‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 73 sur 184 · MOREAU A LAUFEN · texte numérisé non relu

MOREAU A LAUFEN

dait, je me rendis sur le bord de la Salzach pour lui indiquer l'endroit que j'avais reconnu, la veille, fort peu éloigné et au-dessus du pont qu'on réparait, et qui m'avait paru offrir le plus de possibilité et de commodité pour y jeter les pontons (1).

Eclairés avec des fanaux, nous fîmes cette nouvelle reconnaissance sur les deux rives de la Salzach. Le point le plus favorable étant déterminé, les pontonniers travaillèrent avec le plus grand zèle et la plus grande activité; néanmoins, l'obscurité et le courant rapide de la Salzach rendaient le travail difficile, et ces contrariétés ne permirent pas que le nouveau pont fût praticable avant 10 heures du matin.

Le général Moreau arriva à Laufen entre 8 et 9 [heures]. Il me fit des compliments sur le succès de mon opération. Je lui rendis compte qu'au moyen du petit pont volant que j'avais pu faire établir, on avait déjà pu faire passer une partie de l'artillerie et un peu de cavalerie, et, avec les bateaux, l'infanterie de la brigade du général Durutte qui, pendant la nuit, avait fait garder tous les débouchés qui viennent sur Laufen, particulièrement ceux de Salzburg et de Neumarkt; que le passage des troupes se continuait; qu'on travaillait avec activité à établir les pontons; qu'on ne tarderait pas à pouvoir passer, mais seulement avec l'infanterie et la cavalerie, sur le pont à la réparation duquel on n'avait pas discontinué de travailler pendant toute la nuit.

J'accompagnai le général en chef qui se rendit au pont pour voir par lui-même où les choses en étaient. On entendait une très vive canonnade du côté de Salzburg. Le général Moreau me dit qu'il avait fait prévenir le général Lecourbe que, d'après le succès inattendu de mon heureux passage, c'était sur Laufen qu'il allait faire agir l'armée et que, dès les premiers coups de canon qu'il avait entendus depuis qu'il était parti de Teisendorf, il avait envoyé

général de division, le 25 novembre 1813; inspecteur général d'arlillerie en 1814, puis, comme lieutenant général, membre du comité de l'artillerie; inspecteur général de cette arme jusqu'en 1839 et 1840; décédé le 8 août 1847, à Nogent-sur-Marne (A- A. G.). (1) La veille, Decaen avait écrit à Lahorie : « Il serait bien nécessaire, mon clier Lahorie, qu'on m'envoie des sapeurs et [que] quelques officiers entendus viennent pour la réparation du pont de Laufen, dont quatre arches sont coupées. Les charpentiers de la ville sont du côté de l'ennemi et se sont évadés pendant la discussion. Mes sapeurs et un officier du génie de la division sont restés à Rosenheim. Je n'ai qu'un officier du génie ici qui fait ce qu'il peut, mais je prévois que ce sera très long à réparer si lu n'envoies pas de suite à mon aide. Guyot t'a déjà rendu compte. Je ferai demain mon rapport » (Decaen à Lahorie, Laufen, 22 frimaire, A. H. G).

un de ses aides de camp auprès du général Lecourbe pour lui dire de ne pas s'engager et surtout de ne pas se compromettre.

Enfin, entre 9 et 10 heures, on put se servir du pont, mais réparé à la hâte et pendant la nuit; et, vu les largeurs entre les piles, on n'avait pu rétablir qu'une partie de ce qui avait été détruit. Cette reconstruction, faite avec des longerons jetés d'une arche à l'autre et recouverts de planches, ne permettait pas, à cause du peu de largeur et surtout du balancement, qu'on pût passer facilement et rapidement; mais c'était toujours un nouveau moyen pour améliorer le passage des troupes de l'autre côté de la rivière, en attendant que le pont de pontons fut achevé.

Ainsi on fit passer, d'abord pour l'essai, un cavalier à pied tenant son cheval par la bride, et, successivement et de cette manière, la cavalerie ainsi que l'infanterie défilèrent par un. Ce qui appartenait à l'artillerie et aux ambulances continua à se servir du pont volant. Les autres équipages vinrent plus tard rejoindre la division.

La canonnade continuait à se faire entendre toujours très vivement du côté de Salzburg. Le général en chef, à qui cela donnait quelque inquiétude, renvoya de nouveau auprès du général Lecourbe pour lui annoncer que ma division se mettait en marche pour aller vers Salzburg par la rive droite de la Salzach.

Dès que la cavalerie de la brigade Durulte eut rejoint son infanterie, je quittai le général Moreau qui me recommanda de faire marcher avec le plus de célérité possible et de faire faire un grand feu d'artillerie dès que je rencontrerais l'ennemi, ce qui contribuerait à produire une diversion favorable au général Lecourbe contre lequel, d'après les rapports qui étaient déjà parvenus, l'ennemi avait déployé la plus grande partie de ses forces et qui étaient plus nombreuses que celles aux ordres de ce général.

Je donnai donc l'ordre au général Durutte de diriger sa brigade sur la chaussée de Salzburg, et aux autres corps de la division, à fur et à mesure qu'ils seraient formés sur la droite de la Salzach, celui de suivre en échelons son mouvement, éclairant et couvrant successivement les communications à leur gauche; à la droite, on trouve la rivière toujours très rapprochée de la roule jusqu'à Salzburg.

