y avait que 500 hommes à Braunau ; que c'était le général Colloredo qui y commandait; qu'il n'y avait point de magasins; mais qu'à Ried, il y en avait de très considérables, remplis de foin, d'avoine et de farine; qu'il avait appris qu'il y en avait aussi à Neumarkt, au delà de Salzburg; que les deux bataillons de chasseurs qui se trouvaient à Braunau avaient été rappelés en Bohême pour se joindre à leurs compatriotes, chaque seigneur ou propriétaire fournissant des chasseurs en proportion du nombre de leurs sujets; [qu'] on prétendait que la levée en Bohême, en Silésie et en Moravie s'élèverait à 60 000 hommes qui seraient commandés par le prince Charles; qu'il avait appris à Altlieim, où le prince

de Ligne était avec deux bataillons de son régiment et une division de La Tour-dragons, que trois régiments d'infanterie devaient y arriver incessamment; que, vers Schârding, sur le territoire bavarois, il y avait 1 500 hulans, et que les habitants de cette contrée se plaignaient beaucoup de leurs excès; que, depuis Braunau jusqu'à Schârding, l'ennemi avait élevé une vingtaine de batteries toutes prêtes à recevoir des canons; que, dans Schârding, il y avait 400 hommes de différents régiments d'infanterie et quelques détachements de chevau-légers; que, dans Passau, où il était arrivé le 15, à 9 heures du soir, élait le quartier général Kollowrat, il n'y avait que 400 hommes d'infanterie du régiment de Wenkheim; mais que, dans les environs, il y avait 4000 hommes; qu'il était revenu de Passau par Vilshofen et Landshut; qu'à Vilshofen, l'ennemi avait enlevé le pont sur le Danube.

Dans toute sa route depuis Haag jusqu'à Passau, il n'avait rencontré aucune troupe en marche, ni aperçu aucune trace des mouvements d'une armée.

On doutait partout de la paix, et les Autrichiens eux-mêmes prétendaient que le congrès de Lunéville n'était qu'un prétexte pour gagner du temps, l'intention de l'empereur n'étant que de calmer les esprits avec l'apparence de désirer la paix.

On lui avait dit, à Passau, qu'on y préparait des quartiers pour un corps considérable de la levée hongroise. On y disait aussi que le quartier général autrichien, qui était encore à Wels, devait se porter en avant. Il y avait aussi appris que le parc d'artillerie et les pontons étaient encore dans les environs de Wels. Il avait observé que le mécontentement chez les sujets autrichiens, aussi bien que dans l'armée, était au plus haut point. On se déchaînait contre la disparition entière du numéraire et contre les maux de la guerre.

Dans la partie de la Bavière où il avait passé, les habitants détestaient jusqu'à la mémoire de l'Electeur et disaient des injures contre les Autrichiens.

Dans les pays héréditaires de l'Autriche, le bruit y était répandu au sujet de l'assassinat tenté sur le Premier Consul, et, en général, les habitants disaient que, si les Français estimaient le prince Charles, ils n'aimaient pas moins Bonaparte.

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