‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 52 sur 184 · PROJET D'UNE RÉPUBLIQUE BAVAROISE · texte numérisé non relu

PROJET D'UNE RÉPUBLIQUE BAVAROISE

et d'après lequel on gouvernait les divers états de l'empire germanique.

Tous les hommes instruits considéraient qu'un changement indispensable devait incessamment s'opérer, parce qu'ils jugeaient, par l'opinion qui régnait alors, produite par les lumières qui s'étaient répandues, que les esprits y étaient fort bien disposés et qu'ils y étaient même excités par tout ce qu'on avait souffert depuis plusieurs années pendant lesquelles la plus grande partie de l'Allemagne avait été le théâtre d'une guerre dont les peuples de cet empire étaient, de toute manière, les victimes.

D'ailleurs, les Allemands, qui étaient fort loin de considérer comme pernicieux les principes de la nation française, voulaient, comme cette grande nation, l'abolissement des privilèges et des ! droits féodaux et être gouvernés par des lois et non par l'arbi- I traire, et ils espéraient bientôt jouir de ce bonheur qu'ils considéraient comme un grand dédommagement des maux en tous genres qu'ils avaient soufferts avec résignation.

Non seulement ils ne voyaient plus avec indifférence comme par le passé les ventes d'hommes que plusieurs de leurs petits princes faisaient à l'Angleterre, mais encore ils en étaient très irrités.

Le mécontentement excité en Bavière par les maux de la guerre et parce que son Électeur avait reçu un subside des Anglais, à l'imitation de l'Autriche qu'alors on détestait, était porté à un tel point que, pendant la première suspension d'armes, on vint m'informer qu'on était disposé à un soulèvement contre l'Electeur et son gouvernement; que, si je voulais favoriser le mouvement, on allait tout préparer pour l'entreprendre, et que l'étendard de la liberté bavaroise serait arboré à Munich et dans toute la partie de la Bavière occupée par l'armée française (1).

Je répondis alors que je ne pensais pas qu'il fût dans l'intention du gouvernement français qu'il fût donné une protection apparente à une pareille entreprise, d'autant plus que je croyais que son système était d'atteindre à la paix générale le plus tôt que cela lui serait possible; qu'il s'écarterait donc de ce système s'il

(l) La république que l'ou se proposait alors de fonder à Munich, sous les auspices de la France, aurait compris la Franconie, la Souabe, la Bavière (Lettre au général en chef de l'armée du Rhin, 8 août 1800, A. H. G.).

protégeait une insurrection en Bavière où les Autrichiens avaient encore leur armée. J'ajoutai qu'il fallait réfléchir sur un tel projet et surtout considérer les suites et les effets de la Révolution française; que, si l'anéantissement des abus, l'abolition des privilèges et des droits féodaux, la liberté des cultes, etc., ainsi que le désir de voir exister un meilleur gouvernement, étaient des motifs bien puissants pour engager à marcher vers le but qu'on s'était proposé, il fallait aussi mettre en balance tout ce qui pourrait arriver d'une révolution qu'on ne pourrait peut-être pas conduire comme on le voudrait; ainsi, qu'il faudrait plutôt tâcher de remédier à ce dont on se plaignait par des mesures qui, avec le temps, amélioreraient le gouvernement actuel de la Bavière au lieu d'agir pour le renverser; que, d'un autre côté, il fallait aussi faire attention que, si le gouvernement français ne voulait pas accorder sa protection, je trouvais que la population de la Bavière était trop faible pour agir seule, et le pays étant surtout en contact avec la Prusse et l'Autriche qui feraient certainement tous leurs efforts pour y comprimer toute entreprise en faveur de la liberté.

On ne fut pas satisfait de ma réponse et de mes observations. Néanmoins on revint, quelques jours après, me faire de nouvelles sollicitations auxquelles je mis fin en disant que le général en chef était à Augsbourg; qu'on allât vers lui, et que, s'il accueillait les propositions, il m'ordonnerait ce qu'il jugerait convenable; et qu'alors je ferais ce qu'il me prescrirait.

Quand j'eus l'occasion de parler de ces propositions au général Moreau,il me dit que j'avais bien répondu et que, lui-même, avait fait entendre que ce qu'on demandait ne pouvait pas se faire; qu'il fallait donc rester tranquille.

Je dois dire aussi que ceux qui désiraient un nouvel ordre de choses en Bavière, et qui agissaient pour pouvoir parvenir à l'établir, étaient tous distingués par leur mérite personnel, leur instruction, la considération dont ils jouissaient dans la société, et qu'en outre ils étaient tous propriétaires.

Le non-succès de leurs premières démarches leur fit beaucoup de peine, car ils croyaient bien sincèrement mettre à exécution, sous l'égide de l'armée française, tout ce qu'ils avaient prémédité.

Cependant ils ne désespérèrent pas que l'avenir pourrait être plus favorable à leur patrie et à leurs desseins. On continua de

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