‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 61 sur 184 · DECAEN MECONTENT DE RICHEPANGE · texte numérisé non relu

DECAEN MECONTENT DE RICHEPANGE

faire relever par des troupes de la division que vous commandez, le plus tôt possible.

Cette réponse me donna un peu d'humeur, car il n'y avait aucun inconvénient pour le général Richepance de s'affaiblir momentanément du nombre d'hommes qui gardaient les avantpostes et que je lui avais demandé d'y laisser, puisque je devais suivre de près son mouvement afin de le soutenir ; tandis qu'il importait pour nos deux divisions que le débouché sur Wasserburg restât gardé; d'ailleurs ces postes couvraient son flanc droit ainsi que la queue de sa colonne et ils empêchaient les partis ennemis de pénétrer dans l'intervalle qui se trouverait entre les deux divisions jusqu'à ce que j'eusse opéré ma jonction. D'un autre côté, en levant ces postes, c'était faire trop tôt connaître à l'ennemi qu'on était en mouvement, ce qui pouvait le déterminer à s'y mettre luimême, soit pour attaquer directement, soit pour se borner seulement à vouloir s'assurer de la direction qu'on aurait pu prendre. Enfin, il pourrait arriver qu'obligé de repousser l'ennemi qui se serait avancé sur le terrain abandonné par la division Richepance, il en pourrait résulter un retard d'opérer ma jonction avec lui.

Cependant, je ne lui adressai point d'observations qui auraient été iuutiles puisqu'il m'avait annoncé, dans sa première lettre, que, se mettant en marche dès 4 à 5 heures du matin, il aurait, dès ce moment, abandonné la grande route de Wasserburg qu'il me croyait destinée. Alors je m'attendis à faire repousser l'ennemi qui me présenterait un obstacle; cependant, je fis écrire au général Richepance par mon chef d'état-major :

Je vous ai mandé aujourd'hui que la division du général Decaen serait rendue à 7 heures à Ebersberg. Il est impossible qu'elle y soit rendue plus tôt.

Avant de partir de Zorneding, je reçus une lettre du général Lahorie. Il me mandait :

L'ennemi s'est effectivement porté hier au soir sur Hohenlinden avec un corps assez nombreux d'infanterie, cavalerie et artillerie. Le général Grandjean a ordre de tenir jusqu'à la dernière extrémité en arrière de Hohenlinden pour couvrir la chaussée; il éclairera en même temps sa droite pour couvrir la route de Hohenlinden à Zorneding et même, s'il le peut, celle d'Ebersberg. Néanmoins le général en chef te laisse à juger s'il ne te conviendrait pas de couvrir un peu ces débouchés. Au reste, le général Richepance a ordre d'attaquer de bonne heure et avec la plus grande

vigueur par Christoph sur Maitenbeth, et de faire tous ses efforts pour être maître de la communication de Haag sur Hohenlinden.

Je n'ai pas besoin, mon ami, de t' engager à presser ton mouvement et à suivre avec la plus grande vigueur celui du général Richepance; la brièveté des jours oblige de combattre de bonne heure.

Si votre mouvement combiné réussit, l'ennemi, payera cher sa tentative sur la chaussée de Hohenlinden. Donne le plus souvent possible de tes nouvelles au général en chef qui sera à Hohenlinden. Je t'embrasse!

Comme il est possible que le général Richepance ne puisse pas déboucher par Christoph sur Maitenbeth, il a ordre de prendre, à gauche de ce point, un débouché plus rapproché de Hohenlinden, s'il s'en trouve; il t'en préviendra. Tu suivras alors son mouvement; mais il a ordre de faire d'abord tous ses efforts pour déboucher par Maitenbeth.

Arrivé vers 7 heures à Ebersberg, je fis continuer la marche à la colonne jusqu'au delà du village d'Oberndorf, où se trouve le chemin qui vient joindre la chaussée de Wasserburg à Ebersberg et qui conduit à Maitenbeth, passant par Abersdorf et Christoph; et Tavant-garde reçut Tordre d'élairer particulièrement sa droite et de faire halte près Oberndorf pour reposer un moment ses troupes et serrer la colonne.

Le général Debilly reçut Tordre de faire suivre à sa brigade le mouvement de la brigade Durutte, mais de laisser à Ebersberg un bataillon de la 100e avec les deux pièces de canon attachées à cette demi-brigade et deux escadrons du 17e de dragons, pour couvrir le débouché de Wasserburg et tenir la communication avec Hohenlinden. Il fut prévenu qu'un escadron du 10e et deux compagnies de la 14e allaient arriver de leurs cantonnements à Ebersberg et qu'ils seraient sous ses ordres, ainsi que deux pièces de 8 que le commandant d'artillerie avait reçu Tordre de lui laisser.

Il fut observé à ce général qu'il était essentiel qu'il eût une partie de ses troupes sur la hauteur d'Oberndorf, pour couvrir le chemin qui conduit sur Steinhôring, et qu'il envoyât des partis sur la route de Wasserburg, sur Christoph, ainsi que de faire éclairer la route de Wasserburg sur Grafing ; qu'il devait plus particulièrement s'occuper du point d'Ebersberg que du surplus de sa brigade, dont il donnerait la direction au chef de brigade Saint-Dizier, commandant le 17e de dragons; que, lorsque les troupes du général Lecourbe, qui marchaient sur Ebersberg, y seraient arrivées, il ferait alors replier sa troupe sur la division qui se dirigeait sur

PREMIERS COUPS DE CAXON A HOHENLLYDEN 143

Christoph pour soutenir celle du général Richepance qui devait attaquer l'ennemi. Il fut recommandé au général Debilly de me tenir informé, sur la route de Christoph à Maitenbeth, de ce qui pourrait arriver de nouveau.