Le général Durutte s'avança sans rencontrer d'ennemi jusqu'à

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la tête du défilé qui existe depuis Laufen jusqu'à une demi-lieue d'Anthering où le terrain, ouvert dans une largeur d'environ 800 toises, facilite faction de toutes les armes. L'ennemi avait une observation d'environ 600 chevaux, des cuirassiers de Mack et de Grenz-hussards, avec une pièce de canon et environ 200 hommes d'infanterie qui voulurent contester le débouché, à quoi ils ne réussirent pas, quoique le général Durutte n'eût alors avec lui qu'un escadron du 10e régiment de chasseurs et une pièce de 4. Il poussa l'ennemi même au delà d'Anthering, après lui avoir démonté son canon et sabré quelques hommes. Il attendit ensuite que la division fût serrée et que l'artillerie fût arrivée.

Le feu du combat du général Lecourbe était toujours très vif. Je désirais pouvoir faire au plus tôt la diversion qui m'avait été recommandée ; mais, malgré la plus grande célérité, ce ne fut que vers les 3 h. 30 (1) que j'eus suffisamment de moyens pour engager une affaire qui pouvait devenir sérieuse par le rapprochement qu'on faisait de l'armée ennemie qui devait mettre tous ses efforts pour [m] empêcher de pénétrer jusqu'au village de Bergheim; car alors sa retraite de Salzburg et surtout de la rive gauche de la Salzach, oùil était pour la plus grande partie engagé avec le général Lecourbe, lui serait devenue très difficile, surtout pour l'opérer par la chaussée de Neumarkt (2) .

Aussitôt que l'avant-garde aux ordres du chef Laffon qui, après avoir passé au pont de Laufen, avait suivi immédiatement la brigade Durutte, fut arrivée devant Anthering, je lui fis reprendre la tête de la division et marcher de suite en avant, soutenue par la brigade Durutte et par la légion polonaise.

J'avais fait rester en réserve, près de ce village, la brigade commandée par le général Lacour (il était arrivé la veille à la division), en attendant l'arrivée des troupes du général Richepance. J'avais donné ordre au général Lacour de détacher un bataillon et 200 chevaux, et de les envoyer sur Seekirchen, pour menacer la droite de l'ennemi et, en outre, gagner l'avantage du terrain en s'emparant des hauteurs.

(1) La copie du rapport de Decaen du 2 nivôse qui est aux Archives de la Guerre porte « 7 h. 30... •> Il y a là probablement un lapsus.

(2) Jusqu'ici, cette narration cile presque textuellement le rapport de Decaen à Moreau, dalé, le 2 niiôse, de Neuhofen, et qui est aux Archives de la Guerre.

L'avant-garde, après avoir chassé l'ennemi depuis Anthering, le trouva formé en arrière du ruisseau qui coule du \\ aller See à la Salzach, au village de Bergheim, à l'embranchement de la route de Salzhurg à Mattsee et à Laufen. Il occupait une belle et forte position (1). La canonnade s'engagea vivement des deux côtés, mais la nuit empêcha de faire plus que de le repousser au delà du ruisseau du Waller See.

Quand le feu eut cessé, on plaça les avant-postes, et les troupes restèrent au bivouac sur le lieu qu'elles occupaient.

Un officier que j'avais envoyé informer le général en chef de mon arrivée à Anthering et de ce qui s'était passé m'avait dit, à son retour, qu'il avait annoncé que j'occupais Bergheim; mais, lorsque je fus revenu à Anthering, où je pris mon quartier, j'écrivis au général Lahorie :

C'est une erreur qui a été commise, mon cher Lahorie, que d'avoir annoncé que mes troupes s'étaient emparées de Bergheim. L'ennemi a défendu ce village avec six pièces de canon et de l'infanterie. La fin du jour a empêché de faire les dispositions convenables pour l'attaquer. La position est favorable à l'ennemi : Berghein est sur une hauteur peu éloignée de la Salzach, et un marais devant Je iront. Mais demain, au jour, on reconnaîtra mieux la position.

Mes avant-postes ont été établis à peu de distance de ceux de l'ennemi. On le fera observer pendant la nuit. La division est établie en échelons depuis ce point jusqu'au village d'Anlhering. Le général Lacour a poussé un bataillon sur Seekirchen avec de la cavalerie ; il doit pousser des postes jusqu'à cet endroit.

J'apprends que le général Richepance n'a pas suivi mon mouvement. Il aurait cependant été utile qu'il eût avancé quelques troupes, afin qu'on puisse éclairer les débouchés qui viennent de IVeumarkt sur la route de Laufen à Salzburg. On a fait une centaine de prisonniers des régiments de Stain et Benyowsky, dont deux officiers, et pris un drapeau.

Je n'ai pu avoir de renseignements sur les projets de l'ennemi. On m'a appris seulement que les petits postes établis sur le débouché où je me trouve avaient reçu l'ordre de se retirer sur Neumarkt, s'ils étaient forcés.

Un bataillon de Stain et un escadron de cavalerie sont à Burghausen (2).

(1) « ... Il avait sept pièces de canon en batterie, avec plusieurs bataillons, dont deux de Stain, les autres de Benyowsky, Wenkheim et Ferdinand. A la nouvelle de mou mouvement, ces corps, qui formaient une réserve à Salzburg, étaient venus prendre cette position .. » (Decaen à Moreau, Neuhofen, 2 nivôse, A. H. G.).

(2) Le renseignement était exact (L'archiduc Jean à Kienmayer, Teisendorf, 11 décembre, K. K. Arcbiv, XII, 200).

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