‹ Mémoires et journaux du général Decaen. Publiés avec introd., notes et cartesChapitre 95 sur 184 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De Strasbourg, Decaen se rend à Paris. — Dessolle le présente à Bonaparte. — Sur la demande de celui-ci, Decaen expose à sa façon la bataille de Hohenlinden. — Il fait ressortir les talents et la sagacité de Moreau. — Moreau tient un conseil de guerre avant la bataille. — On y prédit la victoire. — Rôle de la division Decaen. — Conduite peu politique de Moreau à l'égard de Bonaparte. — Origine des dissentiments entre Bonaparte et Moreau. — Susceptibilités et jalousies féminines. — Decaen cherche à rapprocher Moreau du Premier Consul. — Singulières objections de Moreau. — Decaen les réfute avec sa brusquerie et sa franchise habituelles. — Un dîner aux Tuileries le 14 juillet. — De fougueux Vendéens y coudoient de purs républicains. — Prévenances de Bonaparte pour les officiers de l'armée du Rhin. — Appréciations de Bonaparte sur les émigrés et les prêtres. — Decaen lui cite un exemple frappant de restriction mentale. — Il se montre surtout hostile aux grands prélats et aux hauts fonctionnaires ecclésiastiques de l'ancien régime. — Decaen exprime à Bonaparte le désir d'aller dans l'Inde. — Appréciations de Moreau et de Bonaparte sur Leclerc. — Démarche loyale de Decaen auprès de Bernadotte. — Béflexions de Decaen sur la perte de Saint-Domingue et la cession de la Louisiane. — Moreau fête par un dîner l'anniversaire de Hohenlinden. — Decaen en profite et fait une nouvelle tentative pour le rapprocher du Premier Consul.

A mon arrivée à Strasbourg, le 1er prairial an IX (20 mai 1801), j'informai verbalement le général Moreau, que je n'avais pas vu

depuis Munich, de l'exécution de ses ordres concernant les troupes formant l'arrière-garde de l'armée, auxquelles je venais de faire repasser le Rhin, sur le pont de Kehl, pour aller ensuite dans les garnisons fixées par le ministre de la guerre.

Le gouvernement, en ordonnant la dislocation de l'armée, ayant en même temps autorisé les officiers généraux de résider où bon leur semblerait en attendant de nouvelles lettres de service, je ne fis qu'un court séjour à Strasbourg. Je me mis en route pour Paris.

Le général Moreau devant tarder à s'y rendre, je demandai au général Dessolle, chef de l'état-major de l'armée du Rhin, qui était alors parfaitement avec le Premier Consul, de vouloir bien me présenter à ce grand général, que je ne connaissais encore que par sa haute réputation.

Nous allâmes à la Malmaison. J'exprimai au général Bonaparte tout le plaisir que j'éprouvais de le voir et de le connaître, et que, depuis bien longtemps, je désirais jouir de cette satisfaction. Il me dit, avec beaucoup d'amabilité : « Il y a longtemps que je vous connais, moi! » Et, de suite, il me demanda de lui donner une explication sur le mouvement d'une des divisions autrichiennes, à la bataille de Hohenlinden, contre laquelle j'avais encore combattu à la fin de la journée, parce qu'il n'avait pas conçu le mouvement de cette division et quel avait été son but. Je dis : « Si j'avais une carte, il me serait plus facile de vous le faire juger. — Non, cela n'est pas nécessaire. » Alors, je lui demandai de commencer mon récit par l'énoncé de quelques antécédents. Je pensai à cela, parce que j'avais appris qu'il avait été dit qu'on devait plus au hasard qu'aux combinaisons la grande victoire de Hohenlinden, et j'étais bien aise, puisque l'occasion s'en présentait, d'exposer que le gain de cette bataille décisive était dû aux talents militaires et à la sagacité du général Moreau, ainsi qu'aux dispositions qu'il avait ordonnées, et [qui furent] exécutées par son armée avec la plus grande précision de la part de ses généraux et avec la plus haute valeur par les autres officiers et par les soldats.

J'énonçai, le plus brièvement possible, les mouvements de notre armée et leur but avant de recommencer les hostilités. Je dis quelque chose des projets qu'on supposait aux Autrichiens. J'ajou-

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