Vers 8 heures, j'envoyai un officier porter Tordre au chef de brigade LafFon de marcher sur Christoph, et aux généraux Kniaziewicz et Durutte ainsi qu'au commandant des troupes de la brigade Debilly, qui devaient accompagner la division, de suivre successivement l'avant-garde et sans laisser le moins possible d'intervalle entre chaque corps.

La légion polonaise se trouvait, après l'avant-garde, avoir la droite de la division, par l'effet du prompt mouvement opéré lu veille pour revenir prendre la position de Zorneding. Je ne changeai pas cet ordre, préférant engager un des premiers ce corps étranger de nouvelle formation, plutôt que de le garder comme réserve.

Nous finissions le déjeuner et nous allions prendre le café, quand le premier coup de canon se fit entendre; il était un peu plus de 8 heures. Laissant le café, je montai vite à cheval, et je me rendis rapidement à Oberndorf. Toutes les troupes étaient en marche.

Les éclaireurs envoyés sur la droite avaient trouvé quelques ennemis au delà du village de Steinhôring. Je fis détacher sur-lechamp un escadron et une compagnie d'infanterie légère de la brigade Debilly pour observer l'ennemi de ce côté.

Comme la canonnade et la fusillade me faisaient juger qu'on était fortement aux prises sur Christoph et sur Hohenlinden, je fis dire au chef Laffon de presser sa marche, et que je ne tarderais pas à le rejoindre; et que, s'il trouvait l'ennemi, de l'aborder franchement et avec vigueur.

En avançant dans la colonne pour arriver à la tète, je recommandai au chef Saint-Dizier et au général Durutte, si, pendant leur marche, l'ennemi se présentait sur l'un ou sur l'autre de leurs flancs, de lui faire face et de le combattre vigoureusement.

En passant dans les rangs des Polonais, je fus très satisfait de l'ardeur que manifestaient les officiers et les soldats. Ne parlant pas leur langue, je leur exprimai par mes regards que je comptais

sur leur valeur et que, bientôt, ils allaient avoir l'occasion d'en donner des preuves.

Le chemin que nous suivions ne permettait de marcher que sur trois de front, ce qui prolongeait infiniment la colonne. Nous approchions de Christoph lorsqu'il survint un obstacle : c'était la rencontre de voitures de vivandiers, d'artillerie et autres équipages de la division Richepance qui rétrogradaient par ce chemin. Mais ayant reconnu qu'à la gauche, la localité permettait d'y faire marcher la troupe en faisant faire par les sapeurs les ouvertures et passages nécessaires, l'embarras ne dura qu'un instant.

La légion polonaise quitta subitement le chemin, se forma aussitôt par section et ensuite par pelotons, et continua d'avancer. Le reste de la colonne suivit la même direction dans le même ordre.

Afin de débarrasser le chemin, il fut indiqué un terrain pour parquer d'abord les voitures de la division Richepance et l'ordre fut donné pour qu'elles fussent dirigées sur Ebersberg lorsque la queue de la colonne serait passée.

Peu de temps après ce dégagement, j'arrivai sur le plateau de Christoph; il tombait alors beaucoup de neige. J'y trouvai le général de brigade Sahuc (I), commandant la réserve de cavalerie du général Richepance, et le capitaine Reiset (2), aide de camp de ce dernier. Celui-ci m'informa que la seconde brigade de cette division était postée un peu plus loin, ayant été empêchée par l'ennemi de suivre la première, à la tête de laquelle était son général (3) . Survint ensuite le général Drouet qui me dit qu'il ne pourrait, ainsi que le général Sahuc, rejoindre le corps qui les précédait que lorsque je les aiderais. Je leur dis que bientôt j'allais pouvoir les satisfaire.

(1) Sahuc (Louis-Michel-Antoine), né le 7 janvier 1755, à Mello (Oise); cavalier au Royal-Lorraine, le 2 août 1772; maréchal des logis chef, le 1" mai 1779; quartiermaître trésorier avec rang de lieutenant, le 30 août 1789; lieutenant-colonel, le 22 juillet 1792; chef de brigade, le 20 messidor an II; général de brigade, le 4 fructidor an VII, général de division, le 3 nivôse an XIV; mort à Francfort-sur-le-Main, des suites d'une maladie de nerfs, le 24 octobre 1813 (A. A. G.).

(2) Reiset (Marie-Antoine), né le 29 novembre 1775, à Colmar; dragon au 14e régiment, le 8 avril 1794; sous-lieutenant, le 26 décembre 1795; lieutenant, le 25 décembre 1796; aide de camp de Richepance, le 30 avril 1800; capitaine, le 18 juin 1800: chef d'escadrons, le 15 juin 1801; colonel, le 31 mars 1809; général de brigade, le 8 février 1813; lieutenant des gardes du corps du roi, le 1er juin 1814; lieutenant général, le 30 juillet 1823; commandant la division de Catalogne, le 22 septembre 1824; mort à Rouen, le 25 mars 1836 (A. A. G.).

(3) Cf. Souvenirs du lieutenant général vicomte de Reiset, t. I, p 96-98.

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