CONFIANCE DES FRANÇAIS DANS LA VICTOIRE
nous-mêmes; que si, dans sa confiance que nous étions en pleine retraite, il s'était engagé avec sécurité dans le défilé de la foret, entre Mailenbeth et Hohenlinden, comme l'espérait le général en chef, nous devions nous attendre à un grand résultat des dispositions qu'il avait ordonnées.
On appréhendait même que quelque circonstance ne déterminât l'ennemi à mettre de la circonspection et, pour peu qu'il fît la réflexion qu'il n'avait combattu, le 10, avec des forces très supérieures, que contre une portion d'une armée toujours victorieuse pendant toute la campagne, et qui n'avait alors pour but que de reconnaître sa position et quels étaient ses desseins.
Mais, durant cette conversation, on vint annoncer au général en chef qu'il venait d'arriver des fuyards qui rapportaient qu'à la nuit close, l'ennemi avait fait une attaque sur Hohenlinden. Le général Moreau les fit venir pour les interroger lui-même. C'étaient deux musiciens qui avaient pris la fuite dès les premiers coups de fusil et qui répondirent à ses questions que, comme cela ne les regardait pas, tout ce qu'ils avaient à dire, c'est que, l'ennemi ayant attaqué, et ayant même entendu le canon, ils s'étaient empressés de s'éloigner du feu.
Loin que cette nouvelle excitât la moindre inquiétude, elle ajouta à notre espoir que l'ennemi s'était aussi bien engagé que le général en chef le désirait. Aussi, pendant le souper, on ne s'entretint que du bon succès qu'on se flattait d'obtenir, le lendemain; et même quelqu'un dit : « Il faut, d'avance, rédiger le bulletin : 10000 prisonniers, 50 pièces de canon et l'archiduc .Jean, général en chef de l'armée autrichienne. » De mon coté, je dis au général Grouchy : « C'est toi, mon ami, qui es destiné à recevoir le premier choc de l'ennemi qui mettra sans doute de l'ardeur et de l'acharnement à vouloir s'emparer de Hohenlinden, ainsi que du point de section des routes de Munich et de Freising. Mais comme, avec tes troupes, et le lieutenant général Grenier avec les siennes, vous serez encore plus tenaces et plus vigoureux, j'espère bien que le général Richepance et moi nous arriverons au moment opportun pour seconder vos efforts et pour faire décider la victoire en faveur de notre armée. »
Je repartis du quartier général à 11 heures. A mon arrivée à Zorneding, j'appris que, vers 10 lieures, toutes mes troupes étaient arrivées à leurs positions.
Je fis de suite expédier Tordre au chef Laffon d'être réuni, le lendemain 12 frimaire, à 5 heures du matin, et de se mettre en marche pour Ehersberg où il devait être rendu à 7 heures.
L'ordre de se former en colonne sur la chaussée et de se mettre en marche à la même heure, pour arriver successivement à Ehersberg, fut envoyé aux généraux de brigade.
Il fut notifié, dans ces ordres, que toutes les voitures, hors celles essentielles des services de l'artillerie et de l'ambulance, devaient être renvoyées au parc, en arrière de Zorneding.
11 fut mandé au commissaire des guerres de faire diriger de l'eau-de-vie sur Ehersberg, pour qu'il en fut fait une distribution aux troupes dès qu'elles y arriveraient.
Mon chef d'état-major écrivit au général Richepance pour le prévenir, de ma part, qu'en conséqueuce des ordres du général en chef, je serais rendu, le lendemain vers les 7 heures du matin, à Ehersberg, et que je suivrais son mouvement sur Christoph; que je l'invitais à laisser des avant-postes en avant d'Ebersberg, sur le débouché de Wasserburg, et que mon avant-garde les relèverait.
12 frimaire (3 décembre). — On m'apporta une lettre du général Richepance, datée du 11 à minuit. Il m'écrivait :
Vous êtes sans doute prévenu, mon cher général, que la division que je commande doit se porter sur Christoph, ce qui, devant être exécuté pour 7 heures du matin, me met en marche dès les 4 ou 5 heures, et me fait abandonner, dès ce moment, la grande route de Wasserburg sur Ehersberg que je vous crois destinée.
Je pense que vous devez être prévenu que l'ennemi, qui occupe les bois en avant de Tulling, est venu, ce soir, à la nuit tombante, montrer à mes avant-postes qui occupent ce village un corps de 500 à 600 chevaux, avec quelque infanterie. Je les crois destinés à agir demain et, par conséquent, soutenus par d'autres troupes plus en arrière. Voyez, mon général, pesez dans votre sagesse s'il ne convient pas que vous occupiez le terrain à mesure que je l'abandonnerai.
La réponse à la lettre que j'avais fait écrire au général Richepance m'arriva vers 4 heures. Elle était datée du 12, à 2 h. 30. En voici la teneur :
J'ai reçu, mon cher général, l'ordre d'attaquer aussitôt mon arrivée à Christoph : en laissant mes avant-postes, ce serait m' affaiblir d'autant, et je pense, d'ailleurs, qu'ils seraient compromis. Je vous prie donc de les