‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 6 sur 184 · DECAEN S'AVANCE SUR BURGAU · texte numérisé non relu

DECAEN S'AVANCE SUR BURGAU

gné. Je revins alors sur mes pas et je laissai un fort poste à quelque distance du point jusqu'où j'étais allé; je donnai ordre au commandant de bien se garder, d'envoyer de fréquentes patrouilles et de prendre, dès le point du jour, une connaissance parfaite de l'endroit où nous nous étions avancés, ainsi que de s'approcher de Burgau le plus près qu'il lui serait possible et de m'en rendre compte. Je retournai à Klein-Beuren, où je passai le reste de la nuit et où je reçus une lettre, datée de Krumbach à 11 heures du soir, par laquelle le général en chef me faisait prévenir qu'il venait d'envoyer l'ordre au lieutenant général Lecourbe de venir prendre position de suite, la gauche à Burgau et la droite près du Danube, à la hauteur de Lauingen; qu'au moyen de ce mouvement, qui ne pourrait peut-être se faire que le lendemain un peu tard, je me trouverais bien couvert et que j'aurais, en cas où l'ennemi viendrait m'attaquer, un renfort puissant qui me mettrait à même de seconder le général Legrand s'il était attaqué; que le général en chef serait bien aise de recevoir de mes nouvelles et d'apprendre de moi tous les mouvements que l'ennemi pourrait faire et que je serais à même de découvrir et d'apprendre.

27 prairial. — Le mouvement de la division Legrand pour s'approcher de Wettenhausen ayant déterminé l'ennemi à la retraite pendant la nuit, alors, dès le jour, je mis ma division en marche pour aller prendre la position qu'elle devait occuper la veille et je m'avançai sur Burgau.

L'officier auquel j'avais recommandé d'envoyer des reconnaissances, dès le point du jour, sur cette ville, me rendit compte que, dès que l'ennemi avait aperçu nos troupes, il l'avait évacuée. J'en informai de suite le général Lahorie, lui annonçant que j'allais la faire occuper, que je n'avais pas pu rendre compte la veille au soir que j'étais près de Burgau, car l'obscurité ne m'avait pas permis d'apercevoir que j'en étais aussi rapproché. Je rendis compte que la division prenait position, la gauche en arrière de Knoringen et la droite à la Mindel, ayant une avant-garde en avant de Burgau, sur la route de Gùnzburg.

Dès que je fus arrivé à Burgau, j'écrivis de nouveau au général Lahorie que ma division était établie en arrière de Burgau et de Knoringen, ayant un corps d'avant-garde sur la rive gauche de la

Kammlach, placé en avant de Knoringen pour observer et défendre les débouchés de Gùnzburg et d'Offingen; que, ne voyant point appuyer à ma hauteur les divisions de ma droite et de ma gauche, je n'avais pas cru convenable de m'établir en avant de Burgau et de Knoringen, étant d'ailleurs favorisé par les avantages du terrain ; mais que je m'empresserais de me placer en avant de ces endroits dès que les divisions voisines seraient en ligne, si cela entrait dans les dispositions du général en chef. En finissant cette lettre, j'appris que les troupes du général Lecourbe étaient à une lieue de Burgau; alors je transmis cet avis et je donnai l'ordre au général Durutte de faire passer tous ses avant-postes vers notre droite, sous les ordres du général Debilly, chargé de l'avant-garde sur la route de Burgau à Gùnzburg.

Je rendis compte encore au général Lahorie qu'en visitant les avant-postes, j'avais reconnu par moi-même que l'ennemi avait Totalement abandonné Gùnzburg ; qu'on n'avait aperçu qu'environ cent chevaux de l'ennemi sur la rive gauche de la Gùnz; que le général Legrand s'était avancé avec appareil et lui avait envoyé plusieurs volées de canon.

J'écrivis en outre que les dispositions de l'ennemi à la hauteur de Leinheim démontraient qu'il avait l'intention d'accepter une bataille en avant de Gùnzburg; qu'il avait établi trois redoutes pentagonales disposées pour recevoir chacune cinq à six bouches à feu, liant le village de Leinheim avec des bois qui s'étendaient à gauche vers la Kammlach; que cette position, perpendiculaire à la chaussée de Burgau sur Gùnzburg, était appuyée par sa droite à d'autres bois qui se prolongeaient le long de la Gùnz et qui nous l'auraient rendue accessible; qu'une autre redoute, plus grande que les autres, était établie en seconde ligne entre Burgau et Reisensburg; que je me proposais de les faire détruire à moins que, d'après les reconnaissances que le général en chef en pourrait ordonner, elles ne fussent jugées nécessaires.

28 prairial. — Je reçus deux lettres du général Dessolle (1), chef de l'état-maj or général. Par l'une, il m'annonçait l'envoi d'un

(1) Dessolle (Jean-Joseph-Paul-Augustin), né le 3 octobre 1767, à Auch; capitaine au 1er bataillon de la légion des Montagnes, en 1792; adjudant général chef de bataillon, le 11 vendémiaire an II; chef de brigade, le 25 prairial an III; général de brigade, le

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